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Uskle (Françoijs),
Compositeur du XVIc siècle. — Son nom, sa patrie el son éducation musicale. — Oblige de quitter la Belgique, à cause des bouleversements politiques, il est nommé maître du chœur à Hall, dans le Tyrol. — Rectification à ce sujet. — Des académies musicales s'organisent en Allemagne. — Il se livre à la composition, à l'exemple de plusieurs de ses compatriotes, émigrés comme lui. — Il collabore à la collection : Palrocinium musices, publiée à Munich. — L'épîlre dédicatoire de son premier ouvrage. — Erreurs de M. Féli3. — Il est nommé musicien de l'empereur Rodolphe II, à Prague. — Son deuxième et troisième ouvrage.
Sala est le nom d'une grande rivière d'Allemagne; c'est aussi le nom de diverses localités et de familles, la plupart espagnoles ou italiennes.
Le musicien dont nous allons nous occuper, François Sale, ayant parfois adopté Tè grave, comme terminaison de son nom, il serait difficile de décider s'il faut attribuer l'origine de sa famille à Sala, dont Salé pourrait être considéré alors comme le génitif, ou bien au local où nos anciens échevins donnaient audience, Aula, comme de Z aie àYpres, et la Salle à Valenciennes (i).
Après tout, celte question nous intéresse peu, puisque le musicien déclare formellement appartenir à la nation belge. Il signe la préface de Tun de ses ouvrages : Fran-
(1) Il y avait des familles de Salle et de la Salle. Elles empruntaient probablement leur nom à un village du Hainaut. En 1579, un capitaine Salle gouvernait Bourbourg, et, en 1504, un certain Mathieu Vander Zalen, fils de Jean, comparaissait devant les échevins de Grammont. Il y avait, en 1577, un pensionnaire du Franc de Bruges, appelé Laurent de Aula. Enfin, en 1495, un Renier Sael, chapelain à la chapelle royale de La Haye, reçoit quatre livres treize sous, pour avoir écrit, dans les grands registres de chant, des messes et des motets. Voyez, pour ce dernier, le Navorscher, 2« série, 5e année, 1865, p. 145.
ciscus Sale, Belgu, el il y fait l'éloge de son pays en des termes qui inspirent le plus sincère patriotisme :
«Depuis longtemps, dit-il, l'étude de la divine musique » fleurit chez nos Belges, au point que, du sein de leurs » écoles, surgirent quelques maîtres qui allèrent propager » les principes de leur art, dans l'Italie et les autres pays » de la chrétienté. »
Rien d'étonnant si François Sale aimait son pays natal. Il y reçut, jeune encore, abineimte aetate, l'éducation musicale. Dans la suite, il y parvint 'sans doute à quelque emploi de chantre ou de maître de chant, jusqu'au jour oii les événements de la Réforme l'obligèrent à chercher une position sur le sol étranger : « La Musique, ajoute-t-il, terrifiée » par le bruit des armes, céda le pas à Mars et alla établir » son siège ailleurs. »
Elle fît le choix de l'Allemagne (i). A partir de ce moment, l'on vit s'élever partout de nouvelles académies de musique, nova passim collegia parari.
Le but artistique et moral de ces institutions nous paraît ressortir clairement des rimes suivantes, empruntées à une composition musicale à cinq voix de Jean André Herbsl, qui ouvre un recueil de chansons et de sonates, publié par ce maître, à Francfort sur leMein, en 1626, et que M. Fétis n'a pas connu :
Concurrile, ô symphonislae charissimi,
Properate, ô auditores spectatissimi,
Âdesl enim dies consueta collegii noslri musici,
In qua exercelur jucunda musica,
Pellilur tristilia, augelur laetitia,
(1) « Les écoles se fermèrent au milieu de luttes sanglantes, dit M. Henné »dans son Histoire du règne de Charles-Quinl; nos musiciens ne trouvèrent »plus, dans la patrie opprimée, ni inspirations, ni ressources, et TAllemagne, » recueillant nos proscrits et nos émigrés, ramassa le sceptre musical qui » s'échappait de nos mains. »
RelaxanUir vires,
Confortantur débiles.
In liac die nil auditur aliud nisi dulcis melodia,
Bona conversalio, verba honcsia.
Bibile mediocriler,
El favete musicis semper.
On en érigea une à Hall, dans le Tyrol, sous les auspices de rarchevéque de Sallzbourg. Ce fut là que la princesse Madeleine accueillit noire musicien et le fit présider au chant du chœur de Téglise. Les termes de chori magister, dont il se sert, sont formels à cet égard.
M. Félis nie cette particularité de la carrière de François Sale, et prétend qu'il était « simple ténor du chœur de » la princesse Madeleine. » Et pourtant, quelques lignes plus loin, le musicologue cite le titre de l'une de ses compositions où ce fait est consigné en toutes lettres (i). Si, par hasard , M. Fétis avait des doutes sur la signification de l'expression chori magister, il devrait les dissiper à la lecture de ce qu'il a écrit au sujet du terme phonascus, appliqué à George De le Hèle, et qui, selon lui, « désignait » alors ceux qui dirigeaient l'exécution de la musique au » chœur (2). » Or, chori magister et chori reclor signifient littéralement la même chose.
Certains compatriotes et collègues de François Sale, con- Irainls comme lui de quitter leur foyer, adoucirent les peines de l'exil, en s'adonnant assidûment à la composition. Le protégé de la princesse Madeleine résolut de les imiter, en livrant au jour les prémices de son talent, ingenii met primitia.
C'étaient des motets en chant grégorien qu'il mit en harmonie contrepoinlée, genre de musique qui, selon lui, était généralement ignoré dans les conirées qu'il parcourut. Par
(i) Biographie tmiverselle des jnnsicicns, t. Vil, p. ô77. (2j Ibid., l. IV, p. 28H.
ses soins, il jouit à Hall d'une grande vogue, grâce à Tadjonclion de quelques voix auxiliaires.
Il fut sans scrupule sur l'excellence de ce mode de chanter les louanges de Dieu, vu qu'un autre Belge, très-savant dans son art, Jacques De Weert, en offrit jadis un exemple qui provoqua l'admiration de tous, à la diète d'Augsbourg, en présence de l'empereur Maximilien 11 et de plusieurs musiciens attachés à des princes. 11 dut se rendre, d'ailleurs, aux conseils de quelques amis, désireux de voir ses manuscrits vulgarisés par la presse.
Un insigne honneur allait bientôt lui échoir. En 1573, le célèbre imprimeur de musique Adam Berg, à Munich, publia le premier volume d'une superbe colleclion d'ouvrages de musique, en grand format in-folio. Elle avait pour litre : Patrocinhim musices, et les frais en étaient supportés par les ducs de Bavière.
La collection se divise en dix volumes imprimés en grands caractères, pour l'usage des chœurs d'église, et dans lesquels les parties des différentes voix sont mises en regard. Chaque série est composée de cinq volumes. La première ne renferme que des œuvres de Roland de Lassus. Interrompue après la mort du duc Albert, la publication ne fut reprise qu'en 1589, sous le règne de Guillaume II. Les volumes publiés depuis cette époque forment la deuxième série.
Ce fut à cette série que Sale fut admis à collaborer. Joindre son nom à celui de Lassus, qui était le plus illustre entre tous, et cela dans une publication monumentale éditée au sein de l'Allemagne, c'était là, il faut l'avouer, un hommage éclatant rendu au mérite.
Cette deuxième série comprend d'abord six messes de Roland de Lassus, puis les motets de Sale. Ces deux volumes appartiennent à 1589. Le troisième volume, édité en 1591, est dû à Antoine Biaise Ammon, originaire du Tyrol. Le quatrième, qui vit le jour en 1594, a pour auteur César
Zuccari, de Crémone. Le cinquième, qui porte la claie de 1598, émane encore de Sale. C'est un recueil de motets renfermant une messe pour la fête de Noël.
Remarquons, en passant, que de ces dix énormes volumes, huit ont été fournis par des Belges.
L'ouvrage de 1589 a pour titre : Missantm solennionim, tam sanctorum quam feslorum officia labentis anni, in catholicae ecclesiae itsiim, harmonicè contrapunctitm ac suavissimè concinnata, sicqiie antea in lucem non œdita, Serenissimae reginae Magdalenae chori Halae ad ^nxim tnagistro Francisco Sale aulore. Tomus primns. Anno M. D. LXXXIX, In-f«.
Il est orné d'un joli frontispice gravé sur bois, représentant des emblèmes et des armoiries. Le tout encadre un groupe de quatorze musiciens jouant de divers instruments. L'un d'eux touche une épinette rectangulaire, placée sur une table et pouvant avoir tout au plus une vingtaine de grandes touches. Nous pourrions décrire plus exactement le clavier, si le bras de l'exécutant n'empêchait d'en voir la disposition.
L'ouvrage devait former trois tomes. Nous ignorons s'ils ont paru. Celui de 1598, que nous citons plus loin, est-il le deuxième?
C'est la préface du recueil qui nous a servi à éclaircir certains points de la biographie de François Sale. Ce ne sont pas les seuls qu'il faille signaler, et M. Félis, soit dit en passant, n'en avait point soupçonné l'existence. Il n'y a jusqu'ici que ce document que l'on puisse consulter avec fruit sur le musicien et sa première production; nous avons donc cru devoir le reproduire m extenso :
« ReVEUENDISSIMO ATQUE ILLUSTRISSIMO PRL\C1P[ DOMLNO, D. WOLF- GANGO ThEODORICO, D. G. ARCHIEPISCOPO METROPOLITANAE SaLIS- BURGENSIS ECCLESIAE SEDIS APOSTOLIC^ LEGATO, ETC., DoMLNO SUO CLEMEiNTISSIMO.
ïQui aliquid operis in lucem dedére hactenus, Reverendissime Princeps , in more oranes habuisse video uti virum aliquem supra communem hominum sortem , vel naturae, vel fortunae dotibus excellentem circumspicerent, ciijus nomini id consecrantes, el praesidium sibi adversus malos, et commendalionem apud bonos comparare possent. Eos cur in bis ingenii mei primiiiis edendis sequi, Reverendissimae Vestrae Celsitudinis auspicium mihi et praesidium quaerere potissimum voluerim, paucis exponam. Viguit dudum, apud Belgas nostros, praeclarum divinae musices studium, atque ita viguit ut ex iilorum officina non nulii prodierint, qui per Italiam, caeterasque orbis christiani provincias id artificiasè propagarunt.
» Sed postquam Belgia nosira fatali quadam vecordia, bellum sibi intestinum accersivit, factum est uti Musica armorum strepitu territa, Marti tandem cedere , et novam sibi sedem quaerere cogeretur. Ab eo tempore videre est, plurimis per Germaniam locis, novos huic arli patronos, nova passim collegia parari, qua una re, patriae desiderium, et exilii ulirô suscepti sortem, mihi cum multis bonis viris communem, aequiori animo ferendam maxime duco. Et sicut in eo, Dei optimi maximi, arlium honestarum conservatoris singulare beneficium gratus agnoscere vellem, ita quoscumque in re musica mihi progressus, ab ineunte aetaie facere licuit, eos ad ipsius laudes celebrandas referre decrevi.
» Ne igilur inter alios, qui musicam novis quotidie operibus ornatiorem reddunt, solus ego immunis essem , eam partem, quae hactenus non perinde in usu habelur, pro ingenii mei tenuitate tractandam suscepi, et cantiones illas sacras, quae in missae sacrificio, juxla romanum ritum, cantu gregoriano (quem vocant) cani per integrum annum soient, iis modulis donavi, qui, vulgari voce, contrapunctum appellantur. Cum enim ea pars, aut (ut melius dicam) id lotius musicae praciicae fundamcntum, praeterquàm in paucis aliquot principum aulis, pror-
stts ignotum, vel non satis pro dignitatc cultum esse scirem, graiam profeciô rem illis me esse facturum putabam, qui ad quamvis cantilenam alias ex lempore voces acljiingere, nondum didicissent, si ea intérim darem, qnibus, si volent, uti in templis poterunt, donec cum reliqua musica, hoc quoque artificium, ad pliirium cognitionem perveniat; quod futurum non diffîdo, cum pulcherrimum juxta ae utilissimiim sit ejus exercitium, et quod ipso usu, citra diflicultatis taedium, adlubeseit.
» Cui qui operam dare volet (velle autem omnes, qui musici esse desiderant, debent) habebit in his nostris, quae sequalur, et in quibus, non sine delectatione videat, quo modo ex discordibus inter se sonis , concors et concinna nascatur harmonia. Neque exempla dcerunt, quibus supra vulgarem hujus arlificii modura, vox una alteram eliciat sequaccm sibi, eodem prorsus sono, autaliquo iutervallo, ad quintam puta, vel altiore vel demissiore, qua in re dociissimum nostra aelate musicum D. Jacocum Werlhium, Belgam, ulrumque imitari libuit, qui jam olim in comitiis Augustanis, coram divi Maximiliani Caesaris , et aliorum principum musicis , cum summa omnium admiratione ejus artis spécimen ex tempore dédit.
)) Haec igîtur in lucera emissurus (cum, juxta proverbium, occultae musicae nuUus sit usus) ex amicorum quorundam consilio, Reverendissimam Veslram Celsiludinem, ex omnibus artis nostrae fauloribus elegi, quae slatim ab initio gubernationis, inter alia décora, quibus Ecclesiam sibi à Deo concessam exornare nitilur, musicum quoque collegium instituit, quo facto, musicam sibi cordi esse declaravit. Neque enim abs re facturus esse visus sum, si bas cantilenas pietati antea et Dei divorumque cultui sacraïas, ejus honori ac famae potissimum dedicarem, qui iis ipsis promovendis sedulam navare operam, omnium hominum sermone praedicalur. Verba sane ipsa quin sacrosancta sini, nemo sanus negaverit, quibus si ex modulis nostris aliquid commendatiouis accesserit, abundè voto meo satisfiet : sin minus, vel hi saltem ab illis aliquam gratiam mutuabuntur. Egoquoad potui, praestiti, judicium hujus mei conalus musici aliis relinquo. Id vero adfirmare possum, non defuisse mihi benemerendi volunlatem, qua una maxime haec ab omnibus aestimari velim.
» Accipiat ilaque, hujus operis in très tomos distinguendi ,
priinum ex illis, Reverendissima Vestra Celsitudo, eoque animo, quo pietalem ipsam ejusqiie culiricem musicam amplexa est, prosequatur, meque adversus malevoloruni morsus, vestri noniinis patrocinio tueatur, et si gratuni hoc munusculum erit, alia posthac niaturiori judicio facta, quod (iili spcro) una cum aetate incremenlum sumet, expectet.
» Ex his ver6 si qiiid vel usu ipso vel imitatione juventus accipiet emolumenti, id omne Reverendissimae Vestrae Celsitudini, cui hanc operam humillimè dicavi, acceptum ferre debebit. Quam ut Deus ecclesiae. suae diu incolumen servet, oro, et, si quicquain veri meus augurai, opto.
» Datum Haiae ad ^nura, 7 Augusti, à Christo nalo super sesquimillesimum, ocfuagesimo nono anno.
» Reverendissimae Vestrae Celsiludinis observantissimus et humillimus,
> Franciscus Sale, Belga. »
Le volume de François Sale ne contient pas des messes, comme le croit M. Félis, qui probablement n'a pas eu Toccasion de le parcourir, mais des hymnes particulières, qui se chantaient à certaines fêtes de Tannée, pendant la messe, propria sanctoriim. On en jugera par la nomenclature des morceaux du recueil :
« Index OFFiCfORUM quae in hoc libro continentur, quinque et