C. J. Van Cools
La 4 novembre iTTi.
Notons, en passant, Torigine bruxelloise du récipiendaire Claude-Joseph Van Gools, ainsi que la date de décès de son père Antoine (septembre 1736) (1). La supplique de Van Gools fut transmise au Conseil des Finances, qui, avant de prendre aucune décision,avait à s'éclairer de l'avis du maître de chapelle De Croes. Cet avis, qui n'est guère enthousiaste, tant s'en faut, est reproduit en entier dans rextrait ci-joint du protocole du conseiller De Wit, en date du 28 novembre 1771 :
Son Altesse Roîale a remis au conseil, par son décret du 5 de ce mois, la requête ci-jointe de Claude-Joseph Van Cools, demandant qu*eu égard à Tâge avancé de Torganiste de la chapelle roTale de la cour, BouLmy, on veuille lui accorder Tadjonction à cette place, avec le droit d'y succéder après le décès dudit Boutmy .
Le directeur de la musique de la chapelle roîale, de Croes, ouï sur cette demande, dit, par son avis ci-joint, que te supliant, pour apuier sa demande, réclame les services qu'a rendus son père à la même qualité d'organiste de ta chapelle roîale; qu'il a connu ce père, nommé Antoine Van Cools, au service du tems de feue S. A. S. Marie- Ëlisabeth, qui étoit un bon sujet; que son fils est également bon, actif et vigilant; que son exactitude se manifeste par les services qu'il rend depuis trente-cinq ans, en qualité d'organiste à l'église paroissiale de Notre-Dame de la Chapelle, où il doit se rendre journellement pour les services divins qui se célèbrent; qu'il seroit à désirer que de pareils sujets seroient attachés à la chapelle roîale, et surtout que les bourgeois, enfans de musiciens tel qu'est le supliant, eussent la préférence; que cela donneroit de l'émulation aux enfants de chœur, qui sont le plus souvent de cette ville ; mais comme, poursuit-il, il a reçu des ordres le 13 juin 1768, d'informer les musiciens de la chapelle roîale, qu'on leur défend bien expressément à quiconque d'eux, de faire la moindre représentation pour leur promotion ou adjonction, à moins qu'il n'y ait une place réellement vacante,
(1) La m6me année, Glande-Joseph CooU succéda k son défunt père, dans roffiee d'organiste à rëglise de Notre-Dame de la Chapelle, à Bruxelles.
iv. tt
60Q8 peine que leurs requêtes seront rejettées, il ne peut que s*eii remettre à ce qu'on trouvera convenu de disposer sur la requête du supliant.
Les ordres que ravisant réclame* qui défendent aux musiciens de faire la moindre représentation pour leur promotion ou adjonction,! moins qu*iln*y eût une place réellement vacante, lui ont élé donnés, ensuite la résolution de Son Altesse Roîale, sur Textrait du protocole ci pareillement joint, fait sur la représentation dndit organiste Boutmy, qui demandoit radjonction de sa place en faveur de son llls Antoine-Laurent (1), qui n*avoit point les capacités requises.
Comme le supliant est très-capable, et que le directeur de la musique lui rend le témoignage le plus avantageux, le conseil ne peut que laisser I la considération de Son Altesse HoTale, si, en sa (laveur, on ne pourroit pas faire une exception ii cette règle générale. Et, au cas que Son Altesse Roîale daignoil lui accorder sa demande, le conseil pense que, pour éviter de pareilles sollicitations dans la suite, il conviendroit que cela se fît aussi secrètement qu*il sera possible, et qu*ainsi sans lui dépêcher dès à présent aucune commission à cet effet, il suffirait que le rapporteur lui remit une notle signée par lui rapporteur, comme autorisé, à cet effet, de la part de Son Altesse Relaie et du conseil, par laquelle il lui assureroit la place d^organiste de la cour, après la mort de Boutmy, et qu'il prévient le supliant, par laditle notte, qu*il ne jouira pas, au décès de Boutmy, des gages de f. 600 attribués à cet organiste à titre d'entretien des orgues, mais seulement des gages de f. 300, dont jouit présentement rorganiste de la chapelle roîale, Staes, qui, comme plus ancien musicien et trèshabile, doit naturellement succéder à Boutmy.
Le secrétaire d'État Grumpipen fit observer, à ce sujet, qu'il existait un protocole antérieur, par lequel le conseil avait proposé d'accorder « au nommé Staes radjonction k son père, également organiste de laditte chapelle, et sur lequel il n'a pas été pris de résolution, pour ne pas faire de la peine à Boutmy, qui, dans le même tems, avait demandé l'adjonction de son fils, qu'on lui a refusée (2) ». Guillaume Staes se mit en devoir de rappeler également CQtte circonstance, dans une requête ainsi conçue:
(i) Antohie-Lanrent? Les pièces, reprodnitas à la notice de Boqtht (Josm), donnent Laurent tent court. Serait-oe Lanrent-Antoine qnll aurait fidla éerireî (9 Lettre de Crompipen an baron De Ganer, en date di S déeenbre 4771.
A MeSSBIGNEURS MESSEIGNBURS les trésorier général» C0N8BILLIERS ET COMMIS DE DOMAINES ET FINANCES DE Sa MAIESTÉ lImPÉRIALE
DouA*^" ET Reine apostolique, etc.
Remontre, en très-profond respect, N. Staes, organiste de la chapelle royale, qu*il a plû à vos Seigneuries Illustrissimes, par disposition favorable, en 1768, suivie sur requête présentée au gouvernement de la part du supliant, lui accorder la survivance à Torganiste N. Boutmie, qui en est encore actuellement pourvu, et par où, en cas de mort dudit Boutmie, lui, Staes père, auroit succédé à la place de premier organiste de ladite chapelle de la Cour, et ensuite pour remplacer celle du supliant, vos Seigneuries avoient bien voulu raccorder à N. Staes, fils aîné du supliant, qui, depuis ce tems, auroit pu être placé dans trois villes différentes, avec des gages et avantages forts considérables, et qu*il a refusé sur Tassurance desdites dispositions que feu Son Excellence le comte de CobengU pour lors ministre plénipotentiaire des Pays-Bas, lui avoit fait connoitre, portant in terminis : « Si ce n*est que Ton ne veut point faire de la » peine à N. Boutmie, Ton dépécheroit vos commissions pour vous, » Staes père, celle de premier organiste de la Cour, et, pour vous, » Staes fils, celle de second organiste. » Et comme il est parvenu à la connoissance du supliant, que Ton solliciteroit fortune desdites places, en faveur de N. Van Cools, le supliant s*en est tout allarmé, après des dispositions déjà arrêtées et prises en sa faveur, et par où il a dû renoncer à des avantages qu'on lui a présentés, ainsi que sou fils, qui n'a discontinué de s'évertuer dans son talent, qui est leur unique ressource pour vivre, joint à ce que le supliant est surchargé de femme et de six enfants, tandis que ledit Van Cools est pourvu d*un commerce et d'une place d'organiste de la paroisse de Notre-Dame de la Chapelle.
Supliant très-humblement qu'il plaise à vos Seigneuries illustrissimes d'appuier le remontrant, et prenant attention à ce que le supliant s'est donné, depuis sa tendre jeunesse, toutes les peines et études imaginables pour se perfectionner dans son talent, ainsi que son dit fils, qui est parvenu à un degré supérieur dans cet art, espérant qu'elles daigneront soulenir lesditles dispositions, par où Ton évitera un désastre afireux dans la famille du supliant, qui, inévitablement Fentréneroit à la mort, et par où il laisseroit une femme et six enfans dans la calamité. C'est la grâce, etc.
G. Staes.
Bruxelles, iO décembre 4774.
Outre les excellentes informations que Guillaume Staes donne sur les études qu*il a faites, dès sa tendre jeunesse,
pour se perfectionner, il en fournit encore sur celles qu'a accomplies, sous ses yeux, son fils Ferdinand, lequel, ditil, ce est parvenu à un degré supérieur en son art. » Son témoignage est bien plus explicite, dans la lettre suivante qu'il adresse, celte fois, au duc de Lorraine lui-même:
A Son Altesse Roîale.
Remontre, en très-profond respect, Guillaume Staes, qu'il a Thonneur d*être attaché à la musique de la chapelle roTale, en qualité d*organiste, depuis près de vingt ans, et que. Tan i?68, par dispositions favorables, prises au conseil des finances, à regard du supUant, il y était conclu de donner la survivance de N. Boutmie, actuellement revêtu de la place de 1^ organiste de la ditte chapelle, au remontrant, et de conférer la place, dont est pourvu le supliant, à son fils atné Ferdinand Staes, qui, depuis quelques années, a eu Thonqeur de toucher du clavecin en la présence de Votre Altesse Roîale, tant au Concert bourgeois qu*à rÂcadémie de musique, où il s*est fait entendre, comme perfectionné, à un degré supérieur, dans son talent, avec applaudissement générale ; et, comme il est parvenu à la con* nolssance du supliant, que N. Van Cools, marchand de cotlon et toiles et organiste de réglise de Notre-Dame de la Chapelle, solliciteroit ladltte place déjà projettée en faveur du supliant et son fils, il prend la liberté de se prosterner aux pieds de Votre Altesse Roîale.
La supliant, avec toute humilité, de daigner faire connoilre ses intentions roîales audit conseil des finances, en faveur du remontrant et son fils, pour les soutenir dans un état qui leur éloit déjà destiné et dont ils seroient frustré, par les démarches dudit Van Cools, tandis que le suplianl, dès sa tendre jeunesse, s'est donné toutes les peines et études imaginables, joint à ce qu'il dépend uniquement de son talent pénible pour vivre avec femme et six enfants, et dont il n'a autre chose à procurer à son dit fils, que les applications continuelles de la musique, pour mériter un jour l'honorable récompense par Monseigneur, et obtenir la seule resource pour subsister. Il ose se flatter que Votre Altesse Roîale, prennant égaixl aux pénibles études et applications du supliant et son fils, elle daignera rendre justice au talent pour encourager cet art, et par où elle évitera un désastre aff'reux dans la famille du remontrant, et qui l'entrôneroit à la calamité avec sa nombreuse famille, au cas qu'il succomberoit dans ses espérances, où il s'est arrêté depuis les promesses qu*on lui en a faites ; et, depuis quel lems, il a refusé, ainsi que son fils, d*étre placé avec grandes avantages dans des villes étrangères, préférant toujours d*être attaché à la personne RoTaie de Votre Majesté, qui fait
son unique espoir et sa seule resource, le remontrant et toute sa famille ne cessera d'adresser ses prières au ciel, afin que le Tout Paissant daigne prolonger les jours de Votre Altesse RoTale. C'est la grftœ, etc. •
Brazelles, la 49 décembre 4771.
GUILLAUMB STAES.
Ainsi, Ferdinand Slaes, fils aîné de Guillaume Staes (celui-ci organiste depuis vingt ans, conséqucmment à partir de 1781), se fit entendre, quelque temps auparavant, c< avec un applaudissement général, » devant le duc de Lorraine, au Concef't bourgeois ainsi qu'à Y Académie de musique, « comme perfectionné, à un degré supérieur, dans son talent. » De plus, plusieurs villes étrangères (trois, dit la requête précédente), attirées par son talent et par sa réputation, lui adressèrent, ainsi qu*à son père, des propositions très-avantageuses, qu'il déclina irrémissiblement, préférant toujours, dit-il avec naïveté, a d*étre attaché à la personne roïale de Votre Majesté. »
A son tour, Claude Van Cools revient à la charge, en écrivant ceci au gouverneur général des Pays-Bas, après le préambule ordinaire : « Il vient d'apprendre, avec la plus profonde douleur, qu'en 1768, Son Altesse Roïale auroit daigné accorder à quelqu'un la survivance d'une place d'organiste de la chapelle roiale. Si Son Altesse Roïale a accordé cette grâce au fils de l'organiste Staes, ce seroit, sans doute, pour succéder à son père, et il resleroit alors l'espoir de succéder au s' fioutmy. »
Si le lecteur a pu trouver quelque confusion, dans la série de documents produits, il aura, en revanche, un exposé très-clair de toute l'afTaire, dans l'extrait suivant du protocole du conseiller Dewit, en date du 21 décembre 1771 :
Par décret du 44 de ce mois, Son Altesse RoTale a remis au conseil la requête ci-jointe de Guillaume Slaes, demandant dès à présent la place de premier organiste de la chapelle roTale pour en jouir après la mort deN. Boutmy, qui en est pourvu, et de conférer aussi à son fils celle d'organiste qu'il occupe.
l^e conseil reconnott, par les actes, queBoutmy, premier organiste de ladite chapelle roîale, aïant présenté requête, tendante à obtenir Tadjonclion à sa place pour Antoine-Laurent (i) son fils, qui n'avoit point la capacité requise, il fut éconduit de sa demande, par résolution de Son Altesse Roïale, sur Tcxtrail de protocole du conseil.
Que Ferdinand Slas, fils de Guillaume Slas, second organiste de ladite chapelle roTale, aïant demandé, en 1768, d'élre adjoint à son père dans ladite place, le conseil, par Textrait de protocole du 6 juin de ladite année, mentionné et joint ci-dessus, et qui est resté sans résolution, proposa à S. A. R. de faire, en faveur de ce jeune homme, ce qui avoit été fait, en 4763, en faveur de certain Joseph Flamend, lors, par lettres du conseil, on notifia au directeur de la musique de Croes: « qu'il avoit été promis à N. Flamend de fréquenter la cha- » pelle roTale et d'y chanter la taille, afm que, lors qu'il viendra une » place à vaquer dans la musique de ladite chapelle, qui soit à por- » tée, et que, par un rapport ultérieur, lui, directeur, donnera un » bon témoignage de sa capacité et de sa conduite. Ton puisse avoir » alors un favorable égard pour le supliant. »
De ceci il résulte: i^ que le jeune Stas n*a jamais demandé Tadjonction à la place de Boutmy, mais à celle de son père, et ^ que Stas, le père, se trompe, en disant, par sa requête, qu'en 1768, il avoit été conclud de conférer la place à sondit fils ; de sorte que la demande de Van Cools, d'être adjoint à Boutmy, est différente de celle du jeune
Stas.
Quoiqu'il en soit, si Son Altesse Roïale persiste dans sa résolution, prise en i768, de n'accorder aucune adjonction, à moins qu'il n'y ait des places réellement vacantes dans la musique de la chapelle roïale, il ne s'agiroit que d'éconduire également N. Van Cools et le jeune Stas. Mais si Son Altesse Roïale veut bien, en leur faveur, faire une exception à cette règle générale, on pourroit faire l'arrangement suivant, savoir :
i^ d'accorder à Stas père la place de premier organiste, aux gages de 600 florins, lors que Boutmy viendra à mourir; ^ assurer dès h présent Van Cools qu'il sera fait second organiste, aux gages de f. 300, lors du décès dudit Boutmy ; et 3® assurer dès A présent le fils de Stas de succéder à son père dans la place de premier organiste, aussi aux gages de f. 600.
(1) Serait-ce décidément Antoine-Laurent, au lieu de Laurent-Antoine ? On suivait donc encore alors la mode, adoptée du temps des Fiocco, d'appeler, par son deuxième prénom, chaque personnage? Nous insistons sur cette question, en apparence futile, pour empêcher la confusion qui pourrait résulter des pièces qui ne comportent que L. Boutmy ou A. BouUny.
Il ne paroit pas que Van Cools puisse se plaindre de cette dernière disposition, par laquelle, en cas de retraite ou de mort de Stas père, son fils lui succèderoit dans la place de premier organiste, puisque : 4« Van Ckx)ls et Stas le père étant à peu près de même âge, lorsque ce dernier viendra à manquer ou â se retirer pour ses infirmités. Van Cools sera à peu près dans la même situation, et ainsi peu en état de pouvoir jouer aux concerts de table ou autres concerts qui se donneroient à la Cour, comme un premier organiste est obligé de le faire ; et ^ parceque Stas, le fils, a dès à présent Tancienneté de ses services sur Van Ckx)ls, ce jeune homme, qui excelle dans son art, faisant, depuis quelques années, les fonctions d*orgaiiiste à la chapelle roTale pour son père, lorsque celui-ci est absent ou malade* et que c*est pour cette raison que, dès Tannée 1768, le conseil avoit proposé de Tadmettre provisioneltement.
Si Son Altesse RoTale daigne se conformer à ce que le conseil vient de proposer, il conviendroit que le tout se fasse secrètement, sur le pied et de la manière^repris dans Textrait de protocole du 28 novembre dernier, fait en faveur de N. Van Cools, tant pour éviter de faire de la peine à N. Boutmy et prévenir pareilles sollicitations d'adjonction à la suite, que pour ôter à Van Cools une connoissance qui ne lui est pas nécessaire, de ee qu'on se propose de faire dès à présent pouf le jeune Stas, lors de la mort de son père.
Au reste, si Stas et son fils obtiennent successivement cette place de premier organiste, ils devront se charger, ainsi que les premiers organistes le font, d'entretenir à leurs frais et de faire toutes les réparations nécessaires à Torgue, de jouer aux concerts de table et autres concerts à la cour ; et on devroit tâcher de les engager aussi, s'il est possible, ainsi que Stas le père l'avoit offert, en 1768, d'entretenir à leurs firais le clavecin qui doit servir au concert de table, les jours de gales, après la mort du nommé Niemands, lequel jouit actuellement, pour cet entretien, d'un gage de 12 pistoUes.
Enfin, le 9 janvier 1773, il fut statué, en haut lieu, dans le sens des conclusions du protocole, comme Tatteste rengagement transcrit ci-dessous :
Le soussigné, conseiller au Conseil des domaines et finances de Sa Majesté, autorisé par résolution de Son Altesse Royale, sur extrait de protocolle dudit Conseil du 21 décembre 1771, déclare et promet, par cette, à Guillaume Staes, second organiste de la ehapeUe royale, que, lors du décès du s,' Boutmy, lui, Staes, sera nommé à la place de premier organiste de ladite chapelle, aux gages de six cents florins, et qu'il lui en sera dépêché alors la commission afférante.
Item, déclare et promet encore, que Ferdinand Slaes, fils da dit Guillaume Staes, succédera ensuite immédiatement, et dans son tems, à son père, dans la dite place de premier organiste, aux mêmes gages de six cents florins» aux conditions aux quelles les dits Slaes père et fils se sont soumis; que, lors qu'ils parviendront successivement à cette place de premier organiste, ils devront entretenir à leurs fraix et faire les réparations nécessaires à Torgue, jouer aux consorts de table et autres consorts à la Cour, et entretenir aussi à leurs fraix le clavecin qui sert au consert de table, les jours de galla, après la mort du nommé NeumaD, qu'il entretient (i) actuellement.
Fait à Bruxelles, le neuf janvier 1771
J. DEwnr.
Au sujet de la dernière stipulation exigée, Gaillaume Staes et son fils Ferdinand signèrent rengagement suivant :
Les soussignés s'engagent et s'obligent par cette, que, lorsque successivement ils parviendront à la place de premier organiste h la chapelle roïale, ils entretiendront à leurs fraix et feront les réparations nécessaires à l'orgue, joueront aux concerts de Uble et autres concerts à la Cour,et entretiendront aussi à leurs fraix le clavecin qui sert au concert de table les jours de gala, après la mort du nommé Neuman, qui l'entretient actuellement.
Fait à Bruxelles, le neuf janvier 1772.
G. Staes, père, F. Staes, fils.
Claude-Joseph Van Cools reçut, à son tour, une promesse conditionnelle d'avancement , formulée en ces termes :
Le soussigné, conseiller au conseil des domaines et finances de s. M., authorisé par résolution de S. A. R., sur extrait de protoeolle dudit conseil, du 21 Xbre 1771, déclare et promet, par celte, au s' Claude- Joseph Van Cools, que, lors du décès du s' Boutmy, premier organiste de la chapelle royale, lui. Van Cools, sera nommé à la place de second organiste de la ditte chapelle, qui lui à été conférée pour loi*s, par résolution du même jour, aux gages de trois cents florins, et qu'il lui en sera dépêché alors la commission afiérante.
Fait à Bruxelles, le 9 janvier 1772.
J. DBvmr.
(1) C'est-à-dire : « qui Tentretient. *
La convention provisionnelle, en ce qui touche Guillaume Staes, devint définitive, comme on a vu, peu après le décès de Josse Boutmy. Voici le texte de sa nomination de premier organiste de la chapelle royale, en date du 2 décembre 1779 :
S. A. R., pour le bon rapport qui lui a été fait de la personne de Guillaume Staes, et de sa capacité et expérience, lui a, pour et au nom de Llmpériaie Douairière et Reine Apostolique, de Tavis du Conseil des Domaines et finances de S. M., conféré, comme elle confère par cette, la place de premier organiste de la chapelle roîale de laCour,vaccante par le trépas de Jossé Boutmy, aux gages de six cens livres, du prix, etc., par an, et, au surplus, aux prérogatives, franchises, profits et émolumens accoutumés, à charge d'entretenir à ses frais et faire toutes les réparations nécessaires à Torgue, de jouer aux concerts de table et autres concerts à la Cour, et d'entretenir aussi à ses frais, après la mort du nommé Niemands, le clavecin qui sert au concert de table, le jours de gala; ordonne S. A. R. à tous ceux qu'il appartiendra, d'assenter ledit Guillaume Staes sur les livres de ladite chapelle, en vertu des présentes. Fait, etc.
Charles de Lorraine.
A la même date, eut lieu la déclaration suivante, en faveur de Ferdinand Staes, fils de Guillaume :
Le soussigné, conseiller des conseils d'État et des finances de S. H., autorisé par résolution de S. A. R., sur extrait du protocole audit conseil des finances, du 21 Xbre 1771, déclare et promet, par cette, à Ferdinand Staes, que lors du décès de Guillaume Staes, son père, il sera nommé A la place de premier organiste de la chapelle roîale de la Cour, et aux mômes gages de six cens fi*, dont jouit actuellement son père, et qu'il lui en sera dépêché alors la commission afTérante, aux conditions aux quelles ils'esl soumis; que, lors qu'il parviendra à cette place de premier organiste, il devra entretenir à ses fraix et faire les réparations nécessaires à l'orgue, et jouer au concerts de table et autres concerts à la Cour, et entretenir uussi à ses frais, après la mon du nommé Niemands, le clavecin qui sert au concert de table, les jours de gala. Fait, etc.
Bruxelles, le S Xbre 1779.
J. Dewot.
A quelle date s*effectua la nomination de Ferdinand Staes, comme premier organiste de la Cour? Fétis la place
en i780, nous ignorons d'après quelles données. Il faut croire que les perturbations auxquelles les Pays-Bas furent en proie, peu après cette date, nuisirent beaucoup aux succès que Ferdinand Staes méritait de recueillir dans sa patrie, car nous trouvons une trace des contrariétés qui ont dû entraver la carrière de Tartiste, dans les quelques lignes que lui consacre Gaussoin, et dont tous les biographes, à commencer par Fétis, ont fait leur profit, sans indiquer le recueil où elles ont éié consignées (1). Voici ces lignes :
« Ferdinand Staes, né à Bruxelles le 16 décembre 1748, a laissé plusieurs ouvrages qui renferment les indices de dispositions musicales réellement admirables. Cet artiste fut malheureusement de ceux que les circonstances refusent de seconder ; placé dans des conditions plus favorables, son génie aurait été apprécié de manière à appeler l'attention sur des œuvres qui auront toujours beaucoup d'importance au point de vue de l'art. Staes, après avoir concouru avec son maître Vitzthumb, en qualité d'accompagnateur de l'hôtel des spectacles, aux progrès de ce théâtre (3), mourut à Bruxelles le 23 mars 1809. Son frère Guillaume, né en cette ville pendant l'année 17S1, alla se fixer à Paris, où son talent de compositeur lui assura une existence honorable. »
On f^it de Ferdinand Staes un élève de Vitzthumb. II est possible que ce maître distingué ait donné quelques con-
(i) Aperçu historique sur les développements de la musique belge^ etc., dans la Belgique musicale du 17 avril 1845, no 80. Gaussoin s'est donné des peines infinies pour enrichir son travail de plusieurs informations nouvelles. On peut regretter qu'il ne Tait pas foit paraître en volume, pour le populariser davantage, car certain compilateur de métier y puise continuellement sans faire connaître la source de ses emprunts. Plusieurs foits curieux concernant la musique de Bruxelles, à partir de la deuxième moilié du xviii« siècle, ont été ainsi dévalisés effrontément. Ce compilateur copie même fort mal, pour comble de malheur.
{% Dans VAlmanach des spectacles de BruxeUeStOn voit un « Stays » claveciniste, qui évidemment est notre Staes.
seils au virtuose ; mais, comme on a pu s'en assurer par des pièces offrant toute authenticité, Ferdinand Staes a appris son art de son père, qui a passé, avant que Vitzthumb vint à Thorizon, pour un virtuose d*un talent supérieur. Que seraient devenues les œuvres de ce dernier ?
Pour celles de son digne fils, nous les connaissons presque toutes, et, après une inspection attentive, nous ne pouvons que joindre nos éloges à ceux que décerne à leur auteur le consciencieux et très-compétent musicologue Gaussoin. Elles sont généralement écrites mi-partie en style suranné, et mi-partie en style moderne. Nous entendons par style moderne, une façon d'écrire affranchie de la vieille forme de la sonate, ayant des tendances plus marquées au brillant, et donnant à la virtuosité une plus complète expansion, une plus entière liberté d'allures. Nourri des leçons de l'ancienne école, Staes fait preuve de souplesse et d'intelligence en donnant la main, dans les limites de ses moyens, à l'école nouvelle qui s'inaugura au seuil du siècle actuel. Ce qu'il a publié, dans ce dernier sens, a quelque chose de plus abondant, de plus entraînant, de plus en dehors^ s'il nous est permis de nous exprimer ainsi à propos de simples sonates, que tout ce qui appartient à la première moitié du xnii^ siècle, où les productions, sauf celles des grands maîtres, ont leur moule stéréotypé, leur forme étroite, gênée, passive.
Passons en revue, pour la première fois, les ouvrages de Ferdinand Staes. Sauf peut-être un recueil de sonates (œuvre deuxième), il nous a été possible de les recouvrer tous.
Trois sonates pour clavecin ouïe forté-piano^ avec accompagnemens iun violon et violoncelle,dédiées à Son Altesse Royale Monseigneur leduc Charlesde Lorraine et de Baar, etc, ,etc.,etc. , composées par Ferdinand Staes.OEuvrepremi€t\A.P.D.R.{\).
(1) Ce rébus a vaiDoment exercé noire sagacité: Aux PotteB du Royaume? Avec Permittion du Roi ? Approuvé par Décret Royal? Nous avouons ne point comprendre.
— Gravées à Bruxelles, par M' Van Ypen, M' Pris, et se trouve chez eux, rue de la Magdelaine. Prix fl. 4-4, 7 ^ 45. In-folio, de 21 pages pour le cembalo.
Le tilre se trouve gravé dans un encadrement en médaillon, surmonté des armes de Charles de Lori^ine, et ayant, à sa partie inférieure, un trophée d'instruments de musique. Certains exemplaires du même ouvrage sont avec un titre privé de toute ornementation et de toute dédicace. C*est apparemment la première édition.