A NOSSEIGNEURS LES ARCHEVÊQUES ET ÉVÈQUES
Monseigneur ,
Dans sa première sc'^ance préparatoire, le 25 mai t.SGO, le Congrès pour la restauration du plain-chant et de la musique d'église s'est spontanément placé sous la bannière de l'Épisropat, et il a appelé vos bénédictions sur ses travaux.
Que voulait le Congrès par cet acte qui le premier a révélé son existence? Il voulait mettre un moyen d'action, un concours dévoué au service des principes et des doctrines concernant le plain-chant et la musique d'église , de nouveau et récemment promulgués et sanctionnés dans les derniers Conciles provinciaux.
Arrivé au terme de sa session, le Congrès, Monseigneur, veut encore s'adresser à l'Épiscopat, non pas précisément pour lui rendre compte des discussions auxquelles il s'est livré, et des décisions qu'il a prises sur les questions si importantes et si multipliées de son programme , mais pour faire parvenir à Votre Grandeur immédiatement, et en quelque sorte séance tenante, l'expression des vœux qui, réunis ou séparés, nous rallieront toujours dans un sentiment et une pensée unanimes.
Unanimes, Monseigneur! Oui, en ce qui touche le chant dit ecclésiastique, plain-chant, chant grégorien, le Congrès a été unanime pour proclamer ce chant le véritable chant d'église, le chant consacré, traditionnel, le seul qui soit doué d'une vraie efficace sur les ftmes, le seul qu'on puisse appe-
1er la prière chantée, le seul permanent, le seul universel, le seul populaire, qu'on ne saurait retrancher du culte catholique sans amener une profonde révolution liturgique, et sans priver l'Église d"un de ses plus puissants moyens d'action sur les peuples.
En conséquence , comme il n'est que trop vrai que ce chant est en plusieurs lieux méconnu, défiguré, corrompu par l'ignorance, la légèreté, l'oubli des traditions ecclésiastiques, et ce laisser aller déplorable par suite duquel l'art mondain et profane a peu à peu envahi le sanctuaire et pris la place du chant consacré, le Congrès, Monseigneur, croit devoir vous exprimer humblement les vœux suivants :
i" Que le plain-chant rentre dans le programme des études des grands et petits séminaires, et qu'il soit enseigné par des professeurs ad hoc; que cette étude soit obligatoire pour tous les élèves, et qu'il soit adopté dans chaque séminaire un programme de questions relatives à l'histoire, la théorie et la pratique du plain-chant, sur lequel chaque élève devra subir de temps en temps un examen ;
2° Que dans les études musicales des séminaires, la préférence soit donnée aux morceaux dont le caractère est éminemment religieux;
3° Que l'on adopte dans les séminaires la méthode qui tiendra mieux compte de la nature du plain-chant, de sa tonalité, de la distinction de ses modes, de sa destination, de son rhythme, de sa mélodie, de sou accentuation, de son style. Aous repoussons toute méthode qui reposerait sur l'exécution à notes égales ou de valeur proportionnelle.
En ce qui touche les livres de plain-chaat, nous repoussons également l'idée de faire l'application du texte de la liturgie romaine aux chants des liturgies françaises des derniers siècles;
4° Que le plain-chant occupe sa place naturelle dans les cérémonies du culte, et notamment, et surtout, à l'Uftlce paroissial, à la Grand'Messe et aux Nèpres;
o° Le Congres n'entend pas par l'article précédent condamner la musique véritablement religieuse employée avec discrétion, et suivant les prescriptions ou la tolérance de l'ÉgUse exprimées par les Conciles et les règlements de l'au-
torité ecclésiastique ; ce genre de musique rallie les sympathies du Congrès ;
6° Nous demandons qu'il soit formé dans chaque diocèse une Commission liturgique et musicale à laquelle seront soumises les compositions qui devront être exécutées, sans que le maître de chapelle ait le droit de faire chanter ou exécuter, dans son chœur, une musique vocale ou instrumentale qui n'aura pas obtenu l'approbation de ladite Commission ;
7° Que le répertoire musical des communautés religieuses d'hommes et de femmes, des pensionnats, des Écoles des Frères, soit soumis au même contrôle, et qu'il soit également interdit d'appliquer arbitrairement, au mépris de toutes les lois de la convenance, de l'expression, de la prosodie et de l'accentuation , des paroles sacrées à des morceaux de salon ou de théâtre et des cantiques à des chansons profanes ;
8° Qu'il soit nommé dans chaque diocèse un inspecteur du chant et de la musique pour veiller à l'exécution de ces règles ;
9« Qu'il soit interdit à tout organiste d'apporter dans l'église, non-seulement des morceaux appartenant à la musique thécltrale, mais encore des compositions et des improvisations d'un style mondain, sautillant, léger, affectant les tournures , les modulations et les inflexions de la scène lyrique ;
10° En ce qui concerne l'accompagnement du plain-chant, le Congrès, sans se prononcer sur une question qui n'est pas encore jugée, et entre des méthodes qui ont besoin d'être longuement examinées et que l'expérience n'a pas suffisamment justifiées, est d'avis que l'on ne doit pas s'écarter d'une harmonie consonnante, en rapport avec la tonalité ecclésiastique, et que le chant soit, autant que possible, à la partie supérieure et dans un diapason qui réponde à la généralité des voix '.
' La Maîtrise du 15 février 1861 contient la note suivante, relative.à cet art. 10 :
« Nous croyons, pour mettre fin à toutes les diflicultés que cet
Quant à la situation matérielle des maîtres de chapelle et organistes, le Congrès émet le vœu que cette situation soit améliorée ;
H" Enfin, Monseigneur, nous vous confierons un projet à la réalisation duquel Votre Grandeur peut concourir d'une manière au Tîioins indirecte et générale. Le Congrès, dont l'existence est nécessairement bornée aux cinq jours de sa session, se continuera et se perpétuera, nous l'espéi'ons, dans une Société permanente dont les conditions légales seront ultérieurement débattues et fixées, et qui concentrera dans un foyer commun les travaux et les efforts tentés de toutes parts pour le triomphe de la cause à laquelle nous nous sommes voués. Cette Société aurait pour organe une publication périodique où seraient discutées toutes les doctrines et enregistrés tous les faits concernant le plain-chanl et la musique d'église.
Tels sont, Monseigneur, les vœux dont nous puisons l'expression dans nos convictions les plus profondes et dans notre âme chrétienne et artiste. Les marques précieuses de bienveillance que l'Épiscopat nous a données nous autorisent à croire que Votre Grandeur accueillera favorablement noire conmiunication , et qu'Elle saura en faire sortir, avec le
article a soulevées, devoir déclarer, au nom de la comiuission de la redacliûn de l'Adresse, que les trois dernières lignes du jneniier paragraphe se rapportent à une question qui, tout en rentrant dans la question j^eueraie de l'accompagnenienl du plaincbant, en im()lique néanmoins une autre, qui est celle du plainchant écrit à plusieurs voix ; qu'en conséquence les mots : et que le chant soit, autant que possible, à la partie supiiieure et dans un diapason qui reponde à la généralité des voix, doivent s'entendre d'uu morceau de plain-cliant harmonise à plusieurs parties.
« Celle explication ^era soumise, s'il y a lieu, au Bureau, alin (lu'il en autorise l'iuserlion dans les pièces du Congrès.
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temps, el dans la inebiae cuuveiuihie, les cuiibôqueiiccs qui seront en son pouvoir.
Nous avons l'honneur d'être, avec un pruiond respect, Monseigneur,
De Votre tirandeur,
Les très-humbles et très-obéissants serviteurs,
Fait à Paris, eu séance, le 30 novembre 1H6U.
Les membres du bureau :
L'abbé Victor PELLETIEU, chanoine de l'éylisc d'Orléans, président ;
A. UE LA FAGE, F. BEiNUiST, J, D'ORTIGLE, viceprés ideut/i ;
A. RABL'TAUX, secrélaire (jcnénU ;