‹ La musique aux Pays-Bas avant le XIX ̊siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, maîtrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétiqueChapitre 1 sur 60 · La musique aux Pays-Bas avant le XIX ̊siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, maîtrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétique · texte numérisé non relu

La musique aux Pays-Bas avant le XIX ̊siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, maîtrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétique

Plusieurs personnes nous ayant demandé de vouloir publier immédiatement ce que nous avons rassemblé jusqu'ici sur les ménestrels aux Pays-Bas, nous n'avons pu nous refuser à leur désir. La partie italienne que devait contenir ce volume, sera donc forcément reléguée à l'un des volumes suivants.

Nous en détachons les notes relatives à Jean Tinctoris, pour répondre de même à divers vœux trop formellement exprimés pour n'en point tenir compte. De fait, cette mise en lumière s'imposait en quelque sorte, avant toute autre publication, à un moment où la vengeance personnelle et le fanatisme de parti sont déchaînés impitoyablement. Vains efforts! On ne saura ni infirmer ni effacer ces lignes consciencieuses, probantes, qui doivent être la condamnation complète de nos persécuteurs. Le mépris qu'ils ont voulu nous attirer, retombe sur eux-mêmes. On ne saurait croire

à quel point ces lâches accusateurs sont flétris dans l'opinion publique (1).

Les préliminaires de ce qu'on a appelé « la question Tinctoris, » ont été donnés, avec une grande précision et une entière impartialité, dans le Guide musical du 28 mars 4875, auquel nous laissons volontiers la parole, pour ne point affaiblir les termes de son excellent résumé :

c( La biographie de nos anciennes illustrations musicales est tellement obscure, tellement embrouillée, qu'il ne faut guère s'étonner parfois de voir surgir d'un coup des informations venant démentir complètement ce qui avait été accrédité depuis des siècles.

» Ainsi de l'origine de Jean Tinctoris.

» Depuis qu'on s'est proposé d'élever à ce grand théoricien une statue en la ville de Nivelles, où un seul auteur, Trithème, un Allemand, le fait naître (2), les recherches sur la vraie origine de cette gloire nationale ont été reprises vivement, et, cette fois, à fond.

» Le rapport adressé par M . Vander Slraeten à M. le ministre de l'intérieur, a ouvert la discussion. 11 convient de le reconnaître, il n'y avait qu'un arclû-

(1) Nous possédons au complet le dossier de leur infamie.

(I) On fera remarquer ici que, pour celte naissance, un mot dubitatif, oriunduSy c*est-àdire originaire, est employé par Trithème, en place de ortus ou natuxy dont la vraie signification est natif. M. Jules De Becker,directenr du Courrier de Nivelles^ a consacré au gérondif oriundus une série d^articles Mvanis, dont nous recommandons vivement la lecture.

viste capable d'élucider cette rude question, et c*est aux archives que M. Vander Straeten s*est adressé de préférence.

» Que disent, en effet, les écrivains venus après Trithème? Invariablement tous la même chose, Guicbardin et Sweertius en tète. Voilà le bilan' des livres.

» Or, on a vu récemment à quels mécomptes on s'expose, en s'en rapportant simplement à l'assertion d'un auteur, pour tout ce qui concerne les faits biographiques anciens. André Pevernage passait, depuis trois siècles, pour être natif de Gourtrai. Les archives de Saint-Sauveur, à Bruges, ont démontré qu'il a vu le jour à Harlebeke (1). Nous pourrions multiplier ces exemples.

» Quant aux archives de Nivelles, très-incomplètes, du reste, elles ont été fouillées tant de fois avec insuccès, qu'il ne fallait guère espérer un résultat satisfaisant de ce côté. Une seule chose frappe par sa singularité. Pas le moindre nom de Tinctoris ou de Teinturier dans les papiers publics de la petite cité brabançonne !

» M. Vander Straeten devinai à priorù en disséquant la forme latinisée du nom de l'artiste, qu'elle impliquait une origine flamande.

» kcceptsint provisoirement Y opinion de Trithème, il

(i) Voy. noi MaUru de chant et organUtes de Saim-Donaiien et de Saint- Sauveur, à Brugee, p. 50,

rencontra, au xiiie siècle, une famille Tinctoris à Diesl, puis une autre, deux siècles après, à Matines. Il crut un instant pouvoir y rattacher celle de l'illustre maître, sans sortir des limites du Brabant.

» Dans toute question obscure, on tâtonne d abord, jusqu'à ce que la lumière paraisse enfin.

» M. Vander Straelcn interrogea les registres dits c( au droit de scel de Brabant. » Il ne tarda pas à mettre la main sur un document précieux pour la biographie de Jean Tinctoris, à savoir Tannée exacle de la mort de l'artiste, arrivée en 1511.

» Il ne put trouver la date précise de lobtention de son canonicat, le placet n'ayant été institué que le 20 mai 1497, conséquemment trop tard pour pouvoir y rattacher ce fait intéressant.

» Aidé par un de ses collègues, M. Louis Galesloot, qui avait eu la bonne idée de parcourir les registres d'inscription de l'université de Louvain, M. Vander Slraeten apprit bientôt que Jean Tinctoris avait vu le jour dans le diocèse de la Morinie, c'est-à-dire dans la partie de la Flandre occidentale et de la Flandre française voisine de la mer du Nord.

» Nivelles était écarté du coup, cette ville appartenant au diocèse de Liège.

» Jean Tinctoris, déjà maître es arts, vient, en 1471 , faire, à l'Université, un cours de théologie ou de droit canon. Il appartenait à une famille aisée, car le mot

pauper ne précède pas son nom, comme cest le cas pour plusieurs de ses collègues.

» Muni de ce précieux renseignement, Tauteur de la Musique aux Pays-Bas poussa plus avant les recherches dirigées vers ce point, et il ne tarda pas à découvrir le lieu de naissance même du célèbre théoricien.

» Â quoi tient Télucidalion d'un fait? Le scribe, auquel est dû le premier renseignement, Torigine morinienne, négligeait très-souvent de désigner le lieu de provenance des élèves. Celui dont émane la deuxième information, enregistrait au contraire, avec un soin scrupuleux, cette importante particularité.

» Donc, à Tissue des études théologiques de Jean Tincloris, un Jacques Tinctoris, sans nul doute le frère du grand musicien, vient, à son tour, suivre le cours des arts, où il est regu le 25 février 1475.

» 11 arrive également des côtes maritimes de la Flandre, morinetisis diocesis. Mais, cette fois, nous savons, d'une manière précise, la localité qu'habite sa famille et où il a vu le jour. Cette localité n'est autre que la ville de Poperinghe.

» La conclusion se fait d'elle-même. Poperiughe est le berceau de Jean Tinctoris aussi bien que de Jacques Tinctoris. La coïncidence des noms, des lieux et des dates est parfaite. Tout s'enchaine à merveille.

» En quittant Louvain, Jean Tinctoris écrit, en 1476, son traité : De naturâ et proprietate tomrmn^ qui cou-

stitue le point de départ de sod énorme renommée.

» Tel est le narré succinct des découvertes successives amenées par les archives. Une tâche ultérieure est dévolue à M. Vander Straeten : la publication des pièces probantes.

» Étranger à toute coterie politique, n'ayant d'autre objectif que la vérité, notre érudit musicologue, qui poursuit, depuis vingt ans, avec la vaillance que Ton sait, la réédiflcation de notre belle histoire musicale, s'empressera, nous l'espérons, de déférer à notre vœu, en mettant en lumière tous les documents capables de donner à la question de l'origine de Tinctoris une solution logique et définitive. »

Les pièces sont là ; qu'on les consulte, qu'on les éludie et qu'on juge! Déjà un savant célèbre, un membre éminent de l'Institut, feu M. Edmond De Coussemaker, a tranché la question en notre faveur, sur des extraits anticipés que nous lui avions communiqués, à sa <iemande. Voici textuellement ce qu'il dit, dans la préface de l'édition in-8" des œuvres de Tinctoris :

« A l'occasion du projet formé par la ville de Nivelles d'élever une statue en l'honneur de Jean Tinctoris, l'origine de cet artiste a été examinée et discutée. Il ne nous est pas possible d'entrer dans les longs détails qu'a soulevés celte question ; nous allons nous borner à résumer les faits acquis.

» Jusqu'à présent les auteurs avaient adopté les allé-

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