‹ La musique aux Pays-Bas avant le 19e siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, mâitrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétiqueChapitre 1 sur 32 · La musique aux Pays-Bas avant le 19e siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, mâitrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétique · texte numérisé non relu

La musique aux Pays-Bas avant le 19e siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, mâitrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétique

Que dirait-on d'un écrivain qui s'aviserait de vouloir publier, avant tous travaux préliminaires, n'importe quelle histoire spéciale, en style bien soigné, bien attrayant, et qui verrait, au bout de quelques mois — prenons quelques années — son édifice sapé par la base et s'effondrant comme un château de cartes ? Cet auteur, répondrait-on, a bâti sur le sable ; les fondements de son œuvre manquent de solidité. Quelle imprévoyance ! Et comme cette construction-là a été follement entreprise !

Voilà le désastre auquel nous avons voulu nous soustraire, en recueillant des matériaux de bonne condition pour un monument d'histoire nationale, sans avoir encore la prétention d'élever ce monument lui-même. Exhumer et édifier ! Ces deux énormes tâches se concilient avec peine, du moins pour une mission de cette envergure. En avant donc, jusqu'à nouvel ordre, les documents analysés et commentés ! Tout en son temps, ne cessons de le redire, et, quand le moment de la

rédaction définitive aura sonné, espérons qu'un assimilateur, digne de l'immense entreprise, surgira, comme par enchantement, des rangs de nos futurs musicographes. ■

En nous rendant officiellement en Italie, il y a huit ans, pour y rechercher la trace de nos illustres musiciens, nous ne nous attendions guère, si pures qu'étaient nos intentions, si utile qu'était notre tournée artistique, à beaucoup de sympathie de la part de quelques-uns de nos compatriotes. La nature de nos travaux devait, en somme, les intéresser bien médiocrement, gâtés qu'ils sont par les ~ jolités ^ d'importation exotique. D'accord avec certains dilettanti, attachés, ceux-là à toutes les solennités musicales, comme la mouche bourdonnante au coche de la fable, c'est-à-dire en se remuant considérablement pour ne rien faire, la plupart de ces amateurs frivoles accueillirent notre laconique Rapport à M. le Ministre de V Intérieur, avec un dédain superbe, partagé encore, chose inouie, par un groupe d'anciens fouilleurs d'archives, qui eussent dû avoir, au moins en cette circonstance, la pudeur de l'abstention discrète. II y en eut, dans le nombre, qui prirent notre substantiel exposé pour le livre en nature. Jugez !

Nous émouvoir de cette équipée insensée ne valait pas la peine, et c'est bien moins, nous l'assurons, pour nous plaindre, si le souvenir s'en offre aujourd'hui sous notre plume, que pour constater une fois de plus, avec nombre de spécialistes de l'étranger, à quel profond degré d'abandon et d'insouciance sont livrées, dans notre

Belgique, les longues et consciencieuses études relatives à notre passé musical glorieux. En voyant, à l'Exposition nationale de 1880, un manuscrit précieux de Roland de Lassus, muni de l'étiquette : Roland de LATTRE (! !), un de ces érudits touristes, originaire de la contrée où notre admirable maitre s'est acquis un renom immortel, s'est pris, en notre présence, d'une indicible hilarité, par trop justifiée, hélas! on en conviendra .

Nous ririons à notre tour, si, en une matière aussi sérieuse et aussi importante, il ne fallait garder tout le calme possible, pour obéir à des engagements sacrés d'abord, et puis pour mener à bonne tin un projet qui réclame les soins les plus assidus et les plus compliqués.

L'occasion semblait belle, pour aligner une série interminable de phrases pompeuses sur la protection efficace et éclairée, vouée aux arts et aux sciences, par les Médicis, les d'Esté, les Sforce et tant d'autres familles considérables de la péninsule italienne. Quelques lignes, à ce sujet, nous ont paru suffisantes, et trop d'ouvrages spéciaux existent là-dessus pour en dire davantage. Aborder de front les difficultés inextricables résultant d'un amas d'équivoques, d'obscurités, de lacunes, d'interpolations, d'altérations, de tout une Babel confuse enfin, où les lumières de tout genre — historiques, biographiques et bibliographiques, étymologiques, etc. — doivent être portées par un esprit opiniâtre auquel aucun travail ingrat ne répugne, et pour qui les obstacles accumulés redoublent l'ardeur au lieu de l'affâblir, voilà une be-

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sogne bien autrement importante à remplir, en vue d'une histoire sérieuse et vraie, que de glaner sur des terrains connus et de ressasser éternellement les mêmes banalités.

A une première inspection, le sous-titre de notre volume semble impliquer une contradition flagrante : les Musiciens néerlandais en Italie ! Rien de plus logique cependant. Nous prenons les artistes à leur berceau ; nous déterminons leurs noms de famille ; nous interrogeons leurs alliances, leurs relations ; nous assistons à leur éducation ; nous nouons connaissance avec leurs maîtres ; nous indiquons la nature de leurs premières fonctions. Puis, nous les accompagnons, par les étapes les plus diverses et les plus capricieuses, au pays de la mélodie et du soleil, où ils vont à la fois épurer leurs inspirations, acquérir une position que le trop-plein des cathédrales et des églises de leur patrie n'était point capable de leur offrir, et, chose merveilleuse, présider, en une multitude de localités importantes, à l'organisation régulière des plus fameuses chapelles musicales, tant seigneuriales qu'ecclésiastiques, en un mot populariser et consoUder l'enseignement de l'art et de la science. N'est-ce point là un corollaire naturel de leur séjour, parfois obscur, en ces contrées, et, pour ainsi dire, la répercution de la musique néerlandaise à l'étranger? Au Vatican, par exemple, il y avait, parmi les chantres!'), de même qu a l'université de Paris, parmi les étudiants,

(i) Voyez chapitre VIII : Amkyden [Qlirdtieii).

des « Nations r^ particulières, au nombre desquelles la Nations flandrica brillait du plus vif éclat. Cette transmigration, ou mieux ce déversement artistique de la Néerlande en Italie, apparaît, d'une façon particulièrement accentuée, dans la table onomastique, où chaque localité péninsulaire, hantée par nos maîtres, a été admise à figurer exceptionnellement, précédée d'un astérisque saillant, pour la distinguer nettement des autres centres musicaux.

Les Péri, les Caccini, les Cavalière, les Montverde, ont-ils créé, d'un bond pour ainsi dire, la dramaturgie en Italie? Divers faits semblent démontrer que, plus d'un siècle avant eux, les Néerlandais y présidèrent à des fêtes scéniques où les éléments préparatoires de la musique dramatique intervenaient efficacement et servaient en quelque sorte de prodrome à l'édification de l'opéra proprement dit. Nous verrons ces précurseurs du drame lyrique dessiner leurs essais à Milan, à Venise, à Ferrare, à Florence et ailleurs, et notamment un des plus illustres d'entr'eux, Henri Isaac, un Flamand bien accusé, selon nous, collaborer aux intermèdes musicaux d'une pièce théâtrale due à un Médicis.

Le concours de ces vaillants artistes s'annonce plus tôt encore, en matière d'organographie. Divers instruments à vent, sortant des ateliers d'un « tourneur >» brugeois, partent, au commencement du XV® siècle, pour Ferrare, où ils vont servir aux ménestrels des ducs d'Esté, la plupart néerlandais. Ce fait est des plus significatifs, on le devine. Au milieu d'une foule d'autres particula-

riles intéressantes, on distinguera facilement, en dehors de celles qui ont été indiquées dans notre rapport officiel, celles qui ont trait aux voyages de Lassus en Italie; aux testaments de Willaert; aux cinq messes inédites d'Okegtiem, mentionnées dans un précieux recueil manuscrit de la fin du XV® siècle ; au catalogue de compositions néerlandaises conservées à la Sixtine à Rome ; aux facteurs d'instruments établis dans la Via de" LiutajH audit Rome ; à la participation des maîtres néerlandais aux travaux liturgiques du célèbre concile de Trente ; au séjour de la famille Frescobaldi aux Pays-Bas; au spécimen de la virtuosité néerlandaise sur l'orgue, à la fin du XVP siècle ; à la planche représentant le coro spezzato, à la même époque; au curiossissime poëme inédit (texte et traduction) concernant le projet de Willaert de quitter Venise pour la Flandre ; aux signatures servant à la détermination de Tortographe patronymique des maîtres qui les représentent; à la lutte courtoise, sur le terrain de la composition, entre Deprès et Isaac, à la cour de Ferrare; à deux inventaires inédits d'instruments appartenant aux ducs d'Esté ; à la construction d'un orgue, par un Néerlandais, à Côme; à la dispute théorique entre Danckerts et Vicentino, etc., etc.

Mais, pourquoi écrémer à l'avance les matières de ce volume ? Elles existent, pour la lecture réfléchie et approfondie, dans le texte même ; elles s'offrent, résumées analytiquement, à chaque sommaire, en vue des amateurs de tabelles synoptiques ; elles s'éparpillent systématiquement, sous une triple forme, dans la table, où

chacun, selon la nature de ses recherches, trouvera immédiatement ce qu'il désire. A quoi bon refaire l'ouvrage une quatrième fois ?

Il nous sera permis touteibis de dresser une simple énumération des localités diverses où l'art et la science de la musique néerlandaise se sont déployés dans toutes leurs manifestations multiples et complexes. Ces localités, échelonnées en huit groupes, répondant à autant de chapitres, seront rangées sous la rubrique d'une cité riche en souvenirs, et d'un artiste qui s'y est rendu immortel. A leur suite défileront les spécialités diverses dont une étude est faite au livre même. On aura donc, pour les compositeurs et les interprètes de messes, de motets, de cantiques, de madrigaux, de chansons, etc. ; pour les facteurs et les joueurs d'orgues, de flûtes, de douçaines, de bombardes, de guitares, de luths, de clavecins, etc.; pour les théoriciens du plain-chant et de la musique nombrée, etc. , ainsi que pour les copistes, les imprimeurs et les éditeurs, tant nationaux qu'italiens, d'une innombrable quantité de compositions néerlandaises soigneusement relevées, les huit groupes caractéristiques qui suivent :

I. MILAN [Gaspard van Weerbeke], Pavie, Villanova, Abbiategrasso, Gênes, Lodi, Nonianum (villa), Tortone, Vigerano, Bergame, Turin, Côme, Gallarate, Cusago, Saint-Gothard.

II. FERRARE [Josquin Deprês], Modène, Faenza, Sabioncello, Reggio.

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