UN SEUL LANGAGE. PLUSIEURS LANGUES
subit diverses altérations ou transformations; il cessa d'exister dans sa constitution primordiale, et il se subdivisa en autant de langues qu'il y eut d'agrégations d'individus isolées les unes des autres.
Ces diverses langues, comme celles qui en sont dérivées, doivent présenter entre elles des ressemblances générales et des dissemblances individuelles analogues à celles que l'on peut remarquer entre les diverses races d'hommes; et, comme ces dernières, elles remontent par autant de fils à une môme origine, à une source commune'. Mais, de môme que l'humanité se transmet constamment, de peuple à peuple et d'individu à individu, les deux conditions qu'elle lient et du principe de sa noble origine et du principe de la dégradation immédiate de sa nature, de môme aussi chaque langue conserve, gravée dans sa constitution intime, la trace de cette guerre perpétuelle de la chair et de l'esprit, de ce dualisme effrayant entre la grâce et la nature corrompue. « Les mots empruntés au langage humain, et surtout aux langues terrestres, dit à ce sujet un écrivain de l'Université catholique^ participent des impeifections de notre nature^.» — « Dans la littérature , ajoute à son tcur un aulre rédacteur, comme dans la société, comme dans l'individu, la chair et l'esprit, le bien et le mal, le ciel et l'enfer se livrent un combat qui ne unira qu'avec le monde \ »
Or, le fait du péché originel ne serait-il pas aussi
» Voir le Parallèle des langues de l'Europe et de l'Inde, par M. F. G. EicliLofF, nieml re de la soc'u té asiatique. « Univcrsilé catholque, l" liv., p. 200. » Ibid , i'^ liv., p. 119.
UNE SEULE MIS:QUE. DIVEliSES TOXALHÉS. 3
le point de départ de toute élude ayant pour but d'expliquer la nature de la musique et de ses effet?, de telle sorte que, ce mystère étant rejeté, il serait impossible de se rendre raison de ce qu'il y a de plus intime et de plus mystérieux dans cet art, ainsi que de celte double tendance qui est dans tous les systèmes de musique comme dans les langues, comme dans toute autre manifestation de la pensée humaine? C'est ce que nous croyons pouvoir démontrer.
Et d'abord, comme la parole, la musique est un don fait à l'humanité tout entière.
Il est à présumer que le mode ou langage musical dans lequel le premier homme chanta son cantique d'actions de grâces, était le mode le plus propre à exprimer celle communication de sentiments qui existait directement, à l'origine des choses, entre la créature cl le Créateur, et que ce chant primitif, donné à l'homme avec la parole^ n'eût subi aucune altération dans sa constitution fondamentale, si l'humanité avait toujours formé une seule société, une seule et grande famille. Mais, par suite de la séparation du genre humain et de la dispersion des peuples, la constitution primordiale du langage musical se subdivisa en divers idiomes ou dialectes musicaux, c'est-à-dire en tonalitis distinctes entre elles, mais toutes dérivées du mode originel, ayant chacune leur alphabet particulier ou leur gamme , leur syntaxe propre, fondée sur la nature de la gamme ellemême etsur les lois résultant des relations des intervalles dont la gamme se compose.