CLIENS ET TESTAMENT! EXECUTOR
MLNICIPI ET PATRONO DE SE BENEMERENTI
YIXIT ANNOS LXX.
OBllT 1 KL. SEPT. ANN. SAL. MDLXlll (l).
Les mots symphoniacus, symphonarîus, symphonistUf nous paraissent identiques. Ils s'appliquent à tous les musiciens concertants, soit chantres soit instrumentistes. Ducange cite, à ce sujet, divers exemples curieux et instructifs. Leur chef était nommé archisymphoniaciis.
XXVIÎI.
Caron (firiuiii),
Compositeur du XV^ siècle. — Lacunes dans sa biographie. — Inductions sur sa patrie et le lieu où il reçut son éducation. — Jean Caron, écolâtre et chantre à Oudenbourg. — État misérable de l'écolàtrie d'Oudenbourg. — Fêles de YEvêquc des Innocents et du Pape des Fous, célébrées dans la petite cité flamande.
Quelle existence plus obscure que celle de Firmin Caron, compositeur distingué du XV^ siècle, qui partagea avec Busnois, Okeghem, Obrecht et quelques autres maîtres, la gloire d'avoir contribué aux progrès de la musique dans les
(1) Epitaphes des Néerlandais y p. 84.
Pays-Bas? On ignore s'il fut néerlandais ou français. On n'a aucune donnée sur le lieu où il reçut son éducation. Les différentes phases de sa carrière artistique restent couvertes d'une voile impénétrable. A peine connaît-on quelques-unes de ses œuvres.
Essayons, quant à la première question, de faire pencher la balance en faveur des Pays-Bas. La deuxième se résoudra d'elle-même. Quant à la troisième, il faudra attendre qu'un dépouillement plus complet de nos principaux dépôts d'archives mette en lumière les documents qu'ils doivent nécessairement posséder là-dessus.
En 1463, certain Jean Caron remplissait les fonctions d'écolâlre à l'église d'Oudenbourg, comme l'attestent les comptes de cette ville :
« Item, ghezonden upten vierden dach in hoymaent, dcn heere Jan Karel, priester, ende Jan Andries, burchmeesler, te Brugghe, omme te sprekene met meester Jan Caron, scolastere hier vander stede, aenghaende der scole; elc eenen dach; daeromme uutzynde te xvj s. p. 's daechs, valent . xxxij s. p. »
Les écolàtres d'Oudenburg étaient chantres au chœur, et ils enseignaient, aux enfants de la maîtrise, le latin et le plain-chant, ainsi qu'il résulte des deux extraits qui suivent, l'un de 1464, l'autre de 1^44 :
« Item, ghegheven in hooscheden meester Jan Vanden Vere, scolastre ende cantre alhier vander kerke , ter hulpe vanden pachte vanden scoole vj lib. par. »
« Item, meester Jan Maes, scolaster, die de jonghers van de poorters ende invvooneren gheinstrueert heeft ende gheleert in latyne, choorzanck ende anders, den tyt van xj maenden ,
xxxiiij lib. par. (i). »
Voilà donc, à Pépoque où vivait Firmin Caron, un Jean
(1) Au compte de Tannée 1318, il y a celte varianle : « .... in latyne, zan- »glie ende andere consten. »
— iùo —
Caron, instruit comme lui dans les belles-lellres et dans la musique, et de plus obligé de présider aux mystères qui se jouaient dans l'église :
« Item, ghegheven in hoosscheden den priesters ende meer andere ghesellen vander helegher kerke, die speiidcn 't spel vander Purificacie van Onser Vrauwe xxiiij s. p. »
Les noms de Caron ne sont pas si communs aux Pays- Bas, pour que l'on ne puisse établir un rapprochement entre ceux de Firmin et de Jean. Firmin Caron est né dans le premier quart du XV^ siècle. Jean Caron a du voir le jour vers la même époque.
Maintenant, quoi de plus naturel que de supposer que Jean et Firmin étaient deux frères, élevés ensemble dans l'une ou l'autre maîtrise, à Bruges peut-être, comme le font conjecturer les renseignements que nous avons recueillis sur les écolàtres d'Oudenbourg, qui tous venaient de l'ancienne métropole commerciale de la Flandre.
Si ces écolàtres ne devaient pas rigoureusement être clercs, nous ne serions pas étonné de voir une identité de personnage dans le Jean Caron, directeur de la maîtrise d'Oudenbourg, et le Jean Caron, garde de l'hôtel du duc de Brabant, par commission de 1470 (i).
Les fonctions d'écolàtre n'étaient pas brillantes à Oudenbourg, car elles se trouvaient souvent vacantes, faute de solliciteurs. Il n'est donc pas étonnant que Jean Caron, — qu'un certain Vande Vere remplaça après un an de gestion, comme le prouve l'extrait de 1S64, cité ci-dessus, — aura cherché, à améliorer son sort, peut-être avec l'intervention efficace de Firmin Caron,
(1) Ce dernier est cité par M. Félis, d'après « le registre n» 4 des chartes. » Le dépôt n'est pas indiqué. Il y a lieu de croire que le registre appartient aux Archives du royaume, et que M. Félis aura tenu le renseignement do M. Pincharl.
On trouve dans les comptes d'Oudenbourg, à Pannée 1467, un article intéressant relatif à la situation précaire de l'école musicale de l'église de cette ville :
« Item, ghegheven in hosscheden meester Niclans Gandolf, aïs scolaster vander scole hier vander stede, devvelke burclimeester ende scepenen, by noden, in pacbte nenien moesten, by dat zee, by quaden regemente, te ruwine stoet; daeraf betaelt vanden jaer Ixvij ende Ixviij : x lib. par. elcx yaers. Commen, alzoot by quitanee blyct xx lib. par. »
Voilà bien des conjectures, hasardées peut-être. Au fait, si on s'en tenait au peu de renseignements que l'on possède sur les anciens maîtres, et notamment sur ceux des XIV^ et XV^ siècles, on risquerait de ne jamais percer les ténèbres qui enveloppent leur vie et leurs ouvrages. Les inductions et les hypothèses sont donc permises en Pabsence de preuves rigoureuses, et si elles ont souvent une base chancelante, elles ont souvent aussi le mérite de mettre sur la voie de la vérité et d^élargir le champ de Finvestigation.
Il a été touché un mot sur les mystères joués par les chantres du chœur. Les écoliers de la maîtrise célébraient aussi la fête de VÉvêqite des Innocents et le « collège entier de l'église » participait aux réjouissances bruyantes et parfois licencieuses du Pape des Fous, à en juger par les deux passages qui suivent, empruntés aux registres de la comptabilité communale d'Oudenbourg, de 1465 et de 1468 :
« Item, ghesonden iipten x^" van lauwe, den bysscop vanden scolieren, als hy zine maeltyd gaf, j kanne rynsch, te viij s. den sloop, ende j kanne te iiij s. den stoop, valent . xxx s. p. »
« Item, te costen ghedaen aïs ons ledich vader de ezelpaeus, mynheere de prelaet ende prioor van Sinte-Pieters in Oudemburch,'t gheheele collège vander keike, mynheere de deken van Oudemburch ende andre prochiekerken , te vvetene :Zautvoorde, Westkerke, Begheem , Ronuxem (i) ende Ettelgheem, ende
(1) Aujourd'hui Bekcghem et Roxcm.
mcer andre notable persooncn, die mettcr stede quamcn eicn, endc den voorscreven ledich vader de ezelpaeus ghezelscip deden. Overal xviij lib. xvij s. p. »
La mention de ces vieilles coutumes ne nous éloigne pas trop de notre sujet, car la musique y avait sa part essentielle, comme on peut le voir par un extrait des comptes de la ville d'Oslende, de 1540, ainsi conçu :
« Ghepresenteert den xxviij^° in décembre, de collegie vander nieuwer kercke huerlieder feesle houdendc vanden bisscop vanden înnocenten, ende daer inede rydende ende zynghende achter strate, zes cannen vvyns, bedraghende ende hier betaelt,
iij lib. xvj s. par. »
De Vos (Laiireut],
Compositeur du XVfe siècle. — Avant de passer en France, il est maître de chant de la cathédrale d'Ypres. — Il a pour prédécesseur, un certain Pevernaege. — La direction de la maîtrise de Saint-Martin, à Ypres. — L'enseignement et les élèves. — Départ de Laurent De Vos. — George Cousyn, organiste, — Jean Langiiedul, raccoutreur d'orgues, nomme, dans la suite, organiste et facteur d'orgues du roi de France, Henri III ou Henri IV. — Son épitaphe. — Michel Langhedul.
Laurent De Vos « homme de grand renom au noble art de musique, » selon le chroniqueur Jean Doudelel, naquit à Anvers vers 1555. Il fit ses études à la cathédrale de cette ville, et y reçut les ordres. Dans la suite, il n'est plus question de lui, aux registres que M. de Curbure a compulsés, et il faut enjamber une trentaine d'années pour retrouver des traces de son existence, Laurent De Vos, en effet, remplissait, vers 1580, les fonctions de mailre des enfants de chœur de la cathédrale de Cambrai. M. Fétis en conclut, avec raison, que le musicien « a occupé quelque autre position dans une des églises de Belgique, avant d'être appelé
à Cambrai. » ToiUefois, M. Félis ne spécifie pas la localité où le compositeur alla se fixer.
Nous ne pourrions dire où De Vos se rendit immédiatement en quittant Anvers; mais nous savons où il résida avant de passer en France. En 1577, il alla remplir l'emploi de maître de chant de la cathédrale dTpres, comme nous renseignent les comptes de cette église, conservés aux Archives du royaume.
Un certain Pevernaege, apparemment le frère du célèbre compositeur, occupait, avant lui, le même poste. Il se trouve cité, à l'année 1577, pour avoir touché sept mois et demi de gages, du l^"" janvier à la mi-juin, date à partir de laquelle De Vos prit la direction du chœur et de la maîtrise de Saint-Martin :
« Magistro cantùs Pevernage pro suo ordinario stipendie, pro sepiem mensibus cum niedio quibus servivit in hoc anno, et Laurentio De Vos pro reliqua parte anni, simul. . . lij lib. »
Pevernaege mourut alors, car, en la même année, il est donné à sa veuve une gratification de trois livres parisis :
« Vidnae magistri cantûs Pevernage pro eo quod ipsi Domini graliosè concesserunt loco distribiitionum, post defunctum maritiim iij lib. »
Il fut enterré dans le pourtour du chœur de Saint- Martin :
« Judoco Vander Beeke, fabro murario, pro reponendo pavimenlo in ambilu, ad sepulturam magistri canlûs . . . xij st. ^
Le maître de chant de Saint-Martin recevait , outre ses gages, le logement gratuit et tout ce qui était nécessaire à son entretien. La maison qu'il occupait, servait également d'habitation aux enfants de chœur. Ces écoliers étaient instruits, par ses soins, dans les principes du plain-chant, et, par un maître spécial, dans ceux de la langue latine. Ce maître résidait au séminaire, dont la maîtrise de Saint-
Marlin n'était probablement alors qu'une dépendance. Les extraits suivanis des comptes de Saint-Martin de Tannée 1577, en font foi, outre qu'ils nous apprennent les prénoms de quelques enfants de chœur et le genre de livres dont ils se servaient :
« Bibliopolae inagistro Petro de Vrieze, pro libris puerorum chori usitauiium semiiiarium; pro Clémente, Etimoiogia, in-'i", per Plantinum, iiij st.; pro libre chartaceo unius manus, iij st., pro colloquiis S)lvii, j st. ix den.; pro duobus libris chartaceis, iij st., iij den., simul xij st.
Pro Adriano, puero chori, Etymologia , in-^", iij st. Liber chartaceus unius nianûs, iij st.; duo libri chartacei inediae manùs, iij st. iij den. Colioquia Sylvii, j st. d.; simul xij st.
Pro Joanne, puero chori, Dictionarium vernaculo-latinum, vj st.
Liber chartaceus unius nianûs, iij st., pro omnibus pueris chori Dictionarium triglotton, x st., simul xix st.
Paeschendalle, puero, diim migraret ad seminarium, manus chartae, cum pennis, etc.
Liber chartaceus, pro pueris chori, pro inscribendis responsiis matutinalibus et brevibus, iij st.
Pro charta ad usum puerorum chori, defuncto magistro cantûs Pcvernage, ij st.
Pro Clémente, puero chori, Catechismus Canisii, ij st.
Pro eodem , liber chartaceus , pro inscribendis annolationibus, iij st.
Pro majore Christiano , puero chori , Epistolae selectae Ciceronis, pro ascensu, ij st. »
A ces prénoms, il faut joindre ceux de Pierre, de George, d'Henri, de Guillaume et de Chrétien {jninor?) ce dernier reçu en 1577 et admis au séminaire l'année suivante.
Laurent De Vos ne resta pas longtemps à la direction de cette maîtrise. Il résigna ses fonctions au mois de septembre 1578, et il y fut remplacé immédiatement par un autre
Pevernnege, le fils peul-êlre de celui qui occupait l'emploi au commenceineut de 1577.
La pesle sévissait à Ypres. Les événements prenaient un caraclère de haute gravité. Déjà en 1578, les comptes de réglise de Saint-Martin accusent un passif considérable. Quand Pirruplion des Gueux eut lieu, tout fut pillé et dévasté. La plupart des ecclésiastiques prirent la fuite, les enfanis de chœur furent congédiés.
Ce fut sans doute à rapproche de l'orage, que Laurent De Vos donna sa démission et qu'il se réfugia en France. On connaît le reste. Ayant eu la maladresse de composer un motet dont les paroles retraçaient les malheurs que Cambrai avait endurés sous le gouvernement tyrannique d'Inchy, il fut arrêté et pendu sans forme de procès. Cette iniquité s'accomplit vers la fin de janvier 1580.
Certain George Cousyn fut organiste de Saint-Martin à Ypres, pendant la gestion de Laurent De Vos. Aucune particularité ne se rattache à ce nom.
Il n'en est pas de même de Jean Langhedul, rajusteur des orgues de Saint-Martin, cité en 1577 et 1578 :
« Joanni Langhedul, pro conservandis organis . . I sch. »
Ce simple raccoutreur d'orgues a été honoré d'une épitaphe, d'où il faut inférer qu'il fut élevé au poste d'organiste et de facteur d'orgues du roi de France, Henri III ou Henri IV. Fils de Michel Langhedul et natif d'Ypres, il mourut à Gand le 6 février 1592. 11 aura sans doute renoncé à son emploi d'Ypres, pour les mêmes raisons qui obligèrent Laurent De Vos à résigner le sien.
L'épilaphe en question se trouvait dans l'église des Dominicains à Gand , devant la chapelle du Doux Nom de Jésus. Au-dessus figurait un blason. Nous la transcrivons ici d'après les Inscriptions funéraires de la Flandre orientale :
— iOl —
HIER LICHT BEGRAVEN DEN EERSAMEiN ENDE DISCRETEN
J\P JAN LANGHEDUL, filils M Michiels,
GEBOREN VAN IpERE, IN SYNÊN TIJDT ORGHELMAKER
ENDE ORGANISTE VAN DEN CONINCK VAN VrANCKERICKE,
IN ZYNE STADT VAN PaRIS.
DIE OVERLEET IN 't JAER 1592,
DEN 6^" VAN SPORCLE.
BlDT VOOR DE ZIELE.
Jean Langhedul appartenait sans doute à toute une famille de facteurs d'orgues, du moins la qualification de meesler que l'épitaphe assigne à son père, Michel Langhedul, permet de croire que celui-ci avait exercé la même profession. Michel Langhedul l'obtient ailleurs en 1568, tandis que nous n'en voyons pas encore pour Jean Langhedul, à la même année (i) :
M^ Michiel Langhedul, over 't verloop van xij lib. tournois t'jaers; hierover vj lib. t.
Jan Langhedul, f' Michiel, over 't capitael van vierentwintich ponden tournois t'jaers ii]** iiij^^ iiij lib. t.
Les comptes de l'église de Saint-Martin à Ypres, cités plus haut, nous fourniront, dans la suite, quelques autres renseignements inédits.
(1) Registre aux impôts du quartier d'Ypres, aux Archives du royaume, fo. 48 vo et 81 vo.
Tandeu Olieyn [Pierre],
Fondeur de cloches du XVIe siècle. — Il fournit les timbres du carillon établi, en 1539, dans la nouvelle tour de riiôtel-de-ville d'Oudenbourg. — Le voorslag de l'anoîen scepenhuuse. — Roland Van Weghelen , maître horloger à Gand. — Construction et composition du nouveau carillon. — Les autres travaux de Pierre Vanden Gheyn. — Jacques Vanden Gheyn, son associé. — Cloche de 1527, coulée par Guillaume Vanden Gheyn, père de Pierre Vanden Gheyn.
Les fondeurs de cloches ont droit à une mention, tout comme les facteurs d'orgues et de clavecins. Ceux surtout qui ont présidé à la construction de ces gigantesques orchestres aériens, nommés carillons, méritent d'être tirés de Foubli.
Les renseignements suivants complètent les notes que M. Xavier Van Elewyck a fournies sur les fondeurs de cloches de la famille Vanden Gheyn, dans une notice intéressante (i).
Au commencement du XVI^ siècle, la petite ville d'Oudenbourg, qui n'est plus aujourd'hui qu'un village, avait atteint un certain degré de prospérité. Célèbre en Flandre par sa foire aux chevaux et par son ommegang, organisé en l'honneur de saint Amand, Oudenbourg possédait deux sociétés de rhétorique et deux gildes de tir, qui établissaient fréquemment des concours et participaient à ceux des villes limitrophes.
Le scepenhuuse étant délabré, le magistrat manda des architectes de Bruges, et ceux-ci opinèrent pour une reconstruction complète de l'édifice. Bientôt les devis et les plans
(1) Matthias Vanden Gheyn, le plus grand organiste el carillonneur belge du XVIII^ siècle, el les célèbres fondeurs de cloches de ce nom depuis H50 Jusqu'à nos Jours, Louvain, 1862, in-So.
furent tracés, et la première pierre du nouvel hôlel-de-ville fut posée au mois d'août 1524 (i).
Le beffroi achevé, on résolut de remplacer l'ancien î;oorslag à trois timbres, par un carillon assorti de cloches pouvant former une mélodie.
L'expression voorslag continua d'être appliquée à ce jeu perfectionné, bien que la signification littérale du mot n'indique qu'une simple sonnerie , annonçant l'heure, voor de slag, avant le coup. Alors, elle prit la signification de prélude, comme le constatent les lexiques de Plantin et de Binnart (2). D'Arsy assigne au voorslag une dénomination assez étrange : il le nomme : « des appeaux qui sonnent devant l'heure. »
Outre la monotone succession de trois cloches précédant la frappe de Pheure, l'ancien beffroi d'Oudenbourg ne retentissait que du son, plus uniforme encore, des trompes ou clairons des ménestrels, appelés de Bruges pour célébrer la foire. L'exlrait suivant des comptes de la première de ces villes, en date de 1468, le témoigne :
« Item, betaelt Cornelis de Béer met zinen medeghesellen, van hier te spejlene, nuchtens ende savens, up 't beelfroode vander stede, in de jaermaerct xxiiij s. par. (3). »
En 1538, le pensionnaire d'Oudenbourg se rendit à Malines et à Anvers, à l'effet de s'entendre avec un fondeur de cloches pour l'établissement d'un nouveau carillon :
« Item, den pencioriaris te Mechelle ende Andvverpe, omme
(ij M. Piot donnera, à ce sujet, des détails plus circanstanciés, qu'il ne nous appartient pas de faire connaître.
(2) Le premier date de 1S73, l'autre de 1699.
(3) Plus tard, notamment en 1323, ils jouaient à la procession de Saint- Sacrement, à Yommegang de Saint-Amand, et le premier jour de mai :
« Den menestriers van Brugglie die hier in coslumen zyn te spelene ter » waerdiclieit van den heligen Sacramenle ende vanden processie van Sint » Aernoudts daghe ende meydaghe. In al, t'jaers, ix lib. xij s, par. Comt de » voorscrevene ij jaeren xix lib. iiij s, par. »
te bevoorwaerden ende coopen een nieuwe voorslach aen 't orloige deser slede, van neghen clocken, ende daerinne ghevaciert X daeghen, te xxx s. par. 's daechs .... xv lib. par. »
Une sorte de célébrité devait être allacbée aux fondeurs de ces deux localités, pour avoir mérité le cboix du magistrat d'Oudenbourg.
En même temps, on s'adressa à Roland Van Wegbelen, horloger à Gand, pour la confection d'une nouvelle horloge :
« Item, Jacob Van Lippevelde te Ghend aen M** Roeland Van Wegbelen, orlogemaker, omme 't werck te vermanen , drie daghen xxxvj s. par. »
« Item, meester Lieven Van Wegbelen, orlogemakere vander stede van Ghend, van een nieuwe orloige alhier ghelevert ende gbestelt t'hebbene, per ordonnance ... ij'' xxxvj lib. par. »
Si rhôtel-de-ville avait un nouvel instrument, l'église devait avoir le sien, et un organiste de la cathédrale Saint- Donat, à Bruges, fut chargé de rédiger le contrat aux termes duquel la susdite église devait être mise en possession d'un nouvel orgue :
« Item, de courpse [burchmeestere van de courpse] met M*' Joos de Budt le Brugghe, omme te doen visiteeren ende advies te nemen up 't werck vander orghele in de kecrke alhier; elc j^" dach xxxij s. par. »
« Item, den orghelmeester van S'^ Donaes in Brugghe, omme ghevisiteert thebbene zekere ordonnance van eender orghele ende dat ghestelt naer zyn advis lij s. par. »
Toutefois, les comptes communaux gardent, dans la suite, un silence complet sur ce dernier projet, soit qu'il n'y ail pas été donné suite, soit que l'église ait dû en supporter seule tous les frais.
L'entrepreneur du carillon avait, depuis un an environ, passé marché avec le magistrat, quand celui-ci apprit, à son grand étonnement, que rien n'avait été exécuté encore, et que le fondeur avait changé de résolution :
« Iiem, de zelve courpse met Cristoffel Keylaert, onime tn coepen ende bevoorwaerden een voorslach aen 't horloige alhier, mids dat decoopman vander eerste voorwaerde peniteerde ende gheenen macht en haede omme leveren, zoot de zelve rappoorteerde. Daerinne de courpse x daeghen ende Cristoffel vj daeghen, gaende, keerende ende besoingnierende, ghevacierl hebben, te xxx s. par., xxiij lib. par. »
« Item, den zelven met meester Joes Crispyns ende Lieven Van Weghele, orloigemaeker in Ghend, ter zelver stede, omme te bescauwen ende visiteren het werck, thien andere daeghen, te xxx s. par. 's daechs, ende heer Joos vij daeghen, te xxxij s. par., ende ]\P Lieven voor zyn costen ende vrecht, v lib. xij s. par. Comt xxxj lib. xvj s. par. »
Était-ce avec un fondeur de Malines ou d'Anvers que l'arrangement avait été conclu? nous l'ignorons. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que l'horloger gantois Van Weghelen s'était chargé de la livraison du carillon, et que c'était lui que les échevins voulaient attraire en justice, lorsqu'ils connurent l'abandon du travail (1539) :
a Item, de courpse te Ghend, omme in justicie meester Lieven Van Weghele te belreckene ende omme leveringhe vanden voorslaeghe t'hebbene v daghen, te xxiiij s. par. 's daechs,
vj lib. par. »
« Item, her Joes Crispyns, van coopecdraet int voorslach van 't orlogie gheerboort xvij s. par. p
Toujours est-il que, immédiatement après, Pierre V^anden Gheyn, de Malines, reçut, directement, ou par l'intermédiaire de Van Weghelen, la commande des timbres pour le nouveau carillon :
« Eerst, Govard de Steenbacker ghesonden andcn clockgietcr te Mechelle met missive, omme te verstaene de staet van de wercke, bevoorwaert in masse xl s. par. s
« Item, Vincent, de knape van Cornelis Hiesebout, te Mechelle, met missive ande clockghielcr, in forma bevoorwaert. xl s. par. »
Sur le champ, trois petites cloches arrivèrent à destination, par voie de Bruges :
« Ileni, de zelve courpse te Brugghe, omme drie zo vier schellen van de voorslaeghe aldaer ghearriveert le ontfanghen j^" dach,
xvj s. par. »
Et bientôt, grâce aux soins actifs de Pierre Vanden Gheyn, toutes les cloches, au nombre de dix, furent terminées :
« Item, Pieter Vander Gheynste [s/c], voor de leveringhe van de thien clocken van de zelve voorslaeghe, weghende t'saemen zeven hondert eenentachtentich ponden, te vj s. par. elc pont. Compt ij" xxxiiij lib. vj s. par. »
4 En marge : « By hemlieden missive houdende de betalinghe, mefgaders oock noodich ander quitance. »
Le poids total de ces cloches, comme on le voit ci-dessus, était de sept cent quatre-vingt-et-une livres. Chaque livre ayant été cotée à six sous, Vanden Gheyn reçut, pour son travail, la somme de deux cent trente-quatre livres parisis.
Ce fut Liévin VanWeghelen qui dirigea les travaux d'appropriation. On lui accorda, à ce sujet, une gratification supplémentaire :
« Item, meester Lieven Van Weghele , orloigemaker van Ghend, van een voorsiach ghemaect t'hebbene up de huerclocke alhier, van neghen clocken, by voorvvaerde, xlv lib. xij s. par., ende van overvvercke vj lib. viij s. Comt. ... lij lib. par. »
En marge : <t Te welen : boven xx lib. vj s. par., betaelt ende gherekent by de voorgaende rekeninghc ; by quiclance van
[xxij lib. par. »
« Item, den voornoemden meester I.ieven van Weghelle, mids dat den sallaris van de voornoemde wercke cleene ghenoucb was ende grootelich 't selve ghesupporteert, noch toegheleyt,
viij lib. viij s. par. »
Un maître de chant de Malines, assisté de Gilles de Buenes, chanoine-chantre d'Oudenbourg, fit Texpcrlise du
carillon, et le trouva « de bon accord el harmonie, » d'après les termes du contrat :
« Item , eenen zanckmeesier van Mechelle assisterende M'' Gillis de Buenes, omme le ontfanglicnc de clocken vanden voorsiaeghe ailes up goede accorde en armonye, naer voorwaerde xxiiij s. par. »
Le jeu du carillon était adapté à un cylindre, mû par un poids. Des fils de laiton correspondaient aux marteaux des cloches :
« Aernoud Karel, slotemaeker, van diverssche yserwerck aen stedehuus boven en beneden gheoirboirt : een nieuwe wiel aen 't orloige le stellen, ix ponden coperdraet aen 't voorslach le leveren, ende bel loot te verslellen ende proporcioneeren, t'sainen per ordonnancie Iv lib. xiiij s. par. y>
« Item, de slotemaekere alhier, van x clippellen in de clocken te leveren ende generaelic aile bel ander yzerwerck gbeorboort omme die te hanghen x lib. par. »
Jacques Vanden Gheyn , fondeur à Malines, probablement Tonde et l'associé de Pierre, reprit les cloches du voorslag primitif:
« Onifaen van Jacob Vander Gheynsle (&îc), clockghietere van Mechelle, van die scellen vanden onde voorsiaeghe alhier, weghende c Ixxvj ponden, te iiij s. par. elc pont,
XXXV lib. iiij s. par. »
Le tout étant en ordre, un accident survint au nouvel instrument aérien et nécessita Tinlervention de maître Jean Stalloen, chantre de Sainl-Donat à Bruges :
« Item, Heere Jan Stalloen, zangher van S'*^ Donaes, in Brugghe, omme 't voorslach vander huerclocke gherepareert thebbene,
iij lib. par. »
Quel était ce Pierre Vanden Gheyn? Il n'y a, sur lui, que fort peu d'informations à recueillir dans les notices consacrées aux cloches et aux carillons.
La tabelle généalogique de la famille Vanden Gheyn, que MM. Raymaekers et Dellafaille donnent dans leur opuscule
sur la tour de Saint-Rombaud, à Malines (i), menlionne un Pierre Vanden Gheyn, fils de Guillaume, qui mourut le 14 mars 1561. Nous croyons reconnaître en lui le constructeur du carillon d'Oudenbourg. Il y a encore du même fondeur, dans la tour de l'église de Notre-Dame, à Malines, une cloche datant de 1533, et qui porte pour inscription :
Peeteii V^anden GheijiN me fecit MDXXXIII (2).
Un inventaire de cloches, dressé en 1579 et conservé aux Archives communales d'Audenarde, cite une cloche fondue par Pierre Vanden Gheyn pour Téglise de Renaix, en 1544 (3). Elle pesait neuf cent seize livres. On y voyait représentés un Christ et une Vierge, entourés d'une auréole. Elle portait, entre autres inscriptions:
Maria ben ic, van Pieter Van Ghein gheghoten.
Le même inventaire mentionne une cloche fondue dans les ateliers de Guillaume Vanden Gheyn, le père de Pierre, en 1527. Elle pesait douze cents livres, et on y lisait :
Willem Vanden Ghein me fecit. Maria es mynen naem, heer Adriaen Vander ScRiCK ENDE Jan Vanden Vacken ende Pieter de Scheeder deden my maken.
Les Vanden Gheyn et les Waghevens de Malines peuvent être comptés au nombre des plus anciens constructeurs de carillons des Pays-Bas, et peut-être de l'Europe.
(1) GcschieUkundige wandeling op Sinl Rumoldus loren te Mcchelen. Mechelen, 1863, in-12, p. 33.
(2) Matthias Vanden Gheyn, etc., p. 3.
(3) Il a élé question de cet inventaire dans notre Notice sur les carillons d'Audenarde, insérée dans les Annales de la Société royale des Beaux-Arts et de Lilléralurc, à Gand, t. VJ, pp. 169 et 170.