N. XXXIII
Gotardo Panigarole.
Volemo che alli nostri cantori annotati nell' inclusa lista daghi
el veluto negro per uno zupparello per caduno, et lo panno morello
scuro per un vestito per caduno, non obstante ordine in contrario.
Quale veluto et panno gli donamo. Ma cercheray un panno che sia
fino, et habia bono colore scuro in modo che alli dicti cantori se possa persuadere ch'el sia morello de grano, quamvis el sia altramente.
Ex Galliate, die III decembris 1475.
Gabriel.
Nomina cantorum sunt hic infra :
D. Labbe, Gaspar vice abbe, d. Johanne Cordier, d. Henrico, Peroto, d. Bonis, Georgio Brant, d. Georgio de Cambray, Ruglero, Cardino, Zanino Linnon, d. Johanne d'Avignon, Zanino Avon, Galet, d. Daniel, Elligio, d. Prugeli, d. Rolando, d. Petro Daule, Cornelio, d. Proposito de Sancta Tegla, d. Ghinet, Aloyseto, Michèle da Carpi, Juschino, d. Henrico sacristano.
Nous doutons qu'il y ait lieu de tirer des conclusions efficaces de la différence de classement que présentent tous ces noms alignés à la suite l'un de l'autre. Les variantes ou les modifications dont ils sont munis, ont une autre portée. Ainsi, Gaspard devient vice-abbé, à quelques mois de distance. Cordier revêt le nom de Jean; Victor de Bruges disparaît ; Michel Fejt se retire ; on a George de Cambray, au lieu d'Antonio; Guilliaume Pergier manque; Ghilet se transforme en Galet, Jeannin Lumon en Jeannin Linnon, et Jeannin Avon en Jeannin Anon; Michel de Tours est remplacé par Michel de Carpi ; deux Espagnols font défaut, ainsi que messire Raynero et Antonio Ponzo; par contre, on marque, en plus, messire Pierre Daule, sans atteindre le chiffre de trente-deux, comme dans la liste d'une date antérieure.
La part faite des fautes de scribe ou de copiste, on pourra, le jour où d'autres lumières surgiront, tirer un excellent parti des divergences signalées L'élévation de Van Weerbeke à la dignité de sous-abbé, appartient désormais à l'histoire et corrobore tout ce qui a été dit de la position influente qu'il occupait à la cour des Sforce.
On verra l'importance et la signification de ses fonctions nouvelles, au chapitre final de ce volume, à propos du personnel chantant de la Chapelle sixtine. Jean Cordier, chose à remarquer aussi, le suit de près dans la nomenclature.
Eligio ou Elligio, peut-il être assimulé à l'artiste du nom d'Éloy, que cite Tinctoris, et dont une messe manuscrite est conservée dans les archives de la Chapelle pontificale (')? Et Cornelio ne vise-t-il point Corneille De Vuilde (De Wilde), qui a fourni des compositions à un recueil imprimé par Petrucci en 1503? Chose plus intéressante que tout cela : est- il permis de reconnaître, dans le luschino ou Juschino, l'immortel Josquin Deprès ? Examinons brièvement ce point.
Le diminutif de Josse, à savoir Josin ou Goesin, puis encore Jossekin ou Josseqidn, devenu en Italie Juschino, et qui s'y prononçait JoscJwio, est un indice d'identité qu'on peut revêtir de toutes les apparences d'une certitude. La date de sa naissance étant placée approximativement vers 1450, le maître aura eu, en venant à Milan, à peu près vingt-cinq ans d'âge. Il figure à la fin de la nomenclature, soit comme nouveau venu, soit à titre de basse taille. D'où venait-il? On ne saurait le dire. De Ferrare peut-être (^). « Son humeur inquiète, dit De la Fage('), lui fit passer sa jeunesse en Italie. » Les particularités de ce fait général sont encore à établir Rome l'accueille après Florence, presque en même temps. On le trouve, depuis, à Paris et à Bruxelles. On comprend, au milieu du gâchis de ces allées et venues, combien il est difficile de s'orienter
(ï) Kiesewetter en publie le Kyrie et VÂgnus, d'après une copie fournie par l'abbé Baini.
(2) Voyez au chapitre suivant. Les documents qui le placent à Ferrare doivent remonter au dernier quart du XV^ siècle.
(3) Petite Bibliothèque, p. 108 et 110.
chronologiquement. Les insuccès de l'artiste seront aussi pour quelque chose dans ces pérégrinations incessantes. La période, relativement courte qu'il passa à Milan, est un jalon nouveau dans cette carrière si versatile. Elle aidera peut-être à renouer le fil de ses déplacements successifs.
Autre particularité digne d'être enregistrée : il composa, par ordre du duc, un ouvrage de psalmodie, apparemment pour le service de la chapelle dont il était un des chantres. La fourniture de vingt quaternes ou quatre-vingt feuilles de papier, à cet effet, nous donne l'étendue du manuscrit destiné à recevoir l'empreinte de sa plume. C'est le premier octobre que la commande en fut faite :
Gotardo Panigarole.
Volemo che daghi ad Juschino, de li nostri cantori de la nostra capella, quaterni vinti de charta como esso te dira, per un libre ch'esso ha ad fare per la nostra capella. Datum ut supra (ex Villanova, primo octobris 1475).
Gabriel.
En puisant à la source d'où émane le renseignement qui précède, il nous est donné d'aligner quelques autres informations supplémentaires :
Le 4 février 1475, les chantres ducaux, Cordier et « Labbe, » reçoivent chacun trois florins, mensuellement accordés, pour deux chevaux mis à leur usage. La chapelle musicale suivait ordinairement le souverain partout où il allait, et les voyages s'effectuaient à cheval, pour les principaux membres de l'institution. Un serviteur les accompagnait :
Datum in castre nostro Porte Jovis Mh, die IIII februarii 1475.
Gabriel.
Lista de persone a le quale se ha a dare ogni mese li dinari per
le spese de li cavali zoè per li cavalli a loro descripti a computo de fiorini tri al mese :
Cordier, cantore per cavalli II.
Labbe, cantore » II.
Le 22 février, messire Daniel Scach, chantre, le même que le « D. Daniel » des deux listes précitées, reçoit de la part de son maître, un jupon de velours noir :
Dux Mediolani, etc.
Gotardo Panigarole, Volem daghi ao. d. Daniel Scach, nostro cantore, un zuppone de veluto negro piano quale gli donamo. Datum Papia, die XXII februarii 1475.
Le 18 mars et le 22 septembre, le chantre Brant est gratifié de costumes pour son usage. Les ordres, à ce sujet, sont pressants, ce qu'attestent les mots siibita et alJiora :
Gotardo Panigarole.
Perché habiamo a conferir con lo magistro che ne fa le coreze, volemo che subito el mandi al nuy per modo sia qua domane, et più daray ad Brant, nostro cantore, uni fodra de volpe per fodrare uno ghelero che U habiamo donato intendendo quelle che fa li fornimenti. Ex Viglevano, die XVIII martii 1475.
Gabriel.
Gotardo Panigarole.
Per altre nostre litere date Viglevani, usque die XIII may anni
presentis,te commettessimo dovessi dare al Brant, nostro cantore.
una fodra de 7olpe per uno ghelero de zettonino raso cremexino
che gli donassemo alhora. Adesso te replicamo quelle medesimo
et volemo se non gli hay datto essa fodra gli la daghi de présente.
Ex Villanova, XXII septembris 1475.
Gabriel.
Le 22 avril, un habit de velours basané, pareil à celui de Cordier et des autres chantres, est concédé à Gaspard Van Weerbeke :
Dux MU, etc.
Gotardo : A Gaspar, nostro cantore, volemo daghi una veste
de veluto morello nel modo hay dato a Labbe et Cordier, similiter
nostri cantori.
Mli, 22 aprilis 1475.
Gabriel.
Le 23 avril et le 16 décembre, don est fait à messire Labbe, « D. Labbe, » chapelain, d'un habit long d'une étoffe noire, et, le 7 novembre, d'autres dons sont enregistrés de diverses fournitures, notamment pour son costume officiel, lequel doit être achevé pour la Noël :
DuxMH, etc.
Gotardo Panigarole : Volemo che a D. Labbe, nostro capellanno, daghi el zambelotto negro o morello per farse una veste longha a meza gamba : quale gli donamo.
Abiate, XIIII aprilis 1475.
Gotardo Panigarole.
Altre volte a bocha te commettessimo dovessi a TAbbate, nostro capellano, la medietate de le cose annotate nel inclusa cedola. Perô aciô possa farne te opportune scripture le commettemo de novo quello medesimo, Datumut supra (ex GaUiate, VII novembris 1475).
Gabriel.
Braza XII de tela de reno per corporali et purificatori. Tovaglie IIII da reno de braza VII l'una.
Cordoni II de seta biancha et morella.
Camixi 4 formiti de brochato.
Amiti 4 formiti de brochato.
Dux MU, etc.
Gotardi Panigarole. Siamo contenti et volemo tu faci vestire l'Abbate, nostro capellano, de panne segondo l'habito suo videlicet de tonegba et mantello como è stato vestito altre Yolte. Et spazato presto et bene, perché volemo che a Natale elle sia vestito.
Datum Cusagho, 16 decembris 1475.
Gabriel.
Enfin, voici Torganiste ducal, nommé George de Gérard, auquel des étoffes sont octroyées pour la confection d'un jupon et dun manteau. Un détail plus intéressant le concerne. Mandé à la cour de Galéas Sforce, il j est chargé de plusieurs travaux relatifs aux orgues de la chapelle. En conséquence, on lui délivre au château ducal, les instruments de ce genre qui devaient recevoir le secours de son art. Une salle du palais devait lui être affectée, pour lui permettre de se livrer à son aise aux opérations voulues. Tous les autres instruments, quels qu'ils soient, lui sont fournis à sa demande.
Dux Mh, etc.
Gotardo Panigarole : Siamo contenti et volemo tu daghi a Giorgio de Gerardo, nostro organista, el veluto per uno zupone et la scarlata per farse uno mantello da butare fora le braze al parc del gienochio : quai gli donamo.
Ex Papia, XIII suprascripti (mai 1475).
Gabriel.
Galassio de Gallassis.
Vene h Géorgie de Gerardo, nostro sonatore da organi, al quale havemo commisse ne facia certi lavori de organi. Perô volemo
tu li consegni tutti quelli instrumenti che sono in questo nostro castello de simili lavori, et cosi gli daghi una caméra in esso castello dove el possa stare comodamente a lavorare. Consignerali quelle istrumenti ch'el te richiederà. Datum Villenove, die VIII octobris 1475.
Gabriel.
L'histoire de l'orgue aux Pays-Bas s'enrichit d'un nom glorieux de plus; car nous inclinons non-seulement à rapporter George de Gérard à nos contrées, mais à le croire un concitoyen de Gaspard Van Weerbeke, c'est-à-dire un Audenardais.
Le de qui précède Qerardo indique évidemment une provenance. Point de localité, à notre connaissance, qui corresponde à Gerardo, sinon la ville flamande Geeraerdsherghe, dont une famille de cette localité, vivait, au milieu du XV^ siècle, à Audenarde. Le de, italianisé, répondrait au van, qui précédait son nom, et Qeeraerdsherglie, trop long sans doute pour passer dans la langue transalpine, aura conservé le premier membre répondant exactement à Qerardo.
Or, par une coïncidence qui ne saurait être le fait du hasard, cette famille s'adonnait à la facture des orgues, et l'un de ses membres, apparaît, en 1458, dans les comptes communaux d' Audenarde, comme ayant renouvelé entièrement les orgues de Thôpital Notre-Dame, en cette ville. Il s'appelait Jean Van Geeraerdsberghe 0). George de Gerardo sera donc, jusqu'à preuve du contraire, un proche parent, un père de l'artiste audenardais. Grâce à la protection de l'audenardais Van Weerbeke, et au talent distingué qu'il possédait, il aura facilement trouvé accès à
(ï) Voyez, à ce sujet, les notes que Fétis lui consacre, dans sa Biographie universelle des musiciens, (V avivés les informations qu'il tient de nous.
la cour de Milan, où, si l'on tient à prendre à la lettre les lignes qui lui sont relatives, il aurait été agréé récemment et peut-être admis à faire ses premières épreuves. La présence d'un « maître d'orgue » du nom de Teybler, en 1473, autorise d'ailleurs cette hypothèse (*).
Quoiqu'il en soit, George Van Geeraerdsberghe est le plus ancien facteur d'orgues néerlandais dont on ait pu retrouver la trace en Italie, et, comme on le verra quelques pages plus loin, en ce même chapitre, deux siècles s'écoulèrent sur les travaux qu'il accomplit, au château ducal de Milan, avant l'apparition de son compatriote Guillaume Hermann à Côme.
Parmi les instrumentistes aux gages des ducs de Milan, il s'en rencontre beaucoup venant d'Allemagne ou des Pays-Bas. Antonio da Lecho, piffero, était dans ce cas, ainsi que le&piferi Anze de Volgel, Paullo de Honspach et Corado de Chingen, cités dans un fragment de compte de 1469, où l'on rencontre encore les trombonistes Anze de Rottiul et Georgio da Bourger. Les qualifications de tudescM et ^alemani leur sont tour à tour données. Le joueur de viole, sonatore da violla, s'appellait Stephano da Alamagna, et le joueur de luth, sonatore da leguto, se nommait magistro Johanne d'Alamagna (1469).
Ce dernier fut invité, avec son compagnon le violiste, à se présenter, le 17 avril 1475, au palais ducal, muni de leurs instruments respectifs, sans doute pour s'y faire entendre extraordinairement, ou mieux pour figurer dans un cortège solennel, car l'intendant chargé de les mander, avait à leur envoyer des chevaux, au cas où ils n'auraient pas les moyens de s'en procurer. On leur faisait la recommandation bien expresse de ne pas s'enivrer ce jour là,
(1) Voyez plus liaut p. 16.
avec la promesse de leur laisser liberté pleine et entière, durant toute l'année, si la recommandation était exécutée. Déjà, on le voit, les ménestrels éveillaient la méfiance chez les grands, au sujet de leur honnêteté, en attendant qu'ils eussent encouru partout, par leurs désordres irrémédiables, le mépris public. Le document d'où nous extrayons ces renseignements est daté, comme on l'a vu déjà, d'une résidence ducale voisine de Pavie, c'est-à-dire Abbiategrasso :
Johanni de Castronovate comanda al magistre Johanes Todesco, sonatore de leguto, ed al suo compagne che sona la viola, da parte nostra, che domane siano qui da nuy con li suoi instrumenti pro dendogli de cavalli, quando pro non habino el modo ; e diragli, che per domano non debino imbriacarsi, ma che poy nel resto delF anno gli damo licenza de far come li piace, purche domane siano sobry.
Dat. Abbiate, 16 aprilis, MCCCCLXXV(ij.
Il y avait encore, au service de la cour milanaise, une nombreuse phalange de trompettistes et de flûtistes. Au nombre de ces derniers, nous remarquons Mattheus et Luchinus de Belzioso, mentionnés en 1472 et 1473. Nous ignorons a quel artiste distingué s'applique le nom de Ludovicus; en 1456, il reçoit un sauf-conduit pour six mois, qui le permet de voyager avec trois compagnons et un domestique :
Concesse sunt littere passus Ludovico, musico ducis Mediolani, pro forma, cum sociis et famulo, quantum deceat, valiture menses sex. Viglevano, 27 octobris 1456 {^].
On le voit, rien n'était épargné, à la somptueuse cour
(*) Collection particulière.
(2) Archives et registres précités, fo 38.
des Sforce, pour assigner au rôle de la musique une importance grandiose. A l'éloge de Morigi, nous pouvons, en toute justice, joindre celui de Rosmini, qui, s'exprime, au sujet de Louis Sforce, en ces termes :
Ma se sotto altro aspetto il vorremo considerare,riconosceremo in lui (il duca Ludovico Sforza) uno de' più gran Mecenati che abbiano mai favorito le lettere, le scienze e le arti a taie, ch'egli, sebbene in volto in difScili e multipiici cure di stato, e in tanti e si complicati progetti politici, parea che non ad altro che a queste ri volto avesse il pensiero (').
Si le règne des Sforce fut marqué par des guerres, des révolutions, des atrocités barbares qui soulèvent le cœur, en revanche, il fut signalé aussi par des réjouissances publiques dont les annalistes détaillent à Fenvi les incomparables splendeurs. De ce nombre sont les divertissements qui eurent lieu, à l'occasion du mariage de Galéas Sforce avec Isabelle d'Aragon. Tristan Calchus en retrace notamment un tableau vraiment stupéfiant, ce qui prouve que nos inaugurations flamandes, si vantées dans l'histoire, ont provoqué ailleurs des cérémonies qui les valaient certainement, si elles ne les surpassaient pas. Il y avait, entre autres, à la fête en question, une entrée d'instruments bruyants, ainsi décrite par l'historien :
ïterim et festo sonita tintinnabulorum et clangoribus tubarum bombardarumque et scloporum horrisono crepitu cuncta personare cœperunt.
Puis, se joua une pièce allégorique où Orphée notamment invitait l'Hyménée aux sons de la cithare, « Orpheus
(1) Carlo de Rosmini, Storia di Milano, t. IV, p. 273.
hymenseum ad cytharum citavit, » le tout, agrémenté par des chants, tant particuliers que simultanés « suavissimus concentus vocum. » Il y eut ensuite une série de cantiques et de mélodies instrumentales, entremêlés de contes débités par les histrions officiels « canticis et sonis histrionumque fabulis insumptus. » Enfin, un orchestre de cinquante instruments à vent, fit retentir les airs des plus éclatantes harmonies : « quinquaginta tubarum, tibiarumque concentus. » Artéaga veut y voir l'origine du drame lyrique moderne; ce que nous avons exhumé concernant ces fêtes vocales et instrumentales, ornées de jeux et de danses, donne parfaitement raison au judicieux et savant auteur des Rivolîczioni del teatro musicale italiano.
Fétis, en citant C) la fête donnée, en 1488, par Bergonzo Botta, noble de Tortone, se borne à dire qu'il y eut simplement un intermède où les dieux et les déesses chantèrent tour à tour. En attribuant exclusivement la création du drame musical aux Péri, aux Cavalière, aux Caccini, aux Monteverde, etc., Fétis ignorait que, un siècle auparavant, des maîtres flamands avaient présidé, comme on le verra amplement encore plus loin, à des représentations similaires, moins avancées assurément comme art proprement dit, mais où déjà toute l'action d'un drame lyrique se trouvait en germe.
Gaspard eut certainement une grande part à ces imposantes cérémonies, et comme organisateur, et comme chanteur, et comme compositeur. Sa position était, en tout cas, trop belle, trop lucrative, pour le décider à l'échanger contre une autre aux Pays-Bas, alors tout aussi
(>) Article Cassini de la Biographie universelle des riiusiciens. On peut encore voir une curieuse description de cette fête splendide, au t. II, p. 73 et suiv., du Traité historique de la Danse, par le chevalier de Cahusac.
livres aux horreurs de la guerre que l'était le Milanais. Aussi sommes-nous porté à croire qu'il sera mort au service de ses maîtres, comme Tinctoris à Naples, et Willaert à Venise. Il avait, ainsi qu'il a été démontré, une prébende libre à l'église de Saint-Donat à Bruges. Peut-être jouissait-il d'autres bénéfices considérables aux Pays-Bas! Qu'avait-il à envier, en somme ?
Sans donner à l'homonymie plus d'importance qu'il ne faut, nous croyons devoir ajouter un fait propre à éclairer le mystère des dernières années du maître flamand. Le 12 mars 1536, le célèbre didacticien musical, Pierre Aaron, prit l'habit au couvent des hiéronymites à Bergame. Vingtdeux chanteurs, dirigés par Gasparo, « maestro di capella,» vinrent témoigner au grand savant leur affectueuse sympathie, en chantant, à cette occasion, un Magnificat à deux chœurs, des psaumes spezzati, et toutes les antiennes d'usage en contrepoint, puis enfin le Veni Creator, à l'issue de la cérémonie ('). La résidence de cette phalange n'est pas indiquée. Serait-ce trop hasarder que de l'assigner à Milan, qui nest qu'à une faible distance de Bergame? Plus d'une fois nous avons vu des chantres faisant, comme récréation ou comme gracieuseté, des excursions plus considérables que celle mentionnée. Il est douteux, au surplus, que l'église de Bergame ou même le couvent des hiéronymites de ce petit centre, aient eu un personnel de vingtdeux chantres, rompu aux difficultés du déchant et capable d'éveiller l'enthousiasme de l'illustre Aaron, qui compare leur exécution à tout ce qu'il a pu entendre de meilleur en ce genre à Venise. Or, cette phalange était comme
(ï) Lettre d'Aaron ^voy. Lucidario in musica) à son ami Giovanni del Lago, maître de chapelle à Venis3. Signalons encore, dans le fragment de compte précité, un prêtre du nom de Gasparo, « rectore de la ducale de Santo Gotardo (1469) ».
nombre de voix, et, on pourrait ajouter comme mérite d'interprétation, précisément celle qui fonctionnait sous les voûtes de la chapelle ducale de Milan. Van Weerbeke aurait donc, dans ses vieux jours, rempli les fonctions réelles d'un poste où il gouvernait déjà antérieurement sans régner.
Gafori le mentionne parmi les « jucundissimi compositores » de son époque, à propos d'un artifice de contrepoint dont notre artiste s'était servi dans ses remarquables productions :
Est et celeberrimus quidam in contrapuncto processus notularum, videlicet baritonantis ad cantus notulas, institutus consimilibus notulis per decimam invicem procedentibus, tenore ad singulos concorditer commeante, quem Tinctorus, Gulielmus Guarnerii, Jusquin Despret, Gaspar, Alexander Agricola, Loyset, Obrech, Brumel, Isaac, ac reliqui jucundissimi compositores in suis cantilenis sœpius observarunt (').
Aux productions de Van Weerbeke connues jusqu'à ce jour, nous venons en joindre une qui non-seulement a échappé aux recherches de nos devanciers, mais qui est de nature à renforcer encore, s'il est possible, la haute réputation dont l'artiste jouit déjà parmi les maîtres du XV siècle. Insensiblement le répertoire de ces maîtres s'élargit, et il y aura moyen bientôt de se prononcer en toute connaissance de cause, à leur sujet. Le manuscrit où se voit la composition que nous mettons à l'actif de Van Weerbeke, y contribuera largement.
C'est un magnifique vélin in-folio du XV^ siècle, relié
(1) Practica musica, lib. III, etc. Un éloge récent, mais d'un grand poids, est celui d'Ambres, au t. III, p. 247 de son admirable Geschichte der Mîisiek. Il vise surtout la messe : 0 Venus bantl
en velours rouge, et originaire, comme il sera facile de le démontrer, de la Flandre ou du nord la France. Les armoiries dont il est muni, sont encore à déterminer. Elles portent d'or à trois fasces de gueules, et la devise : Infrangibile, dans le cimier. Sur une banderolle, on lit : Un sœul Dieu. Une note, collée sur la garde, donne, en écriture italienne, ce qui suit :
Libro di musiche di varie messe e di mottetti di autori francesi, scritto in Francia, usato in Spagna, che il foglio primo dell' Indice che si trova dà principio è in lingua spagnola siccome ancora i tre ultimi fogli pure scritti in Spagna, circa 1490.
La musica è stimata molto buona, le miniature sono bizzare, 6 di mostri, e di corpi ridicoli per moite margini del detto libro. Quanto al nome Infrangibile, e le armi, che si trovano in esse...
Le sens est interrompu ici par le scribe naïf, apparemment parce qu'il n'a pas osé faire une attribution à la légère. Nous l'imiterons dans sa réserve, non sans avoir fait de nombreuses tentatives d'appropriation, demeurées sans résultat. La question étant importante, pour la provenance du manuscrit autant que pour la détermination du milieu musical où Ton a fait usage du précieux recueil, nous la soumettons volontiers à de plus habiles que nous, en matière d'héraldique, en nous contentant de reproduire ci-après une réduction aussi exacte que possible des armoiries en question. Nous sommes persuadé que la solution attendue sera en faveur du pays thiois, ce qu'attestent déjà victorieusement les miniatures qui ornent le précieux manuscrit, et qui toutes, soit fleurs, soit personnages, soit scènes domestiques, soit jeux, etc., portent le cachet irrécusable de l'art flamand de la deuxième moitié du XV siècle. Nous en accentuerons quelques unes, en passant, dans la description à vol d'oiseau que nous allons faire du curieux
volume. Celles que nous omettons, ou sont inutiles à notre projet, ou ont un caractère d'intimité extrême, que nous tenons à ne point enfreindre ('). Voici les armoiries :
Une feuille de vélin, collée au revers de la couverture, contient ce mauvais index à initiales gothiques, enluminées et dorées :
Tabla de missas y motetes, y son las seguientes, et primo : Missa de Okeghem : mi-mi. — Missa de Okeghem : Ecce ancilla. — Missa de Okeghem : L'omme armé. — Missa de Okeghem : Fors. — Missa de Okeghem : [blanc]. — Missa de Okeghem :
{}) Le célèbre Baini écrivait, en 1840, à Bottée de Toulmon, au sajet de ce vénérable recueil : « Il sig. principe Chigi ha nella sua biblioteca un prezioso codice in pergamena di messe già appartenuto ad Alessandro VII, som. pont., e conservato cosi bene che sembra scritto in giornata. j? Comment se fait-il qu'un pareil trésor soit resté inutilisé ? Ambros, qui a fait tant de recherches patientes à Rome, en a complètement ignoré l'existence.
Mastresse. — Missa de Okeghem : [blanc]. — Alissa de Okeghem : De plus. — Missa de Okeghem : Au travel. — Missa de Okeghem : Cujus. — Missa de Okeghem : Prolationum. — Missa de Okeghem : 5' toni. — IVIissa de Okeghem : Requiem. — Missa de Jacobo Barbiriau : [blanc]. — Missa de Alexaxder : bi myne sin. — Missa de Petro De la Rue : \blanr^. — Missa De la Rue : [blanc]. — Missa de Josquyn : [bkmc]. — Missa de Brumel : [blanc]. — Missa de Busnoys : [blanc]. — Missa de Loyset Compère [blanc]. — M (issa ?...).
Motetes, et primo : Regina celi de [blanc]. — Sancta Trinitas, de FÉviN. — Quis dabit oculis [blanc], — Ave Maria, de Okeghem.
— Ave Maria, de Loyset Compère. — Stabat mater dolorosa, Josquyn. — Stabat mater dolorosa, Gaspar. — Angeli et archangeli, Hysaac. — Lux solemnis [blanc]. — Celci tonantis, Régis.
— Ave Rosa speciosa [blanc]. — 0 mirabile conversum, Régis. — Lauda Syon, de Régis. — Intemerata, Okeghem. — Cile fragor [blanc]. — Clangat, Johannes Régis.
Okeghem. La notation et récriture, toutes flamandes, appartiennent à la deuxième moitié du XV^ siècle. A la première page, reparaît le blason précité, avec la devise : Infrangibile. Les quatre parties vocales de la première messe : dessus, ténor, contraténor, basse, sont échelonnées sur deux pages en regard et ornées chacune de lettrines à têtes drolatiques, comme celles que nous avons extraites des comptes de la ville de Grammont ('). A la marge inférieure de la première page, deux couples donnent un concert instrumental. Les femmes de l'un et de l'autre jouent du luth et de la harpe; leurs compagnons jouent de la flûte et du violon. A la deuxième page, deux autres couples chantent, un cahier de musique à la main, devant une fontaine jaillissante élevée dans l'enceinte d'un bastion à barbacanes, dont la porte ouverte laisse voir un riant préau planté d'arbres et où se promènent deux personnes.
(1) Voy. notre Théâtrti villageois en Flandre ^ t. I, p. 46.
Chaque messe est introduite par des enluminures et des miniatures diverses. La deuxième messe offre la scène de l'Annonciation, avec le même blason et la même devise : Infrangihile, plus le mot Amor en lettres gothiques sur un vase à fleurs, d'un côté, et, de l'autre, un monarque agenouillé sur un prie-Dieu, derrière lequel apparaît sainte Catherine à la roue. La troisième messe présente des lettrines d'une main autre que celle du miniaturiste, mais, en tout cas, flamandes et offrant de grandes similitudes avec celles qui ornent le manuscrit brugeois de De Maie, décrit par De Coussemaker (^). Il y a encore le poisson, qui entre beaucoup dans la composition des lettrines flamandes de cette époque, et la marotte du fou traditionnel, classiquement coiffé d'un capuchon à grelots (") :
Si le doute, quant à cette provenance, devait subsister dans l'esprit du lecteur, ce doute devrait s'évanouir devant la représentation d'un vrai intérieur flamand, avec le chaudron suspendu à Yliang du foyer, la table patriarcale, à laquelle sont assis l'hôte et l'hôtesse revêtus du costume local, le gigot rôti que sert une accorte servante, et le curieux indiscret qui regarde par une lucarne de la salle. A quelques pas de là, des singes jouent du violon et de la cornemuse.
Redressons, en passant, les titres tronqués de la table,
(1) Collections musicales de Cambrai^ etc. p. 65.
(2) Voy. le TMâtr? villageois, etc., t. II, p. 232,
par le dëpoiiillement de ceux qui figurent en tête de chaque messe ockeghemienne. Au lieu de Fors, lisez : Fors seulement. Il faut ma matresse, en place de : masiresse ; De phcs en plus, pour : de plus ; âîc ù^avel sioy, pour : An travel ; Cujicsvis to?ii, pour : Cujus. Au Sanctus de la messe : Prolaciomim, on lit tour à tour : « Fuga pausarum ascendendo per sextam, » et « Fuga per unum tempus descendendo per septimam. » Au Pleni, il y a : « duo »; à XHosanna : « Perfectum in C sol fa ut. » La messe 5" toni porte, au-dessus de la partie de soprano : qiiinti tlioni. Si les titres des messes ne se trouvent pas en tête de chacune d'elles, on peut les voir en lettres rouges, entre les portées de la première ou de la deuxième partie. Ainsi apparaissent, en lettres voyantes, les mots indicateurs de la deuxième messe : Fcce ancilla Domini. Fiat michi.
Les figurines expriment généralement le sens de toutes ces devises, mais point à la place que celles-ci occupent. Par exemple, au Requiem, se dessine une tête de mort, avec ces adages inscrits sur des banderoUes : « Cogita mori ; — morir convient. » Entre les portées du dessus, on lit : « Te decet hymnus in Syon. » Au : « Sicut cervus, » se voit le mot : « duo. » On chante encore ces paroles additionnelles : « Sed signifer sanctus Michahel representet eas in lucem sanctam. » Ce saint Michel est encore invoqué dans Y Ave Maria d'Okeghem : « Sancte Michael, ora pro nobis 0). »
Fétis cite simplement, d'après d'autres bien entendu, les messes d'Okeghem: Cujusvis toni (et non ad omnem tonwni), Gaudeamns, Pour quelque peine, Ecce ancilla Domini,
(1) Saint Michel de même que sainte Catherine, sont des patrons tutélaires d'une multitude d'églises ou de chapelles aux Pays-Bas, en Flandre surtout. Voy., au volume précédent, la conjecture que nous formulons, au sujet de ces deux saints qui ont donné leur nom à deux églises importantes de Bruxelles.
Village et Prolationum. Pourtant, Aaron, dans son Toscanello, que Fétis paraît avoir consulté en nature, mentionne du grand maître une messe de VOmme armé, et Guillaume Crétin, tant invoqué par le ci-devant directeur du Conservatoire de Bruxelles, cite une messe mi-mi ('), un Requiem, ainsi qu'une troisième messe de sa connaissance, intitulée Au traveil suis. Il s'en trouve encore une, dans la collection de la Chapelle sixtine, ayant pour titre : De flus en plus. La nomenclature bibliographique, consacrée par Fétis à Okeghem, est donc bien imparfaite. Ce que Fétis a omis, Ambros le consigne avec empressement, tout en regrettant de n'avoir pu arriver à un meilleur résultat. L'auteur de la GescMcMe der musiek fait remarquer, entre autres, que Baini ayant dit, dans son livre sur Palestrina, que Jean Okeghem est auteur de plusieurs messes échappées à l'attention des musicographes, et que pourtant Baini n'énumère pas, lui, Ambros, a fait des recherches personnelles à Rome , avec l'aide de Richard Davis, maître de la chapelle papale, et que rien de ce genre"* n'a pu être découvert. Baini avait raison toutefois, et les compositions indiquées vaguement par lui, outre deux autres qu'il n'avait point aperçues, se trouvent en copies du temps dans le beau recueil dont nous nous occupons.
Ce sont un Ave Maria et une Inlemerata'^), deux motets qui, ajoutés aux messes : Fors seulement, ma mastresse et quinti toni, et à celles privées de toute indication, forment sept productions de l'illustre musicien à joindre, pour la première fois, à la liste de celles acquises déjà à l'histoire. Fors seulement V attente que je meure, est aussi le titre
(^) Le même titre que porte une messe de De Orto. (2) Le commencement de ce motet offre pour paroles : « Intemerata Dei mater, generosa puella.... «
d'une chanson particulrère d'Okeghem, dont on trouve une copie dans un précieux manuscrit de la Bibliothèque de Dijon qui jadis faisait partie de la collection des ducs de Bourgogne. Ma mastresse, encore un timbre d'une chanson ockeghemienne spéciale, que Tinctoris envisage comme une œuvre capitale. Il est naturel que le maître en diSi farci — pour nous servir d'un terme usité à l'époque où il vivait — ses grandes compositions, de préférence à d'autres thèmes dont il eût pu faire usage. Peut-être ces deux chansons sont-elles tournées de façon à pouvoir leur donner ainsi un rôle épisodique.
La carrière d'Okeghem a dû être bien fructueuse, si l'on songe aux productions qui restent un mystère ou qui peutêtre sont perdues sans retour. Ambros conteste énergiquement, comme le prétend Fétis, qu'Okeghem ait été un élève de BusnoisC). Les archives seront peut-être appelées un jour à confirmer matériellement ce que le savant musicologue allemand tranche ici artistiquement, à l'aide d'une étude attentive des compositions respectives des deux maîtres belges.
Barbiriau. La messe de ce musicien porte en lettres rouges, à la partie de ténor : Virgo farens Christi. Une copie en est conservée également à la Bibliothèque impériale de Vienne. Tinctoris a, selon toute apparence, orthographié le nom du compositeur de cette ïdiCon'. Barhir y aut. Des scribes maladroits en auront fait Barhigant, appellation sous laquelle a été désigné parfois l'artiste.
Agricola. La messe signée de ce nom et portant, au Gloria, cette devise flamande : In myne synn, a échappé jusqu'ici aux recherches de tous les spécialistes. A l'appui de ce que nous disons, au tome I" de cet ouvrage, relativement au vrai nom d'Agricola, il nous est permis de citer
( ^) Geschichte, etc. t. III, p. 171.
deux exemples caractéristiques, l'un appartenant à la Flandre, l'autre au Brabant. Le premier donne un « Janne Ackerman, » en 1381, à Bruges 0), l'autre fournit un « Adriane Ackerman, » en 1474, dans une localité brabançonne non designée H.
La Rue (P. de). L'entête de la première messe du recueil due à cet artiste, est munie d'une signature en rébus, dont voici le fac-similé :
P. de — k — ^- rue.
A la partie de ténor, il y a, en lettres rouges : Missa almana. Cette composition peut s'ajouter aux nombreux catalogues des messes de cet auteur, relevées par les historiens de la musique. L'autre messe, du même, celle-là sans titre, offre la même marque moins le P. initial de Pierre. Parlant, à l'article Jean Bonmarcliè, des nombreux motets de nos compositeurs que renferment les églises d'Espagne, M. Auguste Thjs ajoute : «En 1850, M. Gevaert assista, à Tolède, à l'exécution d un motet de ce maître (Josquin Deprès), et, dans les archives musicales de la même ville, il^ découvrit des motets signés « Jacopo Vaet » et « Pietro Ver Straete » ou « Van der Straeten, » et d'autres noms flamands encore inconnus des biographes (^). » L'hypothèse que nous émettions dans le volume précédent (^), acquiert ici un degré de créance qui pourra se traduire en certitude, quand les investigations auront été poussées plus sérieusement de ce côté(^).
(') GiixioDTS, Inventaire des chartes de la ville de Bruges^ 2^ série, p. 376.
(2) Registre aux droits de scel de Brabant, etc.
(5) Les Sociétés chorales en Belgique^ 2e édition, p. 199. Le rapport de Gevaert ne fait point mention de cette trouvaille. \^) Musique aux Pays-Bas, t III, p. 211.
(^) Pierre De la Rue est déjà cité, dans un état de la chapelle de l'archiduc Waxinnlien, le 2 avril, 1485. Nous le rencontrerons encore.
JosQUYN. Sa messe a pour motto : VOmme armé, inscrit en caractères rouges, dans la partie de ténor. L'enluminure marginale inférieure offre un tambourin et un galoubet, qui nous ramènent vers le manuscrit de De Maie précité. Quelques particularités nouvelles sur la carrière artistique de Josquin Deprès seront alignées plus loin. Le Stabat de l'illustre musicien a été imprimé plusieurs fois. A la partie de ténor, on lit en encre rouge : « Comme femme. »
Brumel. Même devise de VOmme armé, sur la messe de ce maître. L'ouvrage a paru, en 1503, chez Petrucci, à Venise. On verra bientôt divers détails inconnus de la vie de Brumel.
BusNOYS. Encore une messe de VOmme armé. Au Sanctus, on lit :
Ubi thesis assint ceptra, Ibi arsis et econtra.
Au lieu d'un simple adage scolastique, nous croyons démêler ici une indication expresse, quant au premier et au deuxième temps de la mesure, autrefois appelés thesis ou depressio, et arsis ou elevatio. Comme on le verra, la même messe se trouve dans la collection de la Chapelle pontificale à Rome. Une particularité intéressante, si elle se rapportait au célèbre musicien de Charles le Téméraire et de Marie de Bourgogne, est la permutation faite, le 27 janvier, d'une prébende à l'église de Lierre, par an nommé « Buysnois, » en faveur de Jean le bâtard de Brabant :
Item, van eenre permutatien vander provenden van Lyere ghedaen by Buysnois, tôt behouf heeren Jans bastaert van Brabant, xxvij januarij (1481, n. st.) signata Thielt... ij lib. \j den. par. (0.
(1) Registre aux droits de scel de Brabant, etc.
On a placé, à l'aide de documents authentiques, la date approximative de la mort de Busnois entre le 26 octobre 1480 et le 2 février 1481. La permutation dont il s'agit, assignerait une date plus précise à ce décès, au cas où il y aurait lieu de l'appliquer à l'artiste ('). Biiysnois serait alors l'altération de Busnoys, orthographe généralement adoptée au XV siècle pour les compositions du maître dont des exemplaires nous sont parvenus, et qui a même servi à former un assez médiocre rébus mi-latin mi-grec.
Compère (Lojzet). Ces deux noms accouplés, sont décisifs pour la détermination du vrai nom de l'artiste. La messe de VOmme armé - ce titre se trouve marqué en lettres rouges à la partie de ténor — est inconnue aux musicographes. Au Sanctus, on lit ces instructions rimées :
Tempora bina pausa.
Post has VIII posta visa.
Au Pleni sunt cœli :
Gradatim scandens,
Canon > „ ..
/ Hec replico mese gerens.
A YAgmis Dei : « Fuga unius temporis in epithomo. » Pour XAve Maria de Lojset Compère, Fétis n'en dit mot, bien qu'il ait été imprimé par Petrucci. Où Fétis a-t-il pris que le maître est d'origine picarde ? La Flandre flamande offre diverses familles Compère ; et nous n'avons qu'à ouvrir Y Inventaire des cliartes de M. Gilliodts, pour y rencontrer, à Tannée 1362, un « Everard Compeer, » négociant en bières, probablement établi à Bruges. Le Ligghere de
(*) Nous lisons ailleurs, que Busnois cessa de vivre la même année que Marie de Bourgogne, c'est-à-dire en 1482. Notre renseignement se bornerait alors au fait de la permutation de prébende. Voy. Messager des sciences, année 1867, p. 104, ainsique nos Maîtres de chant, etc. p. 42,
Saint-Luc à Anvers, fournit également un « Jacques Comperis, » lequel était apprenti-peintre en 1573. Ces deux citations suffisent pour placer la question de la patrie de Compère sur un terrain autre que celui que Fëtis a tenté de lui assigner.
FÉviN (A.) Le motet Banda Triniias, d'Antoine Févin, n'est cité nulle part que nous sachions. Les musicographes mentionnent, sous le même titre, une messe du même auteur, imprimée en 1515, par Petrucci.
Gaspar. Nous voici arrivé au Stahat mater de Van Weerbeke. En tête, on voit le nom de Jaspar, et, à la partie de ténor, on lit, en lettres rouges, ce texte : « Vidit speciosam sicut columbam ascendentem desuper; » ce qui permet de croire qu'à l'instar du Stahat de Josquin Deprès, cité plus haut, la composition de l'illustre musicien audenardais appartient à la catégorie de celles que l'on appelle « farcies. »
On ne peut demander aux productions de cette époque un sentiment esthétique bien intense, puisque l'imagination n'avait point encore pénétré dans cet art soumis à des règles immuables et où les combinaisons mécaniques en quelque sorte avaient le dessus. Il fallait donc se borner à imprimer aux compositions toute la clarté et l'élégance de mouvements dont elles étaient susceptibles, toute la plénitude et la pureté d'harmonie, toute l'ingéniosité et la richesse de développement dans les imitations thématiques que le musicien pouvait y prodiguer, s'il était doué d'une nature à la fois souple, féconde et vigoureuse.
Sans prétendre vouloir placer Van Weerbeke à la hauteur des phénix musicaux de son siècle, nous pouvons certifier que son harmonie est généralement pure, que son sujet est très habilement mis en canon, par le ténor, et que rien ne vient entraver les évolutions des autres parties