‹ La musique aux Pays-Bas avant le 19e siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, mâitrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétiqueChapitre 16 sur 32 · Il s^ Anto Manni, Forlivense · texte numérisé non relu

Il s^ Anto Manni, Forlivense

Il s^ Gio. Pierluigi, mastro di cap* di S. Pietro, daPalestrina. Gio. Paolo, custode de'libri di capella.

Les mots soulignés da Palestrina, par lesquels se termine cette curieuse liste, ont été biffés, sans doute pour marquer qu'il importait peu que le grand musicien, portant le nom de Palestrina, fût de cette localité ou ne le fût point, vu sa simple qualité de « modulator pontificus, » ou de «compositeur pontifical, » laquelle n'impliquait nullement son agrégation à la chapelle des chantres officiels du pape, agrégation qu'il avait perdue, on le sait, par le fait de son mariage. Toutefois, à la mention que fait le Liber P^cncto- Tum, au 2 février 1594, de la mort de l'incomparable artiste, on peut voir cette expression touchante : « nostro compagno, » dont la signification réelle est que les chantres pontificaux perdaient, en la personne de Palestrina, un camarade, un ami, un associé fidèle, un collaborateur assidu. Aussi, pas un d'entr'eux ne fait défaut aux obsèques de cette gloire de l'art musical. Ameyden aura non-seulement présidé au cortège, mais il se sera multiplié, en cette triste conjoncture, pour offrir, par une musique digne de l'illustre défunt, un dernier tribut d'affection et de reconnaissance au génie du chant sacré.

Peu après, eut lieu le couronnement du pape Clément VIII. Une messe, dirigée par Amevden, avait attiré lattention du nouveau pontife. Au surtir de l'office, Clément VIII demanda au directeur des chantres de qui était un certain motet de circonstance qu'on avait intercalé dans Tune des parties de la cérémonie : « Al papa montre desinava. » Il lui fut répondu qu'il était de Giovanni-Maria Nanini. Le pape se montra assez mécontent des paroles. On lui objecta qu'elles étaient empruntées à l'Écriture,

laquelle, en vérité, n'était pas trop en usage là-bas. On a dû commenter beaucoup cet incident, à la Chapelle ponticale, puisque le punctator a cru devoir le consigner sur son registre, d'où nous l'avons reproduit.

Malgré la douceur onctueuse et la modération indulgente de son caractère, Ameyden se trouvait parfois aux prises avec des difficultés inhérentes à sa profession, et que la stricte observation du règlement lui faisait un devoir de surmonter à tout prix. Ainsi, il arriva, de temps en temps, que les chantres n'exécutaient point rigoureusement les parties qui leur étaient confiées. De peur d'être lui-même l'objet d'un blâme, il admonestait alors paternellement ses collègues, et les rappelait à leur devoir, en invoquant son autorité et l'honneur de la chapelle (').

Il nous est difficile de savoir si, en 1595, le mandat du maître fut renouvelé, car le registre de cette année fait défaut dans les Archives de la Sixtine. Toutefois, sauf ultérieure rectification, la négative est probable, attendu qu'en janvier 1596, nous trouvons notre artiste qualifié de cantor ghibilatns. Son successeur, comme maître de chapelle, fut Augustin Martini, et, à son tour, celui-ci fut remplacé par François Sotto, Espagnol d'origine.

L'épitaphe d' Ameyden place la mort du musicien au 20 novembre 1605. A partir de 1595, jusqu'à cette date, les registres de la chapelle, s'ils existent, manquent à la collection. Nous avons fait, pour en retrouver quelques-uns, les recherches les plus opiniâtres; mais vainement. Les livres des camerlingues ont seuls jeté quelques lumières sur la fin de la carrière du compositeur néerlandais. De magnifiques obsèques ont eu lieu à l'église de Sainte-Mariede l'Ame, et, outre nombre de messes particulières, une

(') Liher punctorum, etc., passlm.

messe solennelle a été célébrée en mémoire du vénérable défunt. Sept chantres ont manqué à Fappel, pour cette tcuchante cérémonie, ainsique pour linhumation des restes mortels de l'artiste. Leur absence, dûment légitimée, il faut le croire, provenait peut-être de l'inclémence de la saison. En tout cas, les annotations du camerlingue Horace Griffi, chargé de la comptabilité, démontrent qu'une somme spéciale assez notable avait été affectée aux cérémonies dont nous venons de parler : une preuve de la haute considération que Chrétien Ameyden était parvenu à conquérir, de son vivant, au sein de la Chapelle pontificale 0).

A' di p^ di décembre 1605. — lo, Horatio Griffi, camerlingo délia cappele di N. S'"^, devo dare scudi tredici paoli 66, sono per tanto cbe mi sono rimasti in mano délia paga del già s"" Xpiano Ameyden del présente mese, essendosi speso per le sue esequie solo scudi tre, per far dir tante messe, d'avendo fatto il reste per la cera per esequie nella chiesa di S. Maria dell' Anima che reste' herede ; quali danari dovendosi dividere seconde il solite fra le SS""' canteri che furone presenti n"^ 26 (del registre) tocca per ciaschedune paeli 52, quadiini 2, m. 4, per che li sette notati qui in margine, sono stati presenti soie alla messa et non furene presenti ad accempagnare alla sepeltura, et père participande per meta gli tecchare per ciaschedune p. 269, q. 1 , et le meta che 1ère perdene giungendo alla semma di s. 1, 87, 29, quah devendesi accressere a' quelli che sene stati presenti à tutte due le attieni, che furone 19, tecchera'in tutto p. 62 q"* 3; sono in tutte di messata.... 13. 66.

Notre Rapport à M. le Ministre de T Intérieur résume ainsi tout ce qu'il nous a été permis d'exhtimer, pendant notre mission officielle, sur la participation glorieuse des Néerlandais aux travaux de l'établissement papal :

(') Au t. TI, p. 1>^9, Baini relate sur notre Chrétien Ameyden une anecdote intéressante.

« A la Chapelle sixtine surtout, les Flamands soutiennent avec honneur la réputation européenne des musiciens néerlandais. La (Chapelle sixtine, on le sait, scintillait jadis du plus vif éclat dans le monde artistique, et passait, ajuste titre, pour la première institution musicale qui fût : l' capella del summo Pontifice è stata l udata et temtta da ogmmo, per la scientia, la prima et suprema délie altre. Voilà ce qu'écrit, en termes semi-italiens semi-latins, un savant contrepointiste du XVP siècle.

« Pour y être reçu, il fallait, outre l'assentiment du souverain pontife et le suffrage des chantres réunis, subir les plus rigoureux examens théoriques et pratiques de l'art et pouvoir improviser, à livre ouvert, le contrepoint régulier sur un chant donné ('). Il y avait un scrittore di contrapunto e délia miniatura.

« Parmi les premiers noms qui s'offrent d'abord à l'investigateur, on distingue ceux de Guillaume Dufay, de Josquin Deprès et d'Antoine Barbé, sur lesquels, par malheur, on ne possède que des données fort incomplètes. Les informations précises commencent seulement à partir de 1535. Alors surgissent tour à tour, comme chantres du plus vif mérite, Jean Le Conte, François Dele Meer, Pierre Lambert, Ghislain Danckerts, — ottimo contrapîtntisto di madrigali, selon André Adami, — Jean Mont, François Goes, Jacques Archadelt, - un des plus illustres musiciens du XVF siècles, — Bartholomée Le Cont, compositeur de mérite, et

(1) On avait certains égards pour les jeunes cbantres doués d'une belle voix et dont l'éducation musicale pouvait être complétée rapidement. Ainsi, le 7 juillet 1557, un « Jacobus Brunet, sopranus, Gallus, « s'étant présenté à la Chapelle pontificale pour y subir l'examen requis, ne fut point admis à l'épreuve préparatoire « quia non cantat contrapunctum ». Mais, il avait un excellent organe, « bonam vocem » ; il promit d'apprendre le contrepoint « intrà annum. » Mngt-deux suffrages assurèrent son admission.

Chrétien Amejden, tous artistes sur lesquels j'ai pu recueillir les renseignements les plus exacts et les plus détaillés : leur origine, leurs fonctions, leurs privilèges, leur vie artistique, leurs œuvres, leur déplacement ou leur décès.

« Chrétien Amejden, un maître des plus distingués pour la composition de la musique d'église, parvient, notamment, grâce à son habileté extrême dans le mécanisme des voix concertantes, aux fonctions les plus élevées du fameux établissement. Pendant plusieurs années, il y tint dignement le bâton musical, ayant sous ses ordres les compositeurs les plus instruits et les plus renommés : français, espagnols, flamands, italiens. Au nombre de ceux-ci figurent les célèbres Nanini, Crivelli, Conforfi et Griffi. L'illustre Palestrina dirigeait alors les chantres de la basilique de Saint-Pierre, et ne remplissait, à la Sixtine, que l'emploi officiel de compositeur.

« La haute position de Chrétien Ameyden se renouvelait annuellement lar scrutin de ballotage. Les chantres votants étaient au noijibre de trente-deux. Honoré, estimé de tous, comblé de faveurs, de dignités de tout genre, Ameyden termina, le 20 novembre 1605, sa noble et glorieuse carrière. Son enterrement eut lieu, dans l'église de Sainte- Marie de l'Ame, avec tout l'éclat dû à une vraie illustration artistique. Ainsi se justifie l'épitaphe consacrée à sa mémoire, et qui était jusqu'ici le seul document connu sur lui : oh siimmam peritiam miisic(B...

c( II peut être considéré comme le dernier grand musicien t^amand qui ait brillé sur le sol romain. Après lui, le sceptre musical s'échappe des mains belges pour passer irrévocablement aux mains italiennes. C'est l'époque où la mélodie, dégagée des liens scolastiques qui la tenaient captive, revêt, sous l'action créatrice de l'imagination, trop longtemps comprimée, des formes aussi simples et variées que neuves et attravantes.

« On conserve d'Ameyden, à la Chapelle sixtine, des motets et des messes, à côte d'une infinité d'autres compositions appartenant aux meilleurs maîtres belges. Je publierai, pour la première fois, une nomenclature spéciale de celles-ci. La plupart sont manuscrites, et ornées de jolies miniatures. Le nombre des auteurs cités s'élève provisoirement à une quarantaine (^). »

Avant de passer aux autres musiciens flamands établis à Rome, durant la période où s'illustra Amejden, une reproduction de la dite liste est indispensable. Cette liste est extraite soigneusement du catalogue de la collection musical de la Chapelle sixtine, catalogue qui, bien que fait par des hommes instruits, est loin cependant d'être exact et complet. Au lieu d'analyser, il n'offre souvent que des indications, et pour un plan unique et fondamental qu'on y cherche, trois ou quatre plans se présentent. De plus, beaucoup de mots flamands, d'une ortographe nuageuse pour un Italien, ont été donnés un peu à l'aventure, alors qu'il aurait été si facile de se renseigner utilement dans des livres spéciaux. Enfin, des supputations chronologiques, par fractions d'années, comme celles qui déparent l'Inventaire imprimé de la Bibliothèque de Bourgogne à

(1) Nous disons provisoirement, car cette liste, formée il y a dix ans, doit s'être accrue depuis, grâce aux nouvelles recrues célèbres que la science a fournies à la Néerlande. Celles d'une nationalité douteuse restent, pour le moment, écartées. Certains noms, transcrits par nous, sur une feuille séparée, nous embarrassent fort, nous l'avouons, car nous n'oserions point certifier qu'ils l'ont été en vue de les associer à notre nomenclature, à la suite d'une vérification réitérée. Si nous invoquons simplement nos souvenirs, nous adopterons encore Bonmarché, Le Coick, Gbiselin, HoUander, De Hot, De Macque, Matelart, De Monissart, De Monte, Turnhout (Gérard), Verdonck, De Vivere (Égide-Cliarles), Waelrant, Waet et De Wert, comme collaborateurs aux précieux recueils de la Sixtine. Le temps doit nous avoir fait défaut, ou des circonstances particulières doivent avoir influé sur la marche de notre travail, pour en être réduit ainsi à faire ces citations douteuses.

Bruxelles, précèdent chaque œuvre enregistrée. Nous avons cru devoir les supprimer ici, pour ne point jeter le désarroi dans l'esprit du lecteur, toujours désireux de s'appuyer sur des renseignements autres que ceux dont la base est vacillante. Quant au mode d'enregistrement, force nous a été de l'adopter tel quel, pour n'avoir point eu à notre disposition des mois au lieu de jours, et conséquemment pour nous être vu dans l'obligation de renoncer à un dépouillement régulier et scientifique. La réunion systématique de tous les noms disséminés, aura une utilité incontestable.

Le principal auteur du catalogue en question est l'avocat Vincent Salvati, qui a été aidé, dans son travail, par une commission ad hoc. Un calligraphe, attaché à la cour pontificale, a été chargé de la partie matérielle de l'entreprise. Le volume, en format in-f" atlantique, est orné d'un frontispice enluminé, avec encadrements gracieux et caractères rouges et noirs. Il est relié en maroquin rouge, et porte, sur le plat, les armes de Pie IX. Il a été achevé en 1868. En voici le titre exact :

Indice dei lihri di musica manoscritti e stampati esistente neW antico ArcMvio dei Cappellani Gantori 'pontificii, compilato per or dîne dei sommo pontefice-re I io Papa IX, felicemente 'régnante, cura dei maestro pro tempore Vincnzo aDv" Salvati di Anagni e délia commissions nelV anno 1863. — Salvator Fondi Arcis, Papae scriptor, fecit an. D^. MDCCCLXIIKM.

(•) Une plaque en marbre blanc, de la hauteur d'un mètre, consacre le souvenir de ce travail si longtemps désiré. Encastrée autrefois dans l'un des murs de la Bibliothèque du Quirinal, elle a été transportée, en ces derniers temps, à 1 1 Chapelle sixtine. Son inscription porte :

PlO IX PÛNTIFICI MAXIMO

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