‹ La musique actuelle dans les états scandinavesChapitre 4 sur 19 · OZ LA MUSIQUE ACTUELLE · texte numérisé non relu

OZ LA MUSIQUE ACTUELLE

M. Riing conduit avec une grande sûreté et l'introduction fut superbement enlevée. Après le chœur des soldats (des plus médiocres), l'unisson des ténors qui précède le chœur des cigarières fut très bien chanté par 6 voix. Les cigarières avaient des timbres très agréables, mais elles parvenaient difficilement à suivre le mouvement, vraiment trop rapide. Le chœur des gamins est ici, pour les quatre cinquièmes, composé de femmes et de petites filles, ce qui enlève beaucoup du caractère et de l'opposition voulus.

La vTjix de M"'*" Lendrop qui chante Carmen est très sj'mpathique et d'une qualité charmante.

Le la bémol et le si bémol du ténor Herold qui interprétait Don José, sont *uperbes. L'artiste a une tendance à chanter un peu bas sur nii et fa dans la nuance piano, mais il possède un magnifique et généreux organe ; quoiqu'il soit dans la force de l'àn'e, je crois qu'il peut en tirer encore un plus grand parti.

M. Herold n'appartient pas officiellement à la troupe du Théâtre Royal ; il n'y chante qu'en représentation, mais ses représentations sont nombreuses.

M. Holmqvist jouait Escamillo d'une façon un peu véhémente mais avec une bonne voix et M™*"IdaMoller donnait une jolie couleur au rôle de Micaéla, surtout dans les notes aiguës. Cette artiste ayant sauté au 3® acte une mesure, ^L Rung l'a rattrapée avec une adresse consommée, sans que le public s'en soit pour ainsi dire aperçu.

L'interprétation orchestrale fui très bonne; je citerai spécialement les délicieuses nuances du duo de

Micaéla et Don José au premier acte, l'introduction du 2^ acte où les bassons, qui jouaient à deux, se partagèrent ensuite le trait de croches avec un équilibre parfait. Tentr'acte du 3'' acte où les instruments à cordes furent" excellents (malheureusement la harpe n'était pas absolument d'accord i et enfin l'introduction du 4^ acte où le hautbois se distingua. Il y avait à l'orchestre un excellent l^"" cor et de fort bonnes trompettes.

Quelque remarquable que fut la conduite de la représentation, je ne suis néanmoins pas d'accord en tout avec M. Rung. Ainsi par exemple, au 2^ acte, à la fin de l'air du Toréador, il prend le petit dialogue sur les mots « l'amour » dans un mouvement d'une lenteur exagérée qui alourdit l'effet.

Les décors de Carmen étaient presque misérables, mais le rideau d'entr'acte, qui représente des petits anges remontant un rideau derrière lequel on voit une terrasse ornée de statues, et dans le fond une montagne surmontée d'une sorte d'Acropole, est vraiment très beau.

Le public ne m'a pas paru en général d'un grand enthousiasme.

L'acoustique du Théâtre Royal est bonne. Constatons d'ailleurs que c'est surtout dans les très grandes salles de théâtre ou de concerts que cette question d'acoustique est vétilleuse.

La représentation des Maîtres Chanteurs fut donnée devant une salle bondée. M. Rung dirigeait encore.

Certaines parties furent superbement exécutées, notamment le final si compliqué du 2*^ acte.

L'orchestre montra de grandes qualités. S'il n'eut

peut-être pas dans le prélude du 3"^ acte, le fini aérien qu'on est en droit de demander, il fut parfait immédiatement après dans tous les rappels des scènes précédentes.

M. Herold chantait Walther von Stolzing et fit preuve dans ce rôle de dons de premier ordre et d'une étonnante vaillance; j'aurais toutefois désiré qu'il dît le Preislied plus legato surtout à la fin ; je ne m'explique pas aussi que, dans le quintette, il ait donné des si bémols en voix de tète, qui décolorèrent tout le morceau.

La basse-chantante Nissen fut excellente comme voix et comme attitudes dans le rôle d'Hans Sachs et M. Mantzius 'Beckmesser) joua très bien, particulièrement le début du 3*^ acte. La jolie voix de M'"® Ulrich convenait bien au personnage d'Eva.

Les décors des Maîtres Chanteurs ne sont pas meilleurs que ceux de Carmen; de plus l'éclau-age y est défectueux parfois.

En comparant la représentation des Maîtres Chanteurs à celle de Carmen je préfère la seconde comme compréhension artistique d'ensemble, les Maîtres Chanteurs m'ayant semblé, à certains passages, ne pas être rendus avec tout l'éclat et toute l'élégance qu'ils comportent.

La 3^ soirée que j'ai passée à l'Opéra de Copenhague comprenait Cavalleria Rusticana de Mascagniet Paillasse de Leoncavallo, avec le ténor Herold dans les rôles de Turiddo et de Canio, M'"^ Ulrich, dans Santuzza et Nedda.

A part quelques bons moments de M. Herold, ces deux œuvres ont eu une exécution peu brillante et

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Forchestre y fut médiocre ; T'intermezzo de Cavalleria n'a même guère porté.

Le " public était sensiblement moins élégant que celui des spectacles précédents où la plupart des hommes étaient en habit et cravate noire ; c'était cependant une représentation aux mêmes prix que le dimanche d'avant où j'avais entendu Carmen.

J'ai eu, on le voit, la chance d'entendre ici un spécimen de chaque école, française, allemande et italienne. C'est certes l'école française que les Danois interprètent le mieux et qui semble s'adapter le plus complètement à leur tempérament artistique.

Avant de quitter Copenhague, je dois remercier tout spécialement notre ministre, le comte Horric de Beaucaire, des facilités qu'il m'a obtenues pour Taccomplissement de ma mission, ainsi que M. le commandant Hepp, notre attaché militaire, qui, parlant à merveille le danois, a bien voulu m'accompagner en maintes circonstances.

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