A. — CONSERVATOIRE
Titre officiel :
Conservatoire de musique Royal danois-
sous la protection du Roi.
Les deux effigies représentées ci-dessous dans le sceau du Conservatoire Royal de Copenhague, sont
(1) Principaux éditeurs de musique : Wilhelm Hansen, Hennings (Xordisk Musikforlag'. J'apprends que ces deux
•celles de NieJs W. Gade et de J. P. E. Hartmann, le gendre et le beau-père, que les Danois considèrent à juste titre comme les fondateurs de leur musique nationale et comme les maîtres qui leur font le plus honneur, dans l'histoire cosmopolite de la composition musicale. Hartmann naquit en 1805 et mourut •en 1900. Gade naquit en 1817 et mourut en 1890,
On considère souvent Hartmann comme compositeur plus franchement danois que Gade, bien que les compositions de ce dernier aient aussi un caractère Scandinave nettement dessiné. Hartmann fit trois •opéras et plusieurs ballets. Ses œuvres les plus réputées sont la Cantate qu'il composa pour le quatrième centenaire de l'université de Copenhague et un chœur pour voix d'hommes avec orchestre intitulé Vôlvens Spaadom (Prédiction des Nornes). Son ballet. Valkijrie, est resté au répertoire de l'Opéra de •Copenhague.
Gade allie au caractère mélodique Scandinave une robustesse d'écriture toute germanique qu'il acquit au contact de Mendelssohn et de Sohumann dont il était l'ami et auprès desquels il fit un long .séjour. Parmi ses nombreuses œuvres orchestrales (huit symphonies, cinq ouvertures, etc.), j'ai toujours été séduit par sa superbe ouverture d'Ossian universellement connue et l'une de ses premières productions. Sa ballade, Elverskud (Légende des Elfes) pour
maisons viennent de se réunir sous la direction de MM. Alfred et Jonas Wilhelm-Hansen et Einar Jespersen, ce dernier spécialement chargé des arrangements de concerts dans les Etats Scandinaves. Elles ont, une succursale à Leipsick. Journal de musique : Musikblader .
3 voix solo, chœur et orchestre est encore très jouée.
Remarquons qu'en Danemark plus qu'ailleurs, l'art musical se cultive en famille; c'est là un excellent moyen pour perpétuer les traditions, sans compter •que l'éducation musicale est ainsi beaucoup plus facile. On a vu la parenté de J.P. E. Hartmann et de 'Gade. Le grand-père de J. P. E. Hartmann, né en Allemagne, s'était fixé à Copenhague où il était violoniste de la Cour. Son père était organiste. En continuant la descendance nous trouvons son fils, Emil Hartmann, compositeur de talent comme son étendre, August Vinding.
Le fils de Gade. Axel Gade. est professeur de violon au Conservatoire et son petit-fils est un excellent chanteur de concerts.
Dans les autres familles danoises de musiciens citons les frères Hammerich, les Lumbye, les sceurs Magnus, les frères Mailing (Otto et Jorgen',les Rung, les Schytte, les Stockmar, etc.
Le Conservatoire royal fut fondé en 1867 par le é cène Moldenhaver, qui dépensa 143,<H)0 couronnes 1 1,1 à son installation. M. Moldenhaver s'adjoignit dès la première heure J. P. E. Hartmann, Niels Gade et le chef d'orchestre Pauli.
Son directeur actuel est, administrativement, M. Otto Mailing qui est en même temps professeur de composition. Il y a trois codirecteurs, le chanteur \\ Bielefeldt, le violoniste Anton Svendsen, concert-
ai) La couronne danoise vaut environ l fr. 40. et il faut 1(X) ores pour faire une couronne.
OTTO MALLING
Né à Copenhage en 1848 ; organiste et compositeur, élève de Gade et de Hartmann ; auteur de beaucoup d'œuvres instrumentales (symphonies, musique de chambre, pièces d'orgue) et chorales et d'un ballet « Cendrillon » joué au Théâtre Royal; directeur du Conservatoire depuis 1899.
Utto Malling
meister du Théâtre Royal et })Our la partie financière M. von Stemann, ancien ministre des Cultes (1).
L'Etat donne une modeste subvention annuelle de 10,000 couronnes.
Le Conservatoire occupe depuis 1903 un bel immeuble construit spécialement pour lui, 3ô, boulevard Vester. Il contient une salle de concerts très simple, de 400 places environ, avec un grand orgue à deux claviers.
L'immeuble a coûté 200.000 couronnes et le rez-dechaussée est loué à un établissement financier.
La salle de concerts du Conservatoire se loue au prix de 60 couronnes.
Les élèves ne sont actuellement qu'au nombre de 130 et les jeunes filles y sont en sensible majorité. Le prix \iioyen de l'enseignement est deSOO couronnes.
L'Etat paye renseignement de 15 élèves et il y a deux fondations privées, chacune pour l'éducation musicale complète d'un élève.
Les cours durent en général 3 ans et il y a 6 semaines de vacances, de la mi-juillet à la tin août.
Les élèves sont admis de 15 ans à !25 ans et on leur demande d'avoir des dispositions réelles plutôt que d'avoir déjà de l'acquis.
Toutes les classes sont mixtes et l'enseignement est donné à trois élèves à la fois, deux fois par semaine pendant une heure.
Il n'y a pas de classe de harpe.
Les jeunes gens ne sont pas admis dans la classe
(1) M. Bielefeldt c:^t décédé et vient d'être remplacé par M. Axel Gade. M. von Stenionn a donné sa démission et sa place est vacante.
d'ensemble choral pendant la période de la mue, pour éviter, m'a dit M. Mailing, que leur voix ne se casse. Nous avons vu, dans d'autres conservatoires, tous les élèves, sans exception, obligés d'assister à cet ensemble et de suivre s'ils ne peuvent chanter.
Les. ouvrages adoptés pour l'enseignement sont pour le solfège, le contrepoint et l'harmonie, ceux de WuUner, Hollânder, Richter, Jadassohn, etc. En ce qui concerne sa classe de composition, M. Otto Mailing trouve que le maître doit avant tout se préoccuper de former des musiciens solides, en évitant toute pression artistique ou esthétique sur ses élèves et que l'inclination de ceux-ci doit seule les diriger dans telle ou telle voie. Il admire Wagner sans l'aimer et il a)oute : « L'esprit germanique n'a pas le droit absolu de cité ici. »
M. Otto Mailing a fait spécialement pour ses élèves un traité d'instrumentation.
Parmi ceux qui promettent actuellement comme compositeurs, il me cite M. Rudolph Simonsen âgé d'une vingtaine d'années et qui vient de composer, dans une forme classique assez libre, un remarquable quatuor en ut mineur avec piano.
Le Théâtre de l'Opéra se recrute en grande partie au Conservatoire, tant sous le rapport vocal qu'instrumental, mais il n'y a aucune règle fixe à cet égard.
J'ai entendu au Conservatoire une répétition de la classe d'orchestre, et j'ai apprécié l'exécution de la Symphonie Italienne de Mendelssohn.
Cette classe, dont l'initiative revient à M. Joachim Andersen qui la dirige, comprenait, en 19U8,66 élèves
dont lOjeunes filles et comme instruments : 39 violons, 2 altos, 6 violoncelles, 5 contre- basses, 3 flûtes, 2 hautbois, 3 clarinettes, 3 cors et 3 trompettes ; pour les parties absentes ou trop faibles, on fait appel à d'anciens élèves. La classe d'orchestre donne de temps à autre des matinées par invitation au Koncert-Palae dont nous parlons ci-dessous.
Il existe à Copenhague d'autres écoles de musique; quelques-unes prennent également le nom de « conservatoire ». Les principales sont celles que dirigent M. Hornemann, M. Glass, M"^ Sophie Olsen.
Signalons au Musée National une superbe collection d'anciens instruments de musique. Le musicographe Angul Hammerich en a publié un catalogue illustré et descriptif des plus intéressants.