‹ La musique aux Pays-Bas avant le 19e siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, mâitrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétiqueChapitre 14 sur 32 · VOSTRE REGART · texte numérisé non relu

VOSTRE REGART

Chanson de Jean Tinctoris .

(fin.)

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Madrigal! a 5, di Giaches De Wert, libri 5, in Venetia del 1586.

Madrigali a 5, di Giaches De Wert, libri 5, stampati in Venetia, del 1581.

Madrigali a cinque voci, di Giaches De Wert, libri 5, stampati ut supra, del 1581.

Madrigali a 5 voci, di Giaches De Wert, libri 5, stampati in Venetia, del 1583.

Madrigali di Giaches De Wert, a cinque voci, libri 5, in Venetia del 1586.

Madrigali a cinque e sei voci, di Giaches De Wert, libri 6, stampati ut supra, del 1580.

Madrigali di Giaches De Wert, a sei voci, libri sei, con le albe di carta pecora segnate d'oro, e cordelle intessute di seta turchina e gialla, stampati in Venezia, del 1588.

A 23 di Gennaro 1625.

Auquel des deux maîtres, De Buus ou De Wert, appartient le motet ci- contre, signé du nom de Jacquet? Il parut d'abord, en 1539, chez Antoine Gardane à Venise, dans une collection appelée : Motetti del FriUto, tous à quatre parties. Il reparut ensuite, en la même année, chez le même éditeur, dans an recueil identique intitulé : Excellentis. auctoriim diverse modulationes quœ suh titulo Fructus vogantur per orbem, ah Antonio Gardane 7iuper recognite. — Venetiis, apud Antonium Gardane, 1539, in-4*' obi.

Jacquet ouvre la collection, également à quatre voix, par cette composition magnifique, dont nous avons traduit en notation moderne la première période de treize mesures. Si le nom de l'auteur est incertain, peut-être le •style de l'auteur le fera-t-il connaître. Constatons, entretemps, que Becker se borne simplement à mentionner les Motetti del Frutto, a quattro voci, en disant qu'ils renferment vingt-quatre pièces, et à citer un recueil, d'un

titre semblable, contenant vingt pièces a sei voci de Jach. Berchem, Nie. Gombert, Loyset Piéton et Pionnier.

Notre collection, qui doit être rarissime, nous entendons l'édition latine, offre un série de compositions trop importante, pour que nous n'en communiquions point les titres et les auteurs, au nombre de vingt-et-un. Ils y figurent dans l'ordre suivant :

Jacquet, In illo tempore dixit Jésus. — Nicola Gombert, Qui seminant in lacrymis. — L'Héritier, Aima Redemptoris Mater.

— Maître Jean, Thomas unus ex duodecira. — Jacques Dupont, Cœnantibus illis. — Alart, Dum traiisisset Sabatum. — Maître Jean, Cerne meos ergo gemitus. — Lupi, Benedictus Dominus Deus Israël. — Verdelot, In te Domine speravi. — Lasson, Congratulamini mihî omnes. — Archadelt, Domine exultetur manus tua. — Jan Dubillon, Nativitas tua Dei Genetrix Virgo.

— Antonio Gardane, Maria Virgo Virginum. — GossÉc (i), Non turbetur cor vestrum. — Verdelot, Sancta Maria succurre miseris. — L'Héritier, Beata es Virgo Maria. — Guarnier, Lectio Actuum Apostolorum. — Loiset Piéton, Quse es ista qu?e progreditur — Domenico Phinot, Virgo Jesse floruit. — Certon, Sub tuum praesidium. — Claudin, Congratulamini mihi omnes.

— L'Héritier, Ave Virgo gloriosa. — L'Héritier, Ascendens Christus in altum. — Jacquet, Spem in alium numquam habui.

Ce qui doit augmenter l'embarras de celui qui s'obstinerait à vouloir trancher définitivement la question de la paternité du morceau : In illo tempore, et de celui qui ferme le recueil, c'est que, dans une collection similaire : Motetti de' Fiore, éditée à Lyon en 1539 — la première publi-

(1) Au quatorzième siècle, l'ortographe Gosset prédomine en Bourgogne. Voici la forme Go<îséCy d'où est née à la fois l'appellation de Gossé et de Gossec, qui a été la définitive, du moins pour le compositeur illustre qui l'a porté.

cation des Moteiti de' Fiore, faite à Lyon, remonte à 1532 — on voit paraître, l'un à côté de l'autre, les noms de J. Berchem et de J. Buus. Répëtons-le : attendons!

Nous trouvons encore à Mantoue, mais à l'état presque légendaire, Jean Le Chartreux, ait Mantova7io, et qui vivait au XIV^ siècle. Auteur d'un Libelhis musicus, conservé au musée britannique, et dont un exemplaire existe à la bibliothèque de l'université de Gand, il naquit, à ce qu'il dit luimême, à Namur, apprit le chant, étudia Boëce sous Victorien de Feltre, en Italie, et cite Marchetto de Padoue comme le premier qui ait écrit sur le genre chromatique depuis Boëce.

Ces faits connus ne sont rappelés ici que pour y rattacher la confirmation formelle d'une interprétation terminologique dont nous avons déjà fait ressortir l'importance. Jean Le Chartreux dit expressément : « Gallia me genuit et fecit cantorem. » D'où il suit que l'épithète de Gallico, appliquée à des musiciens qui habitèrent l'Italie, aux XIV-' et XV siècles, n'a point absolument la signification de Français. Il y avait la Gaule-Belgique, ne l'oublions pas.

Rien sur le problématique Anselme de Flandre ou Anselme Flamand, un des maîtres qui, selon Zacconi, entreprirent de compléter la gamme par une note : si (bécarre) et do (bémol). Puisqu'il fut attaché au service du duc de Bavière, vers le milieu du XVP siècle, et que les renseignements sur son séjour en Italie manquent, nous nous bornerons à reproduire quelques lignes de François Provedi, de Sienne, attestant l'emploi de la méthode de ce maître, à la cathédrale de cette ville, méthode que Zacconi dit avoir eu, à son apparition, un certain succès :

Atteste che il Rev. Sig. D. Fausto FriteUi, novello maestro di cappella di questa metropolitana (de Sienne), introdusse nella

sua pubblica scuola l'uso di solfeggiare seconde il methodo d'Anselmo (>).

Cette exhumation, à Sienne, d'un livre didactique dont rërudit auteur de la Pratica di musica publiée à Venise en 1592-1622, a vu les résultats efficaces, provient-elle d'un séjour fait, soit au dit Venise soit à Sienne, par Anselme de Flandre? En l'absence de toute preuve directe, une pareille hypothèse est naturelle, vraisemblable même, à moins que l'auteur ne fasse allusion à la vulgarisation de la méthode d'Anselme à Munich, où il demeura, dit-on, assez longtemps.

Sienne nous mène sur le chemin de Rome, où nous arriverons bientôt.

Un « M""" Giorgio Mirheo, » musicien flamand, alla s'établir à Pérouse, en 1550. Marié aune demoiselle de Cagli, il y rendit de tels services, à la cathédrale de cette ville, comme musicien éminent et comme maître de chapelle, que le chapitre, assemblé en 1571, le jugea digne d'être logé, à ses frais, dans une somptueuse demeure, sa vie durant, et de recevoir,, comme marque honorifique, le droit de bourgeoisie.

Certain Michel Gerardo, qualifié également de Flamand, obtint, en 1574, des p)Hori, premiers de Pérouse, une gratification de deux florins soixante sous, en récompense de ses Harmonies, « per premio délie sue Armonie (^) » .

Non loin de Pérouse, du côte de l'est, à Assise, Jean Tollius, l'éminent compositeur néerlandais rencontré â Venise, remplit, avant 1587, peut-être à la cathédrale de Saint-Rufin, les fonctions de maître de chapelle, dont il se

(m Voy. les Notices sur les écrivains de Bologne, ûeFsintuzzi, t. V, p. 344, no 5.

(2) Giornale d? E rudizione artistica, anno Ilo, d. 309, et anno 111°, p. 205.

réclame, dans une déposition judiciaire faite à Rome, et que nous mentionnons sommairement plus loin.

« Des déboires se mêlaient parfois aux triomphes remportés par nos vaillants artistes en Italie, » disions-nous dans notre Rapport à M. le Ministre de V Intérieur. « Ainsi, un des quatre Jaclietti, à ce qu'apprennent les archives de San Petronio à Bologne, n'eut pas la chance de plaire aux Bolonais, qui l'appelaient un chanteur détestable, cum îino S0710 in/esto : »

I quattro Jachetti, conosciuti musicisti belgi, vivono aile varie corti italiani del secolo XVI. Une d'essi canta cum uno sono infeste anche in Bologna (').

Qu'est-ce à dire? Les Flamands étaient recherchés partout, à. cause de leur profonde science musicale. Il j en avait sans doute dont le timbre de voix pouvait être meilleur, pour l'exécution des offices en chant rhythmé. Mais, ils soutenaient intelligemment et vaillamment leur partie obligée, et c'est à eux, en définitive, qu'on doit, nous le répétons, les premiers ensembles vocaux harmonieusement combinés. Ils avaient, à défaut d'un organe brillant, la netteté précise et la sûreté consciencieuse. C'est sur eux qu'ont été calqués, depuis, des interprétations auxquelles, nous le confessons, un plus grand cachet idéal a pu être imprimé.

M. Fantoni, en déterrant la particularité du sono infesta, semble vouloir en généraliser l'application. Le procédé est aussi injuste que maladroit. Outre que les défectuosités

(') Fantoni, Sioria universele del canto, t I, p. 110. Au même titre, le terme à.hilulare, liurler, appliqué au Flander, nous ne savons où ni à quelle époque, ne saurait être pris que d'une façon restreinte. Le Français, qui soins cantat, n'a-t-il point prêté, un siècle après peut-être, à l'expression devenue proverbiale de Vurlo franc csel Les quntre Jachetti sont vraisemblablement Berchem, De Buus, De Wert et Vaet.

exceptionnelles d'un organe notent rien au mérite réel qu'il peut avoir, des vices partiels d'une autre nature, concernant les Italiens eux-mêmes, pourraient bien être reprochés, à titre de représailles; pour cela, on n'aurait que l'embarras du choix, principalement à l'époque de l'élaboration lente et difficile de la musique harmonique dans la péninsule. Quel calios à débrouiller!

Encore si l'aristarque en question s'était borné là. Mais, pour n'être point en reste avec divers confrères italiens, il engrène tout un chapelet d'imputations d'une fausseté évidente et d'une inconvenance souveraine. Passant à d'autres maîtres flamands, il envisage, notamment, le glorieux Willaert, comme ayant produit, avec des difficultés tellement laborieuses, des chants « empreints de sa nature exotique, » qu'il ne s'attira, en fin de compte, que des railleries. iSous renvoyons notre contradicteur aux déclarations des procurateurs de Venise et aux épithètes hyperboliques dont les Italiens ont affublé le créateur du coro sjpezzato.

Cyprien de Rore, il divino, et Jacques De Buus, il stu- 2)e7ido, n'eurent point, selon Fantoni, un sort meilleur. Même renvoi. Pour Jacques De Kerle, ilfamoso, il passa obscurément, est-il dit, parmi les compositeurs de Venise, en 1562!* Assez de citations, trop même.

Si nous avions à relever, dans Fantoni, tous les noms estropiés, tous les faits inexacts, tous les jugements erronés, toutes les contradictions et les inconséquences dont il s'est rendu coupable, un chapitre spécial serait insuffisant. A quoi bon? Sa médiocre compilation ne se lit guère. Huit ans à peine se sont écoulés sur cette faible élucubration, et nulle part on n'en parle, comme si elle n'avait jamais existé.

Ne troublons point ce silence de mort.

Arcadelt (Jacques),

compositeur éminent de la première moitié du XV^ siècle. — Son origine flamande. — Son nom de famille. — Est-il né dans les environs de Bruges? — Le terme de Merchadeel et ses dérivés. — Arcadet, petit Arcade. — Un " her Jacques Arkenteel, n mentionné, en 1487, dans les archives brabançonnes. — Arkenteel, ancienne dénomination de la commune d'Argenteau. — Suppositions touchant les premières années du musicien. — Il figure, à la Chapelle sixtine, comme « premier maître, » en 1539. — Prépondérance des Flamands à cette chapelle. — Améliorations dues à leur influence. — Arcadelt successivement chapelain-chantre et camerlingue. — Il prend service, après 1549, auprès du cardinal Clirrles de Lorraine. — Documents officiels concernant sa réception à la Sixtine, son obtention de la scatula, sa renonciation aux fonctions d'abbé-chantre, ses congés, ses infirmité.^, etc. — Hypothèses relatives à son départ. — La qualification de musicus regius. — La cour du duc de Guise, cardinal de Lorraine. — Rencontre d' Arcadelt avec Jacques De Kerle, au concile de Trente. — Sa retraite probable. — Edition de ses œuvres. — Il est appelé divùio.

— Ses messes, ses motets, ses madrigaux. — Vénération dont son nom est entouré. — Transcriptions instrumentales. — Il reçoit, dès 1539, l'épithète de somnio compositore. — Notice de Pitoni. — Madrigaux d' Arcadelt chantés encore au siècle dernier. — Fac-similé de sa signature. — La forme ortographique de son nom. Chantres papaux de la période d'Arcadelt relevés sur des pièces officielles. — Ghislain Danckerts. — Son arrivée du diocèse de Liège et sa réception à la Sixtine. — Bénéfice obtenu à Wercken, en Flandre. — Congé d'un mois. — Son emploi Ae punctaior . — Désagréments qu'il en éprouve.

— Conflit avec un de ses collègues. — Son caractère irascible et indépendant. — Son écriture mignonne. - Congé sanitaire passé à Tivoli. — Mystère impénétrable. - Ses relations avec Palestrina. — Il intervient dans le choix d'une contrebasse (vocale), et dans la nomination de divers chantres. — Ses vingt-cinq ans de service et sa giubdazione. — Réformes opérées dans le personnel de la Sixtine. — Décision extrême prise, en 1565, par les cardinaux. — Une hécatombe de chantres. — Pièce intéressante à ce sujet. ~ Danckerts exclu de

son office. — Coalition. - Nouveau mystère. — Danckerts mêlé à une dispute scientifique mémorable. — Renaissance musicale grecque. — Initiative partie de Venise. — Ma Irigaux chromatiques. — Clavecin enharmonique de Vicentino. — Défi posé par lui et accepté par Lusitano. — Danckerts et Escobedo juges de la lutte. — Leur sentence. — Manuscrit de Danckerts intitulé : Trattato super una differentia musicale^ qualifié de doctissimo par Baini. — Dépôt littéraire où il est conservé. — Fragments de la préface. — Doutes dissipés, quant à l'autographie du cahier. — La prétendue supériorité de la Chapelle sixtine sur les autres chapelles européennes. — Analyse du Traité, — Ses matières principales. — Musiciens de renom qui y sont mentionnés. — Premier usage des signes accidentels. — Intervention d'Artusi.

— Danckerts appelé ottinio nompositore. — Ses ouvrages. — Cantilènes perdues. — Fac-similé de sa signature. — Adrien Petit, dit Coclicus. — Son origine hennuyère. — Erreurs et contestations de Fétis. - Le lieu de naissance de l'artiste est Condé. — Élève de Josquin Deprès, il devient prêtre et s'adonne au professorat musical.

— Son départ pour l'Italie. — Sa nomination comme maître de chapelle à Lodi. — Vogue de ses œuvres. — Prétendu bénéfice papal octroyé à Josquin Deprès. — Adrien Petit brille à la Sixtine, à côté de Goudimel et de Festa. — Il est créé archevêque de Duiatum, près de Rome, par Paul III. — Notes et explications. — Incarcération du maître pour hétérodoxie. — Son élargissement obtenu par l'évêque de Lodi. — Adrien Petit à Wittemberg. — Il y abjure le catholicisme et s'y marie. — Empêché d'enseigner la musique à l'université, il s'établit à Nuremberg, où ses leçons ont de la vogue. — Un Adrien KukeHc@, chantre de Frédéric, roi de Danemark. — Suppositions et homologations. — Ouvrages d'Adrien Petit dispersés ou perdus. — Popularité des chansons de VHoHiis musarum. — Portrait d'Adrien Petit. — Son importance historique. — Canon musical qui l'accompagne. — Sa résolution en notation moderne. — Jean Mont, natif d'Aix-la-Chai)elle, appartient, d'après le Liber irandoruM^ au diocèse de Liège. — Reçu, en 1539, comme ténor papal, il se rend au Concile de Trente. — Sa retraite forcée. — Sa réputation comme compositeur. — Selon Pitoni, il fut le maître du célèbre Ramis de Pereja. — Attribution contestée. — Peut-il être rapporté à Jean Montanus ? — Bartholomée Cont ou Le Cont. — Sa réputation à la Sixtine et sa participation au Concile de Trente. — Il est clerico etfiamingho. — Renonciation à son emploi. — Son nom figure sur le décret d'exclusion. — Motets de lui. — Jean Cont nommé pundator. — On lui confère le bénéfice de Vosselaere. — Il assiste aux obsèques de Clément A'II, à Pérouse. — Sa présence au Concile de Trente. — Exécutions musicales à cette célèbre assem-

blée. — Réforme dans le chant ecclésiastique. — Suppressions proposées. — Confusion à ce sujet. — Chantres néerlandais qui y président.

— Le Concile à Bologne. — Interdiction des messes farcies. — Bénéfice de Bassevelde refusé à Cont. - Le maître est natif de Douai. — François Goes, originaire de Zélande. — Rapprochements et hypothèses. — Sa mort en 1535, et son enterrement au Campo santo. — Ses enfants. — Charles d'Arg-entilly, estimé comme compositeur. - Publications à faire. — François Delemeer. — Ses infirmités et son décès.

— Son enterrement à Saint-Julien des Flamands. — Pierre Lambert.

— Rectifications relatives à son origine. — Il est élu pundator. —

— Compère, personnage quasi mythique. — Réflexions à son objet.

— Liste officielle et inédite des chantres pontificaux de 1535, avec annotations faites postérieurement. — Jean Cocu (Le Coick?), dit « de Cambray ». - Assimilations douteuses. — Jean Scribanus, doyen des chantres pontificaux. — Son retour au Pays-Bas, probablement en Flandre, où les De Schryvere foisonnent. — Série de maîtres de chapelle et de chantres pontificaux antérieurs à Arcadelt. — Nicolas Fabri. — Son nom de famille est vraisemblablement De Smet. — Jean Monissart, devenu évêque de Tournai. — Appréciation générale. — Richard Herbare, ou Verbare. — Pierre Grossicapitis, ou De Breekop.

— Jean Hurtaut, Clément La Gâche, Jean de Visé. — Pierre Landrich, ou Landries. — Luc Varner, ou Warner. — L'illustre Du Fay, ténor pontifical, en 1484. — Doutes de Baini à ce sujet. — Ses collègues néerlandais d'alors : Jean De Curt, Guillaume De Malbecq, ou JWaelbeeli, etc. — Commentaires. — Le célèbre Josquin Deprès, chantre papal, — Témoignages. — Son nom sculpté au chœur, avec ceux d'Antoine Barbé, Jean Cordier et Jean Consilium, ou De Raed. — Notes diverses. — Antoine Walther, chantre à la Sixtine. — Son éi^itaphe. — Gaspard, flamand, son collègue. — Bartholo etBartholomeo, deux pifferi flamands, attachés au service de Léon X. — Leur voyage à Lorette. — Le fameux Roland de Lassus, maître des enfants à la basilique de Saint-Jean de Latran. — Témoignages à ce sujet. — Le jeune musicien établi antérieurement à Milan et à Naples, en 1541 — Commentaires divers. — Notes de M. Cappoci. — Inexactitudes de Fétis. — Protections vouées à Lassus. — Son origine noble.

— Seigneurie de Lassus en Flandre. — Extraits d'archives. — Le manoir de la famille Lassus. — Hypothèse. — Armoiries similaires.

— Étymologies. — Le maître créé chevalier de l'Eperon d'or. — Dialectes italiens parlés par lui . — Pièce bouffe qu'il compose, en patois bergamesque, à Munich, en 1568. — Inductions probables y relatives.

Le compositeur dont le nom ouvre une série d'informa-

tion nouvelles relatives à Rome, est, sans contredit, un des musiciens les plus remarquables et les plus intéressants qui se soient illustré sur le sol de l'Italie. C'est aussi, par malheur, celui dont la carrière est la plus mystérieuse* et la plus obscure.

On essaiera de joindre aux menus détails connus, quelques dates et quelques inductions dont l'historien pourra tirer parti.

Évidemment, Jacques Arcadelt est Flamand. Tous les renseignements écrits et imprimés sont formels à cet égard, et, s'il convient de s'en rapporter à des analogies onomastiques, très-acceptables pour nous, surtout à une époque où l'ortographe des noms était vacillante et capricieuse, le maître serait de Bruges (ou de ses environs), riche pépinière de notoriétés musicales, au moyen-àge et à la renaissance, centre de commerce très-actif aussi, où s'agitait un flot de trafiquants appartenant à des races diverses, comme dans tout emporiicm réputé. Bruges, nous l'avons dit, était, sous ce dernier rapport, une vraie Venise du Nord.

On y voit établi, vers la fin du XIV^ "siècle, une famille appelée Merchadeel, dans un document de 1378, publié par M. Gilliodts (') :

Item, van Bertelemeuze Merchadeel.

Ce nom sonne étonnamment l'appellation d'une ville de l'île Minorque (une des Baléares), qui a, pour chef-lieu actuel, Port-Mahon, et qui, après avoir subi, depuis le

{}) Inventaire des chartes, etc., 2me série, page 349. « Van 't merchadeel, n c'est-à-dire « de la section des marchands. » Un prélat de Saint- Pierre à Oudenbûurg, en 1464, s'appelait « Raphaël de Mercatel. » Oudenbourg confine à Bruges.

XIIP siècle, la domination des Aragonais, fut remise définitivement, par Charles-Quint, à la couronne d'Espagne : Mercadal.

Si Merchadeel n'est point originairement un cognomen, ou un nom de provenance assigné à une famille de la contrée précitée, et devenu, par la suite des temps, patronymique, force nous est de renoncer absolument à le rattacher à l'idiome flamand, et, selon toute apparence, à un autre idiome similaire. Mais, le préfixe Mer ou Mar i^a prenant le son de Ve, et le m s'y étant joint par une de ces fantaisies si communes dans les noms propres) une fois admis comme concordant le mieux avec le préfixe Âr, il ne reste plus qu'à homologuer la désinence del ou deel, qui, par un caprice semblable, aura pris un t final, d'abord vraisemblablement dans la prononciation courante, ensuite dans la langue écrite. Le ch, au lieu du c simple, se retrouve dans les documents oflfîciels qu'on lira plus loin.

On pourrait encore y rapporter Mercader, terme espagnol qui signifie marchand. Toute autre assimilation onomastique, celle d'Arcadius (Arcadet, petit Arcade), par exemple, nous paraît illusoire et inadmissible.

Voici qui est plus concluant. Un passage du Registre aux droits de scel de Brabant, de 1487, nous fournit une ortographe singulière, mais précieuse à enregistrer, bien que la deuxième syllabe ca fasse ken, et la troisième del donne teel. Le préfixe, dépouillé de l'm, est exactement conforme à celui du nom adopté par le maître. L'ensemble de l'ortographe nous paraît approcher le plus de celle que nous cherchons à élucider. Laquelle adopter pourtant? Est-ce que le Merchadeel brugeois du XIV siècle est devenu YÂrkendeel brabançon, un siècle après? Le prénom de Jacques aurait aussi quelque poids ici, si le personnage auquel il est joint, n'était point prêtre, conséquemment.

à moins d'adoption légale, hors d'état de transmettre son nom à un fils naturel. Le passage en question porte :

1487, XVIII^° september. — Van eener vonisse voii^ de stat van Arken, tegen her Jacop van Arkenteel, van der daten prima septembris, signala Hujoel... III. s. gr. 0).

Comme on le verra bientôt, l'ortographe Arcadel a été employée en France, pendant que le maître flamand était attaché au service du cardinal de Lorraine.

En passant par les suppositions les plus véridiques, touchant l'éducation musicale de notre artiste, suppositions naturellement confinées dans Bruges ou le Brabant, on est amené à se persuader que Jacques Arcadelt aura profité d'une bourse vacante, offerte aux aptitudes musicales les plus remarquables et les plus propres à justifier leur établissement à Rome, et que, jeune encore, il aura pris le chemin de la ville éternelle, en vue d'y obtenir quelque maîtrise dont l'accès, aux Pays-Bas, était devenu difi^cile, sinon impossible, par suite d'encombrement.

Il a dû réunir, en effet, de nombreuses et précieuses qualités scientifiques, pour avoir eu ainsi, d'emblée peut-être, le pas sur une foule d'autres maîtres qui ambitionnaient l'honneur de diriger les chantres de la fameuse Chapelle, dite Indienne à cause de son fondateur Jules II, et appelée plus communément aujourd'hui la Sixtine. Il y figure sous la dénomination de Jacorno Fiammingo, et avec le titre de « premier maître », à partir de 1539. En lui assignant

(1) F*' 6 du registre précité. Au f° 11, se voit une « Janne Arkenteel. n Pour ne rien négliger, en ce qui concerne l'étymologie mystérieuse d'un de nos meilleurs artistes, nous dirons que le nom d'' Arkenteel, Arkentel, est l'appellation usitée, au XVe siècle, d'une commune de la province de Liège, Argenteau devenu successivement Argentcal, Argentel, Arkentelf etc.

25 ans, à cette date, on arrive à placer approximativement l'année de sa naissance en 1514.

« Les ultramontains et principalement les Flamands, dit Baini, contribuèrent beaucoup, non poco contrihiono, à la résurrection de la musique en Italie. Autant par leur nombre que pour leur mérite, les Flamands l'emportèrent sur les Espagnols et les Français, adonnés à la même entreprise. Les plus célèbres chapelles d'Italie eurent, au commencement du XVF siècle, des maîtres flamands, et presque toutes des chantres ultramontains. Un seul italien, Constant Festa, natif de Rome, fut digne d'éloges, et jeta, sans s'en apercevoir, les fondements d'une école. »

Cette école fut richement dotée par Jules II, qui, effrayé de l'invasion de tant de musiciens étrangers, jugea utile d'y apporter un obstacle, en favorisant exclusivement les musiciens de la Péninsule, D'après la bulle constitutive de cette Chapelle « de la basilique vaticane, » bulle datée du 19 février 1513, il plaça, dans la nouvelle institution, douze chantres et douze écoliers, ceux-ci instruits par deux maîtres, l'un de musique l'autre de grammaire, et qui, devenus de vaillants professeurs, pouvaient, en place des ultramontains, être agrégés à la Chapelle apostolique.

Or, ces précautions ne tardèrent pas à être éludées, et, en 1540, c'est-à-dire vingt-huit ans après la promulgation de la bulle julienne, la plupart des plus fameux maîtres et compositeurs de Rome étaient « ultramontains. » Le vieux Festa , un jeune écolier, Jean Contini, et un précepteur, Dominique Ferrabosco, tels étaient les membres, foncièrement italiens, que la Chapelle vaticane possédait alors.

Jacques Arcadelt avait réussi à s'élever au premier rang, parmi eux, avons-nous dit. A l'année 1539, il figure, dans le registre censuel, avec un appoint enient de quatre écus, pour chacun des mois de janvier, février, avril, et de

cinq écus, pour les mois suivants jusqu'en novembre, où il abandonna son poste honorable, pour des motifs qui restent à déterminer. Le 30 décembre 1540, il fut associé au collège des chapelains- chantres de la Chapelle pontificale. Elu, en 1544, abbé ou plutôt camerlingue, il est cité, dans le Diario manuscrit de cet établissement, jusqu'en 1549. Les Diaires de 1550, 1551 et 1552 étant perdus, on ne peut certifier, d'une manière précise, dit Baini, l'époque où Arcadelt, disant définitivement adieu à la Chapelle julienne, alla se mettre au service du cardinal Charles de Lorraine, duc de Guise, qui reçut la pourpre de Paul III, le 27 juillet 1547.

Son successeur, comme maître des enfants de l'institution pontificale, fut un certain Rubino, qui entra en fonction au mois de décembre 1539. Il enseigna, comme Jacques Arcadelt, la musique et le chant, aux appointements mensuels de cinq scudi.

Le jour où Arcadelt fut reçu parmi les chapelainschantres, l'évêque de Castres (?) qui présidait à la Chapelle, lui mit une tunique, ou mieux un surplis, et lui fit prêter le serment d'usage. Après quoi, le maître acquitta ses droits de régale, ou d'admission :

1540 (30 decembris). — Eâdem, die, R. Episcopus Castrensis,

magister capelle, admissit Jacobum Archadelt (^) in numéro

cantorum, et induit eum cotta, et acceptit ab ipso juramentum observare, etc., ut moris est; posteà solvit sua regalia (^).

A son tour de rôle, le chantre « habuit scatulam, »

(1) Le blanc qui est interjeté ici avec des points loursuivants, aurait dû contenir, selon toute apparence, la qualification du naaître, et peutêtre sa provenance. En ce dernier cas, la lacune est réellement regrettable.

(2) Extrait, par nous, du Liber punc^orum^ coneervé à la Chapelle sixtine. On touchera, plus loin, un mot desreçalie.

c'est-à-dire littéralement : « tint la boite. » Parfois, l'expression complétive : « scatulam confectionum (medicinariim?) » est employée.

Autre circonstance à noter. Le 1" janvier 1545, Jacques Arcadelt renonça à ses fonctions d'abbé-chantre, et fut remplacé, dans cet office, par Pierre Ordonnez, d'origine espagnole :

1545, 11 januarii. — Dominus Jacobus Archadelt renuntiavit abbatiam dicte collegio (cantorum), et fuit creatus novus abbas, videlicet Dominus Petrus Ordonnez, Hispanus 0).

Un congé de quinze jours lui fut accordé, le 17 avril 1545, avec la faculté de parcourir Rome, selon son bon plaisir, sans être astreint au moindre service :

1545, 13 octobris. — Eodem die, Archadelt licentiam obtinuit simpandi (?) per dies 15, et ire per urbem, et non puntabitur (2).

Le 10 novembre suivant, il est porté, au registre des Points, comme incapable de prendre part aux travaux qui lui incombent, pour cause de maladie : « Arcadelt infirmus. » Après, on peut remarquer, au dit registre dont la régularité est exceptionnellement bonne, une série d'absences du maître, dues, sans le moindre doute, à des infirmités persistantes.

Il ne reparaît, aux offices obligatoires, que le 2 juin 1547, c'est-à-dire après dix-neuf mois environ d'absence, passés vraisemblablement, pour achever sa convalescence, dans les contrées les moins malsaines des environs de Rome. Il assiste, ce jour-là, à toute la séance : « per totum. »

(1) Liber punctorum, etc.

(2) Même registre.

Le 24 décembre 1547, nouvelle défection : « Arcadelt se excusavit iterùm. » Puis, le 27 juillet 1549, il se retire de l'office pour des causes non indiquées : « Arcadelt recessit Yocatus (^). » Au mois suivant il retombe malade : « Arcadelt infîrmus. » Enfin, il reparaît, une dernière fois, le 18 septembre, pour remplacer un de ses collègues : « Arcadelt pro Montalvo. »

Nous disons que le maître fait une dernière apparition, à la Chapelle sixtine, en ce sens que les registres de cet établissement manquent aux trois années suivantes, 1550, 1551 et 1552, et que, durant cet intervalle, le maître doit avoir définitivement renoncé à son poste, le registre de 1553 ne contenant plus la moindre trace à son sujet (^).

Si nous avons tenu à placer ces infimes détails delà carrière d'un grand artiste sous les jeux du lecteur, c'est uniquement pour résoudre, d'une façon plausible, la question de son départ de Rome, question qui n'a point encore été soulevée jusqu'ici. Certes, l'attrait de fonctions plus lucratives et moins monotones, peut avoir influé grandement sur sa détermination. Diriger la chapelle musicale d'un cardinal ambassadeur ! La perspective aura paru souriante, irrésistible, en effet.

Pour nous, nous sommes persuadé qu'à part les ennuis notables de sa position, Jacques Arcadelt ne se sera résolu à l'abandonner irrévocablement, qu'à la suite de tentatives réitérées et restées infructueuses, de triompher du climat insalubre de Rome, ce qu'attestent visiblement les indispositions fréquentes inscrites au registre des Points.

(1) On pourrait, au premier coup d'œil, traduire le passage du Liber pu'ndorum : " Arcadelt s'éloigna, étant engagé ailleurs, n Ce qui suit écarte toute interprétation de ce genre.

(2) Une note de ce registre 1553, porte : « Manco il libro che contiene 1550, 1551 et 1552. »

Quant aux soucis dont il aura ])U souÔrir, la contestation des biens affectes à la chapelle du Vatican ou de Saint- Pierre, leur changement de destination opéré par l'administrateur Bartholomée Ferratino, et, partant, la diminution de salaire des membres de la Chapelle, auront certes apporté leur part d'influence dans les projets de départ du maître.

Ici, les documents officiels vont faire défaut. La simple qualification de Regius musims et illustrissimi Cardinalis à Lotharingia sacello prœfectus, que porte un recueil de Jacques Arcadelt édité à Paris en 1557, ouvre le champ à toutes sortes de conjectures. La plus vraisemblable est que le maître se sera engagé au service de Charles de Lorraine, lorsque ce célèbre personnage fut envoyé à Rome, en 1555, pour y traiter, avec Paul IV, au nom de la France, un traité d'alliance offensive contre l'Autriche. En ce cas, les deux ou trois ans qui peuvent s'être écoulés depuis la démission à la Chapelle sixtine, restent couverts d'un voile impénétrable.

Le cardinal de Lorraine, fils de Claude de Lorraine, premier duc de Guise, et frère du fameux duc de Guise, assassiné au siège d'Orléans, doit à la splendeur de sa naissance, comme à son grand courage et à son ambition démesurée, le haut rang qu'il tint à la cour. Intelligent, instruit, doué d'une physionomie heureuse, insinuant et habile, il fut fait, à l'âge de 15 ans, archevêque de Reims, et, depuis, il joua, sans discontinuer, un rôle des plus importants dans les affaires politiques et religieuses de la France.

Son maître de chapelle, — car chaque grand seigneur tenait, à cette époque, une phalange de chantres à son service, — avait donc, de plein pied, son entrée à la cour, et, son génie aidant, il n'aura point tardé à être associé, à

titre honoraire ou autrement, aux grandes exécutions musicales qui eurent lieu, tant au palais qu'à l'oratoire du roi de France. De là le titre de musicus regius.

Il aura, en sa double qualité de musicien royal et de maître de chapelle du cardinal de Lorraine, assisté aux assemblées des États, rehaussées d'ordinaire d'importantes cérémonies musicales (0, et il se sera rencontré, de 1562 à 1565, au concile de Trente, avec son compatriote et collègue illustre, Jacques De Kerle, qui fut attaché, comme on verra, à la chapelle du cardinal-archevêque Otto Truch • sess, à titre de directeur (^).

Toutes ces hypothèses sont légitimes, si l'on compare la monotone, l'ennuyeuse et insalubre position du maître, à Rome, avec celle qu'il remplissait chez un personnage richissime, adonné au luxe et aux plaisirs, tenant sa résidence, tantôt à Paris, tantôt à Reims, tantôt ailleurs, et en relations continuelles avec les grandes illustrations de l'époque. Honneurs, profits, variété, loisirs, abondance..., n'était-ce point là tout ce que pouvait désirer une nature artistique avide d'émotions, de succès et de bien-être?

En supposant maintenant qu'il prit retraite, lors de la mort de son bienfaiteur, c'est-à-dire en 1574, et qu'il vécut, grâce à une double pension obtenue pour des services loyaux et signalés, dans le silence et l'oubli, notamment à une époque de troubles et de révolutions comme celle qui marque alors l'histoire de France, il faudrait mettre à son avoir une carrière d'activité artistique qui dura 36 ans, en prenant pour point de départ la publication de ses premiers madrigaux à Venise, en 1538, publication qui témoigne déjà de son grand talent et de sa brillante

{}) Ses madrigaux où il excellait, y auront certainement fait fortune. (2) Plusieurs de ses collègues de la Chapelle sixtiiie se trouvèrent au concile de Trente, ainsi qu'il sera rapporté plus loin.

renommée. L'avenir, si plein de choses imprévus, nous dira peut-être la part qu'il convient de faire ici de l'inconstance de la fortune et de la mobilité d'humeur de l'artiste. En définitive, Jacques Arcadelt n'avait qu'une soixantaine d'années, et il y avait là, pour un tempérament solide, de quoi fournir encore un magnifique contingent à Fart musical.

Les compositions du musicien flamand, prises en ellesmêmes, ont été trop décrites, pour en faire encore le relevé. Il suffira de noter celles dont la nomenclature est erronée ou incomplète, ainsi que celles qui ont échappé aux recherches des bibliographes. Nous continuons naturellement à prendre Fétis pour objectif de comparaison.

A la bibliothèque publique de Venise, nous avons rencontré un premier livre de cinquante-six madrigaux, à quatre voix, paru, en la dite ville, chez Antoine Gardane, sans désignation de date, et dont le titre offre ces mots, relatifs à la position de l'auteur : « Cantor delà capella del Papa; » ce qui permet de placer l'apparition du recueil entre 1539 et 1550 (?).

Il y a encore, au même dépôt, un Primo libro di Madrigali d' Arcadelt, publié chez A. (ntoine) G. (ardane), en 1589, et renfermant vingt-huit pièces. Un qiiarto libro di Madrigali d'Arcadelt, édité chez le même, sans indication d'année, contient trente-six compositions.

Enfin, on voit, au même établissement, un recueil intitulé : Il primo libro de le Muse, a cinque voci, composto da diversi, etc. — (Venetia, Ant. Gardane, 1555), et qui renferme une chanson d'Arcadelt et deux de Giachet de Berchem.

Dans la préface de l'édition 1589, l'éditeur Gardane nomme le maître flamand il grande Ârcliadelt; dans une autre préface, il l'appelle il divino. Bien que prodiguées

démesurément et appliquées à tant d'autres compositeurs de l'époque, ces épithètes prouvent la popularité dont jouissaient alors les œuvres de l'artiste belge. Leur réédition seule suffirait à leur assurer une bien haute valeur.

Aussi, après trois siècles écoulés, en est-on encore à épuiser, à leur sujet, le vocabulaire des éloges. A défaut de Fétis, qui se borne à dire simplement qu'Arcadelt excella dans la composition de madrigaux, Ambros, par exemple, étudie le maître à un triple point de vue :

P Ses messes, qu'il juge être d'une puissante vitalité, d'une noble et profonde invention, et dont le style, à l'en croire, se rapproche de celui de Mouton et de Morales (');

2° Ses motets, qu'il apprécie de même, et parmi lesquels il distingue un Pater noster, édité par Gommer, et qui suffirait, dit-il, à faire envisager Arcadelt comme le meilleur musicien de son temps;

3° Ses madrigaux, dont il vante l'étonnante expression poétique, l'inépuisable sentimentalité, et surtout l'énorme variété de style et de facture, mise en regard de la facture contrepointée de ses compositions d'église, de façon à envisager Arcadelt comme étant, avec Willaert et Verdelot, l'un des fondateurs du genre des madrigaux.

Quand cette brillante période, où s'immortalisèrent tant

(1) De La Fage décrit ainsi un exemplaire des trois messes d'Arcadelt éditées, pour la première fois, en 1557, chez Le Roi et Ballard à Paris :

Missœ tres^Jacoho Arcadet,regio musico et illustriss. Cardinalis à Lothoringia sacello prœfeto, autore, nunc primùm in lucem œdiiœ, cum quatuor et quinque vocibus, ad imitationem modulorum: Noe, Noe ; 4: Jo. Mouton^ Ave Regina cœlorum; 5, And. de Silva, Missa vulgaris Beatœ Virginis. — Luteti^, apud Adrianum Le Roy et Robertum Ballard, Régis typographes, in vico santi Joannis Bellovacensis, sub intersigno div£e Genovefes, 1557. In-folio. Forme 44 pages, non compté le frontispice. Adrien Le Roi dédia cette édition au cardinal de Lorraine, qui, dans une occasion semblable, l'avait précédemment appuyé auprès du roi Louis XIII.

de maîtres de génie, fit place à une autre ère de gloire et de succès, le nom de Jacques Arcadelt, observe Ambros, demeura entouré de vénération. Le grand Frescobaldi composa un morceau pour orgue sur un motif « del signer Arcadelt. »

Du vivant même de l'auteur, on signale diverses transcriptions instrumentales de ses œuvres. Fr. Vindella, entre autres, a mis en tablature de luth plusieurs madrigaux d' Arcadelt et les a fait imprimer, en 1546, à Venise, chez

A. Gardane. Ce sont peut-être les mêmes qu'on rencontre dans le rarissime recueil paru, en 1569, à Louvain, chez Pierre Phalèse, et déjà cités en ces recherches (^). On voit aussi des pièces d' Arcadelt arrangées pour tablature d'orgue et d'instruments à clavier, dans un précieux recueil de

B. Schmid, publié à Strasbourg, en 1577.

Ce que les collections de Forster et de Commer renferment de compositions émanées d'Arcadelt, est le plus bel hommage moderne rendu au génie de ce musicien flamand du XVr siècle (^).

Au rapport de Pitoni, les typographes du temps d'Arcadelt, avides de lucre, tachèrent de publier les œuvres de certains maîtres sous le nom du musicien belge, et, selon le même Pitoni, on peut en voir la preuve dans une épître dédicatoire d'Antoine Gardane, figurant en tête du seconda libfo di Madrigali d'Arcadelt, imprimé en 1539. D'où il suit, ajoute Baini, que le maître était déjà regardé comme un parfait compositeur, sommo compositore, quand il fut préposé à l'enseignement des élèves de la Chapelle julienne.

{}) Tome II, p. 402, de la Musique aux Pays-Bas.

(2) UAve Maria, publié sous le nom d'Arcadelt dans divers recueils, et qui est d'une beauté radieuse, nous a semblé appartenir à une époque postérieure au maître. Eitner, dans sa Verzeichniss, doute sérieusement de l'authenticité de cette remarquable inspiration. A-t-elle été retouchée ?

Voici le texte même de la notice de Pitoni, copiée par nous sur le manuscrit que l'on en conserve à la basilique de Saint-Pierre :

Fu maestro di cappella del card. di Lorena, e stando al di lui servigio, mandé aile stampe tre libri di messe a 4 e a 5 voci in Parigi, per Adriano le Roy il 1557. Fu compositore eccelente da chiesa, e da caméra, e per madiigali il più erudito che fosse a' suoi tempi; per lo che gli stampatori, avidi di guadagno, procura vano stampare le opère altrui sotto il nome di questo autore, corne si raccogiie da una lettera dedicatoria di Antonio Gardano, stampatore in Venezia, nel principio del 2'' libro de' madrigali del medesimo Arkadelt, impresso nel mese di Febbrajo 1539. lo ho veduto tre libri de' suoi madiigali impressi circa lo stesso tempo ; benchè questo autore ne ha composti molti altri libri. Li madrigaU del P libro, il quale incomincia col madrigale : Il bianco et dolce cigno, per suo stiie dolce e naturale, insino a' tempi d'oggi si sono cantati, e ristampati dal Martello l'anno 1640, per Vincenzo Blanchi. 11 Doni, nella Libreria, par. ult. f° 64, a terg., fa menzione di 5 libri di madrigali. Nell' indice del Vincenti, si citano li madrigali a 3 e a 4 voci dell' Archadelt (i).

On aura remarqué le passage où Pitoni, qui naquit le 18 mars 1657, et mourut le 1" février 1743, rapporte que, de son temps, a' te7npi d'oggi, alors que les compositions de chambre avaient subi une transformation radicale, grâce à l'emploi fréquent et conscient de la dissonance naturelle, les madrigaux d'Arcadelt se chantaient encore avec plaisir à Rome.

(1) Le manuscrit de Fornari, postérieur de plusieurs années à celui de Pitoni, contient, à peu de chose près, la même notice. Après avoir narré la supercherie des éditeurs italiens, à l'endroit des œuvres d'Arcadelt, Fornari s'écrie : « Tanta era la fama che di lui corrreva ! » Nou.; nous abstenons de reproduire le reste de la notice, copiée par nous à la Bibliothèque Corsini, pour ne point faire double emploi ici.

Baini constate qu'à la Chapelle sixtine on conserve en manuscrit de nombreuses messes et des motets plus nombreux encore dûs à notre musicien. Nous ferons, plus loin, le relevé de ces compositions précieuses. Un autre souvenir, moins important, mais dont on nous saura gré d'avoir fait reproduire ici un spécimen exact, à raison de sa rareté et de l'intérêt en quelque sorte intime qui s'y rattache, est la signature du maître, apposée sur le texte, illustré de miniatures, des constitutions de la Chapelle sixtine, et précédée de ces mots : « Ità est Jacobus Arca- DELT, manu proprià. »

Cette signature, outre qu'elle est curieuse, nous fournit la vraie ortographe du nom de famille du compositeur, tant de fois altérée par des copistes ignorants et par des imprimeurs plus intéressés que consciencieux. Le cli ou le ^, dont on a fait un emploi justifiable jusqu'à un certain point en Italie, pour le premier, et en Allemagne, pour le second, revêt ici la signification originelle du c dur, pur et simple.

Autour du grand artiste dont nous venons de mettre en lumière quelques phases biographiques complètement inaperçues, se groupent divers autres musiciens, plus ou moins célèbres, qui réclament, à leur tour, une place dans notre travail de régénération historique. A chacun d'eux nous réservons quelques notes particulières et inédites.

Danckerts [Ghislain], chantre à la Chapelle pontificale, est connu principalement par la part qu'il eut à la discussion scientifique soutenue, en 1551, par l'illustre Vicentino, et où il intervint à titre d'arbitre honorable et compétent.

Il publia aussi quelques œuvres. Parlons d'abord de ses fonctions à la Chapelle sixtine.

Danckerts était prêtre, ce qu'indiquent clairement les mots domimts et clericus. Arrive du diocèse de Liège, il fut reçu, le 27 mars 1538, en qualité de chantre de la Chapelle sixtine ('). Ce fut Bartholomée Crottus, directeur de cette institution, qui présida à la cérémonie d'admission. Tous les chantres se trouvèrent réunis, à cet efïét, dans la petite chapelle. Le magister revêtit le récipiendaire du surplis d'usage, après quoi celui-ci prêta le serment de fidélité :

1538, 21 martii. — Dominas Ghisellinus Dankers, clericus Leodiensis diœcesis, Sanctissimo in Christo Pâtre, Domino Paulo tertio, fuit in cantorem receptus ; et recepit D. Bartholomeus Crottus, magister capelle, in capellâ parvâ, presentibus ceteris cantbribus, induit eum cottà, et, ut moris est, prestitit juramentum(2).

On doit avoir eu à se louer de son zèle et de sa capacité, puisque, le 29 novembre 1539, le nouveau chantre obtint un bénéfice de l'église de Wercken, village de la Flandre occidentale faisant partie alors du diocèse de Tournai. Cette prébende valait dix-huit ducats, dont quatre revenaient à son confrère Lohial. La collation en fut faite par le collège des chantres. Divers congés lui furent accordés, à ce sujet, un, entre autres, d'un mois entier, qui lui était suffisant probablement, pour régler, au lieu d'où il était sorti, les affaires qui le concernaient :

(1) Les Bourcsteenen amsterdamois portent, dans la Proeve eener naam- Hjst, etc., à la rubrique Danckerts : « Napels, 1538, Rome, 1540. . . n Probablement, c'est là une erreur.

(2) Cet extrait et ceux qui suivent ont été pris par nous, en 1874, dans le Liber pundorum, îa.ha.nt partie des Archives de la Chapelle Sixtine.

29 (novembris). — Ghislino Danckers (congregati cantores) dederunt parochialem ecclesise de Werckene, Tornacensis diocesis, valorem xviij ducatorum, cum pensione 4 ducatorum pro Lohial (cantore).

3 Decembris. — Ghislinus, per totura habita licentia à decano, ad expediendas li itéras super parochiali de Werckene, sibi per cantores collata.

Festum Conceptionis (9 decembris). — Ghiselinus, petita licentia à multis, et ei à decano (concessa), in via pro suis negotiis per totum mensem.

C'est en 1539 que parut à Naples le fameux canon de Danckerts dont il sera question plus loin. Il fut édité aux frais de l'auteur. C'est apparemment cette publication qui motiva son voyage à Naples.

Un incident, que nous ne relatons ici que comme trait de mœurs, eut lieu peu de temps après. Le 9 janvier 1540, une messe solennelle fut célébrée à Saint-Pierre, nous ignorons à quelle occasion. Après l'évangile, le chantre Jean Sances {sic), venu apparemment trop tard à l'office pour mériter sa part entière, se lança avec fureur sur le punctator, et le frappa violemment, au grand scandale de tout le personnel de la Chapelle sixtine, qui en fut d'autant plus mortifié, que le Sacrement de l'Autel se trouvait exposé à quelques pas de là, in presentia corporis CJiristi. Le coupable fut « cassé du rotule, » ou biffé de la liste des chantres. Le pimctator ainsi maltraité, n'était autre que Ghislain Danckerts, à qui sans doute cette délicate mission avait été confiée pour sa probité. Il s'en déchargea, le 1" février suivant, pour en laisser le poids à un de ses compatriotes, que nous connaîtrons bientôt 0).

(1) Ainsi qu'on l'aura remarqué plus d'une fois, et notamment au t II de ces recherche;?, le contrôle des chantres au chœur se faisait,

Constatons pourtant que ce ne fut pas la seule difficulté qu'il eut avec ses collègues, et que, sans trop mettre les torts de son côté, le rigorisme excessif de son caractère a pu lui attirer de justes inimitiés. Le 27 février 1547 0), après le dîner, une violente dispute surgit, entre lui et le prêtre Jean-François Félix, dispute où, en plein chapitre, de part et d'autre, les mots injurieux ne furent pas épargnés :

1547, 27 februarii. — Ipso die, post prandium, D. Jo. Franciscus Félix et D. Gliislinus in capitule, présente R^ magistro capellae, altercarunt se simul cum verbis injuriosis.

En tous cas, son humeur vive et indépendante le portait aux voyages, car il en accomplit deux encore, d'un mois chacun, en 1547 et en 1553, le premier à Xaples, pour des motifs non indiqués, le deuxième, ailleurs peut-être, pour des affaires particulières se rattachant encore apparemment à des publications musicales.

1547, 2 novembris. — Eâdem die, Ghisilinus licentiam obtinuit à R"^'' magistro et cantoribus, eundi Neapolim usque per mensem, nihil circà.

1553, 4 julii. — D. Ghisihnus Dankerts petiit et obtinuit hcentiam eundi extra urbem, pro une mense, ad aliqua negotia sua pertractanda.

Nous venons de voir la scène regrettable qui se passa en plein chapitre abbatial. Il en résulta un fait que la perte de

aux Pays-Bas, au moyen de jetons de plomb, de cuivre et même d'argent, nommés meneaux.

(1) Cette date prouve que Danckerts, qui assista fort probablement au concile de Trente en 1545, comme il sera constaté plus loin, était déjà de retour à Rome. Voyez, au nom de Le Cont (Jean).

certains registres n'a pu nous apprendre directement, à savoir la nomination de Ghislain Danckerts, à la dignité de camerlingue. Il y renonça spontanément le 3 janvier 1556, après le saint office, en présence de tous ses collègues, assembles en la Chapelle pauline, et vit élire, à sa place, le chantre François Montalvo.

En 1559, Danckerts est de nouveau investi de la charge de pimctator. Sa petite écriture mignonne, claire et régulière, ainsi que sa rédaction parfaitement précise, est ce qu'il y a de mieux, en ce genre, dans les registres parcourus par nous à la Chapelle sixtine. C'est exactement la même plume élégante qui a tracé le mémoire dont il sera question bientôt.

Le voilà encore en route, cette fois, en vue de soigner sa santé. Il se rend, en effet, le 25 juillet 1563, aux bains de Tibur (Tivoli), après avoir demandé et obtenu la permission de s'absenter pour ce sujet :

1563, 24 julii. — Fuit petita licentia pro domino Guislino, qui volebat ire ad balnea Tyburtiana, et conceditur diesequenti.

Deux ans après, nous perdons complètement de vue notre maître néerlandais, soit qu'il ait renoncé à toute fonction à la Chapelle papale (ce qui est très-probable, par ce que nous en rapporterons plus loin), soit qu'une mort imprévue l'ait frappé à un âge qui n'était point encore celui de la décrépitude. Les soins voués à sa santé, autorisentils à supposer un affaiblissement graduel de forces qui aura pu le mener au tombeau? Si l'événement fatal avait eu lieu à Rome, on pourrait s'étonner du silence gardé, à ce sujet, par les registres que nous utilisons. Le hasard se chargera peut-être un jour de nous dévoiler le mystère de cette subite disparition.

Il eut également l'honneur, en 1555, de recevoir, des mains du grand Palestrina, les regalia, ou droits perçus, à la chapelle papale, pour permettre au nouvel arrivant de participer aux provendes de Xabbazia,^ droits consistant en douze ducats d'or (^).

Nous trouvons, en 1559, un exemple de la concision claire et élégante que Danckerts mettait dans la rédaction des registres quotidiens qu'il était chargé d'entretenir. Il s'agit de l'acquisition d'une contrebasse vocale pour la chapelle, acquisition qui fut jugée inutile. Voici comment notre piinctator enregistre cette particularité :

1559, 28 februarii. — Fuit congregatio. R. D. magister capellse petiit utrum capella egeat vocibus contrabassorum; et, post multas discussiones, fuit conclusum per vota publica, quod nondum egebat vocibus contrabassis, sed unam suprani.

Il intervint, en 1561, en sa qualité de camerlingue, dans une difficulté qui surgit à propos de la nomination de nouveaux chantres. Mis en demeure de cesser l'augmentation du budget mensuel pour la chapelle, par l'admission de chantres supplémentaires, sous peine de voir casser du rôle les chantres pensionnés, il se mit à l'œuvre, et produisit un travail motivé et développé, d'où il résultait que, puisque la chapelle avait besoin de voix nouvelles, et que le pape lui-même reconnaissait le besoin et l'utilité de cette augmentation du personnel chantant, il était nécessaire de renforcer les ressources de l'institution; qu'il n'appartenait point au collège d'offrir, à ce sujet, la moindre garantie, ni de toucher aux choses existantes; que le tout concernait le pape exclusivement, et que, partout, il

\}) Voyez, à ce sujet, Gerbert, Scriptores ecclesiastici de musicOy t III, p. 891, et 392, chap. XXXIX: Quornodo noster abbas est. eligendus.

attendait la décision du souverain maître, pour savoir à quoi il fallait s'en tenir. Pie IV ordonna, enfin, de laisser au rôle trois chantres menacés d'en disparaître, et conserva même, pour le concours public, un certain Luca Languiquo, agrégé canoniquement, canonicamente , à la chapelle. C'est à l'occasion de cet événement, avvenimento, que le célèbre Palestrina dédia à la chapelle sa messe à 6 voix, sur les six notes de la gamme, ut, ré, mi, fa, sol, la, et les deux motets : Beatus Laurentius et JEstote fortes in bello 0).

En 1565, Danckerts avait vingt-sept ans de service. Il y avait lieu, d'après un article de la constitution de Paul III, de l'exempter de ses fonctions, depuis deux ans, et de lui octroyer une gratification : « Cantor qui per viginti quinque annos in servitiis dictae capellse steterit, meritô est gratificandus, ideô divine oflicio ordinario dictae capellse débet esse exemptus (*). » Cette stipulation n'avait pas été remplie, et il en résultait, pour d'autres cas inexécutés aussi, des désagréments assez notables, provenant de voix usées et devenues impropres à la tâche qui leur incombait. Les voix fraîches avaient une corvée double, ce qui les fatiguait et les agaçait outre mesure.

Aussi longtemps que le chant grégorien ou simplement mélodique était en usage, à la Chapelle sixtine; aussi longtemps que ce chant, orné des consonnances de quarte, de quinte et d'octave, était limité à une harmonie élémentaire privée de tout artifice, on ne voyait guère la nécessité d'accorder ce qu'on appelait la gmhilazione, aux chantres qui formaient le personnel de cette institution. Mais, lorsque, vers la fin du XIV siècle, on y introduisit les basses, les ténors, les contralti et les soprani, on reconnut le besoin

(') Baini, Memorie, etc., 1. 1, p. 207.

(2j Gerbert, Scriptores, etc., t. III, p. 388.

de relever de leurs fonctions, après une certaine période d'années, et moyennant un bénéfice ou jubilé, les chantres devenus incapables d'effectuer, comme il le fallait, toutes les nuances afférentes à leur partie spéciale. De là l'obligation de pourvoir à de nouvelles voix, obligation qui, pour des causes trop longues à détailler, avait été négligée ou rendue vaine par de trop tolérantes concessions 0).

On sentit pourtant, à la fin, que ce vide de l'exécution devenait de jour en jour plus sensible et plus affligeant. Mais on hésitait à en venir à l'unique moyen de remédier au mal déjà invétéré : le renouvellement rigoureux des chantres devenus incapables de remplir dignement leurs fonctions. Enfin, au mois de septembre 1565, les deux cardinaux, Vitellozzo Vitellozi et Charles Borromée, autorisés en cela par le pape Pie IV, promulguèrent un décret qui licenciait quatorze chapelains-chantres et leur octroyait une pension, et qui, en outre, accordait au collège de s'adjoindre de nouveaux chantres, en procédant, selon l'usage reçu, à un rigoureux examen préalable.

Le Diario de 1565 rapporte laconiquement cette hécatombe de chantres, en ces termes :

Die lun^e 17 septembris 1565. De mandato reverendissimorum dominorum Caroli Borromei et Viteilotii, S. R. E. cardinaUum, fuit intimata infrascripta lista exciusionis cantorum domino Antonio Calasans, decano, et mihi Christoforo de Hojeda, punctatori capellae sanctissimi D. N., per Julium, cursorem pr?elibati sanctissimi D. N., cujus copia ex originale per dictum cursorem, lide extracta et subscripta, sequitur :

Romse, die ultima Augusti 1565. — Guisellinus (Danckerts). — JoANNES Mont. — Simon Perusinus. — Bartholomeus Cont. — Franciscus Talavera. — Matheus Albus. — Joannes Latinus. —

(I)Baini, etc., t. I, p. 239.

Bartholomeus Bartholus. — FiRMiNius Lebel. — Antonius

ViLLADIEGO. — PeTRDS ARETINUS. — FORNARINUS (StEPHANO

Bettini, detto II Fornarino). — Christianus (Ameyden). — AspRA (Giovanni Battista Preccacese, detto rAspra).

Noi, cardinal!, deputati da nostra signore sopra lariforma délia cappella, habbiamo judicata li sopradetti quatordici musici esser da cassare dala detta cappella, et cosi con la présente li dichiaramo cassi et rejecti, determinando nondimeno che se li debba dare qualche recompensa, che sarà dechiarata honesta da sua Beatitudine.

Carolus Car'^s Borromeus, V. Car"s Vitellius Cam».

Suscription : Copia cedula intimât a super exclusione cantorum(').

Notre Ghislain Danckerts était, on le voit, compris dans cette élimination. C'est précisément en ces temps-là que le fameux Palestrina reçut la récompense due à son admirable génie, à savoir la nomination de « compositeur de la Chapelle pontificale. » Comme toujours, en pareil cas, la nouveauté de ce décret suscita des jalousies nombreuses, d'autant plus qu'il avait été facile jusque là, aux compositeurs de mérite, de réprimer d'autorité la moindre tentative de quiconque eût voulu se substituer à eux. Au nombre de ces compositeurs ainsi coalisés, figurent quatre Néerlandais : Ghislain Danckerts, Jean Mont, Bartholomée Le Cont et Chrétien Ameyden. Ces quatre maîtres, auxquels Baini joint Firmin Le Bel et Etienne Bottini, sont appelés, par le savant biographe romain, des « compositeurs de valeur, » UUti compositori di vaglia.

C'est vraisemblablement à partir de cette mise en retraite, que Danckerts ne reparaît plus dans les registres de la Chapelle, bien que d'autres, ainsi qu'on le verra, j reviennent

(1) Transcription faite par nous à la Chapelle sixtine.

avec des titres honorifiques très-grands. Aurait-il pris la résolution de s'en retourner aux Pays-Bas et d'y vivre modestement de ses revenus? Cela est fort douteux, à notre avis, par suite des événements graves dont la patrie du maître était alors le théâtre.

Tout ce qui vient d'être rapporté, est resté jusqu'ici à l'état latent, dans l'histoire musicale de nos contrées, et n'était le grand éclat qui entoura la discussion de Vicentino, le nom de Ghislain Danckerts n'aurait jeté que de bien faibles lueurs, grâce à quelques productions qui nous ont été conservées, et qui justifient, il convient de le dire, les éloges dont il a été l'objet.

Cette dispute devait naître, à la suite des recherches qui se firent, au commencement du XVP siècle, sur l'application moderne des trois genres diatonique, enharmonique et chromatique des anciens Grecs.

A cette époque, on ne songea presque plus au chant ecclésiastique ; les savants s'ingénièrent à la recherche du chant des anciens, en déchiffrèrent la notation, en étudièrent la littérature, en recomposèrent tant bien que mal la théorie, le tout pour parvenir à savoir ce qu'il avait dû être réellement, avant son adaptation à la liturgie catholique. A force de disséquer, de tâtonner et d'imaginer, ils finirent par produire des innovations qui modifièrent la face de l'art.

On commença d'abord par transformer les huit vers de l'église en douze modes grecs, lesquels, au fond, ne représentaient qu'un des genres de la musique des anciens : le diatonique. Restaient les genres enharmonique et chromatique. On ne put découvrir que quatre morceaux de musique grecque, dont on fit la traduction en notation moderne. Tout cela fut renversé d'un souffle par le savant allemand De Drieberg, lequel donna aux signes d'Alypius,

d'après lesquelles ces pièces sont notées, une interprétation bien dilîérente. On concentra alors toutes les forces de l'intelligence sur la reconstruction du système théorique des Grecs, et, allant plus loin encore, on tenta de mettre en pratique les connaissances acquises.

« Ce fut, dit DanjouC), l'école de Venise qui donna la première dans ces rêveries. Elle avait à sa tête un maître belge, Adrien Willaert, savant et habile dans l'art d'écrire à plusieurs parties. Il comptait, parmi ces disciples, les plus zélés partisans d'une réforme musicale, et ceux-ci n'entrevoyaient d'autre base à donner à cette réforme que la théorie des Grecs, et l'introduction, dans la musique moderne, des deux genres chromatique et enharmonique.

« Déjà, de 1535 à 1540, on avait publié à Venise des Madrigali cromatici à 5 et 4 voix, des I)uo cromatici da cantare e sonare, et, en 1546, Nicolas Vicentino, l'un des élèves d'Adrien V^illaert, mit au jour le recueil déjà cité : DeU unico Adriano 'Willaert discepîdo.D. Nie. Vieenti7io, Madrigali a 5 voci, per teorica e per pratica da lui (Vicentino) compositi al nuovo modo de celiherrimo sîw mastro ritrovato.

« Le peu de succès de cette tentative ne découragea pas Vicentino, qui, devenu maître de chapelle de la cour de Ferrare, se mit à enseigner à un de ses élevés le genre enharmonique, et fît construire un clavecin avec des touches pour les demi-tons majeurs et mineurs. Il plaça, sur le clavecin, cette épigraphe orgueilleuse : Incerta et

OCCULTA SAPIENTIiE TU^ MANIFESTASTI MIHI, et COmpOSa,

dans les trois genres anciens, une pièce de musique qui

(1) Revue de la musique religieuse^ etc., 2™<5 année, p. 429. Pour les détails circonstanciés de la dispute en question, voir Baim, t. 1, p. 342 à 347, note 424; et surtout la Z'i^^/M-o^/ïïjoAei? de De LaFage, p. 224 à 238.

commençait par ces mots : « Miisica prisca caput tenebris modo sustulit altis. »

«Enfin, en 1551, il vint à Rome porter aux musiciens célèbres qui s'y trouvaient, le dëfi d'expliquer la nature et le genre de la musique qu'ils composaient. Vicente Lusitano accepta ce défi et le pari de deux ëcus d'or, que proposait Vicentino.

« Les deux adversaires choisirent pour juges deux chantres de la Chapelle pontificale, Bartolomeo Escobedo et GhislainDanckerts. L'aflfaire fut solennellement plaidée dans la chapelle du Vatican, le 7 juin 1551, en présence de plusieurs cardinaux et de tous les chantres de la Chapelle pontificale. Vicentino prétendait que les prodigieux effets de la musique des anciens étaient dus à l'emploi des genres chromatique et enharmonique, qui n'étaient plus connus ni pratiqués, et qui, suivant lui, devaient servir de base à une nouvelle théorie, à un nouvel art.

« Les juges ne furent pas de l'avis de Vicentino, qui perdit son pari, mais ne se tint pas pour vaincu, car il publia à Rome, en 1555, un nouvel ouvrage intitulé : Lantica musica ridotta a la moderna pratica, con la dichiaratione e congli esempi dei tre generi — »

Baini appelle les deux juges Bartholomée Escobedo et Ghislain Danckerts : sommi co7nposi(ori e profondi ieorici. Leur sentence offre assez d'intérêt pour être reproduite ici :

Christi nomine iiivocato, etc. Noi, Bartolomeo Escobedo et Ghisihno Danckerts, giudici sopra detti per questa nostra diffinitiva sententia et laudo 0) in presentia délia detta congregazione,

(1) Zo(^ est un terme de pure jurisprudence. Laudo ou laudemio, dit De LaFage, correspondait à ce que d;ius l'ancien droit féodal on appelait lods, c'est-à dire la somme revenant au seigneur lorsque l'on vendait un héritage. L'acceptation de cette somme entraînait de droit

et delli sopradetti D. Nicola et D. Vicentio, présent!, intelligenti, audienti, et per la detta sententia iristanti, pronuntiamo, sententiamo et laudiamo il predetto D. Nicole non haver in voce ne in scritti provato sopra che sia fondata la sua intentione délia sua proposta. Immo, per quanto pare in voce et in scritti, il dette D. Vicentino ha provato che lui competentemente conosce et intende di quai génère sia la compositione che oggidi communemente li compositori compongono et si canta ogni di, corne ogniuno chiaramente di sopra nelle loro informationi potrà vedere. Et, per questo, il dette D. Nicola dover esser condannato, si corne per la présente lo condanniano nella scommessa fatto tra loro corne di sopra. Et cosi noi, Bartolomeo et Ghisilino sopradetti, ce sottoscrivemo di nostre proprie mani. Datum Romae, in palatio apostolico et capella predetta, die septima Junii, anno supradicto (1551),pontificatus sanctissimi D. N. domini Julii, Pape tertii, anno secundo.

Pronunciavi ut supra, ego Pronunciavi ut supra, ego Bartolomeus EscoBEDO, et GmsiLiNUS Danckerts, et de manu propria me sub- de manu propria me subscripsi. scripsi.

Nous transcrivons ce verdict d'un manuscrit de Danckerts intitulé : Trattato di Qhisilino Danckerts, musico e cantore cappellano délia Cappella del Papa, sopra una differentia musica sententiata, nella detta cappella, contro il perdente venerabile D. Nicola Vicentino, per non haver potuto pruovare, che nitm musico compositore intende di che génère sia la musica che esso istesso compone, corne si era offerto, G on una dichiaratione facilissima sopra i tre generi di essa musica, cioè diatanico, chroniatico et enharmonica, con alcuni essempj a quattro voci in ciascun di questi generi separamente Vuno dal altro, et anco misti di

l'approbation de la vente. Ici, Escobedo et Danckerts emploient cette expression, sans doute comme se déclarant à l'avance payés de tous leurs droits.

tutti tre i generi insieme, et moite altre cose musicali degne da intendere. Et oUracio vi sono 20 cantilene a più voci in diversi idiomi dal medesimo autJwre nel solo génère diatonico composti.

Ce manuscrit avait pour but de démontrer la vérité de la thèse invoquée dans la sentence prononcée contre Vicentino, et de répondre aux attaques dont cette sentence avait été l'objet de la part de celui-ci. Bartholomée Escobedo, son partner, étant parti de Rome le 25 octobre 1554, pour aller prendre possession réelle de ces bénéfices, Danckerts avait à soutenir seul le feu des batteries de son fougueux adversaire. Il ne faillit point dans sa rude tache, et son écrit, que Bai ni taxe de dottissimo trattato, est une preuve manifeste de la fermeté vaillante qu'il déploya en cette occasion. Très- vraisemblablement l'impression n'en fut point autorisée, à cause du cardinal de Ferrare, Hipo- Ijte d'Esté, grand amateur de musique auquel Palestrina dédia depuis un livre de motets, per rcguardo del cardinal IppoVto. On en conserve toutefois l'original à la Biblioteca G asanatensis (des Dominicains), sous la lettre R 56, et le n° 150). On vient d'en voir le titre. Voici les passages les plus saillants que nous avons recueillis touchant l'objet de nos recherches :

La préface intitulée : Laiitore alli Lettori, comporte ceci, quant à l'origine de Danckerts, qui, par sa petite écriture flamande, nous avait déjà révélé un compatriote, dans le Liher piinctorum :

Havendo adonque visto le dette cose, ho pensato esser bene di mutar proposito, et fare stampar anch' io questo mio Trattato

(') Le titre S' mmaire ea est: De musicaejusquetripUci génère tractatus hanckerU Ghisilim. Les extraits que nous en donnons, ont été pris par nous, en 1874. Baini et Fétis citent la Biblioteca Vallicellana (de l'Oratoire), où le manuscrit était conservé jadis.

scritto in lingua italiaua in quei miglior modo ch'io sapiô, senza obligarmi di osservar J'elegantia della lingua toscana, essendo io nato nella provincia die Zeelanda, in una terra chiamata Tholen (»), et il mio principal disegno è solo di esser inteso per levar ad ogni maligno calunniatore l'occasione di dire, che con pretesto di scriver tutto il Trattato in lingua latina, havessi ancora traslatato le dette cedole dell' informationi de i litiganti, et mutato il senso loro, corne ha latto lui, variando ed alterande le parole della sua informatione et di queJla del suo avversario....

Il continue ainsi à expliquer le pourquoi de son livre ; puis, il dit :

Aggiugnero ancora la inventione del concento a quattro voci, fatto a modo di una croce a due parti con la quinta et sesta voce, aggiunta a ciasctiuna délie dette due parti, et cosi vi aggiugnero similmente il concento a sei voci, con l'inventione del tenore, accomodata sopra 11 sei gigli dell' arme di papa Paolo Terzo(2), lasciandone alcune altre per non far troppo grande volume di questo Trattato, del quale tanto più volentieri ne silio l'impresa di farlo stampare, quanto che il dotto D. Nicola, col suo maligno scrivere me ne ha dato occasione.

Dans le ProJiemio, il expose les causes de la composition de ce traité et son contenu. Il raconte que « nele mese maggio del présente anno 1551, » surgit un différend musical entre deux prêtres compositeurs : Nicolas Vicentino, «capellanodel Illustriss. S. Cardinal diFerrara, » et Vincent

(1) A l'art. LusiTANO du supplément à la Biographie universelle des musiciens, M. Pougin, parlant du manuscrit de Danckerts, renvoie à divers ouvrages, pour résoudre la question de l'originalité graphique dudit traité. Tout cela devient inutile, à la seule inspection de l'écriture de Danckerts, aux registres, tenus p&r lui, à la Chapelle sixtine, en qualité de pundator. Voy. plus haut, p. 373. Nous ne nous chargeons pas de relever les autres erreurs où verse M. Pougin.

(2) Yoy. page 393.

Lusitano, querelle importante, dit-il, pour l'appréciation de laquelle deux artistes furent nommés, l'un : « Bartolomeo Escobedo, Spagnolo, compositore, assai eccellente nella sua professione ; » l'autre : « io, ambedue cantori capellani délia Capella del Papa... »

Le jugement, on l'a vu, fut prononcé contre Nicolas Vicentino. Celui-ci se plaignit amèrement au cardinal de Ferrare, en déclarant que, dans la Chapelle musicale, il n'y avait pas un arbitre capable de juger un tel différend. Il ne se borna pas à blâmer les chanteurs et les chants de la Chapelle papale, mais tous les autres de l'Italie, et, ajouta-t-il, « conseguentemente per tutto il mondo. »

Voilà tant d'excellents, fameux et respectables musiciens, tels que : « Josquin Despretz, Giovan Mouton, Antonio Divitis, Mathurin Forestier, Antonio Févin, Richafort, Guascogne, Costantio Festa, Andréa de Silva, etc., » dont Vicentino ose dire qu'ils sont « goffi, grossi et di niun valore... » Plus encore : c'est ce même censeur qui blâme la Chapelle musicale du Pape, « la quale è la prima et suprema di tutte le altre che sono per tutta la christianità ! »

Il che più Yolte è stato visto ai tempi nostri, et tra le altre in Boiogna, ove al tempo che Papa Clémente settimo donô la corona impériale à Carlo Quinto, cantavano loro capelle | ricetto | 0)» et poi in Marsilia o in Nizza, ove al tempo che Papa Paulo Terzo puo se placer tra il detto Carlo imperatore et Francisco re di Francia, erano insieme le tre capelle delli più grandi et principali principi di tutta la christianità ; à Lucca, quando il detto superator si vidde col Papa [per di pavalgrivi?...] (-), et sempre la capella predetta del summo Pontifice è stata lodusa et tenuta da ognuno per la scientia la prima et suprema délie altre, sicome il signer di essa è il primo et suprême principe di tutti li principe

(1) Ainsi entouré d'un encadrement avec ce mot : sic.

(2) Les deux crochets existent dans le manuscrit.

christiani. Nella quai capella vi sono sempre huomini eccellentissimi in la detta professione musicale, tra li quali rarissime volte è che vi ne sieno meno di sei o vero otto la detta scientia musica, li quali innanzi che siano meritamento pervenuti a questo luogo, hanno illustrato et arrichiato con le scientie et degne opère loro chi città, provincie, e chi regni e dominii.

L'assertion de Danckerts, soit dit en passant, peut paraître assez téméraire ici. La supériorité de l'exécution, dans la Chapelle apostolique, dit-il, était universellement reconnue. Elle avait été mise en évidence à Bologne, lors du couronnement de Charles-Quint, comme empereur, par le pape Clément VII, et mieux encore à Marseille ou à Nice, quand le pape Paul III avait fait la paix entre le même Charles-Quint et François P"". Les trois chapelles de ces souverains étant réunies, ont reconnut que celle du pape était la meilleure. Elle renferme toujours six ou huit compositeurs, et tous les autres sont des chantres habiles. Fort bien. Le moyen de contrôler cet on si vague et si peu concluant? Guicciardini dit, à son tour, et les ambassadeurs italiens de la cour de Charles-Quint le précédèrent en cela, que les Belges étaient les premiers musiciens du monde. D'ailleurs à l'époque où Danckerts écrivait (1551), les Néerlandais étaient encore prédominants à Rome.

Vient alors la partie scientifique, suivie du texte du procès-verbal reproduit plus haut. Danjou résume ainsi le factum de Danckerts :

« Ce mémoire, très-étendu, est entièrement écrit de la main de l'auteur. Toutes les questions musicales, agitées au XVP siècle, y sont traitées avec développement et avec une érudition remarquable. C'est un plaidoyer en faveur de la musique du XVP siècle, et en particulier de l'école romaine. Ghislino d'Ankerts attaque avec force l'école de

Venise, représentée par Adrien Willaert et ses disciples, au nombre desquels était Nicolo Vicentino. J'ai caractérisé cette lutte dans quelques articles sur VOrigine et la constitution de la musique moderne. Le mémoire de Ghislino d'Ankerts en fait connaître tous les détails; il traite accidentellement de diverses difficultés de la notation proportionnelle, et contient une foule de renseignements précieux pour l'histoire de la musique. L'abbé Baini, qui cite ce manuscrit, ne paraît pas en avoir apprécié l'importance (''. »

De La Fage répond judicieusement à ces lignes : « On ne prend pas la peine de copier soi-même en entier un ouvrage dont on fait peu de cas. » On ne saurait disconvenir toutefois que le mérite du mémoire de Danckerts n'est que relatif, et qu'il a soutenu avec infiniment de talent une thèse que les progrès continuels de la science et de l'art ont successivement battue en brèche, bien plus que tous les mémoires contemporains n'eussent pu le faire. L'analyse développée d'un pareil travail dépasserait les limites assignées à nos recherches. Nous ne pouvons conséquemment mieux faire que d'en reproduire au moins le contenu sommaire :

Prima parte. — Lautore alli lettori. Prohemio nel quai si racconta la causa che messe l'authore di scrivere il présente trattato et quel che in esso si contiene. — Cap. I. Narrativa délia congregatione fatta per giudicare la infrascritta differentia musi-

(1) Bévue de musique religieuse^ etc., 3® année fl847), p. 201.

Baini en dit pourtant : « Dans ia préface et dans les cinq premiers chapitres du livre I, Danckerts fait la narration circonstantiée de tout ce qui arriva dans cette polémique : l'état delà question, les pièces originales de l'enquête écrite par Vicentino et par Lusitano, ainsi que la sentence ; tout cela avec une précision de temps, de lieu et de personnes, et avec une clarté telle, que la vérité seule peut l'avoir dicté. »

cale. — IL Copia délia cedola originale fatta sopra la differentia, con la scommessa et deputatione delli giudici et altro. — III. Copia délia cedola et originale informatione manda don Nicola Vicentino per sua prova scritta di sua mano propria a M. Ghisilino, giudice predetto. — IV. Copia délia cedola et originale informatione manda don Vincentio Lusitano, scritta di sua mano propria à M. Ghisilino, giudice predetto per sua prova. — V. Sententia. — VI. Dicchiaratione del sudetto processo, a sodisfattione delli dotti et esperti musici. — VIL Essamine fatto sopra la informatione del dette don Nicola.

Seconda parte. — Cap. I. Sopra la dicchiaratione delli tre generi délia musica istromentale et délie quindici corde sonore greche, con li quattro tetrachordi collocati per ordine nel perfetto natural sistema disdiapason imutabile. — II. Del quinto tetrachordo aggionto. — III. Del introduttorio musicale di Guido Aretino. — IV. Sopra le tre proprietà delli sette exacordi. — V. Délia differentia delli tre generi sopradetti. — VI. Déclaration délia soprascritta figura, et come niun canto si deve chiamar misto del génère lo cuj tetrachordo con i suoi intervalli continu! non si vede in esso intieramente. — VII. Délie creationi delli sudetti intervalli, seconde Boetio et altri authori. — VIII. Corraboration d'authori sopra quel che è stato detto. — IX. Risolutione di che génère sia la sudetta musica. — X. Confermation esemplare del sopra detto. — XI. De le figure delli intervalli appropriati a li due generi inusitati enharmonico et chromatico. — XII. Come li intervalli sono di tre sorti et cosi ancho le loro consonantie. — XIII. Opinione sopra il colorare le cantilene chromatice et enharmonice con alcuni altri avisi.

Terza parte. — Cap. I. Opinione che non si dovrebbe mescholare l'un génère con l'altro. Con la declaratione délie tre spetie del tetrachordo et délia consonana diatessaron diato. — II. Opinione sopra li errori nelli quali incorrono molti compositori novelli délia nuova maniera. — IIL Opinione sopra li errori comettino quelli che intitolano i loro canti per chromatici. — IV. Opinione sopra l'errori commettino quelli, cbe fuori d'ogai ragione intitolano le loro compositioni alla misura di brève. —

V. Opinione sopra li errori comettoni quelli che segnano le proportion! délia tripla e sesquialtera con un medesimo segno; dando al segno del numéro ternario l'authorità quai non 11 convienne, et similmente al binario. — Seguita il capo délia differentia musicale pred* stamp^ nel yo1« musicale pred° dal ditto don Nicola a p. 95, con alterationi et aggiontioni délie parole che non stanno ne li loro originali, come di sopra è stato dette.

Danckerts avait d'abord eu l'idée d'écrire son mémoire en latin. Il en fut dissuadé par plusieurs personnes, et notamment par deux prélats. En donnant son livre en italien, il s'excuse, étant étranger, au sujet de son style, qui, en effet, n'est guère un modèle à suivre.

a Dans son indignation contre les novateurs, dit De La Fage, Danckerts les accuse d'écouter plus leurs sens que leur raison, de découvrir l'autel des modes authentiques ex plagaux, pour orner celui qu'ils ont élevé à leur propre goût. Il les blâme de traiter les tierces et sixtes mineures, comme l'on fait du triton et de la fausse quinte; c'est, dit-il, gâter le beau naturel pour obtenir le laid artificiel. Ils se privent de leur liberté, plus précieuse que l'or et les pierreries, ^J^?^ que Voro e le gemme; ils enveloppent dans leur mépris les compositeurs les plus experts, les plus excellents, ceux dont ils ont tiré toutes les lumières. »

Danckerts cite les mêmes compositeurs nommés plus haut, en leur adjoignant Brumel, Carpentras, Consilium, Christophe Morales, Adrien Willaert et Jacquet (Berchem?J. Il remarque que ceux-ci ni beaucoup d'autres, tant morts que vivants, n'ont jamais voulu adopter les exhaussements ou abaissements de tons, bien différents des novateurs, qui, plaçant en un ton ce qui convient à l'autre, n'offrent que des modes abâtardis où le i] et le b se trouvent placés comme le loup avec les brebis.

« Il paraît, ajoute l'auteur de la Di^plithérograpliie, que

ces novateurs si hardis et si dangereux, selon Danckerts, voulaient se mettre sous le patronage d'Adrien Willaert, et c'est cela même qui prouve leur crasse ignorance, crassd ignorantia, car ce grand musicien, dont ils disent imiter la manière, se montre partout fidèle observateur des règles, et plus particulièrement dans ses messes : Mente tota, Pater noster, Enixa estpuerpera, 0 sahitaris Hostia, Beata mscera, Petite camusette, FaïUte d'argent, Sonnez mi donc, et dans quantité d'autres. »

Vient ensuite un éloge pompeux du maître de chapelle de la seigneurie de Venise (le célèbre Joseph Zarlino), et une série de nouvelles accusations contre les compositeurs incriminés et leurs productions « tristes, lugubres, désolantes, dépourvues de chant, monotones. » C'est, selon lui, un bourdonnement d'abeilles, qui, chassées de leur ruche, ne savent où aller; enfin une sorte de sombre lamentation ou de messe des morts. Les parties sautent note contre note, sans que les sauts se montrent garnis de noires ou de croches. L'école romaine ne saurait s'accomoder d'une telle manière d'écrire.

De ce qui vient d'être dit, on peut conclure, selon De La Fage, que c'est au milieu du XVP siècle que les compositeurs commencèrent à secouer le joug des modes du plainchant, et à introduire un usage beaucoup plus fréquent du

b et du tf ou J accidentels La raison qui détermine

Danckerts à s'élever contre tous ces usages, c'est-à-dire l'altération qui en résulte dans l'échelle des modes authentiques et plagaux, prouve assez que cet usage n'avait lieu que pour la musique faisant harmonie, et n'était pratiqué, dans le plain-chant, que tout au plus pour les cadences les plus marquées.

Quelques années après, Artusi se mêla aussi de cette dispute, et écrivit la Difesa ragionata délia sentenza data

da Ghisilino Dankerts et Bartolomeo Escohedo, canlori ponteficj, a favore di D. Viceiizo Lîisitano, contra D, Nicola Vicentino, comme on peut le voir dans le livre intitulé : Delle imper fezioni délia mode ma musica; ragionimenti due del R. P. D. Gio. Maria Ârtiisi da Bologna. . — Venezia, 1600, pag. 28 et suivantes.

Voilà pour Danckerts théoricien. Quant aux productions musicales du m^aître, nous nous en référons aux appréciations louangeuses déjà enregistrées, en j joignant toutefois quelques autres non moins significatives.

Baini constate qu'au commencement du XVP siècle, on comptait, à la Chapelle pontificale, plusieurs compositeurs jouissant d'une insigne autorité, et que, vers le milieu du même siècle, Jacques Arcadelt et Ghislain Danckerts, entre autres, avaient su conquérir la réputation des plus grands maîtres de l'établissement. Ce furent les vrais précurseurs du fameux Palestrina. André Adami, dans son rarissime livre sur la Chapelle sixtine, paru à Rome en 1721, après avoir cité Danckerts comme « punctatore del anno 1560, » le qualifie d' « ottimo contrapunctista di madrigali. » C'est en ces mêmes termes que Mathieu Fornary, auteur d'un livre manuscrit concernant la même institution, et conservé à la Bïblioteca Corsiniana à Rome, écrit : « Ghisilino Ancherts, 21 marzo 1538; fu ottimo compositore di madrigali, stampati dal Gardano, in Venezia, del 1559. » Cette date, 1559. n'indique-t-elle point, de la part de Danckerts, une intention réelle de faire valoir son talent de prattico, non-seulement pour en imposer à la coterie de VicentinoO), mais pour conjurer l'orage qui le menaçait et dont il n'a point tardé d'être l'inévitable victime ?

(1) On a vu qu'il y avait, à l'appui du mémoire, des compositions conçues dans le système diatonique pur.

Aux compositions mentionnées par Fétis, il faut joindre celles que Danckerts a fournies au recueil de madrigaux édité à Rome en 1555, par son collègue de la Chapelle sixtine Antoine Barré, et celles qu'il fît insérer, en 1564, dans le splendide Thesmcrus musicus de Nuremberg, publié par Jean Montanus et Ulricus Neuberus. On verra mentionnées plusieurs productions distinguées de Danckerts, dans les extraits que nous publions de l'inventaire de la bibliothèque de la Chapelle sixtine. La collection de Commer offre quelques compositions du maître.

Dans le résumé que donne De La Fage de la vie et des œuvres de Ghislain Danckerts, on rencontre certaines particularités que nous n'avons point touchées. C'est pourquoi nous les reproduisons ici, en guise de conclusion :

« Né à TholenC), dans la Zélande, il fut d'abord clerc du diocèse de Liège, puis passa en Italie, et se trouvait à Naples en 1538 (^) ; la même année, il se rendit à Rome, où fut reçu chantre pontifical, le 21 mars. Au dire d'Octave Pitoni(^), il aurait été exclu de la Chapelle du pape, en 1555, parce qu'il était marié. On sait, en effet, qu'à l'avènement de Paul IV, trois chantres, Léonard Barré, Dominique Ferrabosco et l'immortel Pierluigi de Palestrina, furent exclus du corps des chantres pontificaux, parce qu'ils n'étaient point célibataires. L'on sait même que Danckerts fut, comme camerlengo de l'année, chargé, en ce qui le concernait, de mettre à exécution cette triste

(1) Et non à Thosen : simple faute d'impression, que nous rectifions, pour empêcher que d'autres ne la reproduisent de confiance, et n'embrouillent encore davantage la question des noms, si confuse déjà.

{-) Il nous a été impossible de retrouver la trace du séjour du maître iiollandais à Naples. Il s'y rendit, comme on a pu le voir, en 1539 et 1547. De là à une résidence permanente, indiquée par les Bouwsteenen^ il y a loin.

(3) Notizia de' contrappiintisti manoscritta. Le fait rapporté par Pitoni se trouve pleinement confirmé plus haut.

mesure; mais, si elle lui fut également appliquée, ce ne fut que plus tard, peut-être parce que son mariage avait été, jusque là, ignoré. En ce cas, la voix dut lui bien trembler, lorsqu'il fut obligé de lire, en assemblée générale, le moiu 2)roprio qui éliminait ses trois collègues, et il eut à éprouver un crève-cœur plus vif que le leur, lorsque vint son tour, puisqu'il avait pu se croire oublié, et faisait, depuis dix-sept ans, partie du collège des chapelains-chantres.

« On ne sait ce qu'il devint depuis; mais, l'année suivante, en 1559, Ange Gardane publiait, à Venise, un premier livre de ses Madrigali a quattro, ciaque e sei voci, et en insérait deux autres dans un recueil qu'il faisait imprimer en même temps. Danckerts avait publié précédemment, à Naples, une pièce énigmatique ayant pour devise : Vocales te docent et cantu liliaflorent, et un canon polymorphe intitulé : Lo Scacchiere (l'Échiquier), avec la devise : Quatuor xocum nnio. Cérone l'a reproduit dans son Melo- 2)eo y maestro (').

« Danckerts est un des compositeurs mis à contribution dans la collection intitulée : Selectissimce nec non familiarissimœ cantiones ultra centum, imprimée en 1540, à Augsbourg, par Melchior Kriesstein, et, dans une autre, intitulée : Concentiis octo, sex, quinqiie et quatuor vocum, omnium jiccundissimi, nuspiam antea sic œditi, imprimée dans la même ville, en 1545, parUhlard. Enfin, Fétis, qui écrit mal le nom de notre compositeur, ajoute qu'il se trouve des motets de lui dans la collection de Sablinger, Augsbourg, 1554, édition que je ne trouve nulle part dans Becker; peut-être est-ce la même que celle de 1546. »

Il paraît que Vicentino ne parvient point à interpréter le canon, devenu célèbre, de YEcliiquier^ et ne sut pas

(ï) Et De La Fage dans sa 'Petite Bibliothèque.

trouver une seule des vingt solutions dont il était susceptible. Danckerts, fort habile en ce genre de compositions, en a écrit quelques autres, dont l'une représente une Croix, et affecte la forme des six fleurs de lys (c'est-à-dire les vocales cités plus haut), aux armes du pape Paul III. Les vingt cantilènes dont il est question, à la fin du titre du Trattato de Danckerts, n'ont point été retrouvées jusqu'ici. L'ortographe du nom de l'artiste ayant été arbitrairement donnée par les historiens et les biographes, et même par les documents officiels, nous avons cru devoir faire reproduire la signature de Danckerts, qui, en fixant définitivement la forme d'un nom devenu célèbre, fournira, en même temps, un spécimen exact de l'écriture claire et nette du maître. Ce spécimen, tiré des archives de la Chapelle sixtine, ne sera pas inutile d'ailleurs pour la confirmation de notre opinion, touchant le manuscrit analysé plus haut.

C^ i Ç^vn uj on ncÂcr ^5

Petit [Adrien), dit Ooclicîcs, originaire de la Flandre française, chantre de la Chapelle pontificale, compositeur et théoricien.

On savait vaguement, par un vers de l'inscription latine qui accompagne le portrait du maître, placé en tête de son Compendiitm musices, vers ainsi conçu :

Gallia te vidit, te vidit et Ausoniae ora;

on savait, disons-nous, qu'Adrien Petit avait séjourné en Italie, sans connaître le lieu qu'il y habita et les fonctions qu'il y remplit. Une découverte récente, faite en Allemagne, vient d'éclaircir tout cela, et de restituer une biographie basée uniquement sur quelques faits généraux laissant le champ libre à toutes sortes de conjectures.

Prenons, par exemple, ce qu'en dit Fëtis. D'abord le musicographe montois l'appelle Coclius, au lieu de Coclicus, et laisse ignorer au lecteur que ce n'est là qu'un surnom, et que son nom véritable est Petit. Il n'indique point, au surplus, la patrie de l'artiste, et se borne à dire, d'après le titre du Co7)ipendiii7n, que Coclicus était élève de Deprès, et qu'il vivait à Nuremberg, lieu d'impression du livre; il ajoute que ledit livre offre autant d'intérêt que d'utilité. Voilà pour la notice intitulée Coclius {Adrien). A la rubrique : « Petit {Adrien), surnommé Coclicus, » le maître naît en Allemagne, arrive, jeune encore, en France, y reçoit les précieuses leçons de Josquin Deprès, se rend en Italie, d'où il repart pour aller mourir dans sa prétendue patrie. En outre, le titre de ses ouvrages est donné incomplètement.

La lumière est sortie enfin de tout ce gâchis, grâce à M. Etienne Pasqué de Darmstadt, qui, en réponse à un appel fait, par la Société diL Progrès musical d'Amsterdam, pour l'édification d'une biographie des artistes néerlandais, a envoyé â cette compagnie un mémoire intitulé : Adrian Petit, ein xerscliollener niederlàndisclier Meister, et qui a été l'objet d'une flatteuse distinction. Ce travail, reproduit dans la JViederrJieinische Musik-Zeitung fur Kunstfreunde und Xunstleri^), sous la date du 19 janvier 1861, nous permettra de suppléer à la fois aux insuffisances des biographes et aux lacunes du Liher punctorurn de la Chapelle sixtine.

Adi'ian Petit wurde (seinen Bilde nach) hn jahren 1500 in Hennegau, und zwar aller Wahrscheinlichkeit nach in dem Orte

(1) IX^ Jalirgang, no 3. Cette notice est rédigée d'après un document trouvé dans les Archives de Saxe, document qui est un autographe latin de Petit, daté de Wittemberg en 1546, et où le maître fait connaître une partie de sa vie. Il en sera question plus loin.

Condé geboren, wo Josquiu Desprès, der grosse Meister des Gontrapunktes und das Haupt der damaligen niederlàiidischen Schule, eine Pfrunde besass, die er als Capellraeister des Kaizers Maximilian I von diesem etwa um 1500 erhalten, um seinen letzten Lebensjahre in Ruhe verbringen zu kônnen. Unermûdlicli wirkte hier der liochberûhmte Meister als Lehrer fort, und viele seiner Schiller trugen von dort aus seinen Ruhm in aile Welt.

Auch Petit, in Condé zum geistlichen Stande erzogen, genoss den Unterricht des Meisters bis zu dessen Tode, der etwa 1515 erfolgte. Auf den empfangenen Lehren weiter hauend, bildete er sich dann zum tûchtigen selbstândigen Musiker, Sànger, Contrapunktisten und Orgelspieler aus, und leitete, nach dem er di Priester weihen empfangen, die Musik und den Unterricht in der dortigen Klosterkirche und Schule Bald jedoch wurd ihm sein Wirkungkreis zu euge, und es triele inh hinaus in die weite grosse Welt um, wie son manche seiner Landsleute und vor Allen sein grosser Lehrer Josquin gethan, sein Talent zu verwerthen, zu schaffen, mit grôsseren und besseren Mitteln als den ihm dahin gegebenen ailes das ins Leben zu rufen, was in seinem Inneren lebte und sich gâhrend bewegte. Er verliess Condé und seine Klosterschule, und fort zog er nach Italien. Nach mancherlei Irrfahrten, kam er nach Lodi zum dortige Bischofe Oclavianus, und wurde desse Capellsânger und mit der Zeit auch sein Freund. Der Ruf seiner Compositionem und seines Gesanges verbreitete sich weit umher und ôffenete ihm den Weg nach Rom zur pâpstlichen Capelle, den Ziele seiner Wûnche.

Résumons. Adrien Petit est né, en 1500, dans le Hainaut, et, selon toute vraisemblance, à Condé, où le grand maître du contrepoint, Josquin Desprès avait une prébende qu'il tenait, un peu avant cette date, comme maître de chapelle de l'empereur Maximilien I", et où il coulait en paix le reste de ses jours. Il y continua à présider une école, d'où sortirent plusieurs sujets devenus illustres depuis. Petit, voué à l'état ecclésiastique, jouit des précieuses

leçons de l'immortel artiste jusqu'à la mort de celui-ci, arrivée vers 1515. Le voilà devenu, à son tour, maître chantre, contrepointiste et organiste. Après avoir reçu la prêtrise, il conduisit, au couvent de Condé, les exécutions musicales et s'y livra à l'enseignement jusqu'au jour où, poussé par le désir de se lancer dans un milieu plus élevé, à l'exemple de beaucoup de ses compatriotes, et d'habiter des contrées où, en donnant plus d'essor à son talent, il pouvait utiliser, sur une plus vaste échelle, ses diverses connaissances. Il quitta Condé et son école monacale, et se dirigea vers l'Italie. Après plusieurs détours fâcheux, il arriva à Lodi, vit l'évêque Octavianus, devint son maître de chapelle, et, avec le temps, son ami. Le bruit que firent ses compositions et son habileté vocale, se répandit au loin, et lui ouvrit le chemin de Rome, c'est-à-dire de la Chapelle papale, l'objectif de ses aspirations.

Adrien Petit étant représenté sur le portrait du Compendium de 1552, à l'âge de 53 ans, il est évident que l'année de sa naissance est 1500. Quant à son berceau, en le plaçant provisoirement à Condé même, M. Pasqué fait preuve de beaucoup de prudence, car l'artiste pourrait avoir vu le jour aux environs de cette petite ville. Condé faisait partie alors du Hainaut dit français, enclavé dans la Flandre française et dont la cité la plus importante était Valenciennes. M. Pasqué en transformant Petit en Hennujer, et le recteur de l'Université de Wittemberg (dont il sera question plus loin), en l'envisageant comme un Flamand, auss Flandern, ont également raison. Il est préférable, toutefois, de le considérer comme Néerlandais, épithète qui résume à la fois l'élément latin et thiois. Indubitablement, la naissance de Petit en Allemagne, rêvée par Fétis, tombe du coup, et les Pays-Bas ont désormais une gloire nriusicale de plus à inscrire dans leurs fastes.

Reste le fait d'un bénéfice dévolu par Maximilien I" à Josquin Deprès. Ritter Von Kochel, qui a retracé le tableau de la chapelle impériale de Vienne, a cru devoir en écarter le nom de Josquin Deprès, par la raison qu'il n'a basé sa nomenclature que sur des documents officiels. Ce n'est point à dire pour cela que les fonctions de maître de chapelle, attribuées par M. Pasqué au grand maître néerlandais, ne sont pas réelles, car beaucoup de pièces ont manqué à l'appel, lors de la rédaction du travail de Von Kochel. Comme le remarque judicieusement Fétis, Louis XII n'avait aucun droit de conférer un bénéfice dans une ville qui ne lui appartenait pas alors. Conséquemment, la collation en revenait à l'empire allemand. Or, il n'est point du tout nécessaire de croire aveuglément à l'assertion de Conrad Peutinger, sur laquelle on se base exclusivement pour faire de Josquin Deprès un C apelhïieister impérial, vu que des bénéfices s'accordaient jadis, aux Pays-Bas, à nombre d'artistes qui avaient été simplement chantres ou maîtres de chapelle dans une collégiale quelconque. Ne faisons pas trop voyager imaginairement nos anciens musiciens : leurs déplacements réels sont déjà assez nombreux.

Als 1534 der gelehrte und kunstsinnigen Alexander Farnese als Paul III den rômischen Stuhl bestieg und die besten Kunstleer seiner Zeit um sich versammelte, zog auch Petit nach Rom und trat als Sànger in die pàpstliche Capelle ein, wo er sich mit Gluck neben seinen hochberûhmten Landsmanne Goudimel, dem grossen Contrapunktisten und Sânger Constanza Festa behauptete und hervorthat. Sein geistlicher Stand erleicherte ibm sein weiters Fortkommen bedeutend, und wâhrend er in der Capelle einen der ersten Plàtze als Sànger und Tonsetzer ein nahm stieg er in der Gunst der Papstes so hoch, dass diezer ihn zu seinen Beichvater und endlich sogar zum Bischofe von Duiatum « einer Stadt nich weit von Rom (?), « machte. Petit sammelte wiihrend dieser

Zeit seines Aufenthaltes und Wirkens in Rom nicht unbedeutende Reichthûmer, und lebte herrlich und in Freuden, geehrt und geliebt vom heiligen Vater und glûcklich und zufrieden in der Ausûbung seiner Kunst.

Quand, en 1534, Alexandre Farnèse, si porté pour les sciences et les arts, parvint au siège pontifical, sous le nom de Paul III, il appela à lui les meilleurs musiciens du siècle. Arrivé à Rome, Petit fut immédiatement reçu, comme chantre, à la Chapelle papale, où il brilla à côté de son « très-illustre compatriote Goudimel » , et du grand contrepointiste Constant Festa. Sa qualité de prêtre aida beaucoup à son avancement, et lui fit obtenir, dans ladite chapelle, une des places les plus importantes que l'on puisse envier, comme exécutant et comme compositeur. Il s'éleva si haut, dans la faveur du pape, que celui-ci le nomma son confesseur et le créa évêque de Duiatum (?), ville des environs de Rome. Petit sut réaliser, grâce à sa position et à ses travaux, une belle fortune ; il vécut splendidement et agréablement, honoré et aimé du Souverain Pontife, heureux et rayonnant dans l'exercice de son art.

Cette partie du récit, empruntée à Petit lui-même et utilisée par son biographe Pasqué, donne lieu de supposer que le séjour fortuné du protégé de Paul III à Rome, ou dans ses environs, eut une assez longue durée. Tant de bonheurs accumulés peuvent-ils avoir été sensément le résultat de quelques semaines, de quelques mois? Il en fut ainsi pourtant, à moins qu'il n'y ait erreur pour l'époque de l'arrivée de Petit à Rome.

Il a déjà été dit que \e Liber Punctoncm commence à 1535. En le parcourant, on j voit de suite une lacune : le nom d'Adrien Petit. Cette lacune pourrait avoir une cause qui nous échappe. En ce cas, nous possédons un autre moyen

de contrôle : la liste officielle des chantres pontificaux de 1535, dont on trouvera plus loin la reproduction. Or, rien, absolument rien de notre héros, dans cette nomenclature. Son célèbre ami et émule, Constant Festa, y figure; ce qui donne, au moins, un caractère de véracité à la narration du maître. Donc, nous le repétons, sauf erreur de la part celui-ci, quant à la date de sa réception à la Chapelle pontificale, la durée de sa gloire n'a pu dépasser le terme d'un an.

Une autre inexactitude concerne Goudimel, dont M. Pasqué ou Petit lui-même (') fait un Néerlandais. Tout au plus, est-il permis, comme on le verra plus loin, de rattacher le nom du célèbre maître de Palestrina à la grande famille germanique, et de requérir, pour la naissance même de l'artiste, des preuves plus décisives que celles fournies par de simples distiques latins. Poursuivons la narration :

Ein solch rasch errungenes, gliickliches Loos, solche ausser gewôhnliclie Bevorzugung des fremdlândischen Sàngers musste natûrlicher Weise den Nied erwecken, und lauernd um.standen Geistliche und Laien den Meister, um ihn beim ersten Feliltritte zu ûberraschen und von seiner Hohe herab zu stiirzen. Leider liess sich Petit auch bald etwas zu Schulden kommen wofûr es in Rom keine Verzeiliung gab. Angeweht von der kirchlichreformatorischen Luft, die zu jener Zeit Deutschland erfullte und deren stromungen selbst uber die Alpen nach ItaUen gedrungen, beging Petit die Unldugkeit in Rom, dem Sitze des Papsthums, und als Beichvater des heiligen Vaters, Aeusserungen zu Tliun, die vermutlien liessen, dasser im Herzen mit der Lehre Lutlier's ubereinstimmte. Dies was mehr, al es bedurfte, um ihn ganz zu vernichten. Rasch erhielt das Cardinals-Collegium An-

(') Impossible de contrôler la chose, M. Pasqué ayant omis de donner le texte latin dont il a extrait les curieuses particularités rapportées et commentées ici.

zeige von den ketzerischen Reden des Meisters, und eben so rascli wurde dieser selbst gefanglich eingezogen und vor Gericht gestellt. Der Papst, empôrt ûber das Vergehen, den Undank seines Lieblings, leitte selbst de Untersuchung, und Petit, iiberfuhrt, wurde zu lebenslànglicher Haft verurtheilt und zugleich seiner erworbenen Glucksgiiter beraubt.

Bientôt Adrien Petit dégringola de ces hauteurs, et commit une de ces maladresses dont la réparation fut impossible. Atteint par le souffle de la Reforme ecclésiastique, qui, parti de l'Allemagne, avait traversé les Alpes, l'artiste eut l'imprudence de faire, au siège de la papauté et comme confesseur du Souverain Pontife, des déclarations qui laissaient croire qu'il pactisait avec les doctrines luthériennes. Quoi de plus propre à consommer sa ruine? Immédiatement le collège papal fît acter ses déclarations hérétiques, et l'incarcération ainsi que la mise en accusation du coupable en furent la conséquence. Le pape, furieux de ce qui s'était passé et courroucé de l'ingratitude de son favori, dirigea lui-même l'instruction judiciaire. Petit, convaincu de crime, fut condamné à une détention perpétuelle et à la confiscation de tous ses biens.

Auf den Engelsburg schmacbtete nun der Meister in harten Kerker, wâhrend er fur die Welt, seine Freunde verschwunden war. Herabgestûrzt von sein glànsender Hôhe in seinem tiefer Elend, erfùllten Schmerz und obnmàtige Wuth sein Inneres und bracbten ihn mehr als ein Mal der Verzweiflung nahe. Sein Bart wuchswàhrend dieser Zeit herab bis aus Knie, und Haar und Aussehen verwilderten. Endlich gelung es ihm, sein trauriges Geschick seinen frùberen Gonner und Freunde, dem Bischofe Octavianus von Lodi, zu unterbreiten. Dieser, noch erfûlt von Bewunderung fur den trefï'elichen Meister, eilte nach Rom, warf sich dem heiligen Yater zu Fûssen und flebte ihm um Erlôsung des Armen an. Lange blied der Papst unbeugsam ;

doch endlich sprach er das Wort der Gnade und verwandelte den ewigen Kerker in ewige Verbaniiung. Nacli dreijàhriger schreckliger Haft, wohl um Dreissig Jalire gealtert, verliess der Arme seinen Kerker und Rom und zog als Betler aus Neue in die Fremde, ins ungewisse Selen hinaus.

Soustrait à toute relation avec le monde et ses amis, Petit fut conduit au château de Saint- Ange, pour y subir la plus dure des captivités. Le passage subit du bonheur le plus enviable au malheur le plus atroce, le livra à des transports indomptables, au point d'être tenté d'en finir avec la vie. Sa barbe, entretemps, descendit jusqu'à ses genoux, et ses cheveux demeurèrent complètement incultes. Enfin, il réussit à sortir de cet état lamentable, par le canal de son ci-devant protecteur et ami l'évêque Octavien, de Lodi. Celui-ci encore plein d'admiration pour l'éminent maître, se rendit précipitamment à Rome, se jeta aux pieds du pape et le supplia de délivrer l'infortuné prisonnier. Longtemps, le pape demeura inflexible; enfin le mot de grâce fut prononcé, et la détention perpétuelle fut changée en un bannissement à vie. Après trois années d'une aff^reuse incarcération, Petit put quitter Rome. Il se rendit à l'étranger, sans la moindre ressource et bien incertain de ce qu'il ferait dans la suite.

Le reste de cette existence troublée ne nous concerne point directement. Petit gagna l'Allemagne, où il subit de nouvelles épreuves de tout genre, afin de s'y créer un moyen de subsistance. Durant Tété de 1545, il parvint à se fixer à Wittemberg, où il reprit, avec une recrudescence d'ardeur, ses études musicales. Lié avec les professeurs de l'Université et avec les notables de la ville, il ouvrit, sous leurs auspices, un cours de chant. La faveur s'attacha à son enseignement, et, après avoir abjuré complètement ses croyances pour embrasser celles de Luther, il eut la chance

de marier une fille de bonne famille. En 1546, il sollicita de l'électeur Frédéric le Magnanime l'autorisation d'ouvrir une classe de musique à l'Université. Sa requête, reproduite en partie par M. Pasqué, reçut l'appui du recteur et des professeurs du célèbre établissement ('). Toutefois l'issue en fut défavorable, et le maître n'obtint qu'une simple gratification. De Wittemberg, Petit passa à Nuremberg, où ses leçons eurent une vogue extrême, et où le professeur et le compositeur reçurent un égal hommage. Il est permis de croire qu'il termina là sa carrière agitée, quelque temps après son installation.

Signalons toutefois, cà titre de curieuse coïncidence, un certain Adrien Kukelico, qui se trouve, en 1559, au nombre des chantres attachés à la cour de Frédéric II, roi de Danemark, à Copenhague. Est-ce notre artiste? En ce cas, il aura, dans ses vieux jours, cherché un refuge dans ce pays nordique, pour échapper peut-être à de nouveaux revers de fortune amenés par les événements d'Allemagne. Rappelons-nous que le chant était une des branches de son art où il excellait le plus. C'est le docteur I. G. Burman- Becker, de Copenhague, qui a notifié le renseignement à la société du Progrès musical d'Amsterdam, mais sans le rattacher à la carrière de l'auteur du Comj^endmm. Les Boitwsleeneii, publiés par le Progrès rtmsical, omettent la même identification, et se bornent, en enregistrant l'information, à supposer que Kukelico s'appelait, en définitive, de Hacin, sans doute à cause de l'onomatopée apparente de son nom. Cocliciis, en latin, n'oifre aucune signification; de sorte que la détermination réelle de ce surnom est encore un problème à résoudre. Serait-ce une latinisation

i}) C'est le document latin dont nous parlions plus haut, et qui a été utilisé si heureusement par M. Pasqué.

artificielle de coquelicot, et l'artiste aurait-il reçu ce surnom à cause de l'ëclat exceptionnel de son teint?

Peu de compositions de ce grand musicien sont parvenues jusqu'à nous. M. Pasqué présume que les œuvres nées sur le sol italien doivent se trouver dans les Archives ecclésiastiques de Lodi et de Rome. Telle n'est point notre opinion. A part les révolutions désastreuses que la péninsule a essuyées, et qui ont englouti tant d'œuvres remarquables, il y a à attribuer aux ennemis de Petit même la destruction des compositions écrites en Italie. Non-seulement il n'en existe aucune dans les deux villes précitées, mais le nom même du maître a disparu des pièces officielles. Nous avons pu constater cela de visic. Qui sait si les lacunes signalées dans le Liber pimctorum, à l'année 1534, ne provient point de la haine vouée, par les prêtres du Vatican, au terrible collègue qu'ils reçurent parmi les leurs. Goudimel passa aussi à la Réforme. Quelles traces marquantes de son séjour à la Sixtine a-t-on conservées?

Fétis ne mentionne pas, au nombre des publications de Petit, le recueil : TahilaUira; Hortiis musanim, paru chez Pierre Phalèse, à Louvain, en 1552, et où, parmi les 92 compositions à 4 et à 6 voix qu'il renferme, on en rencontre quelques-unes de Petit lui-même. Elles doivent avoir été très-populaires, puisque, environ un demi-siècle après, elles reparurent sous le titre de : Lix)re septième des chansons à quatre parties, nouvellement corrige et augmenté de plusieurs cliansons non imprimées auparavant. — En Anvers, chez la vefve Jean Bellère, à l'Aigle d'Or ('). Cette vogue, dit M. Pasqué, a été obtenue à une époque où les Palestrina, les Lassus, les Zarlino, les Gabrieli et tant

(') Cette collection n'est point mentionnée j^ar M. Goovaerts dans f^a notice phalésienne rte 1869.

d'autres maîtres firent subir à la musique les plus grandes transformations; ce qui prouve évidemment en faveur du mérite des compositions de Petit. Qui sait, ajoute le biographe, si, pendant longtemps, et, très-vraisemblablement encore à l'heure actuelle, plusieurs de ces chansons n'ont pas eu le pas sur tant d'autres, en Flandre, dans les chants du peuple, bien que défigurées et rendues méconnaissables, en passant de bouche en bouche !

On verra, ci- contre, le portrait du célèbre musicien, photolithographié d'après un exemplaire que possède le British Muséum àe Londres (M.

Coclicus. de même que son contemporain et confrère Cvprien De Rore, avait une physionomie médiocrement sympathique. On pourrait même dire qu'il était laid dans le sens le plus rigoureux du mot. Sa tête n'emprunte d'autre intérêt que celui qui résulte de la condition particulière de l'artiste. Figure grossière, brutale, relevée, il est vrai, par une singulière expression d'énergie, d'audace et de fermeté.

Les yeux de Coclicus sont grands, surmontés d'un épais sourcil arqué, et cerclés, à leur partie inférieure. Son nez est épaté ; son front porte des rides très-prononcés. Peu de cheveux; en revanche, des moustaches fortes et longues, et une barbe allant, comme il a été dit, jusqu'au genoux.

Coclicus porte le petit manteau espagnol du temps, des bas hauts et des souliers-sandales. Il tient, dans sa main gauche, un rouleau de papier, emblème de l'homme de lettres. Hauteur de la planche : 17 centimètres. Largeur : 11 1/2 centimètres.

C'est le premier portrait debout que renferment ces

{}) Notre ami M. Edmond Depret, l'éminent musicien, nous a été particulièrement utile pour cette intéressante reproduction.

recherches. Est-ce intentionnellement que le graveur a place son héros au milieu des champs, sur un tertre parsemé d'herbes sauvages et de cailloux? L'humeur indépendante et impétueuse du maître réclamait, en tout cas, autre chose qu'un cabinet de travail retiré et silencieux.

A sa droite, l'inscription : ADRIAN. PETIT, CocLico, Mvsico, ^.TAT : LU. A sa gauche, le canon :

LE. ^ — ç^

Des — pe — ran — do spe — •/' — ^'^ que l'on peut résoudre ainsi :

ro des

Mont (Jean), chantre de la Chapelle pontificale et compositeur, que Baini place au nombre des « famosissimi compositori di opère in istampa. »

Ce musicien distingu ' est mentionné ici, parce qu'il est porté, au Libe7' pimctorîf?n, comme venant du diocèse de Liège. Son lieu natal toutefois est Aix-la-Chapelle, en latin Açuœ Grani, qui était jadis une ville impériale. Or, la principauté de l'évêché de Liège, ancien pays souverain de l'empire d'Allemagne, était comprise dans le cercle de Westphalie, division instituée, en 1512, par l'empereur Maximilien, souverain des Pays-Bas, et qui s'est maintenue jusqu'à la fin du XVIir siècle. Il J a plus : le duché de Juliers, enclavé autrefois, comme celui de Clèves, dans les

Pays-Bas, comptait, eiitr'autres villes principales, Aix-la- Chapelle. Il en résulte que Jean Mont pouvait être considéré, à l'époque où il résidait en Italie, comme faisant partie de la phalange des musiciens néerlandais.

Il y eut, le 4 avril 1539, une convocation à la Chapelle sixtine, à l'effet de statuer sur l'admission de Jean Mont comme ténor de cet établissement. Le jour suivant, Bartholomée Croto, maître de la dite chapelle, admit le postulant au nombre des chantres pontificaux, en présence de tout le personnel chantant, le revêtit de la cotte d'usage, reçut son serment de fidélité, et lui donna l'accolade fraternelle.

1539, 5 augusti. — Eodem die, reverendus dominus Bartholomeus Croto, magister capelle, admisit Joannes Mont, Leodiensis diocesis, in numéro cantorum, et induit eum cotta, et accepit ab ipso juramentum observare, etc., ut moris est, presentibus cantoribus, et oscnlatus est, etc.

Ses fonctions auront été remplies avec toute l'aptitude et la régularité désirables, puisque son nom est fort peu mentionné dans les registres pontificaux. A peine y intervient-il pour constater la nomination très-laconique du maître comme piinctator de la chapelle en 1540. Cinq ans après, il se rendit officiellement, ainsi qu'il sera rapporté plus loin i^), au concile de Trente.

Il fut, du reste, compris, comme nous l'avons vu, dans le nombre de ceux qui, ayant vingt-cinq ans de service, et dont la voix étant devenue inapte à traduire les nuances du chant en contrepoint figuré, durent faire place à d'autres plus jeunes et plus valides. Il lui fallut donc prendre retraite, avec la modique pension qui lui fut octroyée, à la

(1) Verbo Lk Cont (Jean).

date du 31 août 1565, et roii j)eut conjecturer, jusc^u a plus ample information, qu'il alla prendre possession réelle de son bénéfice ecclésiastique. A cette occasion, Baini le nomme, ainsi qu'il l'a fait pour Danckerts, un musicien de valeur, qui, grâce à ses ouvrages, a été l'un des précurseurs du grand Palestrina. Il renvoie, pour cela, à Doni, à Pitoni, à Burney, à Gerbert, à Adami et à Fornari.

La note très-concise de Pitoni, que nous avons transcrite de l'original reposant à Saint-Pierre, est précieuse, parce qu'elle livre à la biographie obscure de « Jean de Monte, » une particularité intéressante, à savoir que le musicien néerlandais fut le maître du célèbre Bartholomée Ramis de Pereja. Il est vrai que, pour ce renseignement, il renvoie indirectement au livre d'Aaron, Il Toscanello :

Giovan di Monte, precettore del famoso Bartholomeo de Rami; ne fàmentione Pietro nel Toscanello, lib. po, cap. 37.

Le fait est que l'illustre théoricien espagnol a fourni luimême l'information, au second traité de son traité, relatif aux proportions. Donc, elle est de toute authenticité. Ramis ajoute que Jean de Monte — c'est ainsi qu'il l'appelle — était contemporain de Busnois et d'Ockeghem. Reste à savoir si le Mont des archives pontificales est le de Monte du didacticien espagnol, ce qui devient extrêmement douteux, en faisant réflexion qu'en 1565, Jean Mont était encore chantre à la Chapelle pontificale. Le mot contem])orain même, pris dans sa plus large acception, ne peut que difficilement s'appliquer au cas dont il s'agit, attendu que le livre théorique de Ramis parut en 1482, c'est-à-dire à une époque où celui-ci avait déjà atteint au moins une trentaine d'années. Prenons-en vingt-cinq seulement, et nous arriverons en en défalquant dix, pour en attribuer quinze au

— 4iJS —

jeune Rarais, à faire chanter le ténor à un âge qui dépasse un siècle.

Il s'agit donc là d'un autre maître que notre Mont, et il n'y aurait rien d'impossible que le de Monte, qui eut l'honneur d'enseigner la musique à Ramis, ne fût encore un Vanden Berglie flamand, établi en Espagne avec tant d'autres artistes de son pays.

Si les dates correspondaient exactement, on pourrait peut-être parvenir à rattacher le Jean Mont, démissionné, en 1565, à la Chapelle papale, au Jean Montanus, l'un des éditeurs, en 1561, du célèbre Thésaurus musicus de Nuremberg. Ce dernier était, comme on sait, natif de Gand.

CoNT {Bartholomée), ou Le Cont, chantre de la Chapelle pontificale et compositeur.

Il fait son apparition, à l'assemblée des. chantres tenue le 9 septembre 1555. Sa réception a lieu, par l'intermédiaire de l'évêque de Castres, « episcopus Castrensis, » maître de la chapelle, et en conformité du règlement et d'une résolution, « motus, » du pape. Le même jour, Bartholomée Cont paie, en guise de droit de Joyeuse Entrée, douze ducats :

1555, 9 septembris. — Eadem die, fuerunt admissi novi cantores, D. Franciscus De Talavera et D. Bartbolomeus Cont, per R. P. D. Episcopum Casîrensem, magistrum capelle, juxta statuta coUegii et motus christianissimi Pape ; deinde, eadem die, Bartholomeus Cont solvit ducatos duodecim, pro jucundo introitu suo, ut moris.

Le chantre assista officiellement, en 1562, au concile de Trente, ainsi qu'il sera constaté plus loinO).

Cont était clericus, vu la qualification de dominus qui

(') Verbo Lk Cont (Jean).

précède son nom. Il appartenait à la Flandre, ou du moins aux Pays-Bas, Fiammingo. Dans le catalogue des compositions conservées à la Sixtine, il est enregistré sous la dénomination de Le Cont, ce qui le rapproche de Jean Le Cont, son collègue, sur lequel diverses annotations vont suivre, et qui était originaire de Douai. Fornari, dans sa Narratio historica manuscrite, enregistre laconiquement sa réception à la Chapelle papale, en l'appelant aussi Le Cont, et en lui assignant l'épithète de Fiammingo.

En 1565, le maître reçut la permission de s'absenter pour des motifs laissés inexpliqués :

1564, 24 septembris. — Eadem die, D. Bartholomeus Cont petiit licentiam eundi ad partes (?), et obtinuit juxta formam constitutionum.

Peu de temps après, il fit savoir au collège des chantres, par une lettre adressée au doyen de l'assemblée réunie, qu'il n'entendait plus rester au service de la Chapelle pontificale, et que, partant, sa place devenant vacante, on pouvait l'octroyer à un autre. Lecture faite de ce message, les chantres, d'un commun accord, le déclarèrent exclu de de leur compagnie :

1565, 13 aprilis. — Eadem die, dominus Aiitonius Calasans, decanus, ostendit dominis cantoribus, in capitule congregatis, quasdam litteras Bartholomei Cont, in quibus illum faciebat certiorem se receptum fuisse in cantorem per Dominum patrie sue, et ita nulUus servitio velle insistere et permanere; ideo que constaret collegio Dominorum cantorum locum suumesse vacuum, et ut talis posse donari alio cantori. Quibus intellectis, habitus fuit pro excluso, a présente collegio, per cm nés cantores.

Ceci étant un fait établi, comment s'explique-t-on la

présence du nom de Bartholomée Cont sur le décret d'exclusion promulgué, quatre mois après, contre plusieurs chantres faisant partie de la Chapelle pontificale? En voyant l'orage prêt à fondre sur sa tête, Cont s'est -il prudemment démis de ses fonctions, pour ensuite, les reprendre, trompé par de fallacieuses apparences d'appaisement? La liste, déjà indiquée, des œuvres musicales de la Chapelle sixtine offrira, plus loin, deux motets du maître, lesquels datent de 1555. Ce sont probablement les compositions qui servirent d'épreuves au récipiendaire. On se rappelle que, la même année, Cont fut agrégé au collège pontifical des chantres 0'.

Le Cont [Jean], chantre distingué de la Chapelle papale et compositeur trës-vant", à en croire Baini, qui lui décerne les mêmes éloges qu'il accorde à Danckerts et à Mont.

Le manuscrit de Fornari supplée aux lacunes du Liber PwictoTum, en assignant au 24 décembre 1528, la nomination de l'artiste comme chantre du pape : « Gio. Le Cont, Fiamingo, 24 decembris 1528. »

En 1535, le musicien paraît, pour la première fois, au registre des Punctorum, avec cette laconique et mystérieuse désignation : « ad Ripam'^). » En 1536, le chantre Léonard Barré ayant renoncé cà son offre (\e pit7ictato'i\ Je.in Le Cont, désigné par le suffrage de tous ses collègues, eut désormais dans ses attributions cette charge importante (28 août).

(») Dans le registre de la Recette générale, aux Archives générales du royaume, année 1526, on voit la m'^ntion d-un « Messire Pol Le Conte, prebstre. chappellain de la royne d'Hongrie. »

(2) Probablement une église située aux bords du Tibre, où Le Cont devait, à l'heure de réunion du collège des chantres pontificaux, participer à un office solennel.

En 1539, François Goes, un des chantres, étant venu à mourir, le collège des chantres fut convoqué à l'effet de disposer des bénéfices laissés vacants par ce prébendaire. Jean Le Cont avait été désigné pour la chapellenie de Vorsselaer, village de la province d'Anvers, enclavé dans le diocèse de Cambrai. Mais, cette chapellenie fut dévolue à Jean Biausiron, un collègue apparemment dont on n'a point d'autres informations. En revanche, Le Cont devint bénéficiaire de Raucourt, localité du même diocèse située dans les Ardennes, et qui fut jadis une souveraineté. La prébende valait soixante ducats, dont il devait laisser une part :

1529, 29 novembris. — Finita messa et offlcio, congregatis omnibus cantoribus super dispositionem vij sitorum vacantium per obitum quondam Francise! Goes, de quibus lo. Le Conte presentatus fuerat ad dispositionem capelle, contulerunt lo. Biausiron capellaniam Sancti N. de Vorselare, Cameracensis diocesis, valorem xij ducatoruin.

Joanni Leconte (contulerunt) parochialem de Raucourt, Cameracensis diocesis, 60 ducat orum m, hoc totum id et quidquid inde veniret, divideret cum Genesio pro medietate.

En 1544, Jean Le Cont donna signe de vie, dans le registre des Pimctonim, par son départ pour Pérouse, où se célébraient les obsèques du pape Clément VIL Trèsvraisemblablement son talent habile fut-il requis en cette circonstance :

1544, 20 septembris. — D. Le Conte et Symon Perusinus discesserunt ab urbe, versus Perusiam ituri, pro missa exsequiarum ut supra (felicis démentis VII).

Une liste des chantres de la Chapelle papale, dressée en 1546, où Jean Le Cont se rendit au concile de Trente,

comme on va voir, contient le nom de notre artiste ; après quoi, il disparaît des registres de cette institution, de ceux du moins qui nous ont ëtë conserves.

Au dernier concile œcuménique, convoqué en 1542, ouvert en 1545, sous le pontificat de Paul III, et clos en 1563, sous celui de Paul IV, une foule de princes de l'église se trouvèrent, escortés de leur chapelle musicale, qui avait pour mission non-seulement d'y chanter des motets, mais encore de recréer, dans leurs heures libres, ces prélats fastueux et amis du plaisir. Car, au rapport de Pallavicini, il y eut entre autres, à ce célèbre concile, des divertissements, des joutes et même des danses, dans une salle bâtie exprès à trois cents pas de la ville, là même où se donnèrent les repas magnifiques du cardinal de Mantoue, repas où, bien certainement, des chants madrigalesques auront retenti par des milliers de voix recrutées parmi les phalanges artistiques venues de tous les points de l'Europe.

On s'y occupa aussi des réformes à apporter dans la musique religieuse, et d'en bannir surtout les mélodies inconvenantes, tant pour le chant que pour l'orgue, seul instrument employé alors à l'église. Déjà, au début du XVP siècle, Doni le jeune avait dépeint le chant sacré comme paré de vêtements indécents et indignes de la maison du Seigneur : fciTum decoris cantihusi^). Les abus étaient patents, intolérables. Aussi, le concile de Trente, dans la vingt-deuxième session qu'il convoqua, prescrivit-il, gràc ^ à un paragraphe spécial de son Decretum de ohservandis et evitandis in celebr Ltione missae, une absolue convenance pour la musique vocale et instrumentale, de façon à ce que la maison de Dieu pût être considérée comme un vrai lieu de prière et de recueillement.

(1) J.-B. DoM, de Prcestantiâ tmisicce veteris. — Florentiae, 1647, p. 49.

Ab ecclesiis ^ero luusicas eas, ubi sive organo sive cantu lascivum aut iinpurum aliqiiid miscetur ordinarii locorum episcopi arceant, ut domus Dei vere doraus orationis esse videatur ae dici possil.

Bailli fait, à ce sujet, rénumëratioii de toutes les choses graveleuses qui profanaient aux XV" et XVF siècles, les chants d'église Ci, et nous-même nous avons constaté et comptons enregistrer encore des faits semblables pour la musique religieuse aux Pays-Bas. Comme il arrive toujours, en voulant éviter un abus, on tombe dans un autre, et la suppression de la musique elle-même fut, dit-on, un instant décrétée : « Quant à ce qui regarde la musique, liton dans le Gommentaire historique sur le Bréviaire romain, de Grancolas, la résolution du concile de Trente fut de l'abolir absolument partout. Le décret en fut dressé et envoyé à l'empereur Ferdinand, lequel en ayant délibéré avec son Conseil, représenta humblement aux Pères du concile, que, si la musique était nuisible à quelques personnes, il était très-sûr qu'elle était profitable à une infinité d'autres, et qu'il ne croyait pas qu'on dût retrancher entièrement ce qui de soi pouvait être un bien à plusieurs, mais la régler. Le concile reçut sa remontrance, l'approuva et cassa l'arrêt. »

N'y a-t-il point là, au fond, confusion avec l'abolition du chant mesuré et figuré, car le pape Benoît XIV rappelle, dans son fameux livre : de Synodo diocesa7io (t. II, p. 7), que plusieurs évêques, au concile de Trente, proposèrent la suppression du « chant musical » dans toutes les églises ? Cum iu concilio Tridentino, à quibusdam ejnscopis ecclesiasiicœ disciplince cuUorihus propositum fuis set, îit cantus musicus al) ecclesiis omnino toleretur.

(M Memnrie. etc., cbap. V, p. 136 à 171.

Plusieurs chantres de la Chapelle pontificale furent représentés au fameux concile. Le Liber jmnctorum en désigne nominativement cinq :

1546, die 21 jaiiuarii. — Leonardus Barré, Joannes Le Cont, Joannes Mont, Symon (Bartolini) Perusianus, Petrus Ordonnez, iveruut ad concilium.

Des discussions de détail très-importantes pouvaient surgir à tout moment; de là l'intervention de musiciens autorisés, au nombre desquels on a pu voir deux compatriotes, Jean Le Conte et Jean Mont. Il est fort probable (|ue Ghislain Danckerts fut requis également, car, dit Baini, avant ceux-là — les chantres précités, — Antoine Loyal et Ivon Barré s'étaient rendus à Trente, avec trois autres collègues, afin d'assister à la première session du 13 décembre 1545.

A coup sûr, Léonard Barré ne fit partie que de l'expédition du 21 janvier 1546, contrairement à ce que rapporte Fétis, qui, dans les quelques lignes qu'il consacre à ce dernier artiste, le fait arriver à Trente dès le mois de décembre.

Aussitôt que le mal épidémique survint, quelques chantres retournèrent à Rome. Nous avons vu, en eifet, Ghislain Danckerts sj trouver en février 1547. Jean Le Cont, toutefois, ainsi que quatre de ses collègues, tinrent bon et virent la fin de la huitième session (11 mars 1577), où fut décrétée la translation de l'assemblée à Bologne. Ils l'y accompagnèrent, avec divers autres chantres du pape^ pour retourner de nouveau à Trente jusqu'à la suspension provisoire du concile.

Parmi les huit chapelains-chantres qu'on appela aux assemblées du 7 et du 12 février 1561, se trouvait Bartho-

lomee Le Cent, dont Baini fait, cette fois, un Français 0), et qui n'y résida, comme ses collègues, que jusqu'au P'" mars suivant Dix voix choisies, de la Chapelle pontificale, prirent part aux trois dernières réunions du célèbre concile ; l'intervention des chantres papaux fut donc réellement double, et les Pays-Bas notamment ne sauraient rester indifférents au fait d'avoir fourni des sujets distingués, par leurs lumières et par leur talent, à cette grande confédération ultramontaine.

Quelques lignes suffiront à prouver que, dans le domaine musical, elle a efiectué des progrès réels et aboli des abus criants :

« Avant l'époque du concile de Trente, dit De La Fage (^), il n'était pas rare que l'on ajoutât des paroles dans certaines parties de l'Office. Nous trouvons, par la suite, de nombreux exemples de cet usage, qui remonte au moins au XIIP siècle, et était devenu fort commun ; quelques fuis même les paroles ajoutées étaient en langue vulgaire, et l'on appelait alors ces morceaux des ]}\hce& farcies . Le Beuf en cite des exemples fort singuliers (^). Nicolas V, qui occupa le siège pontifical de 1447 à 1455, défendit l'emploi de ces intercalations dans la Chapelle apostolique, sans étendre plus loin cette prohibition, car les théologiens consultés par lui, à cette occasion, avaient répondu que ces adjonctions, consacrées en quelque sorte par une dévote habitude, pouvaient se tolérer sans inconvénient (^). Mais plus tard. Pie V, par une bulle du 14 juillet 1570, confirmative des décrets du concile de Trente et relative à la

(') Mernorie, etc., 1. 1, p. 204, note 311. (2j DipJithérogi aphie, etc., p. 264.

(5) Traité historique et pratique sur le chant ecclésiastique, p. 122 et suiv. De La Fage n'ajoute pas : " et fort obscènes. » {^) Baini, Memorie, etc. I, p. 360.

— il G -

réforme du missel romain, les abolit entièrement, et depuis lors les compositeurs cessèrent de mettre en musique ces paroles interpolées. »

On a déjà vu (') que Jean Le Cont, autorisé par le pape, en 1541, à prendre possession du bénéfice affecté à l'autel de l'église paroissiale de Notre-Dame à Bassevelde, en Flandre, eut le désagrément de voir repousser la demande qu'il fit à ce sujet.

Grâce au document des Archives générales du Royaume qui nous révèle cette particularité, nous devons de connaître la patrie véritable d'un musicien éminent, qui, à eu croire les mêmes auteurs cités par Baini, au sujet du talent de Jean Mont, aurait livré à l'impression plusieurs de ses œuvres. Douai, ville de l'ancienne Flandre française, est le lieu de naissance de Jean Le Cont.

Le hasard se chargera un jour,peut-étie, de nous mettre à même de juger de la valeur des productions tant vantées du maître néerlandais. Nous en dirons autant des musiciens non moins importants qui vont suivre.

GoES [François), chantre de la Chapelle pontificale, dont le nom s'écrit aussi Ghoest, par l'adjonction inutile d'un / final, qui, probablement, est une superfétation aussi pour le nom d'Arcadelt. On le trouve mentionné encore, en 1535 notamment, sous cette forme curieuse : « Franciscus Zelandus. »

La ville de Goes étant sise en Zélande, on pourrait être tenté de croire que ledit nom de famille est resté inconnu, et que Goes, issu de la localité zélandaise, aura, dès longtemps, habité un autre centre de population de cette province. N'a-t on point d'ailleurs, en Belgique, au même siècle, le célèbre peintre Hugo Vander Goes? Il reste encore à

1) Mus^qufi aux Pay-i-Bas, t. III. p '220 et 224

démontrer plus solidement qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour, l'origine portugaise du fameux historiographe et compositeur musical Damien de Goes, qui vécut, pendant nombre d'années aux Pays-Bas, où il fit imprimer ses savantes productions. Une famille Goes ou Vander Goes, il^est vrai, peut avoir émigré en Portugal, et y avoir procréé l'écrivain qui a laissé des traces si marquantes de ses travaux (').

Nous n'avons sur sa carrière artistique d'autre information précise que celle qui en marque la fin. Au 25 novembre, nous voyons, au registre du Pitnctator, Jean Le Conte, son compatriote, s'absenter de l'assemblée des chantres tenue ce jour-là, pour rédiger, au pied du lit du chantre expirant, les dernières volontés de celui-ci :

1535, 25 novembris. — Jo. Le Conte, impeditus propter testamentum Francisci Goes, qui laborabat in extremis.

Le 26 suivant, Goes rendit 1 ame, entre les bras de ses deux collègues et compatriotes Le Conte et Danckerts :

1535, 26 novembris. — Jo. Le Conte et Ghislenus impediti, cum supradicto Goes, qui eodem die mortuus est.

Son enterrement eut lieu au Campo Santo, en présence de tous ses collègues de la Chapelle pontificale :

1535, 27 novembris. — Fuit sepultus Franciscus Goes, Zelandus, in Campo Sancto, cujus anima requiescat in pace; omnes fuerunt présentes.

Sepulto jam mortuo, convocatis jam cantoribus et magistro capelle, presentarunt Jo. Le Conte in vij sitiis, vacantibus per mortem supradicti.

(1) PiTONi, dans ses notices manuscrites, renvoie, pour Damien de Goes, à Glaréan, qui le nomme, " eximius nostrae tempestatis simphonista; jj c'est-à-dire « compositeur éminent de notre temps. « Un « Henri De le Goes j; était, en 1458, secrétaire de la chambre du Conseil en Hollande.

On connaît déjà ceux qui héritèrent de ses prébendes. Quant aux enfants du maître, il fut décidé, sur la proposition du doyen de l'assemblée des chantres, que, « pour l'amour de Dieu, » et en guise d'aumône, on abandonnerait aux filles du défunt le salaire de celui-ci se rapportant au mois de décembre 1539, afin qu'il serve à leur entretien :

1540, 7 januarii. — Finita missa, convocatis cantoribus, decanus proposait ut salarium Domini Francisci Goes, istius mensis preteriti, amore Dei et elemosinaliter darent filils ejusdem Francisci, pro sustentatione illarum.

Argentilly (Charles d'), ou Argentil, nommé, par Baini, au nombre des meilleurs chantres flamands de la Chapelle pontificale et des plus illustres compositeurs dont on ait imprimé les œuvres ('). En conserve-t-on qui puissent justifier aujourd'hui ces éloges flatteurs? Quelques motets de Charles d'Argentillj ont paru dans des recueils italiens rarissimes de la première moitié du XVP siècle, que personne n'a dépouillés encore, au point de vue de la valeur des pièces signées d'auteurs peu connus. C'est une opération utile à faire. On trouvera le nom de l'artiste, que Fétis suppose être Picard, ce qui n'empêche guère sa qualité de néerlandais, on trouvera son nom dans la liste ofi^cielle des chantres de la Chapelle papale, reproduite plus loin. Il faisait donc partie de cette institution en 1535.

De le Meer [François), chantre de la Chapelle pontificale qui n'a laissé que bien peu de traces de sa vie artistique. Porté, au 31 janvier 1535, sur le registre du Pwictator, avec la simple désignation d'« infirmus; » puis, le 4 février, avec celle de : « ad Ripam; y^ De le Meer, après avoir dû renoncer, pendant plusieurs mois, pour cause de maladie,

(*) Memorie, etc., t. I, p. 20.

à l'exercice de ses fonctions à la chapelle et ailleurs, succomba enfin au mal qui le minait, le 10 juillet, et fut enterré, le lendemain, dans l'église de Saint-Julien des Flamands, sans doute en présence de tout le personnel chantant du pape :

1535, die sabbati x julii. — Obiit Dominus Franciscus Delemee (sic), cujus anima requiescat in pace, et sepultus est in ecclesia Sancti Juhani, Nationis Flamingorum.

Il appartenait donc aux Pays-Bas, ce qui est confirmé d'ailleurs dans la Narrazziorie istorica manuscrite de Fornari, qui semble avoir puisé son renseignement à la même source que nous utilisons pour la première fois :

Francesco De le Meer, Fiamingo, mori alli 9 higlio 1535, e fu sepolto in S. Giuliano de' Fiaminghi.

Il y a, chez nous, en Flandre notamment, des familles Vander Meere, Vermeere et Delmeere. A cette dernière, se rattache un musicien de grande valeur, Jean Delmeere, d'Audenarde, dont nous avons esquissé les travaux au volume précédent de ces recherches.

Lambert [Pierre), chantre de la Chapelle pontificale, qui n'est mentionné ici que pour rectifier ce que nous avons dit précédemment ('), au sujet de sa nationalité, qui est bien française, l'artiste étant né, selon toute vraisemblance, à Nevers; puis, au sujet des fonctions qu'il remplissait à la Chapelle papale, fonctions purement vocales, du moins à en croire les renseignements suivants donnés sur lui, dans le Liber punctorum et dans le manuscrit de Fornari :

(1) Musique aux Pays-Bas, t. I, p. 152 et 153, et t. TT. p. 200 et 201.

Le premier recueil mentionne, en avril 1535, Pierre Lambert, comme étant a(L Ripam, lors d'un office où la phalange des chantres dont il faisait partie devait paraître; puis le cite encore, au 4 janvier 1553, comme ayant été élu piinctator des chantres :

1553, 4 januarii. Fuit electus in punctatorem novum D. Petrus Lambert, Gallus, qui etiam juravit ut supra.

Le second recueil le place au nombre des chantres, en accompagnant son nom de cette annotation intéressante :

(Pietro Lambert), Francese, fu amesso in cappella nel L528, e mori ai 15 agosto 1563 ; fu sepolto in S. Agostino.

Le premier renseignement, relatif à son entrée à la chapelle, renchérit sur le peu que nous savions du maître. Nous n'en avons pas voulu priver l'histoire musicale d'une contrée voisine, à laquelle nos riches annales se rattachent, bien faiblement il est vrai, dans le lointain des âges, par la désignation générale de Belga, que porte répitaphe de Pierre Lambert.

Compère. Ce nom est forcément ramené ici, par une mention mystérieuse en quelque sorte, faite aux premiers postes du Register Pwictorum, de 1 535, le plus ancien qui ait échappé à la destruction dés autres, ainsi qu'il a déjà été rapporté :

29 januarii 1535. — Mons'" mon Compère.

Qu'est-ce à dire ? S'agit-il ici de l'artiste célèbre au sujet duquel nous avons, plus haut, tenté quelques hypothèses parfaitement justifiées? Déjà cette mention sibylline a attiré l'attention de Baini, qui en tire des conséquences inacceptables dont Fétis fait bonne justice, non sans

côtoyer aussi l'invraisemblable, en affirmant que la qualification est « un jeu de mots auquel le nom du musicien avait donné lieu. » Nous admettons que ces sortes de plaisanteries eussent été tolérées au temps où Compère yivait : il y en a des centaines d'exemples. Mais, delà à soutenir que « Mens'' mon Compère » appartient à ce genre de quolibets, il j a loin. Sur une composition, soit; dans un registre officiel, c'est autre chose, et le doute est ici de rigueur. Attendons donc d'ultérieures informations.

La supposition de Baini est plus insoutenable encore, n'étant appuyée d'aucun argument plausible. Il y avait, en 1535, à la Chapelle pontificale, un chantre nommé, comme on le verra, « Anthonius Normant, aliàs Lohial; » mais, ce musicien est constamment enregistré à part, et sans qu'aucun indice permette d'y accoler Compère, qui d'ailleurs s'appelait — nous parlons du célèbre compositeur — Loyset ou Louis. Baini toutefois, dont l'Index comporte simplement : « come // Normant, » peut avoir eu, en cet endroit, une distraction parfaitement naturelle, dans un livre si bourré de dates et de faits. En tout cas, il y a eu, en 1535, à la Chapelle papale, un chantre appelé officiellement : « Mons'' mon Compère. »

La liste qui suit, se trouve inscrite à la fin du premier registre consulté. Nous la reproduisons, non-seulement pour dessiner, d'une manière authentique, la part respective des nationalités, à la Chapelle sixtine, mais pour donner ce qu'elle renferme d'informations sur la provenance diocésaine des chantres, et d'indications quant à l'ortographe de leurs noms. Tout cela est bien négligemment, bien irrégulièrement tenu sans doute. Mais les inscriptions, en quelque sorte fugitives, du registre lui-même, le sont encore davantage. Les unes pourront se compléter parles autres. Quelques mentions ^ohiit sont faites, au moins

dix ans ans après la confection de la nomenclature. Il convient d'ajouter que l'écriture est parfois bien obscure, bien illisible, et que certains noms ont dû être plutôt devinés que transcrits.

Sequuntur nomiîsa cantorum capelle Pauli tertii, pontificis maximi, existentium rome, in mense januarii anno domini millesimo quingentesimo trigesimo quinto.

lo. Scribanus, decanus. Ad patriam (').

Bernardus De Paulis, decanus. Obiit.

Constantius Festa. Obiit.

Johannes Franciscus Félix. Ad patriam reversus.

Blasiii? Numer.

Joannes Bonnevin, aliàs Beausseron. Obiit.

Joannez Sancez.

Marcus Symardus. Obiit.

Hieronymus de Imagnis.

Carolus Dargentilly.

Petrus Lambert.

Yvo Barry.

Joannes Lecoute.

Anthonius Calasanz.

Johannes de Cambray, aliàs Cocu. Obiit.

Genesius Bulthetj.

Joannes Franciscus de Zonatis. Obiit.

Anthonius Normant, aliàs Lohial.

Franciscus Ghoust, Zelandus. Obiit.

Franciscus Delemeer. Obiit.

Joannes Abbate, 5 julii 1535.

Mathias de Tervisio, 5 julii 1535. Obiit.

Paulus de Bursanis, 5 julii 1535. Obiit.

(1) Ces annotations : " ad patriam, « et « obiit, r> émanent d'une plume différente de celle qui a tracé les nom.s, au mois de janvier 1535. Cette deuxième plume a continué la liste, à partir de " Joannes Abbate, 5 julii 1.535. n

Stephanus, Napolitanus, 1 aug. 1535.

Christophorus de Moralis, diœcesis Hispalensis.

Antonius Capellus.

Bartholomeus Eschobedo, Zamorensis diœcesis.

Joannes Antonini de Majanis, Ferrarensis diœcesis.

Leonardus Barré, Lemovicensis diœcesis.

Gliiselinus Dankers, Leodiensis diœcesis.

B... Crotus, Romanus.

Petrus (?) Ordonnez, Hispanus, Valentiani diœcesis.

Joannes Mont, Leodiensis diœcesis.

Cocu ^Jean), chantre de la Chapelle pontificale, mentionné, le 25 février 1535, au livre du Punctator. Comme ce nom sonne un peu celui d'un compositeur flamand éminent du XVr siècle, Jean Le Coick, dont les œuvres ont été imprimées pour la plupart, et que Guicciardini fait vivre au milieu du siècle sutdit, il importe d'écarter, pour l'avenir, une assimilation de personnes qui ne pourrait qu'augmenter la confusion déplorable signalée dans la biographie de nos illustrations musicales.

D'abord, Jean Cocu, grâce à la liste officielle que l'on trouve en i^egard, avait un surnom, qui ne saurait viser que son lieu natal : « Johannes de Cambraj, aliàs Cocu(*). » De plus, le chantre de la CJiapelle papale mourut à Rome, peu à près 1535, sans qu'il ait été, même temporairement, aux Pays-Bas ; cela résulte du mot « obiit, » tracé à côté de son nom dans la nomenclature.

Ces points établis, inutile, croyons-nous, de rechercher si le nom véritable de l'artiste ne serait pas Cocus, et s'il n'a point d'analogie avec le maître de chapelle de Menin dont il a été question précédemment. Le reste relève naturellement de ceux qui s'attacheront à revendiquer, pour

(}) Comme analogie de nom et d'origine, signalons un « m® Jehan du Cauquicli, j? chanoine de la cathédrale de Cambrai, au XVe siècle.

la France, comme nous tentons de le faire pour les Pays- Bas, la part qu'elle a eue dans la glorieuse manifestation du chant religieux à la Chapelle sixtine.

ScRiBANUS (Jean), doyen des chantres de la Chapelle pontificale, qui, après une gestion de plus probes, demanda et obtint, en l'assemblée générale du personnel de la chapelle, l'autorisation de regagner sa patrie, sans doute pour y prendre retraite honorable. Le Liher piinctoritm et la liste invoquée consignent cette particularité fort sommairement :

1539, 16 augusti. — lo. Scribanus, congregatis cantoribus, petiit licentiam ab omnibus redeundi ad patriam.

Voilà pour le premier document. Le second, on a pu s'en assurer, comporte simplement, à côté du nom de « Jo. Scribanus, decanus, » ces mots : « Ad patriam. »

Cette patrie nous paraît être visiblement les Pays-Bas, où on latinisait d'ordinaire le nom de De Schryvere, par les pédantesques appellations de Scrihanus, Scrihonms ou Grapliœiis 0.

Ce n'est point une chose exceptionnelle d'ailleurs, que la présidence de la Chapelle pontificale confiée à un Néerlandais de distinction. En remontant au XV siècle, on trouve plusieurs faits de ce genre, deux surtout, qu'il nous sera permis de résumer brièvement :

Fabri [Nicolas), « maestro in arti, » mentionné dans les archives de la Chapelle vaticine, de 1462 à 1464, en qualité de directeur de cet établissement. Pierre Fabri, un musicien cité par De Coussemaker, dans ses Harmonistes du Z7P siècle, et Thomas Fabri, succentor de l'église de Saint-Donatien à Bruges, en 1412, peuvent avoir été des parents de lui. Leur nom latinisé répond au De Smet fla-

(') Voy. Musique aux Pays-Bas, t. 1, p. 127.

mand 0). Ce génitif, tant de fois expliqué par nous, n'a rien de commun avec le Fablro italien. Il subsiste, même à côté d« l'emploi du datif latin, comme dans le mandat suivant, du mois d'avril 1462 : « Magistro Nicolao Fabri, capellae magistro, SS. D. N. Papae gubernatori, florenos octo. » Cette preuve est péremptoire.

MoNissART [Jean), « maestro délia capella, » de 1479 à 1491. C'est le même qui occupa le siège épiscopal de Tournai, dignité qui semble, au premier abord, incompatible avec la gérance en question, mais dont on voit revêtus d'autres directeurs, avant et après lui, notamment Corrado Capece, archevêque de Bénévent, Bartholomée de Maraschi, évêque de Castello, et Christophe Barbone, évoque de Cortone, ce dernier élu a maestro délia capella, » après la mort de Jean Monissart, arrivée le 12 août 1491. On voit, de plus, apparaître, comme gouverneur de la chapelle, dans les extraits du Liber punctorum^ plus d'un nom de prêtre mitre.

C'est le lieu de rechercher quels étaient les chantres que les préfets néerlandais avaient sous leurs ordres, car là où il y avait des chefs de notre pays, il se trouvait également des subordonnés compatriotes.

Baini, qui a pu examiner à loisir une foule de pièces de la Chapelle sixtine, égarées ou cachées maintenant, a trouvé, dans un Eîiolo camerale, signé par le cardinal d'Aquileja, à la date du 1" avril 1447, une liste de dix cha-

(1) Voy. no?: Maîtres de chant, etc., p. 10. Un Jean Fabri était, d'après les Boufi'steenen (II, p. 211), maître de chant de la confrérie de la Vierge à Bois-le-duc, en 1423. Un autre Jean Fabri obtint une prébende royale à Eindhoven, en 1488, d'aprèiS un article du registre aux droits du scel de Brabant, transcrit par nous aux Archives générales du Royaume à Bruxelles, et ainsi conçu : « Van eenre conincks provende van Eyndhoven, by doode heeren Jans Vander Aa, voor Johannes Fabri, de dato Xa januarii (1489), signata Tijieilt.... xxij s. vj den »

pelains-chantres attachés à la Chapelle pontificale. Ce sont: Riccardo Herbare, Pietrb Grossicapitis, Giovanni Hurtault, Giovanni Postel, Clémente La Gâche, Giovanni de Viset, Pietro Landrich, Pietro Frebert, Giovanni di Marsiglia, Luca Varner. Le nombre de ces chantres fut renforce depuis, grâce à l'élévation de Nicolas V au trône pontifical, mais ne dépassait guère dix-huit.

Ces chantres, comme tous leurs collègues médiévistes, ne brillèrent probablement pas par de grandes connaissances musicales, et, ainsi que l'observe Baini, leur didactique leur pratique de l'art ne s'élevèrent point au dessus du médiocre. A moins pourtant que la renommée qu'ils surent acquérir de leur temps, n'ait été injustement oblitérée dans la suite, principalement par la perte ou la destruction de leurs compositions. Il serait permis, en ce cas, de se demander comment il se fait que celles de Du Faj, d'Ockeghem et d'autres maîtres soient passées à la postérité? A coup sûr, on les a chantées, puisqu'elles font partie de l'ancien répertoire de l'établissement, et, partant, ces chantres n'ont point trop démérité des âges subséquents.

Disséquons plusieurs de ces noms; nous trouverons peutêtre, sous l'enveloppe latine des uns, ou nous apercevrons à travers la défîguration ortographique des autres, des maîtres flamands dignes d'être placés à côté de l'importante phalange dont nous retraçons les annales.

Herbare [Riccardo). Evidemment le h remplace ici le v du préfixe xer, qui n'est qu'une contraction de Tander; de manière que nous voici en présence d'un véritable nom flamand, qui, aujourd'hui, règne encore dans une grande partie de la Flandre : Verhare ou Verhaere. Nous avons déjà expliqué comment le v initial prend parfois la forme de Yh et de Vf, et même du g, dans la prononciation étrangère. Il n'est guère à supposer que le h se soit substitué ici au premier e de eer.

Grossicapitis (Pietfo). Ce nom latin, place au génitif, comporte, sans le moindre doute, une ëtjmologie flamande. La traduction exacte en est de Breedelwj) ou de Breekop. Mainte famille belge et hollandaise le porte encore aujourd'hui. Le mot Jioofd n'est guère admissible ici, parce qu'il nécessite l'emploi de l'article liet, au lieu du de, et que, partant, la mise au génitif en latin n'est point motivée. L'adjectif hreed signifie à la fois large et grand.

HuRTAULT(/^rt^^). Ce nom est égalementfrançais et wallon, et les familles qui le portent, appartiennent aussi bien à la France qu'à la Belgique. Un doute plane donc sur l'origine précise du chantre en question. Nous attendrons la solution de la difficulté, avant de nous attribuer définitivement le personnage.

La Gâche [Clément). La même observation est applicable à ce nom. Toutefois, nous penchons pour une assimilation belge ou néerlandaise, vu la profusion de familles La Gâche et La Gasse qui existent, tant dans les contrées wallonnes que dans les contrées flamandes.

ViSET (Giovanni de). Si Viset est une famille, à coup sûr, elle est belge. Si c'est un lieu de provenance, il nous concerne encore directement, la petite ville de Visé ou Viset (la seule de ce nom connue) étant située sur la Meuse, entre Liège et.Maestricht.

Landrich [Pietro). Voilà un nom franchement flamand, malgré l'altération de la désinence, qui, selon toute probabilité, a dû être drie ou driesch. Nous optons pour la première, qui est usitée pour une foule de noms répandus, encore actuellement, dans les deux Flandres. Le 7i remplace aussi le k en Italie, surtout dans les documents imprimés, ainsi qu'il a été démontré.

Varner [Lîcca)^ ou plutôt Warner, nom qui annonce une origine germaine ou thioise, et que nous tiendrons pro-

visoirement en réserve, jusqu'à ce que d'ultérieurs documents l'assignent, d'une manière positive, aux Pays-Bas ou à l'Allemagne.

Nous disions, plus haut, que les chantres de Nicolas V se bornèrent très-probablement à exécuter les compositions d'Ockeghem et de Du Faj. A travers les faibles lueurs qui éclairent les débuts de la glorieuse institution que les Flamands peuplèrent de tant d'artistes éminents, on voit percer un nom qui répond exactement à celui qui s'immortalisa par des compositions marquées au coin du génie. Pour ne plus revenir à la question qui a été traitée dans un paragraphe particulier ('), mentionnons, pour mémoire, ce que le Oeiisuale de la basilique vaticane nous apprend, à l'année 1384, relativement à un Guillaume Du Faj, qui était alors attaché au service de la Chapelle pontificale :

Die 12 januarii 1384. Item recepi à Juhana, servitrice Guillelmi, tenoris cappelle Domini nostri Pape, pro terratico doinus ipsius posite in parecia Sancti Salvatoris, pro anno nostro, florenum unum (^).

Ce Guillaume, on peut l'affirmer, ne vise point notre illustre maître, bien que les mandats de la Chapelle pontificale comportent le même prénom uni à celui de Du Faj, de 1380 à 1431, période probable de la gestion du chantre. Enfin, on y voit d'autres chantres dont quelques-uns pourront être réclamés comme nôtres. Les voici dans l'ordre où les a trouvés le biographe Baini :

(1) Voy. plus haut, au chap, VI.

(2) Dans la Diphth^rographie musicale de De La Fage, nous voyons Baini hésiter à se prononcer sur ce passage, ou plutôt sembler vouloir en atténuer la- valeur. Il se demande : « Corne interpreterano poi ciô che leggesi in un libro delP archivio segreto vaticano delP anno 1384, in oui l'esattore dice di aver riscosto, sotto il di di gennaro dello stesso anno, un fiorino da Giuliana, serva di Guglielmo, tenore délia cappella del papa, per pigione délia casa che abitava, posta nella parochia dei SS. Salvatore. « Page 439.

Egidio Flannel, detto V Enfant; Giovanni Redois, Guglielmo Dufay, Bartolomeo Poignare, Giovanni De Curte, detto mon Ami, Giacomo Ragot, Egidio Lauri, Guglielmo di Malbecq, Arnoldo de Latinis (').

Poignart est le nom d'une famille namuroise, qui, deux siècles après, a fourni un autre membre à l'art musical P). Les De Curte foisonnent encore aujourd'hui dans la Flandre orientale (^). Malbecq est un nom de ruisseau, Maelbeek, devenu un nom de famille flamande, qui a revêtu ici la forme wallonne. GuillaumeDu Fay,joint à Bartholomée Poignart, à Jean De Curte et à Guillaume de Malbecq, voilà quatre artistes néerlandais — sinon d'avantage, car les autres sont loin d'être écartés définitivement comme étrangers aux Pays-Bas — qui n'auront point émigré à des centaines de lieues de leur foyer, pour n'exécuter, à la Chapelle pontificale, que des choses médiocres. De façon que, jusqu'à preuve du contraire, il y a à rabattre beaucoup des censures gratuites dont les frappe Baini, ainsi que nous l'avons rapporté tout à l'heure.

(*) Memorie, etc., t. II, p. 400, note 655. Kiesewetter en dit, à la page 110, de son Mémoire couronné : " Immer ist zu folgern, dass Du Fay derjenige war,der die figuriste geschriebene Musik, das ist den g eregelûen Contraprcnkt, in die pâbstiiche Capelle iïbten, nâmlich Flannel, Redois und De Curte, die nach Herr Baini 's Angabe Scritiori di musica, gewesen seyn sollen, und mutbmasslich auch aus den Niederlanden dahin gekommen seyn mochten, iibrigens niclit den Ruf bedeutender Tonsetzer errungen zu haben sclieinen. »

En 1460, fiorissaient Jean Gombert, Antoine Cortit, Lambert Beanon, qualiïiés de compositeurs, et fort probablement des Néerlandais, suppose Kiesewetter,

(2) Musique aux Pays-Bas, 1. 1, p. 8, et t. V, p. 341.

(^) Fétis, afin de pouvoir placer une école musicale en France, niée d'ailleurs par Kiesewetter, transforme De Curte, en \in.La Cour, et enveloppe tous les autres noms, sans examen préalable, dans son système préconçu et insoutenable. Voy. Hist. gén. de la musique, t. V, p. 324.

Quoiqu'il en soit, avec les perfectionnements apportés au mécanisme du contrepoint, l'aspect des exécutions vocales a dû se transformer considérablement, et l'arrivée de Josquin Deprès, le génie inné de la mélodie agréable, j aura imprimé surtout un cachet de nouveauté piquante et curieuse. Son enrôlement comme chantre de la Chapelle papale est-il bien démontré? Le fait semble établi, puisque une plaque de marbre, placée dans la chapelle, portait le nom du maître, en vue d'en perpétuer la mémoire.

Deux écrivains autorisés, Adami da Bolsena et Matteo Fornari, en parlent, le second renchérissant sur l'autre d'une date précise, qui, par malheur, n'est point étayée d'un document authentique. D'abord, Adami da Bolsena, dont le livre des Ossej'vazioni parut en 1711 :

Mi per cosa ragionevole, pria di comminciar quest' opéra, il dar notizia, al coUegio de' cantori délia cappella Pontificia, di Jacopo Pratense, detto Jusquin del Prato, celeberrimo compositore di musica ne' suoi tempi, scolaro di Giovanni Okenheim, del quale parla Glareano. Egli fù cantore délia detta cappella sotto Sisto IV, e sul nostro coro Palazzo Yaticano si legge scolpito il suo nome.

Maintenant, au tour de Matteo Fornari, dont le manuscrit : Narrazione istorica, porte l'année 1749 :

Josquino de Près, celeberrimo compositore, pieno di regole esatte, vivacissimo nell' invenzioni, e spiritoso ne' pensieri nobili e maestosi. Fu cantore délia cappella sotto il pontitice Sisto IV, l'anno 1472, e sul coro del Palazzo Vaticano nella cappella Sistina, si legge sculpito il suo nome ; arrichi la cappella di varie e bellissime compositioni, che si conservano nell' Archivio délia medesima, e diede il lume maggiore à questa gran scienza, e da esso impararono tutti i contrapuntisti cbe vennero dopo di lui, tra quah Gaudio Mell, Fiamingo...

Fëtis rapporte que le nom « des plus anciens chantres de la Chapelle pontificale » était joint à celui de Josquin Deprès, sur le marbre commémoratif de cet édifice. Cela, que nous sachions, n'est point démontré, et le souvenir voué au maître néerlandais pourrait bien être pris dans le sens d'une sympathie admirative pour son talent exceptionnel de compositenr de musique sacrée.

Fornari mentionne encore trois chantres que nous avons le droit de revendiquer : « Antonio Barbet, Gio. Cordieri, Gio. Consilii. » Le premier, Antoine Barbet, ou plutôt Barbé, au sujet duquel le musicologue M. Léon De Burbure a fourni des particularités biographiques intéressantes (*), n'aura fait qu'un séjour bien limité à Rome, vu qu'il devint maître de musique de Notre-Dame à Anvers, en 1527. L'étape de sa vie artistique, consignée ici par nous, pourra devenir l'objet d'ultérieures recherches. Quant au deuxième artiste, Jean Cordier, il en a été amplement question plus haut, ainsi qu'au deuxième tome de ces recherches, et, fort probablement, ses premiers pas dans la carrière de chantre auront été effectués à la Chapelle pontificale. 11 s'agira, au cas contraire, de s'assurer s'il n'y a point eu, à la même époque, deux Jean Cordier, chantres, attachés à des établissements réputés. Enfin, pour le troisième artiste, Jean Consilii, dont le nom latinisé, placé au génitif, annonce un De Raed flamand, peut-être sera-t-on autorisé à le rap-

{}) "Voy., entre autres, la Biographie nationale. Est-ce le même artiste que P « Antlioine Barbet, qui figure, dans Carpentier, au nombre des chanoines jouissant, en la cathédrale de Cambrai, de bénéfices affectés aux « juristes, » avec Jacques Bonmarché et Jacques Regnard, et de bénéfices dits « libres j?, avec Guillaume Dufay et un certain Nicolas Vander Straeten?

A coup sûr, c'est lui qui a fourni au Liber secundus missarum quatuor vocum, etc., paru, chez Tilman Susato, en 1545, la messe farcie : « Vécy la danse de Barbarie ; » et qui a collaboré au Quatriesme livre de chansons à quatre parties, édité, en 1544, chez le même Susato.

procher de la famille de Pierkin De Raed, compositeur de mérite, que l'on trouve attaché, en qualité de maître de chapelle, à l'église de Saint-Donatien à Bruges, en 1541, et au sujet duquel De Coussemaker a publié divers documents inédits.

Un chantre pontifical, Antoine Walter, de Bruges, qui fonctionna sous les règnes d'Alexandre IV, Pie III et Jules II, conséquemment pendant la période de 1492 à 1505 (date de son décès), fut enterré à Saint-Julien des Flamands, comme l'atteste l'épitaphe suivante qui a échappé aux recherches consciencieuses de M. Gailliard :

Antonio Waltero Brugen.

Alex. VI. Pu III. Julii II Pont.

Cantori cap. Mus arum etc.

gantiarumque cultori

diligen. r. i. pos. obiit an.

M. D. V. D. V. JUNii.

Il y avait, au même service, un chantre flamand nommé Gaspare, lequel toucha, en 1520, cinquante-quatre ducats, dont trente pour ses vêtemements et vingt-quatre pour sa provision. Il chantait, en s'accompagnant du luth :

A Gasparo, Fiamengo, che canto col leuto, scudi 24 0).

Entre autres pij'ari que Léon X avait à ses gages (^), on compte, de 1519 à 1521, deux Flamands, l'un nommé Bar-

(1) Registre de la trésorerie secrète, 1520-1521, fo 9. Passage cité par Bartoletti. Les mêmes registres mentionnent, en 1563. un " Giovanni, Fiammingo, cantore del Papa, » atteint de surdité.

(2) " Léon X disputait volontiers, dit Fabroni, les diverses questions de sons, d'accords et de tonalités. Et, dans sa chambre à coucher, il avait un luth dont il jouait et sur lequel il rendait, par expérience, raison de ses théories. « Lib. L p. 207.

tholo, recevant trimestriellement quarante-cinq ecus, l'autre appelé Bartholomeo, payé seulement trente-trois écus. Ils se rendirent, en 1521, à Lorette, excursion dont les frais, montant à vingt ducats, furent remboursés par la caisse papale.

Voilà ce qui nous a été donné de recueillir, pendant une période intéressante, sur la participation de ces musiciens néerlandais aux travaux de la Chapelle pontificale. Une autre période non moins curieuse, sera abordée bientôt. Examinons, entretemps, la mission que nos maîtres ont accomplie dans d'autres sanctuaires romains. En premier lieu, s'offre la grande figure d'Orlando de Lassus, au sujet de laquelle Baini, se fondant en partie sur les annotations de Pitoni, enregistre les lignes significatives que voici :

Nel 1541, ebbe il magistère de' putti (délia proto-basilica lateranense) Orlando di Lassus. Rubino, cli'era stato intanto maestro de' putti délia cappella Giulia, dal décembre del 1539 a tutto décembre del 1545, tornô nel 1548 ai servigi del Laterano, e vi si trattenue fino al gennajo del 1550, in cui nuovamente chiamato al Vaticano (i).

Cet extrait, corroboré et amplifié par les citations empruntées à Pitoni et par quelques révélations dues à Sweertius, a permis à Fétis d'établir un récit assez vraisemblable, que, sauf les restrictions que nous ferons plus loin, il convient d'accepter provisoirement, faute d'informations plus circonstanciées :

« Le général de Charles-Quint (Ferdinand de Gonzague, au service de l'empire et vice-roi de Sicile) emmena son

(1) Memorie, etc., I, p. 57. Inutile de reproduire ici les notes de Pitoni, rapportées in extenso, à la page précitée de la monographie de Baini,

jeune musicien à Milan. Celui-ci y continua ses études ('); puis, il suivit Ferdinand de Gonzague en Sicile, où il acheva de s'instruire dans son art. A l'âge de dix-huit ans, il s'attacha à Constantin Castriotto, qui le conduisit à Naples. Arrivé dans cette ville, Lassus entra chez le marquis de la Terza, et y demeura environ trois années (^).

« En 1541, il se rendit a Rome, où le cardinal-archevêque de Florence Facceuillit avec bienveillance, et le logea dans son palais pendant six mois. Après ce temps, Lassus obtint la place de maître de chapelle à l'église Saint-Jean de Latran. Ce fait est constaté par les registres de cette église, dont Baini a donné un extrait, dans la note 109 de son ouvrage sur la vie et les ouvrages de Pierluigi de Palestrina. Il fallait que le mérite du musicien de Mons fût déjà bien remarquable, pour qu'une place de cette importance fût confiée à un jeune homme de vingt-et-un ans, à Rome, alors la première ville du monde pour la musique, et qui renfermait dans son sein des compositeurs de premier ordre pour l'église'^).

« Depuis deux ans, dit Van Quickelberg, Lassus rem-

(1) Rien sur ce séjour r^e Lassus à Milan et sur les études qu'il y poursuivit.

(2) Sweertiiis, et, d'après lui Foppens, assure Fétis, ont été instruits de cette circonstance. Ce dernier dit textuellement : « Neapoli tribus circiter annis vixit. « Bib'iotheca belgica, t. II, p. 924.

(3) En tournant la papre, on voit Lassus «à la tète de la meilleure chapL-lle musicale qui existât alors en Europe (celle de Munich), r» Les erreurs de Fétis, dans la même notice, ne se comptent pas. Suivant lui, la monographie de Kist, relative à Lassus, n'est qu'une version hollandais 3 de la biosrraphie que Delmotte a consacrée à Partiste montois. Or, le travail de Kist utilise toutes les ressources d'informations, sans s'en rapporter exclusivement à aucune. Il a particulièrement consulté les musicographes allemands. Fétis assurément n'a point lu le livre de Kist, car il y eût recueilli plus d'un renseignement curieux, et notam. ment il eût pu signaler une effigie de Lassus qui a été gravée dans le Sammlung von Portraits der a/aszeichnetesten Komponisteîi, de Kraemer.

plissait ses fonctions de maître de chapelle à Saint-Jean de Latran, lorsqu'il apprit, en 1543, qu'une maladie grave menaçait les jours de ses parents. Le désir de les voir et de les embrasser l'emporta sur toute autre considération; il donna sa démission de son emploi, s'éloigna de Rome, et se rendit à Mons eu toute hâte; mais quand il j arriva, ceux qu'il venait chercher n'existaient plus. Il y a ici une erreur de date évidente; car Lassus n'eut pour successeur Rubino dans sa place de maître de chapelle à Saint-Jean de Latran, suivant le catalogue chronologique donné par Baini, qu'en 1548. Ce ne fut donc que dans cette dernière année, ou au commencement de 1549, qu'il revint à Mons. »

Fétis, croyons-nous, n'a point examiné attentivement la constatation faite, au sujet de Lassus, dans les registres de Saint-Jean de Latran, et que Baini reproduit à la note 109 de son livre. Cette contestation se borne à une date et à un nom : « 1541. Orlando di Lassus. » Or, la nomenclature de Baini est extraite, selon sa propre déclaration, « des registres censuels et des rôles de cette basilique, ainsi que d'autres documents manuscrits et imprimés. » Si Baini avait trouvé, dans le Censuale et dans la Roiula, quelque indication touchant Lassus, à coup sûr, elle eût été moins laconique, moins sèche que celle que l'on vient de lire. Partout où Baini a pu puiser à ces deux sources, les renseignements offrent des particularités intéressantes. L'annotation en question émane donc simplement de Pitoni, qui l'aura tirée lui-même de quelque autre « memoria a penna e stampata. »

Une preuve concluante de ce que nous avançons, est fournie par M. Capocci, qui a bien voulu, à notre prière, faire, dans les archives de la basilique latéranienne, les recherches les plus consciencieuses sur le point en litige, et qui a formulé ainsi, dans un Pro memoria, le résultat de ses obligeantes investigations :

Il nome di Orlando di Lasso non si trova registrato in verun libro deir Arcbivio (di S. Giov. Laterano).

Ce qui veut dire : « Le nom d'Orlando di Lassus n'apparaît dans aucun registre des Archives de Saint- Jean de Latran. » Cela est catégorique. Toutefois, n'en déduisons point que le fait de la position de Lassus, comme maître de chapelle de la basilique latëranienne, est dénué de vérité. C'est une simple lacune, voilà tout. En se plaçant à ce point de vue, on en arrive à infirmer également la rectification que Fétis hasarde, touchant la date 1543, assignée par Van Quickelberg, au départ de Lassus de Rome. Fétis trouve, dans la liste de Baini, le nom de Rubino accolé à l'année 1548, qui est celle de son avènement à la direction musicale de Saint-Jean de Latran, et il en conclut que Lassus a eu cette direction pendant sept ans, c'est-à-dire de 1541 à 1548. Puisque la nomenclature de Baini n'est composée que de citations empruntées çà et là à des écrits de tout genre, et puisque rien d'ofliciei n'y règne, selon les extraits pris aux registres administratifs, n'est-il point à supposer qu'en présence de ces insuffisances d'informations, l'espace de sept ans, traversé d'ailleurs par la révélation de Van Quickelberg, peut renfermer des lacunes irréparables?

L'apparition de Lassus à Saint-Jean de Latran a dû n'être que de peu de durée, de deux ans tout au plus. C'est ce qui explique peut-être l'absence de traces qu'elle a laissée dans les archives de cette église, car les sept ans de gérance, si elles eussent existé, ne se fussent point écoulés ainsi dans le vide et l'indifférence.

L'avancement rapide d'Orlando de Lassus, la protection dont il fut sans cesse entouré, nous remettent en mémoire diverses familles nobles portant son nom et dont nous

avons rencontré la trace, durant nos travaux de classement des chartes des reliefs de fiefs aux Archives générales du royaume à Bruxelles. On nous saura gré de résumer ici quelques faits à ce sujet.

Il y avait jadis, dans la Flandre occidentale, un fief dit Lassîis, dépendant du « château de Courtrai. » Un dénombrement de ce fief est fait, en 1340, par Jean Léon Un « adhéritement » en est passé en 1461. On établit, en la même année, « une modération du droit seigneurial parla vente dudict fief. » En 1594, s'effectue un dénombrement du fief de Lassus, par le chevalier Antoine de Liedekerke. L'acte nous apprend que « le fief et seigneurie de Lassus s'étendait es paroiches de Doutignies, Mouscron, Luingne, Lauwe, Rolleghem, et villaiges circumvoisins. » Un octroi c; t ccncédé à Antoine de Liedekerke, « seigneur de Heule,» pour vendre les fiefs de Lassus, Honoret et Cauteren. Entre autres actes, du même fonds, s'offrent encore ceux relatifs à « Jean de Wasquechal, écujer, seigneur de Lassus. » Ils sont au nombre de quatre.

Ailleurs, on peut voir que le manoir de Lassus existait encore au commencement du XVP siècle. Il passa successivement à des familles plus puissantes; le nom seul resta à la famille qui le posséda originairement 0). C'est peut-être le cas pour les aïeux du grand compositeur montois, dont la généologie véritable a échappé jusqu'ici aux plus patientes recherches. Si, obligée par des revers de fortune, à abandonner le domaine de ses ancêtres, la famille d'Orlando de Lassus s'est réfugiée à Mons, elle y aura vécu probablement, pour cacher ses malheurs, dans une retraite rigoureuse et peut-être dans un incognito absolu, jusqu'au jour

(1) Voy. encore, dans Jex Annales d'Émulatton de Bruges, 2, IV, 61, la mention d'un " Philippe Duchâtel, seigneur de Lassus. j?

où la célébrité rayonnante du génie se sera attachée à elle. Un vitrier, du nom de Jean de Lassue (?), se rencontre, au XVir siècle, dans les archives de Dixmude!

Orlando de Lassus fut anobli, comme on sait, par l'empereur Maximilien. Ses armes, présentent, soit intention soit hasard, des analogies frappantes avec le cachet de certains membres de la famille des Lassus. Ici, se borneront, pour nous, les rapprochements généalogiques amenés par le hasard, durant notre passage éphémère aux Archives 0). Le reste concerne les spécialistes. La chose en vaut la peine, car, la curieuse question d'assimilation étant tranchée authentiquement, le mystère qui plane sur l'origine d'un des plus fameux musiciens du XVP siècle, serait nonseulement éclairci, mais le pays flamand, qui a fourni à l'art néerlandais tant d'individualités remarquables, aurait fait une brillante recrue de plus.

La provenance flamande de Lassus, le grand musicien, serait doublement constatée; car, à notre avis, le latin n'a rien à voir dans l'étymologie de son nom, et c'est fortuitement qu'il aflécTe la forme d'un participe passé du verbe lassare. Nous y apercevons, au contraire, la désinence de quelque prénom hors d'usage en Flandre. Le calendrier flamand est rempli de saints dont le nom finit en us, eus, ius, et la manie d'appeler, au pays tliiois, quelqu'un par la première ou la dernière syllabe de son nom de baptême, y a été et y est encore très-fréquente. Au L?ps, désinence de Philips, dont nous avons déjà fait une application plausible, '1 y a lieu de joindre T/iev.s, Banus. Beriv.s, Pinus, Manuels, désinences de Mattheus, d'Urbanus, Albertus, Albinus, Amandus, et une infinité d'autres, qui, par la suite des

(i) Nous avons soigneusement transcrit les pièces principales. En donner la reproduction ici. serait faire un vrai hors-d'œuvre. Il y aura probablement lieu d'en former la base d'une notice spéciale.

temps, sont devenus des noms patronymiques. En attendant que la désinence applicable à Lassus se trouve, nous croyons ne devoir point nous arrêter aux innombrables erreurs auxquelles le nom, la famille et le pays de l'illustre enfant de Mons a prête le flanc, pendant trois siècles environ. Ne lisions-nous point encore dernièrement, dans une note du poëme de De Serré : la Musique : « Orland Lasso, Italien établi en France (0? »

Pour rentrer dans notre sujet, et pour terminer ce qui concerne le passage de Lassus en Italie, ajoutons que, le T' avril 1571, Grégoire XIII, admirateur enthousiaste du génie brillant de notre compatriote, le créa chevalier de Saint-Pierre al sperone d'oro, et chargea à ce sujet les iiubles chevaliers Honoré Casetan et Ange Mezzacosta de lui chausser l'éperon d'or et de l'armer du glaive traditionnel, dans la Chapelle papale, avec tout le cérémonial d'usage. C'est la troisième fois et la dernière que Lassus se rendit en Italie.

La façon dont l'immortel artiste parlait certains dialectes italiens, était vraiment étonnante. On sait déjà qu'il dirigea les fêtes musicales qui eurent lieu à Munich, en 1568, à l'occasion d'un mariage princier (^). Il joua même, chose incroyable, une farce italienne en patois de Bergame, en chantant en scène une sérénade improvisée, le tout de son cru. Il faisait l'office de basso hcfo, dans le rôle du Magnifique, appelé aussi Pantalon^C").

Outre que sa Corteggiana innamorata pourrait bien constituer le premier opéra bouffe connu, il y a encore à péné-

(») Édition de La Haye de 1737, p. 5.

(2) Voy. plus haut, au chapitre Willaert, adfinem.

(3) Voy Massimo Trojano, Z)?5cor5/, etc. — Yeneti •, 1569; Rudhardt, Geschichte der Oper zu Muncken, etc., ainsi que la Revue et Gautte musicale du 9 février 1879.

trer le secret de cette merveilleuse aptitude du maître à s'approprier un dialecte aussi difficile et aussi raboteux que celui qu'il employa en cette circonstance. Aurait-il fait, à une époque inconnue, un assez long séjour au nord de l'Italie? La particularité n'aurait rien de bien impossible. Comment s'assimiler autrement ce patois détestable? Comment, par exemple, dire iaiadei pour tagliatelli, formai pour formaggio, stomuà pour stomacJio, sans un contact assez intime avec les populations de ces contrées ?

Le mystère sera percé un jour, espérons-le, et ce ne sera point en défaveur, sans doute, de la supposition que nous venons de hasarder.

Ameyden (Chrétien),

musicien éminent du XYl^ .-iècle. — Son origine et son éducation élucidées. — Série de documents inédits concernant sa carrière artistique. - Il est agrégé comme chantre, en 1564, à la Chapelle sixtine.

- Particularités relatives à cette réception. — Démissionné avec treize de ?e>> collègues, en 1565, il rentre en grâce, quatre ans après, et devient prébendaire de la collégiale de Douai. - Ses fonctions de punctator et d'abbé-camerlingue, en 1512. — Fac-similé de son écriture. — Son intervention en fiiveur de deux collègues pauvres. Médiation interposée dans une rixe violente. — Son rôle vocal, à la Chapelle sixtine, est le ténor. — Il reçoit l'épithète de Gallus. — Contestation à ce sujet. — Il redevient ]}unctator, en 1578. — Document précieux touchant l'institution papale. — Ameyden opte pour '■^ la nation française ?•. — Malgré cela, ses fonctions de contrôleur des chantres et d'abbé-camerlingue lui échappent. — Lacunes regrettables qu'offrent les Archives de la Chapelle sixtine. — Le maître néerlandais, en rendant compte de sa gestion, sollicite son " jubilé ».

— 11 est appelé contradictoirement " Flander ». — 11 parvient, en 1594, à la direction de la musique papale. — Détails sur cette nomination. — Pièce curieuse. — L'un de ses concurrents est le célèbre Nanino, jugé presque l'égal de Palestrina. — Ameyden dirige les compositions de celui-ci. — L'expression ob peritiam de sa pierre tumulaire, justifiée par les faits. — Point culminant de la vie artistique de l'habile musicien. — Liste officielle des chantres, la plupart illustres, placés sous sa direction. — Le terme da Valestrina. — Honneurs décernés au grand « modulator pontificus » italien, lors de son enterrement. — Ameyden préside à la musique exécutée lors du couronnement de Clément YIII. — Critiques de ce pontife à l'endroit d'un motet irrévérencieux, pourtant tiré de l'Ecriture. — Difficultés de position d'Ameyden. — Ses admonestations paternelles. — Appelé enfin « cantor giubilatus, » en 1596, il a pour successeur, à la direction musicale, Augustin Martini. — Nouvelles lacunes dans les Archives de la Chapelle pontificale. — Mort d'Ameyden, en 1605. — (3bsèques splendides qu'on lui fait. — Document y relatif. — Résumé sommaire de la gestion <\\\ maître et de l'influence exercée, par les

Néerlandais, à la chapelle du Vatican. - Épreuves exigées par les postulants. — Catalogue officiel des compositions néerlandaises conservées à ladite chapelle. — Les auteurs sont notamment : De Wreede, Gaspard, Du Fay, Éloy, Kegis, Busnois, Caron, Fauges, Ockeghem. De Orto, Deprès, Compère (Loyset), Brumel, Pipelaere, Févin {Ant.),Richafort, Berchem (Jacquet), Lupi (Giovanni), L'Héritier, Arcadelt, Bauduyn, Prioris, Agricola, Delà Rue, De Sylva, Consilium, Ortis (?), Ameyden, Obrecht. Tinctoris, Yerdolet, Clemens non im'pa^ Le Petit (Giovanni), Robinet de Févin, Lassus, De Rore, Créquillon, De Kerle, Le Cent (Bartholomée), Lupus, Willaert et Jannequin. - Elucidations, annotations et rectifications. — Chanson à trois parties de Tinctoris. — Reproduction fragmentaire et appréciation. — Quatre chantres flamands attachés à la basilique de Saint-Jean de Latran : les nommés Chrétien, Godefroid Benare, Henri, et Jean de Noya. — E.^sai de restitution onomastique. — Robert de Flandre, maître de chant à Rieti, puis à Sainte-Marie-Majeure, à Rome. — Jean Verio, ex-chantre de Marguerite d'Autriche, devenu maître de musique de Pévêque de Cività-Ducale. — Extrait du Melopeo, transcrit, traduit et commenté, le concernant. — Philippe Denis, de Turnhout, maître de chapelle à Sainte-Marie-Majeure. — Son épitaphe. — La famille Troj^inus, dont un membre est chantre (?) à la même église, repondelle à l'appellation flamande De Truye? — Jean Matelart, maître de chapelle à Saint-Laurent in Lamaso à Rome. — Ses œuvres imprimées et manuscrites. — Son nom tronqué. — Josse Casteleyn, d'Audenarde, chantre à Sainte-Marie de l'Ame. — Renaud De Melle, compositeur flamand. — Erreurs au sujet de son nom de famille. — D'abord attaché à une chapelle musicale portugaise, il devient maître de chant du cardinal Paleotti, à Rome, puis d'une église à Magliano, en Sabine. — 11 occupe une chaire musicale au séminaire de cette dernière ville. — Mantoue confondue avec Magliano, par Fétis. — De Melle, avant son installation à Rome, retourna-t-il aux Pays-Bas?

— L'épître dédicatoire d'un de ses ouvrages datée, en ISS"?, de Liège.

— Hypothèses à cet égard, et méprises fétisiennes. — De Melle transformé en citoyen romain. — Le nom de Goudimel étymologiquement flamnndisé. — Léonard Van Meldert, maître de chapelle du cardinal d'Urbin. — Dédicace bizarre. — Critiques dont elle est l'objet. — Signification vraie de cette fantaisie. — Reproduction. — Recueil de compositions de Van Meldert. — Jacques De Kerle, directeur de la chapelle d'Otto Truchsess, archevêque d'Augsbourg, lequel séjourne à Rome, et de là se rend, en 1562, au concile de Trente — Départ forcé du maître des Pays-Bas. — Son retour en ces contrées et son installation provisoire au phonascat de Saint-Martin à Ypres. — Obtention d'une prébende à Cambrai. — Information intéressante. —

Le musicien se trouve à Vienne, en 1582. — 11 dédie, l'année suivante, un recueil de messes à Grégoire XIII. — Son séjour à Rome date de 1562. — L'expression : Musicarum modulaminum compositor. — De Kerle est appelé celeherrimus . — Sa naissance provisoirement placée en 1532. — Collection de messes offert à Albert de Bavière. — La dédicace commentée. — Suppositions gratuites de Fétis. — Messe farcie de De Kerle découverte par Bottée de Toulmon. — Jean Tollius à Rome. — Position ignorée jusqu'ici. — Le maître paraît, en 1587, comme témoin dans un procès. — Éclaircissements réclamés. — Les musiciens flamands Égide Cheller et Philippe (?) Quinnus, etc. — Le baladin Triofono de Asso, également des Pays-Bas. — Marc Houterman, organiste éminent de Bruges, attaché à la basilique de Saint-Pierre. — Sa courte, mais brillante carrière. — Son enterrement. — Le terme de princeps musicorum. — Doutes de Fétis appaisés.

— Houterman et Palestrina. — La femme de l'artiste flamand, Jeanne Gavadia, musicienne habile. — Frescobaldi, le célèbre virtuose ferrarois, succède à Houterman. — Révélations quant à la date de sa naissance. — Influences flamandes subies par lui, tant à Rome qu'aux Pays-Bas. — Relations commerciales entre ces contrées et l'Italie. — Comptoir tenu, au début du XYl^ siècle, en Brabant, par un nommé Jérôme « Frisquobaldi ». — Document à ce sujet. — Prénom identique. — Séjour de Frescobaldi à Anvers, démontré par une dédicace de 1608. — Après les troubles, fêtes brillantes à la cour de Bruxelles, et fraternisation probable de l'artiste avec nos meilleurs maîtres. — L'éminent organiste, Pierre Philips, publie précisément, en 1608, son admirable série de madrigaux. — Rapprochement des pièces pour orgue de- Frescobaldi et de Philips. — Appréciations et reproductions.

— Opinion de Danjou inlirmée grandement. — Analyse d'une fantaisie de Philips pour orgue donnée en planche. — Le fameux organiste aveugle Louis Brooman, à Bruxelles. — Notes le concernant. — Servais Vander Meulen, autre célébrité de l'orgue. — Le génie de Brooman solidement établi. — Épitaphe et distiques. — Homonymies : Cœcus, surnom et nom de famille. — Facteurs d'orgues néerlandais vainement recherchés à Rome. — Un fabricant de clavecins, y établi, nommé Mathieu de Gand. — Suppositions à son sujet. — Les clavecins italiens inférieurs à ceux de la Néerlande. — Luthiers de ce dernier pays établis, dans la via dé' liutari^ à Rome. — Pierre de Albertis, Giovanni, peut être Giovanni di Enrico [HendricTiX?), Coppo, Magno Craile, Giovanni Hec, Gio. Andréa, Mattea Buccherbergh, Andréa di Alberto, Pietro-Antonio Orlando, Stasio Stassi (Staes?), Giovanni Eillart, Etienne Chelz, Giovanni Eccliio, Etienne Indelanch, fabricants, flamands pour la plupart, de luths, chitares, guitares, violons, etc., ornés d'incrustations artistiques. — Martin Van

Buyten, graveur-éditeur de musique, originaire de Hollande. — Ses produits en 1586. — Jacques Peetrino, compositeur malinois, établi à Rome. — Dissertation étymologiqn ■. — Peetrino. De Melle et De Macque envisagés comme Romains. - Un chantre flamand, Petrinus, à la Chapelle sixtine, en 1589. — Compositions néerlandaises éditées à Rome, par le typographe français, Antoine Barré. — Abus introduits dans les églises italiennes, après le départ des Néerlandais. — Critiques acerbes émanées de Salvator Rosa et <l'André M aigars. — Mentions probantes. — Les s'gnes de la musique. — Retour parti'4 dos Néerlandais en Italie, en vue de leurs études. — Fondations diverses créées dans ce but : Saint-Julien des Flamands, Sainte-Marie de l'Ame, collèges d'Arcis et Jacobs, etc. — Influence italienne aux Pays-Bas. — Il gusto italiann. — Litanies" en usance à Rome», chantées, en 1602, à Anvers. — Les Liégeois affluent dans la péninsule.

— Notes diverses sur De Comble, Burlinus, De Lange, les Hamal, Grétry,Gresnick,Thollé,Oiitreine, etc. — Affaiblissement grad-r 1 des études musicales en Néerlande. — Assertion contestable de Fet.s. — L'influence flamande en Italie vivement attaquée. • — Témoignages irrécur-ables. — Faits patents. — Ruta et Gianelli détracteurs. — Suprématie réelle des Flamands démontrée par les hautes fonctions qu'ils ont remplie-. — Dénégation peu sérieuse de Bartalotti. — Les Flamands, destructeurs de la musique religieuse, selon Bigliani. — Réfutations. — Dissidence d'opinion entre Danjou et De La Fage. - Plaidoyer victorieux de Fétis en faveur de Lissus, critiqué à outrance par Baini. — Insinuations inconvenantes d'André Majer et de ses copistes. — Sortie impertinente de Scudo, flétrie par Ambros. — Récapitulation glorieuse des travaux gigantesques accomplis par les Néerlandais en Italie. — Conclusion. — Vœux et aspirations.

NOTES SUPPLÉMENTAIRES. — Le blason du manuscrit musical flamand du XVe siècle. — Un " Johannes le Flamand n et un " Majoris » (De Mej-ere?), chantres, en 1515, de la chapelle ducale d- Turin.

— Renseignements à consulter sur les exécutions instrumentales à la cour d'Hercule II, à Ferrare, dans Bottrigari. — Les Néerlandais injustement omis par cet écrivain. — L'expression : « Abaoni tempi de la Pecorina, n employée par le poète Feuuaroli, vise titre d'un recueil de compositions de Willaert — Le nom francisé G-hiselin . — Un homonyme et contemporain de Pénigmatique De Stappen, collaborateur à VOdMcaton de Petrucci. — L'équivalent onomastique du compositeur néerlandais Stokhem, à la fin du XV^ siècle. — Relations de Guillaume Du Fay avec un sien cousin, à Bruges, — Séjour du maître, pendant sept ans (entre 1437 et 1450), en Savoie, et, par in'luction, en Italie. — Le Guillaume le Flaïuarid, maître de musique de l'illustre poète d'Aquiia, à la cour du comte de Potenza, ne saurait

être Du Kay. — Rectification à ce sujet. — Voya^j^e de celui-ci à Besançon. — Sa critique de l'interprétation d'un chant à l'église de Saint-Etienne. — Relation curieuse là-dessus, où intervient Pierre Grossicai3itis, le même qui devient chantre à la Sixtine, à Rome. — Détermination officielle et inédite de la mort de Gilles de Binche, célèbre comopsiteur. — Faits qui en découlent. — Une clause du testament de Du Fay. — Son portrait sculpté sur sa pierre tumulaire. — Cantiques de lui chantés pendant son agonie. — Jérôme Frescobaldi, marchand florentin à Bruges, vers la fin du XV^ siècle. — Il prête de l'argent à Maximilien d'Autriche, sur gage d'un manuscrit musical appelé Ung demi tetnps d^Tver. — Inductions.

Chrétien Amejden nous ramène à la Chapelle pontificale, où il soutient presque seul la réputation de l'ëcole musicale flamande, jusqu'au commencement du XVIP siècle, où l'élément italien prend décidément le dessus en tout, et s'impose particulièrement dans l'exécution et dans la composition. On connaît déjà la patrie du maître, Girschot, ainsi *que la pierre tumulaire vouée à sa vénérable mémoire ('). Diverses notes vont étendre ce premier jalon, et révéler quelques phases de sa carrière honorifique et artistique à Rome.

Sa réception, en qualité de chantre de la Chapelle pontificale, eut lieu le V mars 1564. Elle fut précédée d'une réunion provisoire ad hoc, tenue le 5 septembre 1563, et où les qualités du candidat furent mûrement pesées et discutées. On approchait de l'époque de réforme, où, par suite de l'inaptitude de certains chantres, quant à la voix s'entend, on se vit obligé d'en éliminer plusieurs (^). Le résultat de cette délibération fut favorable au récipiendaire. L'afiaire fut même soumise au pape. Toutefois, pour des causes que nous ignorons, son admission ne se fit que

(1) 3Iusiqu? aux Pays-Bas, t. I, p. 151, et tome III, p. 198. M. Léon DeBurbure dit, dans la Biographie nationale, qu'Ameyden fut élevé par son oncle, qui était, en 1545, chapelain-chantre du chœur renommé de l'église de Notre-Dame d'Anvers.

(2j Voy. ci-dessus, au chapitre Arcadelt.

six mois après. Transcrivons un fragment du procès-verbal de la séance consultative :

1563, 5 septembris. — Eadem die, congregatis Dominis in sacristia Sancti Marci, fuit presentatus per Rmi-m dd Archiepiscopum Sipontinum, qui tenet locum magistri capelle, motus proprius in favorem domini Christiani Ameyden, ut reciperetur in cantorem. Distulerunt recipere, donec melius intelligerent voluntatem Sanctissimi, quia alias preciperat nullum cantorem.... nisi constaret de ejus sufficientia, et propter hoc Domini sustulerunt coram Sanctissimo, qui declaravit mentem suam, videlicet quia volebat illum amitti in cantorem.... (i)

La constatation de l'admission du maitre néerlandais est faite, au Liber Pii/nctornm, dans la forme laconique habituelle : réunion des chantres après la messe, accolade fraternelle, remise du surplis, etc.

1564, 2 martis. — Eadem die, post missam, fuit admissus dominus Christiauus Ameydem per cantores. et receptus ad osculum pacis. Reverendissimus D. Decanns tradidit sibi cottam de commissione Reverendissimi Archiepiscopi Sipontini, tenentis locum R*^^ magistri capelle, quia erat occupatus in aliis negotiis.

Peu de temps après, l'orage éclata, et, comme on l'a vu quelques pages plus haut, la démission motivée de quatorze chantres, parmi lesquels se trouvait Amevden, eut lieu en 1565, c'est-à-dire environ un an et demi après l'agrégation solennelle de l'artiste (^). Comment Ameyden parvint-d à faire révoquer pour lui-même un arrêt qui fut impitoyable pour ses autres collègues? Impossible de rien préciser à cet égard. La déclaration du pape, faite en 1563, « quia

(') Extrait par nous, comme précé lemmeût. du Liber pimctorum, aux archives de la Chapelle sixtine.

(') Voy. au chapitre Arcadelt.

volebat (Ameyclen) amitti in cantorem, » annonce une protection visible, et qui, un instant enrayée peut-être, reprit de nouveau son cours. On en sent l'influence, dans la nomination du maître au canonicat de la collégiale de Douai, vacant par la mort du chantre Simon Sauvage, en 1569. La nomination se fit, comme d'habitude, en pleine assemblée de chantres, présidée, cette fois, par le maître de chapelle en personne, Joseph Panfilus :

1569, 10 raartis. — Eadem die, congregatis D. cantoribus in capella Paulina, elegerunt D. Christianum Ameiden ad canonicatum et prebendam collegiate ecclesie Duacensis, vacantes per obitum quondam Simonis Sauvage, aliàs cantoris dicte capelle.... Deindè idem Christianus fuit presentatus ad eosdem canonicatum et prebendam, per Reverendum D. Josephum Panfllum, magistrum capelle.

En 1572, Chrétien Amejden fut investi des fonctions de punctator, où il représentait la « nation gauloise, » sans doute parce que la « nation flamande » n'oflrait plus assez de membres pour constituer une division à part. Tous les chantres, à l'exception d'un seul, participèrent à cette élection :

1572, 2 januarii. — Post officium, fuit facta congregatio Dominorum cantorum in capella Paulina, et legerunt constitutiones capelle, et conflrmarunt in abatum Dominum Vincentium.... Ommercatum. Postea elegerunt punctatorem Christianum Ameyden pro natione galUca, et omnes interfuerunt, prseter Dominum Mathiam Album.

L'année suivante, il fut élevé à la dignité d'abbé-camerlingue. Le poste de Liher Pimctorum, relatif à cette nomination, est suivi de cinq lignes soigneusement rayées et qu'il nous a été impossible de restituer :

1573, 7 januarii. — Eodein die, congregatis DD. cantoribus in capella Paulina, présente magistro capelle, pro electione novi abbatis, fuit resolutum quod Dominas Christianus Amayden sit abbas pro présente anno....

La nomination n'était que pour une année. Toutefois l'année suivante, au o janvier, Ameyden fut confirmé dans ses fonctions. Le 7 janvier 1574, il fut choisi, par la a nation gauloise ou française, » parmi les chantres préposés à l'observation des constitutions de la chapelle. Voici le fac-similé de sa signature 0), apposée sur une requête de deux chantres, Federicus Lazisus et Alexander Meruli, tendante à recevoir des secours de leurs collègues, dans les infirmités qui accablaient leur vieillesse :

^JCfil^^, -"'^'^e^.

Après s'être interposé comme pacificateur dans diverses disputes, accompagnées d'actions injurieuses, Ameyden fut nommé de nouveau, en 1575, à l'office de pwiictator, à l'expiration duquel il traça, sur le registre spécial, ces mots :

Ego, Christianus Ameyden, punctator, preterito anno (1575), scripsi ut supra, manu propria.

Nous glissons sur diverses affaires particulières de la chapelle, où notre musicien fut mêlé, pour poursuivre, étape par étape, les faits et gestes purement artistiques (|ui le concernent. Dans une liste des chantres, divisés en

(1) L'ortographe Ameiden, que comporte l'épitaphe du maître, est infirmée ici par la forme authentique du nom, (Pailleurs très-répandu en Hollande, d!' Ameyden, que fournit la signature ci-dessus.

sopraJii, contralti, tenores et hassi, Ameyden figure comme cinquième parmi les ténors. Il y en a six pour cette voix. Le voici remis en possession de son emploi de contrôleur des chantres, à titre de « Gallus. » Des protestations eurent lieu, cette fois, de la part des chantres italiens, lesquels prétendaient, avec raison, que Chrétien Ameyden était Flamand, et non Français. Ils demandèrent, d'accord avec les chantres français et espagnols, que le cumul de camerlingue et de punctator n'eût plus lieu. Après mûre délibération, on trancha, le texte des constitutions à la main, la question par rang d'ancienneté, et Ameyden garda son emploi de punctator pour 1578. Il résulte de tous ces faits, que, seul alors, Chrétien Ameyden représentait les Pays-Bas dans cette fameuse phalange de chantres qui émerveillait le monde :

1578, 4januarii. — Fuit congregatio Dominorum cantorum in capella Paulina, super eligendo abatem et punctatorem novos ; fuit contirmatus et approbatus ab omnibus D. Mathias, pro aimo

D. Franciscus Montalvo, vicedecanus, proposait Dominis cantoribus, pro ofScio punctatoris, Dominum Ameyden, pro natione gallica, eo quod per turnum illi eveniat.

Et Domini cantores itaU, id est ferè omnes, dixerunt quod D. Ameyden non deberet elegi, quia non erat Gallus, sed Flandrus, et quia solus non erat conveniens habere totiens officia punctatoris et abbatis, et quod D. Alexander Vari erat ïîlius Galli, etiamsi natus Rome, quod volebat adherere nationi gallice. Et post longam disputationem, Hispani et Galli appellaverunt Reverendum Dominum magistrum capelle, et sic in crastinum questio decidenda remansit.

1578, 5 januarii. — .... Omnes (cantores) dixerunt quod erat antiqua consuetudo distribuere abatiam et officium punctatoris per dictas très nationes : scilicet italicam, gallicam et hispanicam, per turnum, et D. magister, videndo quod de natione

gallica non esset aliquis antiquior, fecit illum punctatorem pro anno isto 1578, scilicet D. Ameyden....

Ces détails, que nous reproduisons in extenso, servent non seulement à nous initier aux pratiques intimes de la Chapelle pontificale, mais à démontrer combien l'élément italien prenait insensiblement le dessus, et cherchait à triompher même de l'élément espagnol et français. Les doubles fonctions d'abbé-camerlingiie et de contrôleur des chantres échappent à Ameyden, en 1579 0), malgré le subterfuge auquel il eut recours, en se déclarant partisan de la nation française, voire même digne, eu égard aux précédents de la chapelle, d'être traité comme sujet français dans les élections :

Et Dominus Ameyden, Flandrus, tanquam adhérons lingue gaUice, replicavit super hoc, dicendo quod pro turno et more capelle pertinebat natione galUce....

Les registres des années 1580, 1581 et 1582 faisant défaut, du moins dans la collection que nous avons consultée aux Archives de la Sixtine, force nous est d'en venir au fait saillant de l'année, celui où Ameyden rendit compte de sa gestion comme abbé de 1580 et 1581, et voulut recevoir son jubilé, en priant humblement ses collègues de ne point lui imputer à tort les fautes qu'il aurait pu commettre. Le scribe, on l'a déjà vu, fait suivre le nom d' Ameyden de l'épithète de Flandrus ou Flander, très-significative, croyons-nous, en présence des préférences momentanées du maître pour la France :

(1) Le 15 octobre 1579, Chrétien Ameyden, « clerc du diocèse de Liège, r) acheta d'un certain Sébastien David, dit « da Millésime, » une maison située dans la rue dei Condotti. Ce fait prouve, pour notre musicien, une régularité d'existence qui n'est point le cas de beaucoup de ses collègues.

1583, 13 februarii. — Eodem die, D. Christianus Ameyden, Flander, congregationem petiit et imprimis veniam ab Dominis petiit si aliqua contra congregationem dixit et fecit, quia sanctissimum jubileum accipere intendebat; postea rationem rediit sue administrationis qua functus fuit in abbatià, in Mo quingentesimo octuagesimo, et etiam in M^ quingentesimo octuagesimo primo, in omnibus et per omnia, de nummis quos in manibus suis habebat, congregationi et mihi cumputum dédit, sicut patet per cedulam manu ipsius scriptam et hic insertam....

Cette cëdule, attachée au registre, porte pour inscription : Lista di M. CJiristiano Ameyden, data alla Congrégations, la Domenica délia Sexagesima, 13 febraio 1583.

Au moment où l'influence italienne se dessine de plus en plus, au conseil de la Chapelle papale, un grand honneur échoit à notre artiste : nous entendons sa nomination à la direction de l'institution. Cette nomination doit dater de 1593, si elle ne remonte point plus haut. Les documents manquent, pour la bien poursuivre jusque-là. En 1594, nous tenons une pièce relative à sa réélection, et qui compense largement le défaut d'autres renseignements. Une substantielle traduction en est nécessaire.

Le 3 janvier, eut lieu une convocation du collège des chantres pontificaux. L'objet en était d'élire, entre autres, un nouveau maître de chapelle. Après l'office, dit par François Sotto, et l'invocation habituelle du saint Esprit, Chrétien Ameyden, le maître de chapelle sortant, adressa au collège une courte allocation. Il remercia tout le personnel de sa parfaite conduite à son égard, et demanda pardon de l'immodestie qu'il aurait pu commettre dans l'exercice de ses fonctions, en assurant qu'il n'y avait eu, de sa part, aucune intention mauvaise. A quoi tous, l'un après l'autre, répondirent que sa seigneurie, stia signoria, s'était comportée, dans son ministère, avec toute la décence

désirable, et que les meilleurs compliments lui en revenaient. Immédiatement après, Chrétien Ameyden proposa, pour son successeur, maîtres Augustin Martini et Jean- Marie Nanini; puis, à part, on désigna un troisième candidat, qui n'était autre qu Ameyden lui-même, lequel, disait-on, s'était, durant toute l'année, acquitté dignement de ses fonctions. Ces trois candidats furent ballottés au scrutin. Au premier tour, Ameyden remporta quinze voix favorables et neuf défavorables. Au deuxième tour, Martini reçut dix voix pour et quatorze contre lui. Au troisième tour, Nanino obtint huit voix pour et seize contre lui. En conséquence, Chrétien Ameyden fut confirmé dans son emploi de maître de chapelle, pour l'année 1594. Tous lui jurèrent obéissance et lui donnèrent l'accolade, en l'acclamant comme leur chef, come nostro capo.

Voici le texte littéral de ce procès-verbal, qui, outre les lumières qu'il projette sur une des phases les plus intéressantes du maître néerlandais, fournit sur le personnel placé sous ses ordres, des particularités extrêmement curieuses :

In nome del N^*^ S"" et délia gloriosa vergine Maria, l'anno délia Nativité de detto Signore, 1594.

Adi 3 de gennaro, fu congregato il molto R*^*^ collegio delli canton di capella de N. S. Pape Clémente Ottavo, in capella de Sisto in palazzo, dal R. signor Christiano, mastro di cap^, per eleggere li officiali seconde il sohto, cioè far di novo il mastro di cappella; il pagatore et puntatore, et prima il Sig^ Francesco Soto disse la messa legendo, et di poi invocato il Sig^« et ditta la oratione dello Spirito santo dal medesimo signor Soto, il sig'' Christiano Ameyden, mastro di cappella, fece un poco de oratione al detto R. collegio, rengratiando tutti délia molto ubodiantia et amorevole che haveva riceuta dal collegio, et domando perdonno se non fusse portato con quella modestia che si deva in questo suo ofRcio

quest' anno et che havendo mancato in qualche parte, non haveva mancato malitiosamente ; et à questo fu resposto da tutti per ordine successiva che sua signoria si era portato in questo suo magistrato nobilissimamente, del che lo rengratiano, hora in mediatamente detto sig"" Christiano proposto per mastro di cappella il Sig'' Agostino Martinj et il sig"^ Gio. Maria Nanini, et fatto discorso a voce separato di alcuni che si proponesse anca che il sig"^ Christiano fusse proposto lo si doveva refermare per mastro di cappella, attento che quest' anno passato si era portato molto bene, il quai partito fu accettato da tutti et furono proposti tutti tre et furono messi al scutrinio, et primo fu votato il sig'" Christiano Ameyden, il quale hebbe quindici voti in favore, et nove in disfavore; per il seconde fu votato il sig^ Martini, et hebbe diece voti in favore et quattuordici in disfavore ; dipoi fu votato il sig^ G. Maria Nanini, et hebbe otto voti in favore et sedeci in disfavore, talche il detto sig"' Christiano Ameyden fu confirmato per mastro di capella per l'anno présente 1594, et da tutti gli fu voto ubedientia et abbraciato come nostro capo (*).

L'un de ses concurrents, Jean-Marie Nanini, ou plutôt Nanini, comptait parmi les plus savants musiciens de récole romaine, et, s'il faut s'en rapporter au jugement de ceux qui l'ont étudié sérieusement, ses productions peuvent être placées immédiatement après celles de Palestrina, à cause de leur grande perfection technique. Ameyden a dû, en conséquence, être doué de qualités très-éminentes, pour l'emporter ainsi sur un maître si renommé. Outre sa science, que l'épitaphe consacrée à sa mémoire vante sans réserve, il aura dû avoir une aptitude particulière^ une autorité incontestable, pour être appelé, par le suffrage de ses collègues, à déterminer le caractère et à préciser les nuances des grandes œuvres interprétées par les chantres de la Chapelle papale.

(') Cette pièce, dont nous avons pris la copie exacte, se trouve inscrite au Liber Pmiciorum de 1584, à la Chapelle sixtine.

Les sublimes compositions de Palestrina étaient alors en vogue. Ameyden, qui eut l'honneur de les diriger, — l'auteur ayant été impitoyablement évincé de la chapelle pour avoir pris femme, — aura eu des relations suivies avec lui, et sera même, à ce qu'on croit généralement, devenu un de ses amis. Palestrina était toujours le compositeur du pape. Il aura communiqué à Ameyden ses idées, ses intentions, le secret intime de son génie, ob peritiam. La direction compétente de celui-ci aura rejailli sur l'œuvre entière, dont l'exécution aura atteint, grâce à l'impulsion de l'auteur, aux limites de l'idéal rêvé.

Ce fut là, pour notre compatriote, le point culminant de sa carrière artistique : autorité suprême, dans la plus fameuse phalange vocale de l'Europe ; interprétations supérieures, guidées par lui sous l'impulsion du plus grand, du plus harmonieux compositeur de musique religieuse; vénération profonde, conquise parmi ses collègues, par son caractère loyal et sa probité exemplaire.

Nous avons réussi à trouver, dans les Archives de l'établissement en question, la liste officielle des chapelainschantres dont notre Ameyden avait la direction. Elle est reproduite intégralement, avec quelques notes relatives aux maîtres les plus distingués faisant partie de la fameuse phalange. Tout ceci, de même que ce qui précède et qui suit, est absolument inédit :

Nota delli signori cantori che al présente servono nella CAPPELLA Di N. S. Clémente octavo, l'anno secondo del suc pontificato (1594).

1. — Il R^^ sig"" Pietro Bartolomuccio, decano, da Picinisco.

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