DIAPASON — INSTRUMENTS À VENT
On divise les instruments japonais en deux grandes catégories.
La première contient les instruments purs, Gakkouki, c’est-à-dire ceux qui sont employés pour l’exécution de la Musique sacrée.
La seconde est composée des instruments impurs avec lesquels on exécute la musique profane.
Plusieurs des instruments de la première catégorie, un peu modifiés, font aussi partie de la seconde catégorie; de manière que la classification n’est pas absolument rigoureuse.
Voici la liste des principaux instruments purs, dont .je donne plus loin la description.
En commençant par ceux dont on se sert pour l’exécution de la véritable musique japonaise sacrée, nous trouvons:
Le Kagoura-fouye , flûte traversière à 6 trous;
Le Yamato-Koto ou Wangong , psaltérion à 6 cordes, et le Schakou-Bioschi , castagnettes en bois.
Pour la musique sacrée d’origine chinoise ou coréane, on emploie :
Le Schono-fouye ou Tscheng , espèce d’accordéon portatif à anche libre avec des tuyaux en bambou;
Le Hitschiriki , petit hautbois;
Le Komafouye , flûte a 4 trous;
Le Fouye proprement dit ou flûte à 7 trous;
Le Rinno-Koto ou Schiguenkine , psaltérion à 7 cordes ;
La Biva ou grande guitare à 4 cordes;
Le Taiko ou grosse caisse;
Le Sanno-toussoumi ou Joko et le Kakkô , deux petits tambours; puis enfin le Schoko , espèce de tamtam.
Tous les autres instruments appartiennent à la classe des instruments impurs.
Les uns comme les autres, sacrés ou profanes, peuvent se ramener à trois classes: l°les instruments à vent; quelquesuns sont de simples conques; les autres sont faits de bois; le métal n’y est employé que pour certaines parties, les anches par exemple, ou pour les ornements; 2° les instruments à cordes pincées ou à archet; 3° les instruments à percussion, en bois, en métal et avec membrane. Les instruments à piston ou à clavier n’existent pas.
C’est cette division que nous allons suivre pour les décrire ; mais auparavant il ne sera par hors de propos de dire quelques mots sur les diapasons en usage chez les japonais pour donner le ton aux chanteurs et pour accorder les instruments. Ces diapasons, pour être complets, doivent contenir les douze sons fondamentaux de la tonalité; ils sont de disposition et de formes variées ; mais ceux dont l’usage est le plus répandu , consistent dans de petits tubes en bambou, dont le son
s’obtient en faisant vibrer par l’aspiration une anche libre, fixée à chaque tube, et semblable à celle de nos harmoniums.
La forme la plus simple de ces diapasons est celle que représente la fig. 51.
C’est une petite boîte en laque, doublée de’étoffe, dans laquelle se trouvent douze tubes en bambou, ouverts d’un côté et pourvus chacun d’une anche libre, dont la base touche au fond fermé du petit tube. Pour faire vibrer ces anches, on aspire à l’extrémité ouverte du tube.
Ces petits instruments sont faits avec beaucoup de bon sens; le plus grand tube qui donne le son le plus profond, est le plus gros et a une longueur de 0m,178; puis les tubes vont en diminuant de grosseur et de longueur de sorte que le plus court, qui sert pour la note la plus aiguë, n’a que Om,ll de longueur. Il y a surtout beaucoup de jugement dans la disposition adoptée de faire vibrer les anches par l’aspiration; de cette sorte on évite l’oxidation des anches, inévitable dans le cas où l’on eût soufflé dedans.
On nomme le diapason Schoschi.
La figure 42 représente un diapason d’une autre forme nommé Schoschi-bouie.
Il est composé de six petits tubes en bois, tous de la longueur de 0m,066, teints en laque rouge, percés aux deux extrémités de deux ouvertures, une de chaque côté, et fixés sur un pivot central sur lequel on peut les faire tourner individuellement.
Chacun de ces tubes contient dans son intérieur deux anches libres, correspondant aux ouvertures latérales. En aspirant à l’une des extrémités, on obtient un son dont le nom est écrit en lettres d’or japonaises aux deux embouchures de chaque tube.
Il y a aussi d’autres diapasons faits sur le même modèle, mais composés seulement de trois tubes, nommés Mitzschioschij fig. 43, qui ne produisent que les six sons les plus en usage, savoir: Oschô , Koschô , Taisokou , Kiôschô , Kossen et Tschourio. Ainsi réduits ces diapasons sont moins dispendieux.
Pour rendre le transport du diapason moins incommode, on en fait aussi de très-élégants, composés d’un seul tube en bois, également nommés Schoschi-bouie, fig. 44, et dont la longueur est de 0m,07.
Ceux-ci ont douze petites ouvertures, garnies en ivoire, disposées symétriquement autour du tube. Au-dessous de ces ouvertures se trouvent également en caractères japonais les noms des sons que l’on peut en tirer par l’aspiration.
Ces diapasons sont comparativement modernes; on avait autrefois une espèce de chalumeau composé de 12 tubes en bois troués des deux côtés. On fermait avec un doigt le bout de celui dont on faisait entendre le son en soufflant. Il y en avait encore d’autres plus compliqués, mais moins utiles, qu’il serait trop long de décrire.
Dans la catégorie des instruments à vent, une des familles les plus importantes est celle des flûtes nommées Fouye ou Teki , en chinois Ti .
On les divise en deux classes, savoir : les Kouwan-teki ou flûtes traversières et les Siyou-teki ou flûtes verticales.
A la première de ces classes appartient le Fouye , fig. 50, ou Kouwanteki proprement dit, qui est la véritable flûte traversière de bambou.
Il est originaire du Tangout d'où il a passé en Chine 140 ans avant la naissance du Christ, à l’époque où Kang-Kien vint en ambassade en Occident.
Un ancien livre chinois dit que le premier Fouye a été fabriqué en Chine par Kiou-Kong , qui vivait au temps de Wou-ti (143-104: av. J. C.). Ce Fouye avait un pied ( Lih ) et quatre pouces (zaùri) de longueur.
Il avait sept trous et l’on trouve dans le V akansansai-tzouhie ( Encyclopédie sin ico-j ap o naise) que les sons qui sortent de ces 7 trous ont été fixés par des règles exactes, et que tous les autres sons de la musique vocale et instrumentale ont été basés sur les notes produites par ce Fouye. On dit que Ton fabriquait aussi des flûtes de cette sorte avec les tibias d’une espèce de singe et que le son de ces instruments était beaucoup plus plein et plus rond que celui des flûtes de bambou, à propos desquelles on raconte l’histoire suivante :
Schioguen, célèbre joueur de Fouye, ayant commis un crime, se réfugia dans une caverne habitée, disait-on, par un immense serpent ; en sorte que le pauvre Schioguen avait grand peur de voir d’un moment à l’autre apparaître le monstre. En effet au beau milieu de la nuit, se présente la bête fatale, la tête grande comme celle du lion, les yeux étincelants et la langue de trois pieds de longueur hors de la gueule béante ; il s’approche du malheureux musicien pour l’engloutir.
Celui-ci, comme dernier adieu à la vie, prit son Fouye et se mit à jouer une mélodie en vogue à cette époque.
A ces notes enchanteresses, le monstre s’arrête, lève la tête, tend l’oreille, écoute longtemps et s’éloigne sans faire le moindre mal à l’artiste épouvanté.
De cette légende date la croyance que le Fouye a le pouvoir de chasser les serpents et les bêtes venimeuses. Yoici la représentation graphique de la disposition des trous de cet instrument important; j’indique per o les trous ouverts et par des points noirs • les trous fermés par les doigts. L’ins-
trument vide donne le Si au-dessus des lignes de la clef de
Yiolon.
O = Si
C = Sol |
O = Fa |
O = Mi
C = Do |
O = Do
0 = Sol |
On emploie quelquefois ;
aussi au
Japon une flûte semblable
à la précédente, mais dans laquelle l’embouchure forme un angle droit avec les trous; on l’appelle le Schi.
En dehors de ces deux flûtes à 7 trous, on trouve encore au Japon le Kagoura-Fouye , flûte à 6 trous et le Koma- Fouye ou flûte coréane à 4 trous seulement; ces instruments ne sont que des variétés du Fouye dont je viens de donner la description.
Le Ti-tzou , fig. 52, flûte traversière chinoise a 6 trous et 2 embouchures, afin qu’on puisse changer l’intonation; celles-ci sont à la distance de 0m,07 l’une de l’autre.
Quand on emploie la première embouchure, on couvre la seconde avec un fragment de peau extrêmement légère.
A la distance de 0m,04 du dernier des 6 trous, il s’en trouve encore deux autres qui traversent l’instrument tout entier et qui par conséquent font terminer en ces points le tube sonore. On couvre également ces deux trous de peau, quand on désire faire usage des deux trous supplémentaires, qui se trorfvent presque au fond de l’instrument.
Après les flûtes traversières viennent les flûtes verticales nommées Siyouteki.
La plus simple des flûtes verticales est sans cloute le Seounofouye , fig. 77, espèce de flûte de Pan composée de 12 tubes de bambou de différentes longueurs, fixés en rangdans une espèce de châssis et teints en laque rouge, tout ornés de dessins dorés avec le dragon impérial. Le Seounofouye donne les 12 sons fondamentaux japonais, qui correspondent aux 12 Liou chinois. La fig. 77 représente un Seounofouye de l’île de Lioukioù.
On en trouve en Chine de semblables nommés Schao , qui ont 14, 16 et même 22 tubes.
Les Siyouteki sont presque toujours faits de bambou et ouverts aux deux extrémités, de sorte qu’il faut former avec les lèvres l’embouchure, comme pour siffler.
Le plus ancien des Siyouteki est le Mineteki , fig. 53, la flûte populaire ; elle a 6 trous principaux et 2 trous latéraux qui servent pour y passer un cordon afin de pouvoir suspendre le Mineteki à la ceinture. Il a la longueur de 0m,36 et les notes naturelles de cet instrument forment notre gamme diatonique de Si majeur.
Après le Mineteki vient immédiatement le Schakhacij en chinois Ceou-po , l’ancienne flûte, fig. 46; elle doit son nom à sa longueur qui est de 1 pied et 8 pouces ou de 0m,459; elle a 4 trous sur la face antérieure, 1 trou de l’autre côté et elle donne les sons suivants:
Mi
Sol§
La g
Si
Le Schakhaci est appelé aussi Schine-teki ou Taou-teki et l’on dit que l’on a commencé à l’employer en Chine du
temps de l’empereur Ming-houang de la dynastie des Thang (713-742).
On trouve cependant écrit dans quelques livres anciens qu’à l’époque de l’empereur Thai-tsoung de la même dynastie (625-650), on fabriquait des SchaJchaci et qu’on les jouait dans l’orchestre avec les Schono-fouye .
Le Toschiô , en chinois Toung-siao , fig. 54, est la flûte verticale basse.
Il est long de 2 pieds et quelquefois de 2 pieds et 5 pouces. Il a quatre trous sur le devant et un du côté opposé; il est peu en usage et on n’en connaît pas l’origine; seulement l’histoire nous apprend que du temps des Taug , il était très-commun en Chine et que l’empereur Ynen-Young (710 ap. J. 0.) aimait beaucoup cet instrument.
Le plus en usage des Siyouteki est le Hitoyokiou semblable au Schakhai , mais plus court, fig. 47, 48 et 49. Fait de bambou il est généralement de la longueur d’un pied et de 8 fen; le fen est précisément l’espace entre deux nœuds; pourtant on en fabrique de différentes longueurs.
Celui de la fig. 47 est long de 0m,28 ; voici la disposition de ses trous :
Mi
Sol
La%
Dos
rt
Les instruments représentés aux N. 48 et 49. ont la longueur de 0m,325 et sont un ton plus bas que le précédent.
Le son du Hitoyokiri est délicat et uni; il se marie facilement au chant et au Schamiseng.
La figure 55 représente une espèce de flûte à bec venue de l’île de Yesso où vivent les Aynos , descendants d’une race indigène du Japon.
Elle a 0m,47 de longueur, 6 trous sur le devant, un de l’autre côté et 2 trous vers le fond. Les notes qu’elle donne sont les suivantes :
Sol§ La Si Do $ J8e$ Mi | Sol Sol§
A en juger pourtant par sa forme, cet instrument paraît plutôt être un produit de fabrication européenne ou du moins une imitation de nos flûtes à bec.
'Un instrument dont le son est absolument désagréable pour l’oreille des Européens, c’est le Hitschiriki, fig. 45, en chinois Pi-H, qui ressemble à une espèce de hautbois.
Il est formé d’un tube de bambou long de 0m,19 avec 9 trous et pourvu d’une anche faite avec un morceau d’un roseau particulier qui se trouve dans la province de Jama-schiro.
Au Japon, on en fabrique de diverses grandeurs et, à ce que dit Muller, il y en a même avec l’anche en métal.
Aussi le Hitschiriki est-il d’origine chinoise et il appartient aux instruments purs. En Chine, les Tartares le faisaient en os avec anche en roseau et ils s’en servaient pour conduire les troupeaux de chevaux, tandis qu’à présent ils emploient dans ce but du bambou pour le tube et du Fitiriki pour l’embouchure.
Le Hsiang-ti fig. 71, est le hautbois du théâtre chinois. Il est fait d’un tube en bois, avec 7 trous en face et 1 trou de l’autre côté. L’embouchure en est en cuivre, l’anche en paille, le pavillon également en cuivre avec 0m,08 de diamètre.
Sa longueur totale est de 0m,32, mais il y en a de différentes grandeurs.
Cet instrument portait autrefois le nom de Ka et l’on raconte que la princesse Men-de-Koi se rendit célèbre par son habileté à manier le Ka. A présent cet instrument est devenu très-populaire.
Le Schionofouye 9 fig. 31, est un instrument à anches libres assez original.
Il a été inventé par les Chinois qui le nomment Cheng. L’instrument que je possède, est composé d’une caisse ronde de 0m,06 de diamètre en laque noire. Le couvercle en est percé de 17 trous dans lesquels se trouvent .autant de tubes en bambou, de différentes grandeurs, chacun muni intérieurement d’une anche libre. Ces tubes sont fixés par un anneau en argent et chacun a une ouverture oblongue, assez étroite, également garnie en argent. Quand le joueur ferme avec son doigt ces ouvertures, l’air est forcé de passer par l’anche et la fait vibrer en donnant un. son déterminé.
Un côté de la caisse ronde est allongé et pouvu d’une ouverture carrée, garnie en argent, qui sert d’embouchure.
On produit les sons du Schonofouye aussi bien par aspiration qu’en soufîlant dedans. La première manière est cependant préférable parce qu’elle évite l’oxidation. des anches; aussi est-elle plus en vogue.
Le Schonofouye est un instrument pur et se joue tant au Japon qu’en Chine. Il y en a de différentes proportions. Avec la grandeur varient aussi le nombre des tubes et la dénomination de l’instrument; par exemple celui qui a 26 tubes est le plus grand et se nomme Hounofouye.
Le dernier des instruments à vent et en môme temps le plus simple de tous est le Rappakai, fig. 30, formé d’une coquille univalve percée au sommet et pourvue d’une embou-
chure en cuivre. Il sert de trompette de guerre; on l’emploie aussi dans les fêtes religieuses.
Celui que je possède est long de 0m,36 et l’embouchure ronde en cuivre a 0m,07 de hauteur et 0m,02 de diamètre.