INSTRUMENTS À CORDES
Les cordes en usage au Japon pour les instruments de cette catégorie, sont faites de soie imbibée de cire; celles que Ton emploie pour les instruments sacrés, se préparent sur commande à Kioto, qui en a la fabrication exclusive; elles sont fort estimées et coûtent très-cher; les cordes ordinaires se fabriquent à Yeddo.
Ces cordes se vendent par séries et chacune a son numéro qui augmente avec sa grosseur; chaque série complète, pour une tonalité donnée, se désigne par le nom de son inventeur ou par le numéro spécial de la corde la plus grosse.
À tout seigneur, tout honneur, dit le proverbe ; il est donc juste que nous accordions la première place à celui qui représente le roi de nos instruments, au violon japonais, le Kokioit , fig. 1. Bien qu’il possède quatre cordes et qu’il se joue avec un archet de crin appelé kiou, il ne faut pourtant pas se le représenter comme l’un de ces chefs-d’œuvre qu’ont produits les Stradivarius, les G-uarnieri ou les Amati.
Sa longueur totale est de 0m,69 ; le corps sonore est formé d’une caisse en bois légèrement convexe en dehors; le fond
et le couvercle, 13 centimètres sur 12, sont formés d’une peau collée sur les bords, dont la hauteur est de six millimètres. La peau doit être celle de la poitrine du chat et son authenticité se reconnaît surtout à des petites tâches noires qui se produisent naturellement aux endroits où la peau est plus mince et que l’on considère comme impossible d’imiter. Les instruments qui ont sur le couvercle quatre de ces signes sont très-estimés ; l’échantillon que je possède et qui est représenté fig. 1, est de ce nombre; ceux au contraire qui n’en ont que deux ou point du tout se vendent à bas prix.
Le manche de l’instrument est fixé au milieu de la paroi supérieure de la caisse sonore. Il est plat au-dessus et arrondi au-dessous, replié en cou de cygne et terminé par un bourrelet légèrement aplati et recourbé en arrière où se trouvent quatre chevilles de forme conique, deux de chaque côté. La longueur totale est de 48 centimètres.
Les cordes sont attachées par de petits lacets de soie à une cheville de métal argenté de 7 centimètres de longueur ; le chevalet sur lequel elles posent est extrêmement mince, de 10 à 15 dix-millimètres d’épaisseur, sur 13 millimètres de hauteur et 64 de longueur. Il a quatre échancrures, trois très-espacées pour les cordes les plus basses, et l’autre trèsrapprochée de la troisième pour la quatrième corde, qui s’accorde à l’unisson de sa voisine.
L’archet appelé kiou} fig. 2, en bois de santal rose, a une longueur de lm,04 ; il est, comme le manche du kokiou , plat d’un côté et arrondi de l’autre; mais c’est sur la face ronde que les crins sont fixés. Sa longueur le rendant très-incommode à transporter, il est fait de deux morceaux réunis par un anneau métallique. À son extrémité la plus mince, il est
replié à angle droit sur une longueur de huit centimètres; il y en a du reste qui sont tout droits, fig. 3. Les crins blancs ou noirs sont serrés étroitement par un cercle de métal ou par un nœud d’étoffe très-solide. Ils sont fixés des deux bouts par deux anneaux, à un crochet par en haut, et par en bas à une virole de métal vissée dans le bois de l’instrument à 23 centimètres de son extrémité. Les crins de cheval de l’archet ont une longueur de 73 à 75 centimètres ; on ne les trouve pas au Japon où on les importe de l’extérieur.
On joue du Kokiou tout autrement que de nos instruments à cordes. L’artiste, assis sur ses talons, place .entre ses genoux l’instrument posé tout droit sur une cheville métallique, de manière à pouvoir le faire tourner librement autour de son axe vertical. Dans cette position, les mains assouplies avec de la poudre d’amidon, il fait rapidement aller son instrument de droite à gauche et de gauche à droite et il présente à l’archet tantôt l’une, tantôt l’autre de ces cordes, dont les trois plus basses sont accordées en quarte et les deux plus hautes à l’unisson. En même temps, l’artiste tient l’archet entre l’index et le pouce, dans une position parfaitement horizontale et lui imprime un mouvement uniforme de droite à gauche et vice- versa, toujours en ligne droite; les crins viennent en contact avec les cordes à la -hauteur de l’extrémité supérieure de la caisse sonore; ils sont du reste relâchés à l’état de repos et l’artiste les tend, au moyen de l’annulaire, au moment où ils viennent en contact avec les cordes. C’est, on le voit, tout le contraire de ce qui se fait chez nous; l’artiste Japonais tient l’archet dans une position fixe et fait tourner le Kokiou, tandis que nos Paganini, le violon immobile à l’épaule, tourmentent de leur infatigable archet les ocrdes harmonieuses qu’ils veulent faire vibrer.
Pour donner au lecteur une idée de ce que les Japonais jouent sur leur Kokiou et des effets qu’il savent en tirer, je donne ci-joint un morceau de Musique pour cet instrument, exécuté en Juin 1874, par un membre de l’association des aveugles, dans une séance de la Société pour les recherches historiques sur l’Asie orientale.
Cet aveugle était l’unique joueur de Kokiou de la capitale, car l’usage de cet instrument devient toujours plus rare. Il exécutait deux différents genres de Musique, savoir: Les Foudgijou, morceaux anciens japonais et les Schohoyou, qui sont plus modernes. Le Foudgijou que je donne ici, a été transcrit par M. Westphal et inséré ensuite dans les actes de la Société imprimés à Yokohama.
Le Girinej fig. 68, en chinois Ourh-siene , est le Yiolon chinois du théâtre et il est employé aussi par les ménestrels japonais. Il a une caisse harmonique formée par un cylindre en sycomore évidé ou en bambou, de 10 centimètres de longsur 5 de large, recouvert d’un côté de peau de serpent. Cette caisse est traversée parle manche rond en bois dur long deOm,45. Au bout supérieur, le manche a une forme prismatique avec deux grandes chevilles auxquelles sont attachées les 2 cordes en soie. On joue le Girine avec un archet très souple en bambou, de 67 centimètres, avec des crins qui n’en ont que 60. Quoique cet instrument jouisse d’une grande popularité au Japon et en Chine, le son de Y Ourh-siene rappelle à l’oreille d’un Européen le bruit que fait en tournant une roue que l’on a oublié de graisser.
Le Kokoun de Corée, fig. 81, ressemble au Girine; mais il a 4 cordes, de deux grosseurs différentes.
Son manche a 86 centimètres de long et l’archet de bambou, très-souple, en a 57.
A la même famille appartient aussi le Niisene de Corée/ fig. 79, avec deux cordes et une caisse en laque noire ornée d’arabesques dorées et recouverte de peau de gazelle ; mais le Niisene est beaucoup plus difficile à jouer que le Kokoun. Son manche qui a 93 centimètres, se termine par une tête de dragon dorée.
Son archet recourbé est en bois verni de laque rouge; il a une longueur de 60 centimètres et porte deux séries parallèles de crins, l’une de 0m,42 et l’autre de 0m,30 seulement; on comprend que cela doit ajouter beaucoup à la difficulté de l’exécution.
La famille la plus importante parmi les instruments japonais à corde est celle des Koto ; elle comprend des intruments de l’espèce de nos psaltérions et que l’on joue assis par terre à la manière japonaise.
On sait en effet que les Japonais n’ont ni chaises, ni tables et qu’une simple natte étendue par terre remplit le double emploi de table à manger et de lit.
Le plus simple instrument de la famille des Koto est le Souma-Koto, fig. 16, composé d’une planchette un peu bombée au milieu, en bois de Paulownia imyerialis , arrondie au sommet et carrée à la base. Cette planchette qui a lm,10 de long sur 0m,085 et quelquefois 0m,l 15 de large, est composée de trois morceaux joints à coulisse, afin que l’on puisse la démonter facilement et la transporter dans une petite boîte de 45 centimètres.
Une corde en soie légèrement enduite de cire jaune et fixée à un prisme en bois, passe par une petite ouverture, qui se trouve à 0m,09 de distance du bout carré. Elle est appuyée sur un chevalet en bois haut de 0m,02 et long de 0m,055 et elle est tendue par une cheville conique fixée à 0m,08 de distance du bout rond.
On pince ce monocorde avec un petit anneau aiguisé en os ou en bambou, fig. 32, dans lequel on introduit l’index de la main droite, tandis qu’avec une sorte de cylindre en os ou en bambou on presse la corde sur la table d’harmonie, fig. 33, en des points fixes indiqués par des signes blancs qui remplacent les touches. M. Muller a pris ces points pour autant de chevalets.
On attribue l’invention de cet instrument à un noble Kouguê exilé dans la province de Souma; pour chasser la mélancolie, il avait, dit-on, tendu une corde sur son chapeau et il devint ainsi l’inventeur de ce joujou musical que l’on apprécie toujours beaucoup au Japon, où il est resté de mode dans la haute aristocratie.
Le Yakoumokoto, fig. 17, n’est autre chose qu’un Souma koto à 2 cordes et à deux chevalets.
Y Atzoumakoto j fig. 18, est le même instrument avec 3 cordes, mais pourvu d’une table d’harmonie complète.
Le Gokkinej fig. 19, rappelle son origine chinoise par ses deux enfoncements latéraux.
Il est monté de 5 cordes dont les 3 plus grosses sont jaunes; la quatrième est violette et la cinquième, bleue. Au lieu des points blancs du SoumakotOj il y a sur le Gokkine} en caractères chinois, les noms des sons que l’on produit, en appuyant sur la corde aux endroits marqués.
On tourne les chevilles à l’aide d’une clef en bois qui se trouve dans la photographie sur l’une des chevilles.
Le Wangong ou Yamatokoto , fig. 20, représente une autre forme de psaltérion sans chevilles. Sa caisse d’harmonie est en bois de Kiré. Il a six cordes d’égale grosseur, tendues entre deux chevalets hauts de 0m,01 et placés à la distance de ôm,803. Ils sont fixés d’un côté d’une manière tout-à-fait
originale, qui se retrouve aussi dans plusieurs autres instruments, dans le Soto-Koto , par exemple, je décrirai plus bas ce curieux procédé. La longueur totale du Wangong est de 0m,96; sa largeur varie de 0m,13 à 0m,115 et son épaisseur latérale, de 0m,03 à 0m,02. La table d’harmonie et les chevalets sont arqués et l’instrument repose sur deux petits pieds de 0m,038 qui le relèvent à l’une de ses extrémités. Les six cordes de l’instrument sont fixées au-dessous de la table d’harmonie du côté le plus large du Wangong; elles la traversent par six petits trous et viennent reposer successivement sur deux chevalets fixes; en arrière du second, elles retraversent une deuxième fois la table d’harmonie, s’enroulent autour de la tête de l’instrument et viennent se fixer par un nœud au dernier chevalet.
Ces cordes sont à l’unisson; on leur donne le ton que l’on désire au moyen de petits chevalets mobiles; c’était anciennement de petits morceaux de branche d’érable, bifurques de manière à pouvoir se fixer sur l’instrument et fendus à F autre extrémité pour recevoir la corde, fig. 34. On les a remplacés aujourd’hui par de petits morceaux de bois dur élégamment vernis, fig. 39.
Le Wangong , ainsi que le prouve la légende de la Déesse du Soleil, est d’origine céleste; aussi n’est-il employé que dans la musique sacrée. On en joue avec de petits plectres en ivoire fixés au bout des doigts par de petits cercles en peau, fig. 40, qui simulent, à s’y méprendre, le prolongement des ongles.
Un autre instrument de la famille des Koto, le Saguê-Koto , fig. 21, nous révèle immédiatement par la beauté de sa forme et la richesse de ses ornements l’usage auquel il est destiné. Il est pourvu de neuf cordes en soie très-minces, avec la caisse en laque noire, ornée d’arabesques qui sont dorées aussi bien
que le fond et le couvercle. Sa longueur totale est de 0m,61 ; la distance des chevalets üxes de 0m,45 ; sa plus grande largeur de 0m,152 et la plus petite, de 0m,12.
Le Sagué-Koto est l’instrument spécial des concubines du chef suprême du gouvernement japonais. On le joue de la même façon que le Wangong.
La forme du Sagué-Koto rappelle celle du Ssé des chinois, dont l’invention est attribuée à l’empereur Fou-Hi} prince très-lettré et très-sage, qui écrivit aussi des règles pour la Musique 3468 ans avant la naissance du Christ. (Voyez: M. Gr. Pauthier, Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d’après des documents chinois. 1 vol. 8°. Paris, Firmin Didot frs., 1837.)
Le Schikenkin ou Kinno-Koto, fig. 27, harpe à 7 cordes, correspond au Kin des Chinois. La parole Kin signifie en chinois: défendre , surveiller et le nom de Kin a été donné à cet instrument parce que, toujours selon l’opinion des Chinois, il a le pouvoir de modérer par ses sons les mauvais penchants de l’ame et de purifier le cœur. Il est très-ancien et on en a attribué l’invention à Kouang-ti , à Schien-Nung et même à Fou-Hi.
Sa longueur est de trois pieds Lih , six pouces, Zaoüny et six lignes, Feny mesure qui fournit un symbole des 366 jours de l’année. Sa largeur est de 6 pouces, parce qu’il y a six points cardinaux : Nord, Sud, Est, Ouest, Zénith et Nadir. Le petit Kin a cinq cordes, de même qu’il y a cinq notes musicales.
Au milieu l’instrument a la largeur de quatre pouces, en souvenir des quatre saisons. Il est plus large à son sommet qu’à sa base pour indiquer la supériorité de ce qui est élevé sur ce qui est bas. Sa surface supérieure est convexe à
l’image du ciel et l’inférieure est plate comme la terre. Il a treize touches, les 12 Lion fondamentaux avec l’octave de complément formant le nombre 13.
On fabriquait en Chine des Kin de différentes grandeurs ; les plus grands avaient 20 cordes, les moyens en avaient 10 et les plus petits 5 seulement.
Les premiers avaient la longueur de 8 pieds et 1 pouce et les 2 autres de 3 pieds, 6 pouces et 6 fen ou lignes. L’empereur chinois Wen-wang des Keu (1130 av J. G.) ajouta deux cordes au Kin le plus petit pour représenter les deux demi-tons Pien-Kong et Pien-tsche.
Les historiens japonais racontent de la façon suivante l’introduction du Kin au Japon.
Dans la 31me année du règne de l’empereur Ogin-tennô (331 après J. C.), un bateau construit 25 années auparavant et qui n’était plus bon à tenir la mer, fut déchiré et le bois en fut brûlé pour en extraire du sel.
Il advint que d’habiles ouvriers de la Corée arrivaient alors au Japon; des tisons de ce bois ils construisirent des Kotô ou des Kin j dont on put entendre le son limpide à une grande distance.
Cet instrument était exclusivement réservé aux Daimios, princes japonais, et, comme le Wangong, il se joue avec des plectres en forme d’ongles prolongés, fig. 40.
Il est en bois peint en laque noire; les cordes bien que de la même grosseur sont divisées en deux parties, quatre dans l’une et trois dans l’autre; elles portent toutes/ sur un même chevalet.
Chacune de ces parties est fixée à une cheville placée dans la partie intérieure, et de l’autre extrémité elles viennent s’enrouler autour de la tête de l’instrument.
Dans la couverture du Schikenkin se trouvent des petits boutons en nacre qui indiquent les divisions des cordes pour produire les différents sons de la tonalité japonaise.
En prenant pour unité, la longueur de la corde entre le signe en nacre qui se trouve au milieu de l’instrument et le chevalet fixe, longueur qui est de 0m,05, le premier signe tant à droite qu’à gauche, placé de chaque côté à Om,ll de distance du centre, représente la cinquième partie de la longueur; le second signe à 0m,55, en représente le tiers; le troisième' signe à 0,275, la moitié; le quatrième, à 0m,323, les 4/7 ; le cinquième à 0m,366 à peu près les 9/13 et' le sixième enfin à une distance de 0m,41 en représente à peu près les 8/n.
Les chevalets mobiles sont en bois doublé d’ivoire, fig. 35 ; la longueur totale de l’instrument est de lm,20; sa plus grande largeur est de 0m,19 et sa plus petite est de 0m,125; la hauteur de la caisse d’harmonie est entre 0m,02 et 0%54. A l’extrémité où se trouve le chevalet, il y a 2 pieds de 0m,03 de hauteur et du côté opposé, deux nappes en soie et un travail de marqueterie complètent la partie ornementale de l’instrument.
Le Guindaij fig. 28, de la même façon que le précédent est monté de 13 cordes; les chevalets, fig. 36, sont d’une forme plus élégante que ceux du Schinkenkin ; ils ont plutôt le type chinois et sont tout entiers en bois dur, sauf l’endroit où appuie la corde, qui est en ivoire. Cet instrument jouit du privilège d’être joué seulement par les personnes de l’aristocratie.
Le Tsoumakotc , fig. 23, de forme trapézoïde ressemble au Kanoun persan.
Il a une caisse d’harmonie complète; il est monté de 13 cordes, de la même, grosseur, attachées comme celles du Wan-
gong et, pour obtenir l’accord, il est pourvu des mêmes chevalets en bois et ivoire, fig. 37. La plus grande longueur de cet instrument est de 0m,73, la plus petite de 0m,49 ; sa largeur est de Om,27.
Deux petits pieds en bois tiennent un peu soulevé le fond de l’instrument, qui a deux ouvertures pour en augmenter la sonorité.
Les Daimios jadis avaient en voyage dans leur Palanquin une jeune joueuse de Tsoumahoto ; mais à présent l’on a abandonné cet usage.
Un autre instrument japonais de la plus haute antiquité est tombé aujourd’hui en désuétude; c’est le Kakougnoto , espèce de psaltérion carré avec 25 cordes, fig. 38. Les plectres de cet instrument ont des ongles en bois dur, au lieu d’ivoire.
La longueur du Kakougnoto est de 0m,61; sa largeur de 0m,47; la distance entre les chevalets est de 0m,42. Ses parties latérales sont ornées de sculptures en bois, qui représentent des joueurs de Biva et d’autres instruments, le tout sur un fond doré.
Le Nichine , fig. 24, est une espèce de psaltérion rond, sur lequel sont tendues six cordes de grosseur et de couleur différentes. La première, beaucoup plus grosse que les autres, est jaune et donne l’octave basse de la tonique; la seconde est bleu clair, la cinquième, noire et la sixième, blanche. Ces six cordes sont attachées à un bouton en bois et passent audessus de deux chevalets placés à 0m,32 l’un de l’autre ; on les accorde en tournant leurs chevilles avec une petite clef en bois. Le diamètre du Nichine est de 0m,39 et la hauteur de ses flancs de 0m,04.
Il est pourvu à l’intérieur d’une petite lame en fer, qui se trouve dans la plupart des instruments populaires au Japon
et qui sert à faire un petit bruit, quand on remue l’instrument.
Le Niguenkine , fig. 25, et le Sankin , fig. 26, sont deux instruments formés d’un bambou de 0m;93 de longueur. Sur le premier sont tendues deux cordes et sur le second trois cordes en soie et de différentes grosseurs. Elles sont soutenues par deux chevalets à 0m,71 de distance et on les accorde, avec les chevilles coniques ordinaires. Anciennement on les employait pour accompagner le chant et comme renfort du Ta coumokoto et de Y Atsoumakoto ; mais à présent on les a abandonnés. Il est facile de se convaincre par leur conformation qu’ils ne sont qu’une modification du Sonssounou des Malais.
Nous voici enfin arrivés au représentant le plus important de la famille des Koto le Sono-Koto , fig. 29. Sa forme ressemble surtout à celle du Wangong , mais elle en diffère par la richesse de ses ornements, par l’élégance de sa construction, par ses 13 cordes tendues sur 2 chevalets fixes, placés à lm,44 l’un de l’autre. La longueur de ce bel instrument est de lm,91 ; sa largeur de 0m,235 à 0m,250. Sa caisse est construite en Kirij bois extrêmement dur, et elle porte au fond deux ouvertures semicirculaires nécessaires pour l’accordage et le maniement des cordes.
Il a d’un côté deux pieds de la hauteur de 2m,05 tandis que de l’autre côté les pieds ont à peine 2m,015.
Les parties latérales de l’instrument, hautes de 0m,04 sont ornées de dessins en or sur de la laque de couleur foncée. Les deux extrémités sont richement incrustées en argent, en ivoire, en écaille et en bois de différentes couleurs.
Les cordes sont toutes de la même grosseur et elles sont placées à 2 centimètres l’une de l’autre. On les accorde avec les chevalets ordinaires, fig. 41, et on les joue avec 3 ongles en
ivoire, fig. 40, longs de 0m,03^ sur 0m,016 de large, fixés au pouce, à l’index et au médium de la main droite ; de la main gauche le musicien ou la musicienne tient l’instrument en appuyant les doigts en arrière du chevalet de la note la plus aiguë. Les 13 cordes pour le Sonokoto destiné à la musique sacrée, coûtent trente francs, parce qu’elles ont été ordonnées et fabriquées exprès à Kioto , tandis que celles pour l’usage ordinaire se trouvent à bon marché à Yeddo.
On accorde le Sonokoto de la manière suivante:
La
Ire
corde
au Schô.
2de
au Kiou tonique.
gme
au Ivakou.
qme
à l’Ou accidentel ou
de substitution.
5me
au Schô.
6me
au Tschi accidentel
ou de substitution.
^me
à l’octave supérieure de la 2me corde.
gme
3me »
9me
4me »
10mo
5me »
Urne
6me »
12 me
7me »
13me
8me »
Ainsi que je l’ai fait observer plus haut, on accorde quelquefois la première corde du Sonokoto une octave plus bas.
Le Sonokoto est un des instruments les plus en usage au Japon et il est sans doute aussi le plus agréable pour des oreilles européennes.
Après la famille des Koto viennent les instruments pincés avec un manche et des touches.
En premier lieu je place le Koo, fig. 14, guitare impériale de luxe, ornée d’animaux et d’arabesques peints en or
et en couleur sur un fond cTe laque sombre. Parmi ces ornements on trouve quelquefois le dragon du Taikoun. La caisse est formée de deux disques qui ont un diamètre de 0m,30 et qui sont réunis par une bande en bois de 0m,08 de largeur. Le manche, plat sur le devant et arrondi par derrière, est fixé à cette bande; il a 0m,46 de longueur et il est pourvu d’un sillet et de 9 touches placées à différentes distances. Il se termine par un bourrelet aplati, long de 0m,34 sur 0m,06 de largeur et 0m,025 d’épaisseur. A ce bourrelet sont fixées de chaque côté deux chevilles en bois arrondies par le bout qui entre dans l’instrument, hexagones à l’autre extrémité; ce modèle se retrouve dans tous les instruments dont je vais faire la description. Le Koo a quatre cordes de la même grosseur fixées en bas à un chevalet circulaire, à 0m,53 de distance du sillet. L’accord de cet instrument est variable comme celui de tous ceux dont on se sert pour accompagner le chant.
La Schounga , fig. 10, est une petite guitare très-ancienne, dont la caisse harmonique ressemble à celle du Kokiou. Elle est plus large que longue, 0m, 185 sur 0m,14, avec des bandes larges de 0m,075. Elle est ornée de dorures sur laque rouge. Son manche est semblable à celui du Koo; il a 5 touches et 4 cordes dont une beaucoup plus grosse que les autres. La longueur totale de la Schounga est de 0m,60 et on la pince avec les doigts.
La famille des Guekkine ou guitares populaires, que l’on pince également avec les doigts, a été importée au Japon de la Chine, et en effet le Guekkine oblong à 4 cordes, fig. 13, a de commun avec la Piipaa chinoise la forme et la lame en fer qui résonne en dedans; il en diffère par la dimension et par les touches qui sont au nombre de 8, dont 4 placées
sur le manche et 4 sur la caisse harmonique. La longueur totale du Gruekkine oblong à 4 cordes est de 0m,655 ; sa plus grande largeur est de 0m,223 et la hauteur des bandes de 0m,036; la distance du sillet au chevalet auquel les cordes sont fixées deux à deux est de 0m,43. Les chevilles sont trèslarges au bout, comme toutes, celles des instruments chinois.
Le Guekkine rond à 4 cordes, fig. 11, est, quant à la grosseur des cordes, disposées deux à deux, et quant à la lame intérieure résonnante, tout- à-fait identique au Guekkine chinois. Il a seulement les 8 touches disposées d’une autre manière et le manche plus allongé. La caisse harmonique est circulaire et ornée de deux demi-lunes; son diamètre est de 0m,35, la hauteur des bandes de 0nî,036 ; la longueur de l’instrument entier est de 0m,67 et la distance entre le sillet et le chevalet, de 0m,43.
Les Chinois racontent de deux manières différentes l’origine du nom de ce Yne-Kin , en japonais Guekkine .
Les uns disent que du temps de la reine Wou (684-705 après J. C.), un homme du pays de Schiou trouva dans un tombeau ancien un instrument à cordes, fait en cuivre d’une façon inconnue jusqu’alors. Il était rond comme la lune; ce qui le fit appeler Yne-Kin de Kin, la lune. Sur ce modèle, on en fabriqua d’autres en bois.
Selon une autre légende, on trouva dans le tombeau du célèbre Ynen-hien, un des sept sages de la forêt de Bambou, une guitare en terre cuite à laquelle on donna le nom de ce grand homme, en japonais Guekkine. Parmi ses titres à la gloire, il comptait en effet un grand amour de la musique et une habileté hors ligne sur les instruments à corde.
Le Guekkine hexacorde, fig. 12, est pareil au Guekkine précédent ; il en diffère seulement par ses six cordes, divisées
en trois paires et par ses seize touches, dont 8 sur le manche et 8 sur la caisse harmonique. Sa longueur totale est de 0m,745 et la distance entre le sillet et le chevalet de 0m,466.
Le Schiguene } fig. 9, est une autre guitare à 4 cordes indépendantes ; les deux premières de grosseurs différentes, les deux dernières au contraire tout-à-fait semblables et rapprochées comme dans les instruments précédents. Toute la forme rappelle les instruments chinois, surtout la tête et les chevilles. La longueur totale du Schiguene est de 0m,90. La caisse sonore est formée de deux tables octangulaires en bois dont le plus grand diamètre est de 0m,42, reliées par des bandes de la hauteur de 0m,045. Le manche traverse toute la caisse harmonique et forme en bas la cheville à laquelle est attachée la cordière en cordonnet de soie. Les cordes passent au-dessus d’un chevalet mobile haut de 0m,013 sur 0m,004 d’épaisseur et 0m,125 de longueur; on en fait varier la position selon la hauteur du diapason qui sert à accorder l’instrument.
La troisième et la quatrième corde sont plus rapprochées et on les accorde à l’unisson. Les chevilles finissent en pointe et sont fixées deux de chaque côté de la tête travaillée à jour. On joue le Schiguene avec les doigts et son accord est pareil à celui du Schamiseng dont je vais parler tout-à-l’heure.
Le Kirisiene? fig. 7, ancienne guitare japonaise à 3 cordes, hors d’usage aujourd’hui, forme la transition entre le Samhine chinois et le Schamiseng japonais. Sa caisse harmonique est ronde comme celle du Samhine; elle a de 0m,175 à 0m,185 de diamètre et ses bandes larges de 0m,085, sont couvertes d’étoffe en soie avec arabesques ; tout autour il y a une petite bande en bois dur fixée par de petits boutons en ivoire. Le
manche, pareil à celui du Samhine, est long de 0m,60, y compris la tête, et vernissé en laque noire.
Les cordes sont de différentes grosseurs ; elles passent audessus d’un chevalet large de 0m,01, sur 0m,038 de longueur à la hase et 0m,015 de hauteur; on les accorde avec les chevilles usuelles dont deux sont fixées à droite et une à gauche dans la tête travaillée à jour.
Le Kirisiene est le premier des instruments, cités jusqu’à présent, qui soit joué avec un plectre en écaille à pointe, long de 0m,075, et large à sa hase de 0m,015.
Le Kaotari, fig. 8, guitare très-ancienne de l’île de Lioukiou, entièrement teinte en laque rouge avec animaux et arabesques en relief d’or et de nacre, est d’une grande rareté même au Japon.
Sa caisse harmonique de Om,15 de diamètre est ronde et recouverte des deux côtés en peau dorée, avec le dragon impérial peint de différentes couleurs.
Sur les bandes larges de 0m,077, sont peints en or deux dragons; sur le manche long de 0m,69 se trouvent aussi, des images de dragons et sur la tête, ceux d’une dame et d’un enfant. La queue est en peau et le chevalet, extrêmement léger et d’une forme élégante, soutient les 3 cordes à 0m;012 de la caisse sonore. Les chevilles sont rondes et sur chacune est écrit le son auquel la corde doit être accordée.
Le Taisene , fig. 80, est une espèce de grand Kaotari de Corée et sa longueur totale est de lm,25. Le diamètre de sa caisse sonore est de 0m,325 et les bords en bois, couverts d’étoffe de soie, ont 0m,06 de largeur. On pince les trois cordes avec un petit plectre en bois très-mince de 0m,096 de longueur, pareil à celui du Kirisiene.
Le Samhine , fig. 69, est un instrument d’origine indienne, mais très en usage autant en Chine qu’au Japon. Sa longueur est de 0m,95. Son manche en bois de Grenadille tout d’une pièce est à sa base large de 0m,028.
Sa caisse sonore, d’une forme elliptique avec les bords fuyants et recouverte de peau de boa, est également en Grenadille ; son plus grand diamètre est de 0m,17 et son plus petit de 0m,145.
Ses trois cordes, de différentes grosseurs, attachées à une queue en ivoire, passent par-dessus un chevalet très-petit ; au moyen d’un sillet mobile en ivoire, on peut les accorder à volonté.
Le Schamiseng de Corée, fig. 82, est une imitation du Samhine . Son manche est plus court et il n’a pas de sillet ; sa caisse sonore a des formes plus amples, de 0m,18 à 0m,16; ses bandes de 0m,085 sont plus larges. La longueur totale de ce Schamiseng est de 0m,80.
On le joue avec un plectre en bois blanc, nommé Batzi, fig. 88.
Le Schamiseng , fig. 4 et 6, est l’instrument le plus en usage au Japon.
Les Torioi ménestrels et les Gueschia , cantatrices des maisons à thé, jouent tous du Schamiseng qui doit son nom aux trois cordes qu’il possède.
Son manche long d’un mètre est fait généralement de bois de Kouarin , le plus adapté à ce genre de travail; mais il y en aussi en bois de Mûrier , de Schitagi ou de Takayasan. Les manches des Schamiseng ordinaires sont faits en bois de Kaschinoki . Sa caisse sonore, de forme carrée, est recouverte des deux côtés de peau de chat et l’on apprécie beaucoup les instruments qui ont des marques de mamelles; il y en a où l’on en trouve 4, 6 et même 8.
Les Schamiseng ordinaires sont couverts en peau de jeune chien.
Il y a des Schamiseng de différentes grandeurs selon la qualité de la voix de l’artiste.
La figure 4 représente un Schamiseng japonais de la longueur totale d’un mètre.
Sa caisse sonore est couverte des deux côtés de peau de chat avec les 4 taches noires des mamelles; sa largeur est de 0m,175 sur 0m,19 de hauteur; ses bandes en palissandre ont 0m,085 de large.
Son manche, en bois de Kouarine , planté au milieu de la bande, est construit de manière à se démonter en 5 morceaux qui peuvent être renfermés dans une petite boîte faite exprès.
Les trois cordes, de différente grosseur, sont attachées à une queue en cordelette de soie, fixée à l’extrémité inférieure du manche; elles passent par-dessus un chevalet mobile trèsléger en bois de Koma ou Kolaggi haut de 0m,015, dont on change la position selon l’accord de l’instrument.
Le plectre en bois avec lequel on joue le Schamiseng est nommé Batzi , fig. 5. Il est gros, large au bout inférieur où il a 0m,09, rétréci au milieu où il n’a que 0m,024 et enfin très-mince et très-large au sommet. Sa longueur est de 0m,22.
La figure 6 nous montre un Schamiseng de luxe, dont les proportions sont identiques à celles du précédent. La seule différence consiste dans la richesse des ornements de ce dernier. Il a au pied une plaque en argent, avec imitations de fleurs, et des fleurs d’or en relief ornent les bords de la caisse et le manche ; les chevilles enfin sont relevées par de la marqueterie de bois de différentes qualités.
On accorde de cinq manières les Schamiseng et les instruments de la même classe; il y a différentes expressions
techniques pour indiquer ces diverses sortes d’accord. Les voici :
1. Niagari , quand la lre corde est accordée au Kiou ; la seconde, au Schô et la troisième, au Kiou à l’octave supérieure.
2. Izisagarie , quand la première corde est accordée au Kiou ; la seconde, au Schô, et la troisième, à l’octave supérieure du Kakou.
3. Sansagarie , quand la première corde donne le Kakou ; la seconde, le Schô et la troisième, l’octave supérieure du Kiou.
4. Honzioschi, quand la première donne le Kiou; la seconde, la note substituée du Schô et la troisième, le Kiou transporté à l’octave supérieure.
5. Sansasagarie, quand la première donne le Kiou ; la seconde, le son substitué du Schô et la troisième, le Schô transporté à l’octave supérieure.
Pour donner une idée de l'effet que les Japonais et surtout les Gueschia savent tirer de cet instrument, je publie à la fin de la brochure quelques chansons populaires japonaises avec accompagnement de Schamiseng.
Le Chosene, fig. 84, n’est qu’un Schamiseng avec un manche long de lm,20. Tout le reste est identique.
Tous les instruments pincés dont j’ai parlé jusqu’à présent, n’ont pas la moindre ouverture dans leur caisse sonore.
La Biva, fig. 15, a 2 ouvertures en forme de croissant au beau milieu de sa surface. La forme de la Biva est semblable à celle de la B'ipaa chinoise et annamite et nous démontre son origine.
La caisse sonore est tout entière en bois, mais au-dessus du chevalet la surface en est traversée par une bande en peau large de 0m,15.
Elle a une forme ovale, pointue vers le manche, dont le sommet est replié en arrière comme celui des anciens luths italiens.
La longueur de rinstrument est de 0m,86 et la tête percée par les quatre chevilles à l’instar des chinois a 0m,20 de longueur, 0m,03 et même 0m,07 de largeur sur 0m,035 de grosseur. Les bandes sont larges de Om,35 et un peu convexes au milieu. Les 4 cordes de grosseur différente sont accordées la lre au Kiov , la 2de au Schô, la 3me à l’octave supérieure du Kiou et la 4me à Y Ou.
Le chevalet est haut de 0m,01 ; le sillet de 0m,024 et la distance entre les deux est de 0m,726.
Sur le manche il y a 5 touches pour donner aux cordes à volonté les longueurs de 0m,702, de 0m,658 de 0m,601, de 0m,549 et de 0m,49.
Le Batzi avec lequel on joue la Biva est étroit en bas où il n’a que 0m,02; au sommet il est très-mince, mais plus large, ayant 0m,10 et sa longueur est de 0m,175.
On joue beaucoup la Biva au Japon, et c’est surtout la noblesse qui s’y adonne.
Jja Biva vient des Tartares du Nord qui la jouaient en montant à cheval.
L’empereur Wou-ti de la dynastie des Wei fit, dit-on, fabriquer de ces instruments de la longueur de 3 pieds et 5 pouces, pour rappeler les trois puissances: le Ciel, la Terre et l’Homme et les cinq éléments : le Feu, le Métal, le Bois, l’Eau et la Terre; il voulut en outre qu’elle eût 4 cordes, comme emblème des 4 saisons.
Le nom de Biva vient du mouvement que fait la main en jouant avec le Batzi.
La Biva fut importée au Japon par Satotogi dans la troisième des années Kagiô (851 ap. J. C.) sous le règne de l’em-
pereur Nimmiô tennô et aujourd’hui elle jouit d’une grande popularité.
Comme je l’ai dit plus haut, le Taàkan , fig. 70, appartient aussi à l’orchestre du théâtre chinois.
Il est pareil à notre psaltérion, sauf le nombre des cordes qui n’est que de 28 au Japon.
Les cordes en fil de laiton très-mince passent au-dessus et au-travers de deux chevalets, de manière que chacune d’elles produise un son différent, dont chacun se partage lui-même en 4 sections distinctes.
Fétis nous les fait connaître dans son histoire de la musique.
Ces sons commencent par le Sol lre ligne clef de basse et vont jusqu’au La au-dessus des lignes de la clef de Sol; voici ces 4 séries :
Sol, La, Si, Re, Mi, Sol, La
Re, Mi, Sol, La, Si, Re, Mi
La, Si, Re, Mi, Sol, La, Si
Sol, La, Si, Re, Mi, Sol, La.
On joue le Taakan avec deux petits plectres en bambou, longs de 0m,30, très-légers, avec lesquels on frappe les cordes, comme dans le Santyrs des Persans ou dans le Hackbrett des Magyars.
Les dimensions de ce Taakan sont pour la plus grande longueur de 0m,77, et pour la plus petite de 0m,46 ; sa largeur est de 0m,26 et la hauteur des bandes de 0m,05.