‹ La musique actuelle dans les états scandinavesChapitre 11 sur 19 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

BIBLIOTHECA

de Hallen; R(in du compositeur-critique V. Peterson-Berirer, Den Bergiagna et Den fortroUade Katten de Ivar Mallstroem.

On donne en général deux ou trois fois par an la Tétraloçiie wagnérienne.

Le théâtre est fermé du 1" juin au 20 août.

J'ai entendu à l'r)péra de Stockholm : Othello de Verdi, Faust de Gounod et Don Juan de Mozart.

La sonorité de la salle est inégale : elle a une certaine tendance à l'écho pour le spectateur qui est au fond des fauteuils d'orchestre ; elle est bien meilleure lorsqu'on est au balcon; d'autre part elle est un peu sourde lorsque les acteurs sont au proscenium .

Le triomphateur de la soirée d' Othello fut le baryton Forsell qui jouait lago. Il a une belle prestance, une superbe voix et est excellent comédien; le la aigu lui est facile et sa demi- teinte est charmante ; tout au plus pourrait-on lui reprocher de serrer légèrement les sons graves. La scène du mouchoir fut dite par lui avec un art exquis.

M. Forsell a été pendant quelque temps élève de Saint- Yves Bax au Conservatoire de Paris.

A côté de M. Forsell, M'"^ Lykseth-Schjerven donna beaucoup de poésie au rôle de Desdémone. Son timbre est d'une fraîcheur délicieuse; c'est une de ces voix du Nord dans le genre de celle de M'"'^ Ackte, de ces voix blondes qui vous charment par leur candeur ; son fa dièse notamment est d'une remarquable limpidité.

Le ténor Menzinsky, qui, dans la force, a la voix un peu dure, personnifiait à souhait le Maure jaloux.

3p:EJBA.2yC;PN.-^Di

. P,v«v'j:-!^rv.v<'M-^ .~

-^^^^^^ÎJ'^t?^'

iil=«^s-=^

aj l-fjlSi

STOCKHOLM. — Plan du Théâtre Royal

Les autres rôles, confiés à MM. Xyblom, Wallgren, Schwebach, etc., étaient très honorablement tenus.

Aux représentations de Copenhague, j'avais eu l'impression, à certains moments, que j'assistais à une exécution, allemande au point de vue de l'interprétation vocale. Ici, au contraire, il semble qu'on assiste à quelque bonne représentation française.

M. Jàrnefelt dirige bien, mais en quelques endroits j'aurais désiré, à Torchestre, plus de fini dans les détails.

11 m'a semblé d'ailleurs que les musiciens étaient trop au larce dans l'espace qui leur est réservé. Rien ne vaut en effet le coude à coude pour la précision de l'ensemble et la chaleur de l'exécution.

Les chœurs sont bons; dans certaines scènes on désirerait qu'ils fussent sensiblement plus nombreux.

Les décors d'Othello sont fort beaux, très frais, et tout est l)ien étudié au point de vue de la mise en scène.

C'était jour d'abonnement. Comme à Copenhague, le public m'a paru peu chaleureux et applaudissant assez parcimonieusement les ai-tistes.

Faust, que j'ai entendu ensuite, était dirigé par M. Nordqvist.

On se rend compte dès le premier acte qu'il y a à l'Opéra de Stockholm une tradition de Faust et que l'œuvre a été parfaitement mise au point à l'oriiiine.

L'orchestre fut d'un bout à l'autre très lin, particulièrement le quatuor; il est toutefois regrettable qu'on fasse usage de gros trombones à pistons caverneux qui alourdissent l'ensemble. Dans l'accompagnement

du rouet, les mi et si de la première octave de la flûte étaient un peu trop bas.

Le prélude du l*''" acte fut très bien joué; dans la valse du 2^ acte, il y eut des gradations fort heureuses. D'ailleurs M. Nordqvist, dont la direction est de fort bon goût sans viser à l'effet, comprend Faust d'une façon éminemment artistique et j'ai rarement entendu exécuter ce chef-d'œuvre avec autant de netteté, des nuances aussi poétiques et un en«emble aussi fondu.

On fait ici deux suppressions fâcheuses, d'abord la fanfare sur la scène dans le chœur des soldats, puis le ballet de la Nuit de Walpurgis. Par contre on rétablit, à la place de celui-ci, un air à boire en SI bémol à H/S que chante Faust :

<■ Doux nectar, dan.s ton ivresse, etc. »

Cet air qui appartenait à la version primitive de Faust est j je l'avoue, bien peu digne de son auteur.

Notons après la mort de Valentin, un détail de mise en scène : les torches s'éteignent et les chœurs groupés d'une façon artistique sont éclairés par une lueur crépusculaire bleuâtre d'un etîet saisissant.

Les interprètes de Faust étaient très satisfaisants. Le ténor Odmann a une belle voix, solide, mais il roule les « r » avec une sorte d'affectation.

M. Odmann est le doyen des artistes du théâtre de Stockholm, où il a débuté fort jeune et qu'il n'a jamais ({uitté. Il y a à peu près la situation (pi'avait autrefois à l'Opéra de Paris notre excellent ténor Villaret.

■rM

! ! : M ! i^i ITi J L

ixëd

STOCKHOLM. — Plan de la Scène de l'Opéra.

M^^^ Lizell chantait Marguerite fort joliment, et ;^jme3 Bartels, E. Ciaussen et MM. Waligren, Oscar, Grafstrom, formaient un ensemble très homogène.

Le dernier spectacle auquel j'ai assisté a été Don Juan dirigé encore par M. Nordqvist dj.

C'était la 383- représentation de cet ouvrage au Théâtre Royal.

L'orchestre y fut remarquable tout spécialement dans l'ouverture où, dès le début, les gammes caractéristiques ascendantes crescendo et descendantes en pp subito eurent toute l'ampleur désirable. D'autre part, l'opposition entre la gravité de Vandante et la finesse de Vallegro fut très bien soulignée.

Les récitatifs de Don Juan sont accompagnés ici par un simple piano dans la coulisse. C'est par trop rudimentaire et je préfère la façon de M. Malher à Vienne qui accompagnait lui-même, à son pupitre de chef, avec un piano soutenu par un violoncelle et une contrebasse.

M. Forsell est des plus élégants dans le rôle de Don Juan qu'il chante avec une désinvolture surprenante ; ses fa et sol de poitrine sont superbes, et il a certains effets d'imitation en voix de tête tout à fait réussis. Je crois que M. Forsell aurait, dans ce rôle de Don Juan, un énorme succès à Paris, particulièrement à la salle Favart.

Le magnifique organe de M"'*" Lykseth-Schjerven sonne bien dans le rôle de Donna Anna, mais j'aurais désiré que l'artiste y accentuât davantage le côté

(1) Depuis mon passage à Stockholm, M. Nordqvist a quitté l'Opéra et a pris sa retraite.

dramatique ; je l'aimais mieux dans le r(Me de Desdémone.

Le ténor Malm chante agréablement les deux airs de Don Octavio.

Enfin M™«^ Bartels et Hesse ; MM. Svedelius, Stiebel, Mandahl complétaient une excellente interprétation. Le trio des Masques fut fort Ijien chanté.

Il y avait de très beaux décors. Celui du l^'' tableau avec sa pièce d'eau au fond éclairée par la lune, est charmant. D'ailleurs, ce qui concerne les décors et l'éclairage est toujours très soigné ici; les couleurs sont seulement parfois un peu vives et un peu crues.

La mise en scène de Don Juan est bien comprise et aide le spectateur à s'y reconnaître, au milieu des nombreux tableaux ; par exemple, au 7^ tableau, l'inscription du socle de la statue du commandeur s'illumine en rouge de la façon la plus heureuse.

11 est à remarquer que ces trois très bonnes re^irésentations auxquelles j'ai assisté à l'Opéra Royal de Stockholm, se sont succédé à trois jours consécutifs; c'est, pour un théâtre lyrique, une preuve de grande vitalité, car il s'agissait là de spectacles fort importants.

Page 1