‹ La musique arabeChapitre 5 sur 14 · OT |; A · texte numérisé non relu

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enseignent que l’octave est divisée en 17 intervalles et comporte 5. espèces de quartes appelées mers, que les modes ou makamal se distinguent entre eux par la composition du tétracorde inférieur et du pentacorde supérieur (qui sont des tabaka). Nous apprenons que les modes musicaux ont 84 circulations et qu'en transportant chaque gamme sur chacun des 17 degrés de l’échelle, il en résulle 1428 échelles tonales auprès desquelles, avouons-le, nos deux gammes majeures et mineures modernes paraissent d’une humiliante pauvreté.

Les théoriciens arabes ont lu, traduit et commenté les (héoriciens de la musique grecque, Aristote, Platon, Aristoxène et autres, et il faut voir, pour ne citer qu'un exemple, avec quelle précision Al Farabi, dans son Xïitab el Mousiqui, calcule la distance «les ligatures à appliquer sur le manche des instruments à cordes, les diverses manières d'accorder ces instruments et d’en jouer en appliquant les doigts aux points de la corde correspondant aux 3/9, 5/6, 6#/81, 92/45 de sa longueur.

À partir du IXe siècle, les écrits arabes sur la musique sont nombreux : ce sont les 100 chansons d’Ieleih Ibn El Aura (1), un des chanteurs d'Haroun El Raschild, le recueil d’Ishac (?} qui mou-

d'un exemplaire de 482) (Bibliothèque de l’Escurial no 909) (Bibliothèque Ambrois, de Milan). Al Farabi, surnommé le nouvel Aristote, mourut à Damas l'an 339 de l’hégire (930 de J:-C.).

(1) Cité par le baron Hammer-Purgstall in Litteratur Geschichte der Araber, IT.

(2) Cité par Kosegarten dans le Proemium de Ali Ispahanensis Liber Cantilenarum magnus. Gripesvoldiae, 1840.

: donnance des tons, les éléments de la musique, l'union dé la musique et de la poésie, le grand livre en deux discours d’Ahmed ben Mervan es Sercheñi (?, fe traités théoriques et pratiques du Xe siène cle d EL Farabi, et “ recueil des Lettres de Frères ce la piraes 6,

(1) Cité par le baron Hammer-Purgstall, loco clio, et dans land told d . Litteratur,t. XCI, 3e trim. El Kindi ‘est le plus ancien écrivain arabe qui a traité de la musique. Il mourut l’an 248 de He (862 de J.-C.).

(e) Cité ie) les cote précédents.

et à Paris.

(4) Traduit en re par Kosegarten dans l’ouvrage cité.

k (5) Arabe de Grenade qui mourut l’an 561 de l’hégire (1165 de J. -C.). Son | . nuscrit est à la bibliothèque royale de Madrid. %

(6) Arabe du royaume de Grenade, mort en l’an 741 de l'hégire (4340 Pre C.). Son manuscrit (Abrégé des pr incrpes de la musique mondaine) est. à na bliothèq ue de l’'Escurial.

(7) Écrivain turc dont le manuscrit est à la bibliothèque royale de Bdri. (8) Seconde moitié du XIIIe siècle. Manuscrit à 1 bibliothèque impériale Vienne, n° 164 de la collection Rzervusk.

(9) Première moitié du XVe siècle. Arabe d’ Espagne dont le manuscrit est la CUEA de l'Escurial. | | |

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D innisons de sons et de rythmes », d’Abd el Kader ben Gaibi. u k À D Lite des tons» de Schamseddin él Damaschi (2) ; On pourrait ajouter à cette nomenclature des principaux manuscrits arabes une série considérable de chansonniers, de traités de poésie et de’ Sue épars dans les bibliothèques publiques ÉLLE

privées.

Nulle part, jusqu'à aujourd'hui, on n’a découvert de système de notation musicale usité par les Débicione de la musique arabe.

. Et cela a bien lieu de nous étonner d’un tel peuple de savants, car, partout, autour d'eux, chez leurs voisins comme dans les con- trées qu’ils ont conquises, les Arabes ont trouvé des notations musi-

cales qu'ils auraient pu adopter ou qui les auraient conduits à une

notation nouvelle et personnelle. R

Les Arabes ont connu la notation musicale des Persans et des peuplades de l’Yemen dérivée de la notation grecque ; ils ont connu

. celle des Hindous qui remonte à la plus haute antiquité, au livre de

- Somaintitulé Raga bovoda (Doctrine des modes musicaux), où les

airs sont notés avec les lettres de l'alphabet sanscrit () ; ils ont ren-

contré chez les Chinois la nolation adoptée depuis ROPRPAr c’est- . à-dire 2,700 ans avant notre ère (4).

Eux qui traduisaient les théoriciens grecs, ils ne LÉRESRAT igno-

(1) Écrivain persan dont le manuscrit est à Mivoene de Leyde. (2) Le manuscrit est à la Bibliothèque Nationale de Paris, n° 1214.

(3) William Jones. On the m ustoa modes ofthe Hindus in Asiatic researches. Loudres, 1799. |

(4) Le P. Mersenne : Préludes de Hamas universelle. Paris, 1634.

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rer la notation qu'Alypius a consignée dans son Eisagogué Mousiqué \ ‘ (Introduction musicale) (1), celle de Pythagore et celles que du temps de Platon on employait soit pour les mélodies vocales, soit pour les. mélodies instrumentales. Ils avaient lu Boece À) et son chapitre sur. la « Dénomination des notes musicales par les lettres grecques et latines. » Ils ne pouvaient pas ne pas savoir que du VITT* au XIÏe siècle, les neumes servirent à la notation musicale de l’Europe, et en

Espagne, ils furent en contact pendant plusieurs siècles avec les ‘4

Mozarabes qui avaient des neumes spéciaux avant d'adopter la nota- .)

tion d'Aquitaine (5). | à

& Les Arabes connurent assurément les règles de la notation de la £ 3 liturgie byzantine, la notation du VIIT* siècle de Jean Damascène (4), : “os ë (1) Sophiste de l’école d'Alexandrie qui vivait au Ile siècle. Manuscrit de u

Bibliothèque Nationale de Paris. |

(2) De institutione musicæ libri quinque.

(2) Cf. Liber ordinum en usage dans l’église Wisighote et Mozarabe du Veau XIe siècle, par D. Marius Pérotin, bénédictin de Fainsboroug, dans Monumenta ecclesiae liturgica, volume V, 1904. Le manuscrit provient de l’abbaye de Silos (Espagne) ; il date de la deuxième moitié du VIe siècle et contient un grand nombre de morceaux notés en neumes. Un autre manuscrit (Madrid, bibliothèque royale, ne 56, ancien n° F. 224), contient un grand nombre de formules avec la notation musicale propre aux églises d'Espagne avant l'introduction de la liturgie romaine. Sur certains feuillets, la notation Mozarabe a été effacée avec le grattoir et remplacée par la notation française à points superposés.

Cf. aussi sur ce fait historique important : la Paléographie musicale, des Béné- 2% dictins de Solesmes, t. I, pl. ?, 1889 ; Don Juan Faccundo Riano (Fac simile d’un FE

feuillet entier de « l’Ordo pro solo rege ») et Grictical and bibliographical notes «0 on early spanish music. Londres, 1887. “

(4) Traité de musique ecclésiastique (VIT: siècle), publié par l'abbé Gerbert Ve dans De cantu et musicä sacrà a primä ecclesiae aetate usque ad prœsens tempus. EX Ex typis San Blasianis, 1774. :

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à dés réformes de Guy d’Arezzo (2), de Jean de Garlande (3), de Wal-

ter Odington, le bénédictin de Worcester (4), de Marchetto de Padoue (5) et de Philippe de Vitry (6). Ils purent enfin et de trés

bonne heure voir les Juifs employer les accents toniques et les

points diacritiques, au moins depuis le Ve siècle de notre ère au temps des Massarètes de l’école de Tibériade après la rédaction défi- nitive du Talmud (?). :

Tous ces exemples furent vains et les Arabes n écrivirent pas leur musique. *

On a dit, pour expliquer ce fait, que chez les sémites de la vieille Égypte et de la Mésopotamie, la musique était considérée comme un art inférieur auquel les castes nobles refusèrent de s’adonner et que la profession de musicien était abandonnée aux mendiants, aux aveugles et aux esclaves. Un peuple imbu de tels préjugés ne se. ut pas la peine de formuler des règles et d'inventer ou d'adop= ter un SAONE de notation pour conserver sa musique.

(1) Traduits par Schræder dans Thesaurus ling iguae armenicae antiquae et hodiernae. Amsterdam, 1660.

(2) XTe siècle.

(3) XIIe siècle.

(4) XIII: siècle.

(5) XIIIe siêcle.

(6) XIVe siècle.

(7) C’est l'opinion qui a prévalu sur cette question historique très contro-

versée ; elle est due au célèbre grammairien juif cinç-centiste Elias Levita. (E. David et M. Lussy : Histoire de la notation musicale. Paris, 1888)

celles de la liturgie arménienne (1); ils furent au courant des gran-/ 0

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Cette interprétation semble détruite par les faits les plus positifs, par la place considérable occupée de tout temps par la musique dans la vie sociale des Arabes, par l'importance donnée à la musique dans l'éducation et l'instruction, par la minutie avec laquelle les théoriciens étudient ses lois et les consignent dans leurs ouvrages.

D’autres ont pensé que les Arabes ont voulu, ce faisant, garder leur art musical de toute profanation par les infidèles, comme les meslevis Turcs refusent encore aujourd’hui de laisser écrire leur musique, bien que les turcs aient une notation musicale, pour sauver leurs chants religieux du contact du vulgaire, de la moquerie et de la vaine curiosité des étrangers.

Peut-être faut-1l chercher moins haut et dans une pensée plus terre à terre une explication plausible. |

La profession de chanteur et de musicien fut autrelois excessivement lucrative. Pendant les grandes périodes des kalifes, les souverains et les riches particuliers rivalisaient de largesses en faveur des instrumentistes qui leur procuraient une sensation agréable ou des: poëêtes qui improvisaient en leur honneur ou en l'honneur de leur belle favorite un quatrain bien tourné. Ibrahim el Mauceli (1), pour avoir composé trois airs, reçut 600,000 dirhams et une maison de campagne de la valeur de 160,000 dirhams. Nos musiciens n’ont pas connu ces temps fabuleux ; mais au siècle dernier, leurs chanteurs

(1). Caussin de. Perceval : Notice sur les principaux musiciens arabes des trois premiers siècles de l’Islamisme. Journal Asiatique, 1873.

et leurs joueurs de rebeb et de kouïtra ne quittaient jamais une fête sans avoir recu de tous les invités une offrande généreuse qui rendait très fructueux le monopole de leur profession et ne pouvait que les inciter à garder soigneusement pour eux seuls leur répertoire musical.

Peut-être pensaient-ils, comme le moine d'Angoulême du temps de Charlemagne, que les infidèles sont incapables de rendre les sons tremblants, battus et coupés de leurs cantilènes « à cause de la rudesse de leur gosier ».

Toujours est-il qu'ils se contentaient d'apprendre à quelques rares élèves, de voix à voix, ce qu'ils savaient pour éviler la concurrence d'un trop grand nombre de confrères et, dût leur répertoire disparaitre avec eux, pour conserver jusqu’eu bout les prérogatives et les bénéfices d’une profession qui nécessite une mémoire prodigieuse et un apprentissage fait de doses inoutes de patience et de persévérance.

J'ai le devoir d'ajouter que ces sentiments ne sont pas ceux des artistes indigènes que vous voyez à mes côtés. Ils ont compris qu’au lieu d'amoindrir la musique arabe, sa notation permettrait de dresser un monument de plus à la gloire artistique de leur race etils ont consenti à me dicter leur répertoire, accomplissant ainsi une œuvre intelligente dont 1l n’est que juste de les féliciter publiquement.

Nous n’en sommes pas moins condamnés à ne pas retrouver des manuscrits de musique arabe et c’est sans doute ce qui a détourné les musicologues et les orientalistes des études où ils suivaient forcément le chemin obscurum per obscurius.

Ilest vrai que s’il en était autrement, tous les musiciens seraient. aujourd’hui familiers avec la musique des Arabes comme ils le Aus o avec celle du Moyen-Age ou de la Renaissance et je n'aurais pas, quant à moi, le plaisir de parler ce soir devant un auditoire si bien. fe Aeillant et si distingué. | HIT

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