AVANT LE XIX*^ SIÈCLE
Cornet (Sc¥Ci*in),
Compositeur de musique du XVI^ siècle. — Lacune dans sa biographie. — Il est maître des enfants de chœur à l'église métropolitaine de Malines, — Ses gages. — Philippus Montanus, Georgius Ballenus et autres chantres du chœur de Sainl-Rombaud. — Chantres de passage. — Paul de Winde, organiste. — Le Proprium Sanclorum et le Temporale^ imprimés à Anvers. — Un recueil de Canzoni^ de Cornet, inconnu aux musicographes.
Il existe une lacune importante dans la vie artistique de Séverin Cornet, compositeur de musique, néàVaienciennes, vers 1540.
Comme tant d'autres maîtres des Pays-Bas, Cornet se rendit en Italie, pour y exercer son art et s'y perfectionner au besoin, car déjà l'influence de nos musiciens du XV® siècle s'était fait sentir vivement dans la Péninsule, auparavant soumise à l'empire énervant des concelti.
A quelle époque Cornet revint-il dans sa patrie? C'est ici que le mystère enveloppe l'existence du compositeur, car
ou se voit obligé, en Tabscuce de renseignemenls, de Tinslaller d'emblée, en lo78, à Anvers, en qualité de maître des enfants de chœur de l'église de Notre-Dame.
Or, il résida ailleurs, avant cette époque, comme le constate un registre de comptes conservé aux Archives générales du royaume. Ce registre nous apprend qu'en 1571, Cornet était attaché à Téglise métropolitaine de Malines, comme maître des enfants de chœur.
Voici ce que renseigne le Compte que faict Maistre Regnauld Rogier, prebstre, maistre des cérémonies de Véglise métropolitaine de Malines, des deniers quil at reçus de la part de mon seigneur illustrissime et révérendissime cardinal de Granvelle, archevecque dudict Malines^ vice-roy de Naples, etc., et desboursé pour l'entretènement du service de ladicte église, commenchant le primmier jour de janvier et finant le dernier de décembre Jo71 :
« Maistre Séveiin Cornet, maistre des enffans de cœur, at par an pour noiiriture de dix enffans de cœur, deux cents florins, les quels se paient tous les trois mois cinquante flourins.
» Pour les trois primmier mois, scavoir ; janvier, février et mars, 1 lib. — Pour les trois mois suivants, l lib. — Pour les mois, sçavoire juillet, aougst, septembre, 1 lib. — Pour les mois de octobre, novembre, décembre, l lib.
» Item , ledicl maistre Sévérin Cornet at pour ces gaiges par an, soixante-douze flourins dix patar, desquels en at trente-six livres dix patar, qui se distribuent en plombs, qui sont deux patar par jour, et les aultres trente-six de demi an en demi an, qui sont tous les demi an dix-huit flourins pour la louaige de maison.
B Pour les plombs des trois premiers mois, sçavoire : janvier, février et mars, paie vij lib. xiij st. — Pour la crescence de demi an, paie xviij lib. — Pour les plombs de julliet , aougst, septembre, paie viij lib. x si. — Pour les plombs de octobre, novembre et décembre, paie vij lib, xiij st. — Pour la crescence de demi an, paie xviij lib. — Somma ij" Ixvij lib. xvj s.
[De la main du musicien] » Je Séveuin Cornet confesse d'avoir recheu ces partyes ichy-dessus escriptes. »
Il est évicienl que si Cornet a reçu des émoluments de maître des enfants de chœur à partir du 1" janvier 1571, sans désignation ultérieure, il y a lieu de croire qu'il remplissait les mêmes fonctions pendant l'année précédente. C'est ce qui résulte, du reste, de cette note marginale : a Comme au compte précédent. »
La musique que Ton exécutait, à l'église de Saint-Rombaud, nous paraît avoir été importante, à en juger par le personnel des chantres qui faisaient partie du grand chœur. Nous en donnons la liste, telle qu'elle se trouve daus le registre des comptes précité. H n'est pas impossible que l'un ou l'autre des chantres soit parvenu plus tard à la direction d'une maîtrise réputée, et ait laissé des traces marquantes de ses travaux. Aussi, toutes les fois que l'occasion s'en présentera, aurons-nous soin de n'omettre aucnn nom de chantre, et même ancun nom d'enfant de chœur.
1. Dominus Philippus Montanus, bassus, — probablement Van den Berghe, reçoit en tout pour ses gages annuels, la somme de 24 livres 14 sous, et donne quittance en latin. Il était prêtre. Il importe de ne pas le confondre avec Philippe de Mons, Philippus de Monte, célèbre musicien et savant compositeur, qui fut attaché , vers la même époque, à la chapelle de Maximilien II, empereur d'Allemagne.
2. Dominus Georgius Ballenus, bassus, — donne quittance en latin de la somme de 54 livres 17 sous 6 deniers, montant de ses gages annuels. Il était prêtre.
D. Dominus Hugo Blondel, contraténor, — donne quittance en latin de la somme de 57 livres 6 deniers. Il était prêtre.
4. Magister Rumoldus Scrieck, ténor, — donne quittance en français de la somme de 64 livres 10 sous, montant de ses gages.
5. Ji'DOcus CoELPUT, bassus, — reçoit 22 livres 10 sous, jusqu'au mois de juillet inclus, et « ne faict plus long ser- » vice, se parlant d'ici. » Il est remplacé, le 20 novembre, par D"' JoANNEs Daleux, bassus, engagé à ol livres par an.
6. Carolus Silesius, conlralénor, — reçoit 50 livres de gages, et donne quittance en latin.
7. Joannes Glorie, ténor, — gagne 22 livres 9 sous, et donne quittance en latin.
8. Cornélius Matthys, contraténor, — reçoit pour ses gages 31 livres 3 sous, et donne quittance en latin.
9. Magister Lambertus Duflerux, — bassus, donne quittance en latin de 50 florins 10 patars, montant de ses gages.
10. Balthasar Rogiers, contraténor, — reçoit pour gages annuels 40 florins 10 patars, et se retire le 2 oclob ra.
1 1 . Henricus Wabbels, ténor, — donne quittance en latin de la somme de 21 livres 9 sous 6 deniers, montant de ses gages annuels.
12. HiEROMMus GisLENus, téuor, — a pour gages 50 livres 10 sous. Installé le 25 mai, il donne sa démission le 2 octobre.
Faisons remarquer que Gislein, Gislain, Ghislain, Ghiselin, etc., n'impliquent pas toujours une origine wallonne ou française, comme on l'a prétendu. Il y avait de nombreuses familles de ce nom en Flandre, et quelques-unes ont originairement porté celui de Ghyselinck,
Il faut ajouter à cette liste Paul de Winde, organiste de Saint-Rombaud, qui reconnaît, par quittance latine, avoir reçu, pour montant de ses gages, la somme de 12 florins.
Les gages des chantres se distribuaient, comme partout
ailleurs, en méreaux, et se payaient tous les trois mois en monnaie ordinaire.
Dans le courant de Tannée, il y eut un va-et-vient de chantres que les comptes enregistrent laconiquement. Ainsi, Hugues Blonde! alla, le 9 avril, quérir une taille à Anvers, et n'en put trouver de disponible. Il en vint une de France, une autre d'Arras, toutes deux sans réussir à se faire admettre.
Le 20 mai^ une taille de Cambrai « fust retenue au ser- » vice^ après avoir esté ici deux jours. » Celte taille n'était autre que Jérôme Gislenus, cité plus haut.
Le 25 du même mois, une haute-contre « aiant chanté à » Nexe-poulle (i) à la procession » fut refusée. Une bassecontre de Bouchain, domiciliée à Alost, sollicita son admission et ne l'obtint point, « pour ce qu'il ni avoit place vacante » pour lors. » Enfin, une haute-contre, arrivée de Zélande, échoua dans sa démarche.
Nous omettons quelques autres présentations dont l'origine n'est pas indiquée.
Pendant la gestion de Séverin Cornet, l'on expédia à la cathédrale de Malines, des cahiers séparés du Missale Romaniim, au fur et à mesure qu'ils étaient imprimés à Anvers. On reçut, entre autres, le Commune Scmctonim, le Proprium Sanctorum et le Temporale :
a. Ce xviij^ de aougst , au messagier d'Anvers, pour aporicr argent et ung paquet où estoient deux Commune Sanciorum, xxiij st.
» A un charton , pour apporter che qui estoit imprime du Proprium Sanciorum y vij st. »
Qu'il s'agisse ici des parties, imprimées à part, du Missale Romamtm, de Plantin, c'est ce qui ne forme pour nous l'objet d'aucun doute, car ce monument de la typographie
(i) ISekei'spoel, section de la ville de Malines.
belge vil le jour, dans son ensemble, en 1572 (i). La communication anticipée qui se fit de certains cahiers, prouve l'impatience avec laquelle l'apparition de chaque tirage particulier était attendue, en même temps qu'elle atteste Tavancement considérable que celte colossale publication avait déjà atteint vers la fin de 1d71.
Nous trouvons dans un catalogue manuscrit, dressé par rinquisilion en lo68, la mention d'un recueil de Canzoni, de Séverin Cornet, imprimé à Anvers en 1563, et inconnu aux musicologues (2). En voici le titre sans doute incomplet :
De Severino Corneto Canzoni. Gedruckt le Antwerpen, per Joannem Latii. Ciim privilegio.
Les chansons de Cornet que cite M. Fétis, ne sont que de l'année 1581. Cornet serait-il revenu dans le pays dès 1563?Voilà de nouvelles difficultés qu'il nous sera donné peut-être de résoudre dans la suite.
Van Westeu (Winaud),
Mathématicien et organiste de la ville de Nimègue, traducteur flamand d'an ouvrage de récréations physiques. — A-t-il composé une théorie musicale?
Winand Van Westen a, pendant de longues années, enseigné les mathématiques, sous les auspices des députés du quartier de Nimègue. Maint personnage politique et militaire a reçu de ses leçons, et, consacrant des nuits entières à l'élude des sciences exactes , il a successivement abordé la musique, l'astronomie, la cosmographie, l'architecture
(i) Voy. DeBacrcr etRuELENS, Annales de l'imprimerie Plantiniennc, p 122.
(2) Consultez, au sujet de ce catalogue, notre notice : Douze impressions fjanloises du XVI^ siècle, inconnues aux bibliophiles, publiée dans le Bibliophile belge, 1863, p. 101.
el Poptique, tout en les rapportant aux nombres, qu'il prétend être, avec Platon, « le seul lien de la nature. »
Nous puisons ces renseignements dans un livre de récréations physiques dont Winand Van Westen a publié, à Arnhem, une traduction sous le litre de :
Mathematîsche vermaeckelij'ckheden, te samen ghevoeghl van verscheyden ghenuchlijcke ende boerlîge wcrckstucken, soo uyt arithmetica, geometria, astronomia, geograplua, cosmographia, miisica, physica, enz., als uyt andere onghehoorde mysterien meer, ghelranslateert uyt het fransch in nederdtiytsche taie, ende verrijckt, vermeerdert ende verbetert met verscheyden observatien ende annotatien, dienende tôt onderrichtinge van eenige duy stère questien ende misslaghen in den franschen druck, door Wynant Van Westen, mathem, ende organist der stadt Nieumegen. Den derden druck op nieus oversien ende verbetert. — Tôt Arnhem, by Jacob Van Biesen, M.DG.XLIV, 5 t., \ vol. in-12.
Cet ouvrage, à ce qu'il assure, a subi des remaniements complets, de façon que l'empreinte de sa personnalité y est plus vivace que dans une traduction pure et simple.
Deux chapitres y sont relatifs à des expériences musicales. Assurément ces jeux, tant soit peu puérils, n'offriraient rien de bien intéressant pour nous, s'ils n'étaient accompagnés de notes où Van Westen annonce que la partie musicale n'est qu'une légère esquisse d'un travail qu'il se propose de mettre en lumière plus tard.
Voici la note qui fait suite au chapitre LVIII, concernant la manière de produire un accord musical, avec une seule voix ou un seul instrument :
« Pour la musique, ses consonnances et ses dissonances, pour la théorie des proportions de la mesure, des tons et des demi-tons, dont, jusqu'à ce jour, on a écrit si imparfaitement dans nos provinces, nous comptons un jour, avec
l'aide de Dieu, développer ces points mécaniquement et malhémaliquement, dans le butd'élre agréable au commun amateur. »
La deuxième note jointe au chapitre LXXX, où se démontre la manière de faire vibrer une corde de violon sans la mettre en contact avec un objet quelconque, contient une déclaration semblable, quoique plus laconique. Le traducteur y dit qu'il traitera ultérieurement de la musique in extenso.
Il s'agit là, à n'en pas douter, d'un livre de théorie musicale. Par malheur, toutes nos recherches ont été vaines pour le découvrir. Ce livre existe-t-il?
Évidemment, celui qui tenait un langage aussi formel, possédait à fond la science des lois qui président à la constitution de l'édifice musical. Ne prétend-il pas réformer les travaux de ses devanciers? Winand V^an Westen était oreaniste de la ville de Nimègue, et, à ce titre, il a dû au moins connaître la pratique de fart dont il s'occupe.
Ni Witsen Geysbeek, ni M. Fétis, ne disent mot de lui.
Poignard (Cliarles],
Prêtre prébendaire, organise les carillons de Saint-Laurent de TEscurial, d'Aranjuez et d'autres localités d'Espagne — A son retour, il sollicite un nouveau canouicat. — S'agit-il ici de limportalion ou de l'arrangement des carillons dans la Péninsule?
Une lettre conservée aux Archives du royaume et que nous reproduisons ci-dessous, nous apprend qu'un prêtre prébendaire de Namur, nommé Charles Poignard, quitta son bénéfice en 1692, pour aller organiser en Espagne, sous les ordres du roi, les jeux de carillons de Saint-Laurent de l'Escurial (i), d'Aranjuez et de quelques autres
(1) Le monastère de lEscurial, dédié à saint Laurent, fut bâti par Phi-
localités de ce pays. Ces travaux accomplis, il sollicita un nouveau bénéfice dans les Pays-Bas et l'obtint sans nul doute. Seulement, il fut stipulé qu'on excepterait la collégiale de Bruxelles de la liste des églises où Charles Poignard pourrait recevoir son canonicat, pour la raison qu'un sien frère y occupait déjà une position semblable. Voici la lettre en question :
<i Su Magestad Dios le guarde. Se ha seibido de escribirmc la carta del ténor sigiiiente :
» Monsieur mon bon frère, cousin et nepveu, Charles Poignard, m'ayant remonstré qu'immédiaiement après la perte de Namur, en l'an 1692, il auroit abandonné un bénéfice dont il estoit pourveu, pour se maintenir sous ma domination, et seroit venu à cette cour, où il auroit esté, dez sept années ença, employé en mon service, tant à St-Laurentde TEscurial, Aranjuez, qu'aillieurs, pour la composition des carillons, à mon entière satisfaction, et tesmoigné qu'il souhailteroit retourner aux Pays-Bas, j'ay bien voulu faire cette à V. D° pour la requérir et luy encharger de luy conférer le premier canonicat qui viendrai à vacquer ez églises de par delà (excepté celle de S^^-Gudule, à Bruxelles, pour y avoir en icelle un sien frère chanoine), asseurant à V. D" que ce me sera d'une particulière satisfaction que ce prestre puisse au plus tost ressentir les effects de ma bonne volonté. Atant, Monsieur mon bon frère, cousin et nepveu, Nostre Seigneur ait V. D" en sa saincte garde. Madrid, ce 29 juillet 1699. Su magestad rey vidit.
» Vostre bon frère, cousin et oncle, Charles le comte de Canillas. Eq cuya conformidad !o tendra entendido el consejo, y executarâ lo que Su Magestad se sirbe de mandar en la prcinserta carta. Brussellas, il novembre 1699.
Souscription : » A consejo de Estado (i). »
lippe II à TEscurial (Escorial-de-Ariba), bourg situé à sept lieues de Madrid. La foudre tomba, en 1677, sur la flèche de la coupole. Les dégâts furent réparés moyennant la somme de 552,000 réaux. L'arrivée de Charles Poignard en Espagne coïncide avec la date du désastre.
(1) A la marge inférieure on lit : « A la filasse des mémoires ; le 13 novembre 1699. »
La mission de Charles Poignard, en Espagne, avait-elle pour but d'introduire les carillons dans ce pays, ou simplement d'y arranger le mécanisme de ces instruments aériens? Xous inclinons pour la deuxième hypothèse, car il est à croire que, depuis la domination espagnole dans nos contrées, plus d'un carillon se sera établi dans la Péninsule. Ces jeux gigantesques ayant acquis, à l'époque dont il s'agit ici, une grande réputation en Belgique et surtout en Hollande, où la fonderie de cloches avait atteint un haut degré de perfection, on peut supposer que Charles Poignard, musicien et mécanicien peut-être, aura été mandé en Espagne pour adapter aux cylindres et faire fonctionner, avec leurs appareils nouveaux, les jeux dont ou trouvait les modèles en nos contrées.
Plus vraisemblablement encore fut-il chargé d'orsaniser des carillons liturgiques, pour lesquels il fallait le secours d'un homme versé dans la connaissance approfondie des psalmodies grégoriennes. Nous donnerons dans la suite quelques renseignements sur ces sonneries religieuses.
Boe^s (Hai*tin,V
Musicien de Jacques Fugger. — Son épitapbe. — Les Fugger, mécènes de Fart. — Année de la naissance et de la mort de Jean de Clèves, fournie par Fépitaphe de ce compositeur. — Erreurs de M. Fetis. — Abcl Prasch, musicien allemand.
^'é à Bruxelles dans la première moitié du XVl^ siècle, Martin Boets fut maître de chapelle de Jacques Fligger, baron de Kirchberg et de Wessenhorn, et un des plus opulents seigneurs de l'Allemagne. Il mourut le 1" décembre lo83, au service du noble patron, qui lui fit ériger une tombe où se lisait l'inscription suivante :
IIIE LIGT BEGRABKN EHIWOST UND KUNSTHEICH MARTIN BOETS