‹ La musique à l'égliseChapitre 63 sur 75 · POUR LA RESTAURATION DU PLAIN-CHANT ET DE LA MUSIOIIE DÉGLISE · texte numérisé non relu

POUR LA RESTAURATION DU PLAIN-CHANT ET DE LA MUSIOIIE DÉGLISE

TRNUE A i'AniS DU 27 MDVEUliRE AU M'' OÉCEMBUE 1 S60.

C'est dans la Maîtrise du i5 juin 1859 que le premier appel relatif à un Congrès pour la restauration du plainchant et de la musique d'église, a été fait à nos lecteurs. Après avoir d'abord communiqué son idée à l'honorable chanoine de Valence, M. l'abbé Jouve, qu'un deuil de famille a malheureusement retenu loin de nous pendant la session, M. l'abbé Pelletier s'adressa à la Maîtrise, qui s'empressa de lui ouvrir ses colonnes. (i M. l'abbé Pelletier, disions-nous, a eu une bien heureuse idée, celle d'un Congrès. » Nous tenons aujourd'hui à souligner cette expression, dont la justesse a été pleinement vérifiée.

De son côté, M. l'abbé Pelletier disait : « Il est temps que les hommes qui s'intéressent à l'amélioration du chant et de la musique ecclésiastique se rapprochent, se connaissent, s'éclairent mutuellement, et qu'en s'éclairant mutuellement, ils projettent autour d'eux et

dans tsus les sens, des notions saines, vivifiantes et fécondes. »

Et, pour montrer que cet appel s'adressait également aux hommes de tous les pays qui pouvaient être animés du même zèle, M. Pelletier ajoutait : « Quoiqu'il ne s'agisse pour nous que de la France, néanmoins la présence au Congrès et la collaboration de théoriciens et artistes de l'étranger nous seraient singulièrement précieuses. »

Nous avons vu que l'Angleterre et la Belgique ont parfaitement entendu ces dernières paroles.

Voilà donc, dès le mois de juin 1859, cette idée d'un Congrès lancée, parmi les artistes catholiques, par l'organe de la Maîtrise. Ce premier appel nous valut, au mois de juillet, onze adhésions. Nous espérions mieux pour le mois d'août suivant, qui ne nous en amena que quatre. Ce fut là un désappointement , mais ce fut le seul. « Ce mois-ci, écrivîmes-nous, nous sommes loin d'être joyeux : notre Congrès ne marche pas ! » Et comme l'époque des vacances approchait, nous pensâmes qu'il était convenable de remettre à un moment plus favorable notre petite propagande relative au Congrès. Nous ne tardâmes pas à comprendre d'ailleurs que celte idée était du nombre de celles qui doivent pénétrer lentement dans les esprits pour y germer et produire des résultats. C'est ce que M. l'abbé Jouve avait fort bien exprimé dans une lettre citée dans notre numéro de décembre 1839, où il disait : « Je vois avec plaisir, mais sans étonnement, la question d'un Congrès de musique religieuse faire de rapides progrès. Ces questions, lorsqu'on les lance pour la première fois dans le public , ont besoin d'un certain temps pour mû-

POUli LA RESTAlir.ATION DU PLAIN-CHANT. 4 11

rir et se développer. Celte idée qui, il y a quelques mois, a dû paraître une utopie à bien des gens, est regardée maintenant comme réalisable. L'an prochain elle se réalisera. »

Notre ami ne se trompait pas. Au mois de février dernier, M. Schmitt, l'habile organiste de Saint-Sulpice, et M. l'abbé Pelletier proposèrent, l'un, de provoquer une réunion préalable des maîtres de chapelle et des organistes de Paris, l'autre, de tout disposer afin qu'au moment opportun on pût tenter une convocation. Cette convocation, sans désignation d'époque, eut lieu dans la Maîtrise du mois de mars, à la suite d'une nouvelle lettre de M. l'abbé Jouve et d'une lettre de M. Dhibaut, maître de chapelle de Saint-Jacques-du-Haut-Pas; cette dernière était une éloquente et chaleureuse protestation en faveur du plain-chant, qui, comme l'Eglise, ne périra pas. Au mois d'avril suivant, le nombre des adhérents au Congrès était de 43; il était de 50 au 13 mai. Au moment de la réunion préparatoire , le 23 du môme mois, il était de 83. Il était de plus de iOO au moment de la seconde réunion préparatoire du 3 août. Enfin, en tenant compte de quelques abstentions ou démissions, il a été de 176 à l'époque de la session.

Ainsi, du mois de juin 1859 jusqu'à la première séance préparatoire, il s'est écoulé onze mois; il s'en est écoulé dix-sept depuis ce même mois de juin jusqu'à la session. Mais on p€ut dire qu'à partir de cette séance préparatoire le Congrès était constitué. Le bureau était formé, le programme des sections arrêté. Le reste n'était plus qu'une affaire de convenance et de temps. Sans doute, au premier coup d'oeil, cet intervalle de dix sept

4|-2 LA SESSION DU CONGIîÈS

mois paraît long; il paraît long hurlout quand on a derrière soi le point de départ, et devant soi un but incertain et lointain. Et maintenant que l'œuvre est accomplie, qu'il nous soit permis de dire, au grand honneur de l'idée qui nous a rassemblés, qu'une cause est bien près de triompher quand elle a pu rallier près de cent quatre-vingts adhérents, et que la condition de cette adhésion est une cotisation pécuniaire, si minime qu'elle soit, quand cette cause a pu faire sacrifier une semaine de leur temps à une centaine de membres, et en appeler une cinquantaine d'autres du fond de leurs provinces ou de l'étranger.

Le premier rendez-vous d'une réunion semblable devait être dans une église. Le mardi , 27 novembre, à onze heures moins un quart, les membres du Congrès, auxquels s'étaient jointes deux ou trois cents personnes distinguées, occupaient la grande nef de Saint-Eustache pour assister à la messe du Saint-Esprit, célébrée par M. l'abbé Simon, curé de la paroisse. Cette messe fut accompagnée du chant du Veni Crrator, alternant avec le grand orgue, de VAdoramus te, de Palestrina, de VAve Maria des pèlerins du quinzième siècle, et de plusieurs morceaux supérieurement exécutés par M. E. Batiste, mais dans lesquels, en artiste un peu trop amoureux de son orgue, il avait cédé à la tentation de mettre en relief les jeux et les combinaisons du merveilleux instrument. Après le Domine salvwn fac, en faux bourdon, le chœur entonna un admirable cantique du P. Brydayne, qui servit comme de prélude à l'éloquente allocution que notre président, M. l'abbé V. Pelletier, prononça en chaire.

N'oublions pas de dire que les maîtres de chapelle de quatre paroisses de Paris. MM. Dclurt, de Saint-Pierre

de Chaillot, E. Gautier, de Saint-Eugène, Dhibaut, de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, et Renaud, de Sai^it-Sulpice, s'étaient empressés de mettre à la disposition de M. Hurand, l'habile maître de chapelle de Saint-Eustache, un certain nombre de leurs choristes, et que l'exécution totale a parfaitement répondu à ce qu'on attendait d'un pareil concours.

Transportons-nous maintenant au local des séances du Congrès.

L'après-midi, à trois heures, la grande salle de la Société d'encouragement était envahie par une centaine de membres. Une animation de bon augure se faisait remarquer dans les divers groupes. On entrait mutuellement en relation; on se félicitait, on attendait avec la plus vive impatience les discussions qui devaient s'engager sur une foule de questions, lorsque le président, M. l'abbé Pelletier, les vice-présidents, MM. A. de la Page, Benoist etd'Ortigue, MM. Rabutaux, secrétaire général, et Calla, trésorier, vinrent prendre place au bureau ; à droite du bureau , un peu au-dessous de l'estrade, le sténographe était à son poste. En face du bureau étaient rangés sur une table tous les ouvrages offerts au Congrès. La Belgique, seule, figure dans cet hommage pour une quarantaine de volumes apportés par M. le chevalier X. van Elewyck, docteur à l'Université catholique de Louvain.

La séance est ouverte au milieu d'un profond silence. M. le Président fait mention des lettres des Prélats déjà publiées par la Maîtrise, et donne lecture de celles qui sont arrivées depuis l'apparition du dernier numéro. Le règlement est définitivement adopté sans discussion. Ces préliminaires terminés, la séance est suspendue

pour la eonslitiilion des sections. Chaque section se retire dans un local séparé pour compléter la liste de ses membres et arrêter la marche de ses travaux. A la reprise de la séance générale, la répartition des travaux est faite pour les trois sections et l'on fixe les heures de leurs réunions.

Nous laissons aux procès-verbaux le soin de nous rendre un compte exact de ces cinq séances. Quant à nous, nous voudrions, s'il était possible, en retracer la physionomie. Dès que les membres du Congrès se sont vus de près, se sont mêlés dans les diverses sections; dès qu'ils ont trouvé dans leurs collègues un écho à leurs propres idées, peu à peu ils se sont enhardis, et ils ont acquis le sentiment de leurs forces. On pouvait remarquer, dans les premières heures des deux premières journées, que les plus vaillants étaient comme dominés par une sorte d'angoisse à la vue du peu de temps que l'on avait devant soi et de la gravité des questions que l'on avait à résoudre. Mais, grâce à l'habile direction imprimée par le Président, à son tact, à sa fermeté, à cet ascendant suprême qui soumettait toutes les intelligences h la sienne, à ce coup d'œil sûr qui traçait à chacun la ligne qu'il devait suivre, la discussion ne s'est jamais écartée de sa marche naturelle, et le plus grand ordre régnait dans les matières controversées comme il régnait dans tous les rangs de l'assemblée. Et comme les heures se sont écoulées rapides durant ces cinq journées! Comme le jour appelait le lendemain! Comme l'attention était constamment tenue en haleine ! Et quels épisodes inattendus! Tantôt M. le chevalier van Elewyck, dans une brillante improvisation, avec un geste aisé et noble, une voix pleine et sonore, avec celte

chaleur communicative qui gagne tout un auditoire, et un choix d'expressions que plus d'un de nos compatriotes aurait pu lui envier, nous faisait une statistique vivante de la Belgique, sous le rapport de l'art musical religieux; tantôt M. Charreire, un ancien élève de l'Institution des Jeunes Aveugles, actuellement organiste à Limoges, mettait au service d'une savante théorie de l'art musical fondée sur les rapports des lois du langage, une verve scientifique, une éloquence véhémente et vigoureuse ; tantôt M. l'abbé Chantôme, orateur disert, à la parole élégante et ornée, plaidait pour la formation d'une Société permanente ayant pour organe une publication périodique qui servirait de lien entre tous ses membres; et qui empocherait, ajoutait -il, qu'à cette société ne se rattachât, par la suite, une école de plain-chant, d'orgue, et qu'on y appelât le peuple pour former une sorte d'orphéon grégorien? Tantôt, un bon curé de village, M. l'abbé Rémond, un saint prêtre du diocèse de Sens , d'un extérieur bien modeste, de manières bien humbles, dépaysé, en présence des organistes et des maîtres de chapelle des paroisses riches et abondantes en ressources, comme jadis le père Brydayne dans le brillant auditoire de Saint-Sulpicc, venait parler au nom des églises des campagnes, des paroisses des pauvres, les meilleurs amis de Dieu, qui n'ont jamais entendu résonner une note de plain-chant, une note de musique. Sur l'invitation du Président, il monte gauchement à la tribune, fait le signe de la croix, et d'une voix grêle, mais avec une facilité d'élocution remarquable, une éloquence d'une admirable simplicité, il fait le tableau le plus touchant de ces églises déshéritées. Il entre dans les détails les

plus naïfs, il emploie les locutions les plus vulgaires, et l'auditoire est saisi, ému, et les yeux se baignent de larmes, et un tonnerre d'applaudissements accueille les paroles du bon curé. Puis c'étaient de savantes lectures de M. l'abbé Raillard, sur la manière de déchiffrer les Neumes; de M. l'abbé Gontier et de M. Aloys Kune, sur la définition du plain-chant, sa nature, son rbythme, sa tonalité, son exécution; de M. l'abbé Vanson, sur la formation d'une confrérie pour le chant, à Nancy; de M. Delort, sur les moyens d'organiser une chapelle; de MM. Leprevost et Gastinel , sur l'accentuation; de M. Martineau, sur l'état de la musique religieuse dans le diocèse de Nantes; de M. l'abbé Delatour, sur les véritables caractères de la musique sacrée, etc. ; c'étaient des rapports rédigés avec une mesure parfaite, et débités avec un attlcisme du meilleur goût par M. l'abbé de Geslin; puis, dans la mêlée, dans le feu de la discussion, quand il s'agissait d'enlever un vote de haute lutte, c'étaient de vives escarmouches auxquelles prenaient part MM. A. delà Page, Aloys Runc, E. Gautier, Yervoitte, Gastinel, E. Batiste, Charreire, Octave Poix, Dbibaut, Calla, Rupert, Delort, Schmitt, Martineau, van Elewyck, Boulenger, MM. les abbés Gontier, Planque, Tardif, Cloët, Raillard, Delatour, Brumare, Vanson, Bluet, Valleix, Arnaud, J. Bonhomme, Barbier de Montault, de Geslin, Tesson, Stéphen Morelot, ce dernier toujours sur la brèche, demandant la parole, soit pour poser la question, soit pour la présenter sous un point de vue nouveau, et s'exprimant toujours avec cette modération qui concilie les opinions les plus divergentes, et avec cette autorité que donnent une haute raison et un solide savoir.

Le Congrès, néanmoins, ne pouvait se dissoudre sans se survivre en quelque sorte dans une déclaration de principes. C'était là la pensée qui, vaguement, préoccupait tous les membres. Bien que le Congrès ne fût, comme on l'a dit, ni une assemblée laïque, ni une assemblée ecclésiastique, quoiqu'il fût composé d'ecclésiastiques et de laïques; bien que, ainsi qu'il l'a proclamé, il ne fiit investi d'aucune autorité qui pût donner une force obligatoire à ses décisions, il avait le droit d'émettre des vœux, de faire sa profession de foi, et de montrer que ces vœux et ces principes étaient en parfaite conformité avec les prescriptions de l'Église et des Conciles sur le chant grégorien et la musique religieuse. Dans l'impossibilité où l'on était de traiter à fond toutes les questions, dans la nécessité d'en passer plusieurs sous silence, il importait de se rallier autour de quelques propositions fondamentales qui continssent d'une certaine manière toutes les autres, et qui fissent connaître ainsi l'esprit dont l'assemblée était animée. Le Congrès ayant, dès sa première séance préparatoire, voté une circulaire à l'Épiscopat, par laquelle il offrait son concours à l'autorité ecclésiastique, afin de seconder les vues exprimées dans les Conciles provinciaux, se montrait conséquent à lui-même en soumettant humblement à cette autorité les moyens qu'il avait jugés les plus propres à la réalisation de ces mêmes vues. C'est ce qu'avaient bien compris MM. de Vancorbeil et E. Bertrand, en s'adjoignant à l'un des vice-présidents pour présenter à l'adoption du Congrès un projet d'adresse à l'Episcopat; projet d'adresse d'abord informe et incomplet sans contredit, mais incontestablement amélioré dans une

discussion de toute une séance générale, et qui a eu peut-être le mérite de répondre à la pensée dont nous parlions tout à l'heure, celle de couronner l'œuvre de la session par une solennelle déclaration de principes.

Cette Adresse est présentement entre les mains de NN. SS. les évoques, comme entre les mains de nos lecteurs. Elle dira que le Congrès n'a ni faibli sur les principes de la vraie doctrine, ni cédé à un esprit de mesquine exclusion. Elle dira aussi que l'esprit catholique a constamment inspiré l'assemblée. Quant à nous, en présence de cette déclaration de principes du Congrès, nous nous félicitons de ce que la Maîtynse n'a pas à elfacer un seul mot

Revenons aux vœux émis par le Congrès. Tous ces vœux ne sont pas contenus dans l'Adresse. Il s'en est produit dans les sections qui ont été sanctionnés en assemblée générale. L'un de ces vœux, qui sera transmis à Son Exe. M. le Ministre de l'Instruction publique et des Cultes, se rapporte à l'introduction de l'enseignement de l'orgue dans les écoles normales; un second, qui sera porté aux pieds de Son Ém. Mgr le cardinal archevêque de Paris, avec les assurances du respect le plus profond et d'une confiance et d'une soumission toutes filiales, a pour objet l'adoption de la liturgie romaine dans le diocèse de Paris.

Tel a été le Congrès dans son esprit et dans ses inspirations. Tout, nous le répétons, n'a pas été dit; mais si tout n'a pas été dit, tout a été entrevu et pressenti, et nous ne pensons pas qu'il y ait eu un point essentiel sur lequel le mol juste, le mot sensé et qui doit rester, n'ait été prononcé. Dans les sections, et môme dans les assemblées générales, les discussions étaient parfois

^nt'ft f. RF.StMiRAtlON nu PLAIN-CHANT. 4l9

bien précipitées; les réflexions, les observations se croisaient de toutes parts. Il n'en pouvait être autrement : l'heure pressait, les minutes dévoraient les minutes; mais aussi quelle vie ! quelle ardeur! quelle exubérance de forces contraintes de se contenir! Et quel intérêt! quelle attention! nous pouvons ajouter quelle dignité dans la polémique ! Certes, chaque opinion a été libre de se faire jour; la contradiction a eu ses coudées franches, et dans ce conflit de ripostes et d'interpellations, pas un mot regrettable, pas une parole qui n'ait été polie et courtoise.

Nous dirons donc que la session du Congrès a été bonne. Nous avons eu les encouragements de vingt Prélats; environ vingt diocèses de France et de Belgique ont été représentés. Nous avons eu à regretter quelques absences; plusieurs membres ont assisté aux assemblées préparatoires, qui n'ont pu se montrer à la session. Il en est d'autres sur lesquels nous comptions, et qui, bien malgré eux, nous ont fait défaut; nous avons la certitude que leur pensée était avec nous.

Oui, la session a été bonne. Les principes une fois proclamés, les vœux émis, on a compris qu'on pouvait se séparer, non, à coup sûr, sans regret, mais avec un contentement légitime, et ce contentement était écrit sur toutes les physionomies. Beaucoup de choses restent à faire ; elles se feront dans des conditions de réflexion, de suite, de maturité, par la Société permanente dont le germe est déposé parmi nous. Pour le moment, constatons comme un résultat immense d'avoir vu s'opérer la réunion de tant d'hommes distingués, habiles, dévoués, venus de diverses parties de la France, de l'Angleterre^ de la Belgique, et que ces hommes se

4^0 LA SESSION DU COXr.KKS, F.TC.

soient vus, connus, aient échangé entre eux de sympathiques paroles, et se soient promis de mettre en commun et de diriger vers le même but leur influence, leurs pensées, leurs talents et leurs efforts! C'est là le /wn?ciilus triplex dont notre Président a si bien parlé dans son discours de Saint-Eustache.

15 Décembre )860.

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Dans l'article intitulé : des Maîtrises, nous avons eu l'occasion de montrer ce que le gouvernement du premier empire avait fait ou tenté pour le rétablissement des Maîtrises et, par cela même, pour l'amélioration de la musique en général. Bien que, dans ce travail, nous ayons donné d'assez nombreux extraits d'un rapport de M. Portails, ministre des cultes en 1807, d'un rapport de M. Bigot de Préameneu , ministre des cultes en 1813, et d'un troisième rapport de M. Hamille, actuellement chef de division au même ministère, nous avons pensé que les lecteurs trouveraient ici ces trois documents avec d'autant plus d'intérêt qu'ils appartiennent à l'histoire de la musique religieuse du dix-neuvième siècle.

Happort à Sa Majesté l'Empereur et Roi, par Son Exe. le ministre des cultes.

(29 avril 1807.)

Sire,

J'ai déjà eu l'honneur de rendre compte à Votre Majesté de l'heureux résultat des tentatives du chapitre métropoU-

4^2 APPENblCÉ.

tain, pour se créer une maîtrise dont le service est indispensable non-seulement à ses solennités, mais encore à ses offices ordinaires; cet établissement commencé sans ressources a déjà offert tant d'espérances de succès, qu'il m'a paru nécessaire de le fixer d'une manière stable, et de l'assujettir à un ordre et à une discipline qui réaliseront ces espérances, et qui assureront et augmenteront l'utilité d'une institution qui fut, dés le régne de Pépin, le berceau de la musique en France, et constamment l'école de ceux qui ont parmi nous avancé le progrés de ce bel art.

Votre Majesté approuvera, sans doute, queje n'aie pas seulement considéré le rétablissement des maîtrises sous le rapport de leur service religieux, et que je me sois attaché à reconnaître les avantages dont les maîtrises peuvent être pour l'art. C'est ainsi que Votre Majesté donne chaque jour l'exemple d'apprécier les institutions spéciales par leurs résultats généraux, et d'unir autant que possible l'utilité publique à l'utilité particulière.

Le passé m'a démontré et le présent encore me persuade que les maîtrises peuvent seules former et conduire à sa perfection la musique vocale exécutée par des hommes. Tous les chanteurs qui ont eu quelque célébrité avaient reçu leur éducation dans les maîtrises, et si précédemment il n'y avait point d'autres institutions publiques pour l'enseignement de la musique vocale, c'est que non-seulement les maîtrises suffisaient, mais c'est qu'en outre il était reconnu qu'elles ne pouvaient être remplacées.

Cette vérité est devenue évidente depuis l'établissement du Conservatoire, il a élé et il est dirigé par des artistes de mérite; la protection de Voire Majesté, les sommes considérables qui ont été affectées à son entrelien, tout a favorisé les succès dont cette institution pouvait être susceptible, et cependant elle n'a pas produit un seul chanteur, tandis qu'elle a multiplié à l'infini le nombre des musiciens exécutants et introduit dans la musique instrumentale une perfection et une méthode que les autres nations peuvent envier à la France. En fait de chanteurs, trois ou quatre ont élé cités comme élèves du Conservatoire, mais non-seulement ils n'ont pas eu de grands et surtout de longs succès, de plus ils n'avaient

reçu du Conservatoire que des leçons do goût au moment où la voix est formée, et n'en avaient point reçu leur première éducation. Car il est certain que de tous les élèves qui y ont été introduits dès l'enfance, aucun n'a prospéré dans la musique vocale. La raison est facile à trouver, et ce ne sont ni le zèle, ni les talents des professeurs qu'il faut en accuser, mais le régime et l'espèce de l'institution.

Pour cultiver et même pour faire naître des voix d'hommes, il faut s'y prendre dès l'enfance, il faut soumettre les élèves à un travail continuel, à un régime de conduite régulière et sévère, à une nourriture saine et suffisante, les surveiller dans tous les instants et les astreindre à des exercices périodiques et jamais suspendus.

Cela est impossible au Conservatoire, où tous les enfants viennent de tous les quartiers de Paris recevoir leurs leçons trois ou quatre fois la semaine, s'en retournent chez leurs parents qui ne peuvent ni surveiller leurs études, ni reconnaître même s'ils les négligent. Ces parents pour la plupart sont malaisés, la nourriture de leurs enfants n'est ni soignée, ni uniforme; des élèves ainsi isolés, abandonnés à euxmêmes, ne peuvent faire aucun progrès, et lorsque arrive l'âge où les révolutions dans le tempérament produisent dans la voix cette altération qu'on appelle la mue, époque qui exige les plus grands ménagements, souvent la dissipation ou le libertinage précoce, favorisés par le déplacement auquel les enfants sont forcés pour aller prendre leurs leçons, anéantissent leur voix pour jamais.

Les maîtrises parent à tous ces inconvénients; les enfants y vivent en clôture, toujours surveillés, toujours travaillant, dans l'impossibilité de se dissiper, nourris avec soin, excités par l'émulation, préparés à de bonnes mœurs par une instruction sage et par de bons exemples; il est certain que ceux qui sont destinés par la nature à. faire des progrès dans la musique vocale, ainsi élevés et instruits, doivent facilement et immanquablement y parvenir.

Votre Majesté vient d'ordonner l'établissement d'un pensionnat auprès du Conservatoire, sans doute dans l'intention d'obtenir les avantages que l'instruction continuelle et la vie commune et renfermée des maîtrises produisent; mais

ce pensionnat doit ûtre fort borné pour réussir, car s'il était nombreux, il aurait plus d'inconvénients que d'avantages; dès lors son utilité se trouve bien réduite, tandis qu'en parvenant à la longue à établir une maîtrise dans chaque cathédrale, ces petites écoles dont chacune est renfermée dans de justes bornes présenteraient par leur nombre des ressources immenses pour l'art; ensuite Votre Majesté s'assurera, en examinant les règlements ci-joinls, qu'aux études de musique les enfants de chœur en joindront d'autres qui, dans le cas où ils ne pourraient pas professer la musique, leur donneraient les moyens d'embrasser d'autres états avec succès pour eux et utilité pour la patrie.

J'ajoute que la manière dont ils auront été élevés donnera une garantie pour leurs mœurs et pour leur conduite lorsqu'ils seront rentrés dans le monde.

Votre Majesté me pardonnera d'avoir présenté la comparaison des maîtrises et du Conservatoire; il ne m'appartient pas déjuger ce dernier établissement; j'ai dû seulement développer mon opinion de préférence en faveur des maîtrises, opinion qui est celle de tous les professeurs impartiaux et hautement soutenue par le directeur de la musique de Votre Majesté.

D'ailleurs, il n'était peut-être pas inutile de présenter ces développements à Votre Majesté, dans la supposition qu'on aurait pu lui dissimuler les avantages des unes pour exagérer ceux de l'autre.

Les règlements que j'ai l'honneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté me paraissent capables de faire prospérer la maîtrise de la métropole de Paris, pour laquelle, dans un rapport subséquent, je sollicite quelques secours de Votre Majesté, et je la prie de m'autoriser à approuver lesdits règlements pour les rendre exécutoires.

Daignez agréer, Sire, l'hommage du profond respect de votre très-obéissant et très-fidèle sujet.

Signé : Portalis.

Rapport concevant l'organisation des maîtrises et chœurs des églises cathédrales {par M. Bigot de Préameneu, ministre des cultes).

(30 juin 1813.)

Le bien du service religieux, tant pour les offices ordinaires de l'église, que pour les fêtes et cérémonies publiques, appelle, de la manière la plus pressante, l'attention de Votre Majesté sur la réorganisation des chœurs de musique et psallettes ou maîtrises d'enfants de chœur près des églises cathédrales. L'art musical y est même intéressé.

Cette réorganisation est depuis longtemps attendue; elle est sollicitée par tous les évéques et par les principaux artistes de Paris et des départements.

En considérant la situation actuelle du chœur des cathédrales, on voit que dans celles de ces églises qui sont le moins dépourvues, Je chant se réduit en général au simple plainchant exécuté à l'unisson, avec accompagnement du simple serpent, instrument grossier que les Italiens et les Allemands, peuples recommandables par leur goût et leur savoir en musique, n'ont jamais admis dans leur symphonie, et, si l'on excepte un petit nombre de motets chantés de temps à autre par des enfants qui commencent à connaître les éléments de l'art, l'office de ces cathédrales n'a, quant au chant, rien qui le distingue de celui d'une simple paroisse.

Plusieurs fois Votre Majesté a manifesté l'intention que l'office canonial fût célébré tous les jours. Une des difficultés qu'ont opposée les évéques, est l'impossibilité pour les chanoines, la plupart âgés et infirmes, de chanter par euxmêmes, tous les jours, l'office entier, et le défaut de moyens pour salarier les chantres qui seraient nécessaires, afin de les seconder, et dont, avant la révolution, les cathédrales étaient pourvues.

Il est des cathédrales qui, pour l'office des dimanches et fêtes, n'ont ni chantres i, ni enfants de chœur 2, ni or-

1 Avignon, Chamhéry, Namur, La Roclielle, Vannes, Ajaccio n'ont point de chantres.

' Agen, Avignon, Chambéry, Monlpellier, Nancy, La Roclielle, Malines, Nice, Ajaccio n'ont point d'enfants de chœur.

gues'; presque toutes présentent dans l'exercice du culte le tableau de l'abandon ou du dénûment.

Le culte catholique, plus que tous les autres, regarde le chant comme important et nécessaire à l'éclat de ses cérémonies. La classe la plus nombreuse des fidèles y rattache ses idées religieuses. Si le culte est sans pompe, même dans les églises principales, c'est un genre de protection que le gouvernement semble cesser de vouloir accorder à la religion.

* Autun, Avignon, Limoges, Namur, Rennes, Montpellier, Orléans, Lyon, Digne n'ont point d'orgues. Celles de Coulances et de Caliors ne peuvent servir. Celles de la plupart des autres cathédrales sont en mauvais état.

L'orgue est non-seulement indispensable à la pompe du culte, mais encore par la nécessité où il place ceux qui le desservent de s'adonner à une improvisation continuelle, il est d'une grande utilité à l'art de la composition. Les plus habiles compositeurs : en Italie, Frescobahii ; en Allemagne, Froberg , Hœndel elBach; en France, Rameau, Daquin, Cléramliault, les Couperin, etc., se sont entièrement formes sur l'orgue. Le long espace de temps qui s'est écoulé depuis l'interruption du culte et le défaut de moyens pour payer des organistes ont fait disparaître celle classe d'artistes. La presque totalité des cathédrales en est privée. Ils n'y sont suppléés que par de médiocres pianistes. A Paris même, un seul organiste, le sieur Séjan, paraît jouir d'une certaine célébrité. Une classe d'orgue etahlie au Conservatoire dans l'origine a été supprimée. Son établissement à cet endroit serait de peu d'utilité, car ce n'est que sur de grandes orgues d'église que l'on peut former des organistes, leur l'aire connaître les ell'els qui résultent de la multitude et du mélange des jeux, de la puissance d'un grand instrument.

Il est donc indispensable de donner à toutes les cathédrales les moyens de fournir un traitement à des musiciens qui montreront le plus de dispositions pour cet instrument.

il faudra même un temps assez long pour (jue l'ancien état de choses qui assurait la succession des organistes à chaciue église soit rélahli.

L'art du facteur d'orgues, une des plus belles créations de l'industrie humaine, a éprouvé parmi nous la même décadence que le talent de l'orgiiniste.

Déjà même l'expérience prouve que maintenant le peuple, n'étant point attiré par la solennité des offices, néglige de s'y rendre. Les églises cathédrales restant désertes, les chanoines sont encore plus disposés à manquer à leurs obligations. On peut donc dire que la continuation de cet état de choses nuirait à la religion elle-même.

Il semble d'ailleurs qu'il y ait une sorte d'intérêt national. L'étranger compare les cérémonies sans pompe et les chants à demi barbares de nos cathédrales aux chants majestueux et aux cérémonies brillantes qu'il est accoutumé de rencontrer dans ses églises.

Si maintenant on compare l'état actuel de l'art musical avec celui où il était autrefois, on verra combien le rétablissement des chœurs et des maîtrises importe à sa conservation.

Les parties essentielles de la musique sont : le chant et la composition. Or, d'après les renseignements qui m'ont été fournis par plusieurs artistes, et notamment par le directeur de la musique de Votre Majesté, on sait qu'il existait, avant 1789, dans la France, quatre cents maîtrises et chœurs de musique qui entretenaient autant de maîtres de chapelle compositeurs, dix mille musiciens de toute espèce, et particulièrement quatre mille élèves de musique vocale ou enfants de chœur'. Il ne fallait rien moins que cette multitude immense pour obtenir un certain nombre d'hommes de talent, soit dans le chant, soit dans la composition. — Aussi, c'est de nos maîtrises que sortaient les virtuoses qui ont tenu depuis si longtemps et qui tiennent encore les premiers rangs dans nos institutions lyriques^.

1 Le chœur et la musique d'une église étaient communément composés de vingt-cinq à trente personnes.

^ Parmi les compositeurs : Lalande, Campra, Gille, Desniarets, Lalouette, Bernier, Clérambaull, Mouret, Montéclair, Rameau , Blanchard, Mondonvilie , Gauzargue, Berton , Floquet, Philidor, Gossec , Méhul , Lesueur , Gaveaux , Solié. Parmi les chanteurs : Jelllotte, Larrivée, Le Gros, Lajs, Rousseau, Chéron, Martin, etc. Parmi les organistes : Marchand, Clavières, Daquin, Couijerin, Charpentier, Scjan, etc. L'école française a été exlrê-

Depuis vingt ans (1791) ces établissements ont été détruits; et de quatre cents maîtres de chapelle compositeurs, il en reste à peine vingt-cinq à trente, âgés la plupart, et subsistant à peine, non de la composition, mais de l'enseignement des parties élémentaires de la musique. Loin de se reproduire, cette classe d'artistes diminue de jour en jour, et tandis qu'il se présente tous les ans jusqu'à cent cinquante concurrents pour le grand prix de peinture décerné par la classe des Beaux-Arts de l'Institut impérial, il y en a eu à peine un ou deux pour celui de composition musicale. Plusieurs des artistes qui l'ont obtenu, ne voyant point dans cette profession un moyen d'existence, ne profitent pas de la faculté qui leur est accordée d'aller à Rome aux frais de Votre Majesté. Ceux même qui en ont profité ne vivent, à leur retour à Paris, que de l'exercice ou de l'enseignement de quelque instrument.

Quant au chant, on comptait autrefois dans l'ancienne France quatre à cinq mille voix , c'est-à-dire quatre à cinq mille chanteurs, lisant toute musique à livre ouvert. Paris en contenait quatre ou cinq cents. Actuellement, de tous ces sujets et de ceux des départements qui, lors de la ruine des institutions existantes dans leur pays se sont réfugiés dans la capitale, il en reste environ trente K

La plupart sont âgés de cinquante à soixante ans, et cependant, comme il y a nécessité de les appeler à tous les services, ce sont eux que l'on voit constamment à la chapelle et au théâtre de Votre Majesté, à l'Académie impériale de musique, à la cathédrale, en certaines paroisses, aux fêtes publiques, à rOpéra-Buffa, aux concerts particuliers, à ceux même du Conservatoire. Aussi ne font-ils plus entendre, pour la plupart, que les restes de voix fatiguées. Il n'existe d'ailleurs que quelques individus qui, s'ils ont de la voix, sont tellement ignorants en musique, qu'ils ne savent pas même la lire. Ces ressources sont insuffisantes ; les différents ser-

mement brillante depuis Louis XIV jusqu'à la fin du dix-huilième siècle. Au commencemenl de ce siècle, de celte classe d'artistes on formait les plus habiles compositeurs. ' Suivant un dénombrement remis par M. Lesueur.

vices craignent de manquer, et cette crainte est paitagée par M. Lesueur, pour la chapelle môme de Votre Majesté'.

La réorganisation des maîtrises et des chœurs de musique est le seul moyen de rendre au culte public une partie de sa solennité, et à l'art musical son ancien éclat.

L'époque actuelle, où les communications avec l'Allemagne et l'Italie se sont multipliées, semble aussi être celle où il doit résulter de ces communications une amélioration dans la musique française, et celle où il convient de multiplier les moyens de former des artistes.

L'établissement de chaque maîtrise assurera l'existence d'un compositeur ; les élèves apprendront l'harmonie, l'accompagnement, et le contre-point, base de toute composition.

Les maîtrises sont les seules institutions propres à régénérer le chant.

Pour former un chanteur, il faut qu'il ait reçu de la nature une belle voix, du goût, et une bonne constitution.

Les élèves des maîtrises seront choisis dans chaque diocèse parmi les enfants qui posséderont au plus haut degré ces qualités. Instruits dès leurs plus tendres années des principes de la musique, ils seront entretenus dans un exercice continuel du chant et de la lecture musicale, dont ils acquerront une habitude parfaite, qualité essentielle qui manque surtout aux sujets formés dans ces derniers temps 2.

Les études des maîtrises ne seront pas entièrement bornées à la musique. Les élèves y prendront les notions nécessaires du latin et des mathématiques.

Ils vivront dans toute la régularité des séminaires, et l'on mettra le plus grand soin pour les préserver de toute occa-

' Déjà, dans les départements, la disette de chanteurs musiciens oblige de supprimer dans l'exécution des drames lyriques les cliœurs et. les morceaux d'ensemble, en sorte que sous peu de temps la scène lyrique, réduite aux airs, aux romances, aux petits duos, se trouvera précisément ramenée au point d'où elle était partie, le vaudeville.

^ 11 est malheureusement certain et de notoriété publique que les sujets qui se sont formés depuis quelques années, ayant tous commencé l'étude de la musique dans un âge trop avancé, et

sion de libertinage. C'est Je seul moyen pour qu'ils ne soient pas exposés au risque de perdre leur voix et leur état en perdant les mœurs.

Les élèves des maîtrises apprendront à toucher le clavecin et l'orgue, et l'on a lieu d'espérer que dans un si grand nombre, il se trouvera des organistes distingués.

Il faut remarquer que la musique religieuse, la seule enseignée dans les maîtrises, est la musique classique, celle qui, au jugement des maîtres, est la seule propre à donner au talent musical, en toutes ses parties, tout le développement dont il est susceptible.

Le Conservatoire demeurera comme école centrale de perfectionnement. Les meilleurs maîtres continueront à y donner leurs leçons, à y exposer les méthodes les plus parfaites. Les élèves qui se seront le plus distingués dans les Maîtrises pourront y être admis : l'instruction qu'ils auront reçue dans leur enfance les mettra à même de mieux profiter de celle qui leur sera présentée, et de se livrer avec succès à la partie de l'art pour laquelle la nature les aura disposés.

Ce qui est encore plus encourageant pour présenter le projet actuel, c'est le peu d'augmentation de dépense qu'il entraînera.

Depuis plusieurs années, mes instructions ne cessent d'appeler sur cet objet l'attention des préfets et des conseils généraux des départements. La plupart ont voté des sommes plus ou moins considérables, dont le total, en lSt2, s'est élevé à 2oo,804 francs. Mais le département qui donne une année une certaine somme peut la réduire, ou ne rien donner l'année suivante, ce qui arrive fréquemment; on ne peut donc, avec ces fonds casuels et insuffisants, former des insli-

s'étanl plus parliculièremenl occupés de chanter avec goût et d'apprendre le répertoire d'un Iboâtre que les principes de l'art, sont tous incapal)le3 de lire à livre ouvert; ne pouvant étudier leurs rôles eux-mêmes, ils n'apprennent qu'aux répétitions, que l'on est obligé de multiplier à l'excès, et ils ne peuvent rendre aucun service dans la musique d'église ni dans celle des fêles publiques, qui s'exécute sans répétitions^mais tout au plus après une seule exécution préparatoire.

tutions durables, ni trouver des hommes gui veulent y attacher leur sort. Les fonds, tels qu'ils sont actuellement votés, sont loin de procurer l'avantage qu'on en retirerait s'ils étaient assurés pour l'avenir.

On a recherché, dans les vues les plus économiques, quelle somme il serait nécessaire d'ajouter pour régulariser cette première dépense et pour en reuiplir l'objet. On a fixé à 12,000 francs la dépense des maîtrises et chœurs des métropoles, àli,000 francs celle des évèchés situés dans les villes dont la population est au-dessus de quinze mille âmes, et à 10,000 francs celle des évôchés dans les villes d'une population inférieure.

Le tableau n° 1, joint au présent rapport, contenant la distribution de la somme affectée à chaque cathédrale, la désignation des fonctions de tous ceux qui y sont employés, ainsi que le nombre des élèves, donne l'idée de l'organisation de l'établissement.

La dépense serait, savoir :

Pour 9 archevêchés à 12,000 francs '.

— 50 évêchés à 11,000

Total. .

Sur quoi il faut déduire ce que déjà les départements sont dans l'usage de voter. . 221,804

108,000 fr.

668,000 fr.

Reste pour le complément et la régularité de cette dépense 446,196 fr.

Ce qui donne 4,290 francs pour la cote moyenne d'augmentation de chacun des cent quatre départements sur lesquels doit porter cette dépense ^

* La basilique métropolitaine de Paris a une augmentation particulière.

2 On s'est borné dans ce travail aux calbcdrales en deçà des Alpes-, oii les maîtrises étaient établies avant la révolution. On se tromperait si l'on croyait qu'au delà des Alpes des bei>oins pa-

La répartition elfective des 446,190 francs entre les départements, se trouve établie dans le tableau ci-joint n° 2, qui présente pour chaque département la somme votée en 1812. et celle qu'il aurait à payer de plus pour remplir la somme fixée.

Si ce projet est adopté par Votre Majesté, le régime intérieur des maîtrises et chœurs, ainsi que la comptabilité, seront l'objet de règlements pour lesquels je me concerterai également avec les évoques, après qu'ils auront, pendant quelque temps, essayé les meilleurs moyens d'exécution.

École de musique religieuse. — Extrait du rapport d^e M. Eamilîe.

(Exercice 1855.)

A toutes les époques on s'est occupé, avec une grande sollicitude, de la musique religieuse, au double point de vue de la célébration du culte et de l'art musical.

Avant 1789, il existait en France quatre cents maîtrises * ou chœurs de musique, qui entretenaient autant de maîtres de chapelle, dix mille musiciens de toute espèce et particulièrement quatre mille élèves de musique vocale ou enfants de chœur.

Le chœur et la musique étaient communément composés de vingt-cinq à trente personnes. Ils étaient ordinairement payés par les chapitres.

On enseignait dans les maîtrises les parties essentielles de la musique : le chaut et la composition. On y louchait aussi l'orgue et le clavecin.

relis ne se font pas sentir; mais la multiplicité des diocèses, les ressources de plusieurs cathédrales dans les doialions de leurs fabriques et les usages différents dans ces contrées nécessilent, en ce qui les concerne, des mesures el un rapport particulier.

' On api)elle maîtrises ou p>allelles les maisons d'éducation où l'on enseigne la musique religieuse et forme les enfants de chœur. Les bas-chœurs te composent des chantres, des serpents, etc.

Les élèves y recevaient de plus des notions littérairos et scientifiques, ils y vivaient dans toute la régularité des séminaires, et l'on en voyait fréquemment qui, après avoir poursuivi leurs études, entraient dans les ordres.

On doit rappeler aussi que c'est d'établissements de ce genre que sont sortis nos meilleurs compositeurs.

Pendant vingt ans, de 17'J1 à 1811, ces établissements ont été supprimés.

Toutefois, dès le 23 avril 1807, le ministre des cultes (M. Poi'talis ) appelait l'attention de l'empereur sur cette question et s'exprimait ainsi, en proposant à Sa Majesté l'approbation de règlements pour la maîtrise de la métropole de Paris.

(Voir ci-dessus, rapport de M. Portails, depuis les mots : Pour cultiver jusqu'à : y ixirvenir.)

Un peu plus tard, les conseils généraux volèrent des allocations annuelles pour le rétablissement ou l'entretien des maîtrises et bas chœurs. En 1812, ces allocations départementales s'élevaient à. 255,804 fr.

Quoi qu'il en soit, on comprit qu'il fallait faire plus, et le 12 octobre 1812, le ministre des cultes (.M. Bigot de Préameneu) adressa aux évèques de nombreuses questions sur la liturgie, la musique et le chœur ecclésiastique dans leurs diocèses, et les pria de lui faire connaître leurs \ues sur l'organisation de ce service.

A la suite de cette enquête administrative, M. Bigot de Préameneu fit, le 30 juin 1813, un rapport remarquable à l'empereur, en conseil d'État, sur la réorganisation des maîtrises de toutes les églises cathédrales en deçà des Alpes.

La dépense pour soixante-deux diocèses, comprenant cent quatre départements, était évaluée à 0B8,UOO fr., non compris Paris, et devait être supportée par les départements.

Ce projet ne paraît pas avoir reçu une exécution complète. Toutefois, il paraît qu'on organisa des maîtrises dans plusieurs diocèses, notamment dans ceux d'Aix, de Bordeaux, de Lyon, de Meaux et de Paris.

Dans les autres diocèses on n'en cjutinua pas moins à entretenir les maîtrises ou les bas chœurs, suivant l'importance des ressources.

Sous la restauration, cet état de choses continua. Les départements ne cessèrent pas de subventionner ce service ; des conseils municipaux eux-mêmes contribuèrent à le développer; et enfin, en 1826, le trésor public intervint.

C'est aussi à cette époque que M. Choron, qui a rendu tant de services à l'art musical, fonda, sous les auspices et avec le concours du gouvernement, l'institution royale de musique religieuse de France.

La révolution de 1830 vint arrêter les progrès de cette institution.

La subvention accordée à M. Choron fut supprimée; le maximum des allocations aux maîtrises fut réduit à 3,000 fr. par diocèse. Enfin, peu de temps après, la loi du 21 avril 1832 ayant réduit notablement le crédit affecté aux dépenses du service diocésain, le mitiistre des cultes dut supprimer complètement les subventions aux maîtrises et se borner à allouer, pour les bas chœurs, des allocations de 2,o00 à 3,000 francs.

On sentait si bien à celte époque même ce que ces réductions avaient de regrettable, que le 14 mai 1832, le ministre (M. Girod de l'Ain) invitait les préfets à appeler sur ce service l'attention des conseils généraux, et le faisait dans les termes suivants qui sont significatifs :

« Les réductions opérées sur le chapitre des dépenses dio- « césaines ordinaires ont déterminé une mesure dont les (i conséquences fâcheuses seront un jour vivement senties, (i mais lorsqu'il sera peut-être trop tard pour y porter re- « mède. Je veux parler de la suppression des maîtrises d'en- « fanls de chœur dans les cathédrales, que la chambre des (I députés s'est plu à envisager comme devant être une charge (1 spéciale des départements. »

Depuis 1833 jusqu'en 18o3, la question fut négligée. On se borna à demander des crédits pour rétribuer les employés des bas chœurs. Cependant, à partir de iSiiO, le crédit, sans être augmenté, fut rendu applicable tout à la fois aux maîtrises et bas chœurs.

Ln 18o3, cette partie fort intéressante du service diocésain fut l'objet d'un attentif examen. On ne pouvait contester que la musique religieuse était en décadence et avait surtout

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perdu son caractère sacré. Toutefois, on n'était pas d'accord sur les moyens à employer pour améliorer cet état de choses. Deux moyens furent indiqués par la commission des arts et édifices religieux, savoir : avertir les évéques que le gouvernement était disposé à poursuivre le rétablissement des maîtrises, et créer en même temps une inspection générale de la musique religieuse et des orgues des cathédrales, dont les titulaires serviraient d'intermédiaires entre les évoques et l'administration, au sujet de l'emploi des fonds alloués pour le service des bas chœurs, etc., etc.

Son Excellence s'arrêta à un parti plus pratique, et elle prit la résolution d'accorder une subvention annuelle à l'école de musique religieuse fondée rue ISeuve-St-Georges, à Paris, par M. Niedermeyer. On pensa, avec raison, que cet établissement pourrait servir de base à une réorganisation plus ou moins prochaine de nos maîtrises, qu'on ne pouvait d'ailleurs songer à organiser au moment où l'on reconnaissait l'impossibilité de trouver des maîtres de chapelle et des organistes pour les diriger.

Un décret du 28 novembre 1853 porte : qu'à dater du i" décembre suivant, il sera accordé sur le budget des cultes une allocation annuelle de 18,000 fr., pour l'entretien d'un certain nombre de bourses et de fractions de bourses dans l'école de musique religieuse fondée par M. Niedermeyer.

Ce patronage est, je le reconnais, une charge assez lourde pour le chapitre 40 du budget; mais on n'a eu jusqu'à présent qu'à se féliciter des encouragements accordés à M. Niedermeyer.

Afin d'exciter l'émulation des élèves, un arrêté ministériel du i"^"" juillet 1834, rendu sur la proposition de M. le directeur général, fonda trois prix annuels, donnés au nom du ministre aux élèves les plus méritants.

La distribution des récompenses accordées après un concours dirigé par M. le prince de la Moskowa a eu lieu au mois d'août 18oo, sous la présidence de M. le directeur général, assisté du chef de la 2^ division.

Bien que la circulaire suivante ne se rapporte pas aux Maîtrises, nous devons la donner ici pour faire apprécier la sollicitude du gouvernement pour tout ce qui se rattache de près ou de loin à l'art religieux.

Circulaire de S. Exe. le ministre de la guerre à MM. les généraux commandant les divisions et subdivisions militaires.

, (Paris, le 9 mars 1858.)

Général, les musiques militaires sont dans l'usage d'exécuter, aux cérémonies religieuses, des airs tirés de leur répertoire habituel, tels que motifs d'opéras, valses, etc., au lieu de morceaux ayant un caractère approprié au lieu et à la circonstance.

C'est surtout dans les cérémonies funèbres que cet inconvénient se fait plus particulièrement sentir et produit le plus mauvais effet.

Je vous prie de donner des ordres pour que les colonels des régiments placés sous votre commandement prescrivent à leurs chefs de musique d'avoir à rechercher dans les auteurs, soit anciens, soit modernes, des morceaux écrits spécialement pour les cérémonies religieuses ou funèbres, et de les arranger pour leur musique.

Veuillez prescrire les dispositions nécessaires à cet effet.

Recevez, général, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Le ministre secrétaire d'i'^tat de la guerre.

Pour le 7ni7iistre et par son ordre,

et pour le général de division, directeur,

Le colonel, directeur adjoint.

Signé : L. M.azel.

Voir, aux pages 206, 297 el 344, ce qui est dit de l'école avignonaise, et ce qu'en ont fait connaître M. Fr. Séguin, éditeur des Noëls de Saboly, et M. Paul Achard, archiviste du département de Vaucluse, dans V Introduction du Recueil de ces Noëls.

Qu'on me permette d'abord ici un petit souvenir personnel.

Le lundi l«r octobre 1860, nous nous rencontrâmes, M. Achard et moi, dans la ville d'Apt, chez des amis communs. La conversation roula entre nous sur la musique et les musiciens du Comtat Venaissin. Le lendemain, sans nous être donné le mot, M. Achard et moi nous nous rencontrâmes également dans le village de Bonnieux, perché sur le Luberon, à environ 18. kilomètres d'Apt. M. Achard eut la bonté de m'y renouveler l'offre qu'il m'avait faite la veille, à savoir de me communiquer toutes les notes que, depuis la publication des Noëls de Saboly, il avait pu recueillir sur le sujet dont nous nous étions entretenus.

Le 27 janvier 1861, ayant livré à l'impression les premières feuilles du présent volume , et prévoyant bien que les notes de iM. Achard y trouveraient leur place dans un Appendice, j'écrivis à mon honorable compatriote pour lui rappeler son obligeante promesse. M. Achard reçut ma lettre le 28, et le 31, c'est-à-dire trois jours après, il m'envoyait dans son entier le dossier que l'on va lire, accompagné de la lettre suivante :

Avignon, le 31 janvier 1861.

« Monsieur,

« Je m'empresse, pour répondre à la confiance que vous voulez bien me témoigner par votre obligeante lettre du 27 courant, de vider mon sac et de vous envoyer tout ce que j'ai pu recueillir sur nos musiciens d'Avignon et du déparlement. Vous y trouverez la répétition de quelques-uns des faits de la note de V Introduction au Saboly, mais ils n'y sont pas tous.

« Privé par la nature du privilège d'une organisation musicale, je n'ai jamais pu m'occuper de musique qu'au point de vue historique. Je vous prie donc de m'excuser si je suis sec comme un algébriste, et si je ne me fais pas comprendre en traçant sur une portée quelques noires, blanches ou croches, avec 1-a clef de sol en tète.

M Je souhaite que les notes ci-jointes vous soient d'une réelle utilité, et comptez sur l'empressement que je mettrai toujours à répondre à vos désirs.

« Veuillez croire en même temps aux sentiments, etc. « Voire serviteur dévoué,

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