‹ La musique aux Pays-Bas avant le XIX ̊siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, maîtrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétiqueChapitre 2 sur 60 · XJ · texte numérisé non relu

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galions de Trithème, qui, dans ses Hommes illustres^ s'exprime ainsi....

» Ce passage ne semblait laisser aucun doute, d autant moins que Trithème était contemporain de Tinctoris. Les biographes, qui sont venus après lui, se sont contentés de le copier sans autre examen.

» Les érudits modernes sont plus difficiles.

x> Gomme on ne connaissait ni la date de la naissance ni celle de la mort de Tinctoris, un savant musicologue, M. £d. Vander Straeten, a fait des recherches à cet égard. Il a découvert d'abord la date de la mort de notre artiste; le 12 octobre 1511, un Pierre De Goninck présente un placet pour obtenir la prébende de Nivelles, devenue vacante par le décès de feu Jean Tinctoris.

y> Aidé ensuite par les investigations de son collègue aux Archives du royaume à Bruxelles, M. Galesloot, il a découvert, à la date de 1471, sur les registres des inscriptions à Tuniversité de Louvain, une mention ainsi conçue : « M. Johannes Tinctoris^ Mat'inerms dyocesis, \t maij. »

» Gette mention constate trois faits : 1"" en 1471, Jean Tinctoris était à l'université de Louvain pour y achever ou continuer ses hautes études ; â"" il était déjà maître {MagkteraTt%un^{\)\ S^'il est né dans la Flandre occidentale.

(i) Il se dit lui même Mettre ès-arts.

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» Une autre mention inscrite sur le même registre, à la date de 1475, porte le nom d un Jacques Tinctoris, de Poperinghe (1); M. Vander Straeten croit que c'était un frère ou un neveu de Jean. Cela nesl pas démontré, mais paraît probable.

» Enfin, comme Tinctoris est un nom latinisé et que Jean Tinctoris était Flamand, M. Vander Straeten en déduit que son nom originaire était de Vaerwere. Cette opinion est très-vraisemblable. Il faut remarquer toutefois que Jean Tinctoris conserve son nom latin dans tous ses écrits.

» Quant à l'allégation de Trithème concernant Nivelles, comme lieu de naissance de Tinctoris, ne peut-on pas l'expliquer de cette façon : Tout porte à croire que Jean Tinctoris n'a reçu qu'un canonicat prébendaire. Trithème, qui n'était pas très-sévère sur les renseignements qu'il recueillait, en aura conclu que Tinctoris était chanoine titulaire et natif de Nivelles.

» Selon Trithème aussi, Tinctoris aurait été âgé de 60 ans, en 1496. S'il en était ainsi, il en résulterait qu'il aurait été élève de Louvain à 35 ans; cela paraît fort douteux; il est plus probable qu'il s'est fait admettre à un âge voisin de 25 ans.

» Ea résumé, Tinctoris paraît être né en 1445; il était originaire du diocèse de la Moriuie, très-proba-

(1) « Jacobus Tinctoris* de Poperinghe, Morinensis diocesis. In arlibus XX Vil fcbruarij [147^]. » Feu M. de Goussemakcr utilise partout les articles que nous avons insérés, en 1875, dans le Courrier de Mvelles.

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blement de Poperiaghe ; il a été élève de l'université en 1471 ; il était déjà Maître (sans doute Maître « èsarts. ») Il est décédé en 1511. »

M. De Goussemaker passe ensuite à Texamen de la question du prétendu séjour de Tinctoris aux Pays- Bas, et des titres qu on lui attribue comme fondateur d*une école publique de musique à Naples.

« Dix ans plus tard, le 13 octobre 1487, il reçut du roi Ferdinand, auprès duquel Tinctoris jouissait d*une grande faveur, un témoignage de haute confiance qui prouve combien le prince tenait en estime le savoir et Texpérience de son chapelain. Il lui donna mission de se rendre en France et en Allemagne, et d y choisir des chanteurs habiles et renommés pour le service de sa chapelle; cela résulted'une lettre écrite à cette date par le roi Ferdinand (1). Fétis en a conclu que Tinctoris était retourné cette année-là à Nivelles, où, selon le même écrivain, adoptant l'opinion de Swertius, Tinctoris aurait fini sa carrière (2). Mais cette assertion, qui na d'autre appui que la lettre citée, est en contradiction formelle avec le passage de Trithème cité plus haut, qui affirme qu'en 1495, Tinctoris était encore

(4) « Cette lettre, écrite en ilaliea demi-latin, est en la possession de M. ScipioQ Volpicelles, de Naples. Adrien de La Fage en a publié une traduction française en 1850. [Gazette muticale de Paris, no M.) M. Vander Straeten en a pris copie. Il compte la publier avec d'autres documents dans son intéressant ouvrage intitulé : ia ilutique aux Pays-Baê avant le xix« siècle - » Note de feu M. De Goussemaker.

% Biographie universelle des musiàem^^ édit., t. VIH, p. 297.

en Italie. S'il est allé à Nivelles, ce ne peut donc être que postérieurement au 1^ septembre 1495; mais aucun document ne vient nous renseigner à cet égard. Rien ne constate surtout qu'il soit venu y finir ses jours. « Tinctoris passe pour avoir été le fondateur de récole publique de musique de Naples. » C'est encore une assertion dénuée de preuve. Il est seulement constaté que Tinctoris était chapelain du Roi et professeur de musique, de droit et de mathématiques. »

Ce témoignage d'un musicographe autorisé a une valeur qu'on ne saurait sérieusement lui contester. Avant de mourir, M. De Coussemaker a tenu, en quelque sorte, à léguer à l'histoire musicale de nos contrées, un dernier gage de son expérience éclairée et de son impartialité rigoureuse. Paix à ses cendres ! Les débats politiques passent ; les controverses scien* tifiques, placées sur un terrain calme et digne, restent, en marquant, d'une étape fructueuse, l'épanouissement inévitable de la vérité.

A l'égard des ménestrels aux Pays-Bas, le travail énorme de concentration synthétique auquel nous nous sommes livré, après des recherches patientes faites dans une multitude de localités, s'appréciera à la seule inspection du sommaire qui ouvre le chapitre. Origines, écoles, corporations, privilèges, mœurs, cérémonies, instruments, etc., rien de ce qui a pu éclairer les ténébreuses annales de ces vaillants et pittores-

ques précurseurs du virtuose moderne, n'a été omis, nous entendons dans les limites restreintes où il a fallu se renfermer, eu égard à Timpossibilité presque absolue de faire les recherches directement, spécialement, par la perte ou le détournement des registres relatifs aux milliers de confréries qui se sont établies, depuis le xhi"" jusqu'au xviii'' siècle, sur le sol des Pays-Bas. Une énumération détaillée des matières inédites ou commentées ferait double emploi avec le sommaire susdit. Nous y renvoyons.

11 convenait, en définitive, de ne s arrêter qu'aux faits réels de leurs annales, et non à la gymnastique laborieuse des théoriciens, qui, une fois lancés dans le domaine de la fantaisie, ont échafaudé des combinaisons instrumentales, fort curieuses sans doute, mais absolument inadmissibles comme éléments d'une histoire organographique. Tout ce qui a été payé aux ménestrels, par les seigneurs, tes communes ou les particuliers, annonce des choses accomplies véritablement et de la fagon dont elles sont enregistrées par le scribe. Les ménestrels, ainsi envisagés, sont les vrais préparateurs de Torchestre actuel, et méritent, dans les moindres manifestations de leur talent multiple, le soin d'une étude sérieuse et approfondie.

Restait une autre phalange de virtuoses, dont nous avions hâte de réhabiliter le souvenir : les clavecinistes. Au domaine, déjà partiellement exploré, de

leurs exécutions et compositions, nous apportons aujourd'hui un nouveau contingent de recherches inédites, appuyé de quelques exemples où se reflète le plus nettement le style des principaux musiciens étudiés et biographies. Les peines infinies que lîous ont coûtées ces renseignements détaillés seront suffisamment dédommagées, croyons-nous, par les lumières énormes qu ils jetteront sur l'histoire si intéressante, mais si embrouillée encore, de ces curieux polyphonistes.

Il nous est agréable de consigner ici le témoignage de notre vive reconnaissance, pour les soins patients que notre érudit ami George Becker, de Genève, a mis dans la correction des épreuves de ce volume. C'est une rude tâche assurément que de contrôler une à une toutes les notes d'un ouvrage aussi hérissé de citations rétrospectives que Test celui-ci. Les lumières de M. Becker nous ont été plus utiles encore que son zèle, et nous n avons qu'à nous féliciter hautement de la généreuse collaboration qu'il nous a prêtée, durant notre éloignement momentané.

U MUSIQDE Alix PAYS-BAS

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