‹ La musique aux Pays-Bas avant le 19e siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, mâitrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétiqueChapitre 26 sur 32 · Jannequen Clément : La bataille · texte numérisé non relu

Jannequen Clément : La bataille

N° 5535. Stampate. Lib. 3. di messe a 4, di Jusquin Desprès Soprano.

NO 836. Alto.

— 83r. Tenore.

— 338. Basso.

17 novembre 1595.

Constitutions de la Chapelle sixtine, avec une miniature représentant le maître de chapelle et les chantres présentant à genoux les registres desdites constitutions.

A la suite du texte, on trouve toutes les signatures des chantres. Nous y voyons :

Petrus Lambert, cantor dicte capelle, manu propria.

JoANNES Le Cont.

Ità est Ghislinus Danckerts, mann propria.

Ità est Joannes Mont.

Ità est Jacobus Arcadelt, manu propria.

Ego CxpiANUs Ameyden, manu propria.

Pendant la période que nous venons de parcourir, pour la Chapelle pontificale, voyons ce qu'ailleurs, à Rome, nos

maîtres ont laissé de traces, dans les grandes exécutions de musique religieuse.

La présence de quatre artistes flamands, à la basilique de Saint- Jean de Latran, est constatée officiellement de 1567 à 1572. Le premier, qualifié simplement par son prénom de Cristiano, était chantre. Il est mentionné en 1567, année où le nom de Chrétien Ameyden ne paraît point dans les registres de la Chapelle pontificale utilisés par nous. On pourrait croire qu'à la suite de l'arrêt sévère qui le frappa en 1565, il alla chercher un asile à Saint-Jean de Latran. Cette supposition, vraisemblable au premier abord, tombe nécessairement devant le simple fait de la différence de voix assignée à chaque musicien. Ameyden, on l'a vu, figure parmi les ténors de la Chapelle papale. Le Cristiano de Saint-Jean de Latran est doué d'une voix de basse. La manie, toute italienne, de n'enregistrer que les noms de baptême dans les registres administratifs, prive l'histoire d'une foule de notabilités artistiques, dont l'identification reste un éternel problème à résoudre.

Une exception a lieu pour le deuxième nom que révèlent les Archives de la basilique romaine : celui de Gottifreddo, qui, écrit d'abord isolément, se renforce ensuite de son complément indispensable : JBenare, dont on peut faire Beernaert ou Bernard, ce dernier nom porté, entre autres, au XVIP siècle, par un maître des enfants de chœur de la cathédrale de Tournai (^). Ce musicien eut la chance de parvenir au poste important de maestro di cappella, pour lequel il a dû réunir, à une épreuve subie probablement par une foule de concurrents très-sérieux, des qualités

(*) Musique aux Pays-Bas^ t. II, p. 15, Il y a encore un phonascuSy du nom de Bearez ou Beharez, à Saint-Martin, à Ypres, au commencement du XVIII® siècle; puis, à Lille, on compte une famille de musiciens appelée Benard.

hors ligne. Il est cité, à la fois comme chantant le ténor et comme exerçant les fonctions de directeur de la maîtrise, à Tannée 1567.'

Il serait difficile de restituer à son nom de famille voulu, le contralto susmentionné, en 1572, sous le simple prénom à'Henrico. C'est peut-être l'objet d'un rapprochement ultérieur, que des recherches nouvelles amèneront naturellement. En attendant, aucun chantre, signalé à Rome, vers cette époque, n'est assimilable, que nous sachions, à l'artiste en question.

En cette même année 1672, un Giovanni de Noya remplissait, à son tour, l'office éminent de maître de chant à la basilique. Au lieu d'un nom absent, voici un nom défiguré, que l'on pourrait restituer, croyons-nous, au moyen de la forme usitée : De Noey, Va7i Hoey, Van Oey, etc. Aucun de ces musiciens n'a délaissé, à notre connaissance, une œuvre manuscrite ou imprimée.

L'extrait suivant, dû à un intermédiaire aussi complaisant qu'instruit ('), sert de preuve aux faits que nous venons de relater :

I nomi, che nei hbri dell' introito et esito délia Cappella musica di S. Gio. Laterano si trovano registrati, sono i seguenti :

1567. — Cristiano, basse, Fiammingo.

1567. — Gottifreddo, Fiammingo, tenore.

1572. — Henrico, Fiammingo, contralto.

Dai detti libri e dai decreti capitolari, risulta che :

Gottifreddo, Fiammingo, Benare, l'anno 1567, esercitô l'uffizio di maestro di cappella.

Et Giovanni De Noya, Fiammingo, esercitô l'ufïizio di maestro di cappella, l'anno 1572.

\}) Gaetano Capocci, maître de chapelle actuel de la basilique de Saint-Jean de Latran.

On pourra apprécier l'extrême importance de Saint-Jean de Latran au point de vue des exécutions musicales, par ce fait que le fameux Palestrina y remplit, p(Midant cinq ans, de 1555 à 1565, l'emploi de maître de chapelle.

Chose singulière ! Là où Palestrina passa alors, — à Sainte-Marie-Majeure, qui fut témoin, pendant dix ans, des merveilles qu'il y produisit — un maître flamand fut appelé aux mêmes fonctions honorables, environ une trentaine d'années après, fonctions successivement occupées par les Nanini, les Caccini, les Stabile, les Tarditi, etc. Ce maître, connu seulement par son prénom, parce que probablement son nom de famille offrait des dissonances trop désagréables aux yeux et aux oreilles des italiens, Roberto di Fiandria, accepta la maîtrise, le 9 février 1610, mais ne parut point k son poste, pour des motifs qui nous échappent complètement. L'auteur des 3£iosiciens helges prétend que le refus du maître fut motivé par la résolution qu'il avait prise de rentrer dans son pays. Où est la preuve ? Frédéric Donat, basse à la chapelle, fut préposé provisoirement à cette charge. Robert de Flandre se trouvait alors à la tête de la musique de la cathédrale de Riéti, petite ville de l'ancien État ecclésiastique, à 65 kilomètres au nord-est de Rome (^).

(1) C'e.>t Baini qui nous apprend ce fait : « 9 febi*. 1610 Rob.^rto di Fiandra, maestro délia cattedrale diRieti, accettô ^come raaetstfo délia Basilica Liberiana); ma non venne in Roma, e continué la direzione del coro il Donati. » Meinorie, etc., t. II, p. 359

Robert de Flandre ne saurait être assimilé à Robert ou Hubert Naich, membre de la société degli Ainici à Rome, au commencement du XVI® siècle, et auteur de Madrijali, la plu|)art imprimés dans la même ville, car il y a près d'un siècle d'intervalle entre ces d. ux artistes, La nationalité de ce dernier est-elle d'ailleurs bien établie ? Fétis tranche la question, en assignant Naich à la Belj^ique. Mais, quelles pauvres raisons il fait valoir en faveur de cette attribution !

" La nationalité de Naich se découvre, dit-:], parla m.nju cule M, qui

Ne quittons pas Riêti, sans signaler, aux environs de cette ville, la présence, au commencement du XVIP siècle, d'un autre maître flamand qui a échappé aux recherches des biographes et des historiens. Il intervient incidemment dans les causeries expansives qui, de temps en temps, rompent la monotonie aride de 3£elopeo de Cérone, ouvrage presque illisible, à cause de la crtnfusion et de l'inanité d'une foule de matières, mais précieux à consulter pour les révélations biographiques qu'il comporte. C'est ainsi que Cérone, après avoir parlé au chapitre de la Musica theorica y pratica^ des études de Palestrina à Rome, de la fréquentation qu'il y fit des maîtres réputés, des livres qu'il y compulsa, il est amené à des relations à lui, spécialement de celle qu'il noua, d'une façon très-étroite, avec « Juan Vério, de nacion Flamengo, » maître de chapelle, dit-il, attaché jadis au service de Marguerite d'Autriche, et avec lequel, durant quatre ans, alors que le dit Cérone était aux gages de l'évêque de Cività-Ducale (ville située à 5 milles de Riéti), en qualité de musicien de sa chapelle, il eut des conférences relatives à son art, et, où il exposait ses doutes et en demandait la solution. Il prit un plaisir extrême à ces conversations, et les renouvela autant qu'il le put. Mais, écoutons-le raconter :

Yo tambien he sabido por experiencia todo este, particularmente por aver tenido muy estrecha amistad con Juan Verio, de nacion Flamengo, y maestro de capilla, que à sido de Madama

précède son nom; elle est l'initiale de Magister, qualification qui nj se donnait, en Belgique, qu'aux prêtres musiciens [artium Magister). »

Comme si l'expression scolastique de Magister artium était particulièrj à la Belgiqu ■ ! Laisson> le temps accomplir son œuvre, tt ne le devançons que lorsqu'on aura de meilleurs arguments à produire en faveur de la qualité belge de Naich. Un doit à cet artiste des compositions inséréas dans le Rossignol >/iW5ec /Me Pierre Phalèse, en 1597 et 1598. Ici, il porte le [)rénom de Robert, là le prénom d'Hubert.

Margarita de Austria, que esta en el cielo. Con quien, en el tiempo de qiiatro aiios, que me tratuve, en Civitaducal de Abruzo en servicio de la capilla del Obispado, conferia mis estudios; y à quien pedia parecer en mis diidas. En extremo me holgava platicar con el de quando en quando; por quanto nunca oya sus palabras, que non sacasse provecho y aviso délias, porque siempre yua descubriendo cosas encubriertas à muchos, y dignas de no cubrirse à nadie. Sin duda tomara plazer de oyrle tratar de mi profession, y que avezes me sacasse de las dudas que tenta; y quanto mas me dezia cosas de gusto, tanto mas desseava me dixesse otras y otras, tiniendo siempre un nuevo desseo de saber meas. Porque assi como el avariento nunca se harta de dmeros (siendo mas que verdadero el dicho : Crescit amor nummi, quart, tiini ipsa pecwiia crescit), assi yo codicioso de saber, nunca me hartava del conocimiento de los secretos y subtilezas, que me descubria, y entonces conoci ser mas que verdadero el proverbio : Mendici pera yion impletur.

Traduction : « Je sais tout cela aussi par expérience, spécialement pour avoir été lié, d'une façon très-intime, avec Jean Vério, originaire du pays flamand, et maître de Madame Marguerite d'Autriche, actuellement au ciel. Pendant les quatre années que je restai avec lui, à Civitàducale, dans les Abruzzes, où j'étais au service de la chapelle de révêché, je causais de mes études, je demandais avis dans mes doutes, enfin je me complaisais à m'entretenir avec lui, en diverses occasions. Pas un mot, dont je ne retirasse utilité et ressource. Sans cesse, il découvrait des choses demeurées lettres closes pour plusieurs et dignes d'être manifestées à un chacun. Kn définitive, j'avais plaisir à l'entendre traiter de ma profession, et bien souvent il dissipait des obscurités qui m'embarrassaient. Plus il me disait de choses que j'aimais à connaître, plus je désirais qu'il m'en dévoilât d'autres encore, aiguillonné toujours

d'un désir plus ardent d'en savoir d'avantage. De même que Tavare ne se rassasie point de l'argent (plus juste est le dicton : l'amour de l'argent croit en proportion de l'argent même), ainsi, devenu avide de science, je ne me repaissais point des mystères et des subtilités auxquels il m'initiait. Pour lors, j'ai estimé être plus que vrai le proverbe : la besace du mendiant ne se remjMt jamais. »

Ces précieuses confidences réclament quelques commentaires explicatifs :

1° Le nom du maître flamand cité par Cérone, Verio ou Vérins, nous semble comporter le nom de Van Vere ou de Vere, que plusieurs familles flamandes portaient autrefois et portent encore maintenant. L'écart chronologique qui existe entre ce Jean Ve7*e et le Jean Vré ou Vrede (Wrede), celui-ci mis en lumière quelques pages plus haut, empêche leur assimilation. Rappelons-nous, à ce sujet, un maître Jean Van de Vere, qui, en sa qualité d'écolàtre, fut chargé., à partir de 1464, d'enseigner le latin et le chant, dans la maîtrise d'Oudenbourg i' . Signalons, en même temps, un « Jehan De Veer, dit le Ver, » lequel fut, en 1470, bailli de la ville d'Arnemuiden, en Hollande (-).

2** Les fonctions que Vério remplit auprès de Marguerite d'Autriche, c'est-à-dire auprès de Marguerite de Parme, car la tante de Charles-Quint mourut en 1530, et Cérone, dont le Melopeo date de 1613, raconte des choses qui ont dû s'accomplir en Italie vers 1609. Ces fonctions, par malheur, ne sont indiquées que vaguement par Cérone. On ne peut, en effet, induire de ses paroles, que Vério était maître de chapelle, lorsque Cérone le connut à Riéti, ou qu'il exerça cet emploi auprès de Marguerite de Parme.

(•) Musique aux Pays-Bas, t. I, p. 154.

(2) Nous avons vu de lui, à la Chambre des comptes de Lille, une quittance signée J. De Teer, avec les lettres J. D. entrelacées.

En ce dernier cas, nous opterons pour Texcercice de cet emploi, à partir de 1567, c'est-à-dire alors que Marguerite se retira à Parme, aucun document n'étant venu nous révêler jusqu'ici un Jean Vério dirigeant la chapelle musicale de la gouvernante des Pays-Bas à Bruxelles. Attendons toutefois que, d'une ou d'autre part, des éclaircissements viennent infirmer ou corroborer nos suppositions (•).

3" La haute considération dont Vério était entouré à Riéti. Cérone, tourmenté du désir d'apprendre, le consulta comme un oracle. Par induction, il est permis d'avancer que les autres collègues de Vério en auront fait autant, et que celui-ci aura laissé, auprès de l'évéque de Riéti, des souvenirs vivaces de son savoir profond et de son autorité imposante. L'auteur de Melopeo, un élève, en Italie, d'un maître flamand !

4'' L'âge et le berceau du maître. Puisqu'il est censé avoir été à la tête de la chapelle musicale de Parme, pendant la seconde moitié du XVF siècle, et attaché, vers 1608, à la chapelle musicale de Riéti, n'est-il pas juste de placer l'époque de sa naissance vers 1540? Et, ce mme les familles Va7i Verre foisonnent en Flandre, bien qu'originaires de Hollande (divers seigneurs, on l'a vu, portent ce nom), y aurait-il de la témérité à faire de notre maître un vrai Fiammengo?

A la même basilique de Sainte-Marie-Majeure, avait fonctionné, au commencement du XVP siècle, comme maître de chapelle, Philippe Denis, natif de Turnhout. Il y avait été chantre et chapelain, après avoir desservi les églises brabançonnes de Oyen et de Heffen, en qualité de curé. Il mourut le 22 novembre à 1 âge de 38 ans, comme l'atteste

(i) Une composition de Yerius s'est rencontrée, dans un recueil de pièces pour luth, édité en 15G8. Voy. t. W <\ii la Musique aux Pays- Bas, p. 71, au début du chapitre Van Uanst {Philippe),

une pierre tumulaire élevée à sa mémoire, en Téglise de Sainte-Marie in.Campo Santo, et dont voici l'inscription littérale :

PHILIPPO DIOMSII BRABANTJNO

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