‹ La musique aux Pays-Bas avant le XIX ̊siècle. Documents inédits et annotés. Compositeurs, virtuoses, théoriciens, luthiers; opéras, motets, airs nationaux, académies, maîtrises, livres, portraits, etc.; avec planches de musique et table alphabétiqueChapitre 38 sur 60 · Allegretto en r · texte numérisé non relu

Allegretto en r

A cette liste, il convient d'ajouter le menuet de sa composition, que Verschuere donne, comme une dernière transformation du genre, dans son Catechismus der musiek,

VANDEN BOSCH (Pierre-Joseph), organiste de la cathédrale d'Anvers, né à Hoboken, en 1736, mort à Anvers, le 19 février 1803. Oti et de qui ce célèbre virtuose-compositeur apprit-il son art ? Voilà ce que l'on ignore jusqu'ici. Avant de parvenir au poste important d'organiste de la principale église anversoise, il a dû préluder au savoir qu'un pareil emploi nécessitait, en acceptant provisoirement des fonctions moindres, dans quelque autre église gardienne des bonnes traditions de la musique sacrée. Son avancement n'a pu s'effectuer, on le sait, qu'à la suite d'un concours rigoureux, où les postulants n'auront pas fait défaut sans doute.

Une fois installé dans son honorable position, Vanden Bosch vit affluer les occasions de profit et de gloire : leçons de clavecin chez les amateurs de condition, exécutions, comme soliste et comme accompagnateur, tant daps les soirées particulières que dans les concerts publics, rien ne manqua, dès lors, à son bonheur. Les dédicaces de ses ouvrages attestent les relations distinguées qu'il entretint avec les familles nobles du Brabant, telles que les d'Ursel,

les de Robiano, etc. Il plaça Tune de ses premières publications sous les auspices du chevalier Knyff, bourgmestre d'Anvers. On y lit pour épigraphe : « Post tenebras spero lucem, » c'est-à-dire : j'espère entrer en pleine lumière, au sortir des ténèbres ; dicton qui fait allusion sans doute à une circonstance pénible de sa vie, obscure d'abord, radieuse après. Grâce apparemment à ses puissants protecteurs, Vanden Bosch parvient à faire imprimer ses œuvres à Paris, chez un éditeur renommé qui publiait les compositions des plus grands maîtres de l'époque.

Ces œuvres, dont la première remonte vraisemblablement à 176§, où eut lieu la nomination susdite de l'artiste, s'arrêtent à l'opus VI, lequel doit dater, comme il sera prouvé plus loin, de 1772 ou 1773. Vanden Bosch cessat-il alors d'écrire, ou, ce qui est plus probable, de publier ? Burney, qui le visita, en 1772, parle de diverses productions que le maître lui joua avec feu et avec goût. Hais, laissons la parole au célèbre historien musical :

L*organiste actuel est M. Vanden Bosch : il a un jeu animé, un jeu de maître...

J'allai à l'orgue ; j'y fus reçu très-poliment par l'organiste M. Vanden Bosch, un homme d'un mérite très-distingué dans sa profession; son style est moderne, et il est vraiment habile dans l'emploi qu'il fait des pédales...

Après l'office, j'allai chez M. Vanden Bosch, qui eut l'obligeance de me montrer ses instrumens et ses livres. Plusieurs de ses compositions pour le piano (?) se trouvent avoir été gravées à Paris. Il a du goût et un grand feu, soit en écrivant, soit en exécutant...

Dans l'après-midi, j'assistai aux vêpres dans l'église de Notre- Dame... Le seul plaisir que je recueillis de toute la musique de ce jour, fut celui que me donna Vanden Bosch, en jouant un caprice que je lui demandai, après l'office, et dans lequel il déploya une grande habileté (1).

Fétis, qui emprunte beaucoup à Burney, passe sous silence ces éloges décernés, par un juge compétent, à l'un

(1) Vétat actuel de la musique en Allemagne, aux Pay<-fia«, etc., traduction de Brack, p. 3S, 97 et S8.

de fias meilleurs musiciens des Pays-Bas, au xyui« siècle. D est vrai que, pour consigner la visite de Burney à Vanden Bosch, dans son dictionnaire biographique, il eût fallu faire des recherches sur les autres particularités qui ont marqué Texistence de Tartiste flamand, tâche que Fétis eût volontiers échangée contre celle de copier, en la retournant, une notice toute faite, et quMl n'a rencontrée nulle part, hélas ! De là son mutisme prudent à l'endroit de Vanden Bosch.

Une tradition de famille constate que notre vaillant virtuose vécut en retraite sur la fin de sa carrière, et qu'il laissa, après son décès, un bien assez honnête, fruit de son activité et de son talent. Il avait épousé, en 1762, une demoiselle Huybrechts d'Anvers. De ce mariage naquit, deux ans après, une fille, Anne-Marie, qui mourut en 1813. On conserve de lui trois portraits, qu'on dit assez ressemblants.

Au jugement de Burney, Vanden Bosch fut donc, comme virtuose, «.un artiste plein de feu et qui joue en maître. » Sa manière d'exécuter était « moderne, » et il déployait « beaucoup d'habileté dans le mécanisme des pédales. » Enfin, l'interprétation d'un Caprice ou Impromptu, fut pour lui une occasion de « faire preuve de qualités trèsgrandes (1). » La deuxième appréciation est la plus caracté-

(4) La version de Brack, reproduite plus haut, n'est pas toujours exacte. Nous traduisons, à notre tour, dans le sens le plus rigoureux des mots employés par Burney. Pour compléter cette traduction, nous y joignons celle de Lustig, qui parvient à rendre en flamand des mots que le français ne saurait interpréter qu'incomplètement : P. 206. « De heer Vanden Bosch, een vuurig, meesterlijk speeler, was fungeerend organist... » — P. 208. « Na geëindigden godsdienst, leidde de Heer Vanden Bosch my tôt zijnent, ter bezigtiging van zijne instrumenten en boeken ; eenige van zijn kompositiën zijn te Parijs gegraveerd. Hij is een man van uitsteekende verdiensten in zijne konst; zijn speelirani is modem ; hij heeft veel vaardigheid op het pedaal, en goeden smaak, zeer veel vuur, zo in *t komponeren aïs in het speelen... » — P. i09. ... «Het geneugte van deezen kerkgang, bestond alleen in eene uitvoerige Fantaisie, die de be«r Vanden Bosch, op mijn verzoek, in het naspel, met groote bequaamheid, hooren liet >

ristique, et, en pariant d'innovations, en fait de style : « bis style of playsing is modem, » le musicologue anglais marque, d'un trait, la partie la plus saillante, la plus originale du talent de notre artiste. Il se hâte d'syouter, pour expliquer sa pensée, au sujet de Tépithëte moderne :

ce Lorsque j'emploie les épithètes ancien et neuf, je n'en fais point des termes de reproche ou de flétrissure ; mais, je m'en sers, pour dire au lecteur dans quel style une pièce a été conçue ou écrite. Libre à lui, alors, de supposer que le mérite en est supérieur ou inférieur. En Italie, un ancien opéra est délaissé et négligé, comme un almanacb d'une année écoulée. Eh bien ! une ancienne composition, si je la trouve meilleure, parmi celles écrites à la même époque, sera toujours l'objet de mes respects. Mais, au sujet d'un ouvrage ou d'une défroque d'une vieille mode, je n'userai certainement pas des mêmes égards (1). »

En attendant que nous utilisions la réserve émise par le scrupuleux historien, nous demanderons ici si nous avions tort de désapprouver la dénomination de « le plus célèbre organiste belge du xvui'' siècle, » dont on a fait suivre le nom de Matthias Vanden Gheyn, alors que, abstraction faite de tout style ancien ou moderne, tant d'autres maîtres ont brillé à cette époque. OU est la base d'appréciation, surtout en l'absence d'une foule de documents précieux encore enfouis dans les archives de nos vieilles églises? Puis, on a déjà appliqué à Matthias Vanden Gheyn l'épithète ronflante de « le plus grand carillonneur belge du xvni** siècle, » et, à ce sujet, nous avons fait observer, avec raison, croyons-nous, que la Belgique, le pays du carillon par excellence, aurait dû être déshéritée fatalement de Dieu, si elle n'avait possédé, au xvni'' siècle, qu'un seul carillonneur hors ligue.

L'éloge de Burney, à l'endroit de Vanden Bosch, est

(1) Notre traduction.

complet. 11 a d*autaiit plus de poids, que, géoéralemeni, le musicologue anglais est d'une sévérité excessive pour notre musique et pour nos musiciens. Que dit-il, au sujet de Vanden Gbeyn? Il se borne à enregistrer une anecdote d*où il résulte que le musicien louvaniste, dont il ignore même jusqu'au nom véritable, possédait une habileté mécanique très-grande dans le jeu du carillon. Il a été constaté déjà que Mees, dans sa Liste des musiciens belges^ se contente d'appeler Vanden Gbeyn « us des maîtres les plus distingués de son art. » Ajoutons que le Lovens nieuws (le nouvelliste de Louvain), en annonçant, en 1785, la mort de Vanden Gbeyn, se contente de dire qu'il était un carillonneur et un organiste très-estimé « zeer beacbt. »

En tout cas, Vanden Boscb se servit adroitement du jeu de pédales, complément de clavier indispensable à un organiste, et qui manquait, assure-t-on, à Vanden Gbeyn, par la raison que les orgues de Louvain étaient dépourvues de pédales alors, ce qui empêchait les organistes de cette localité d'y acquérir l'habileté nécessaire pour perfectionner leurs études.

Arrivons aux productions de l'artiste anversois.

L'œuvre première s'est dérobée jusqu'ici à toutes les recherches. On en retrouvera sans doute 'des fragments dans les morceaux séparés, dont nous donnons le timbre plus loin. Et déjà, il en est un qui porte en tête : «Première Sonata de Vanden Bosch. » Cette classification est-elle exacte? Nous la tiendi*ons pour telle, jusqu'à ce qu'un exemplaire imprimé vienne la démentir. Les autres fragments sont si faibles,si insignifiants, qu'on n'aura pas trop à regretter la disparition de l'ouvrage entier.

Comme œuvre deuxième de Vanden Bosch, nous avons : VI Divertissements pour le clavecin^ avec accompagnement de deux vidons et basse ad libitum^ dédiée à M. Jean Kjiyjf, chevaliei' et premier bourguemaître de la ville d'Anvers. OEuvre 2™% gravée par Céron. — A Paris, chez Le Menu, rue du Roule, à la Clef d'Or, etc. Ce titre porte une

vignette emblématique, avec une légende empruntée à des jetons du xvr siècle : (c Post tenebras, spero lucem ».

L'œuvre troisième consiste en IV concerts pour le clavecin et l'orgue, avec accompagnement de deux violons, alto^ basse, contre-basse et deux cors ad libitum, dédiés à S. A. Mgr, le duc (CUrsel et d^Hoboke, gouverneur de la ville de Bruxelles. OEuvre IlL — A Paris, chez Le Menu, marchand de musique de madame la Dauphine,etc. Ribart seul.; vignette avec les armoiries du duc d'Ursel.

L'œuvre quatrième forme Six suites pour le clavecin, avec accompagnement de violon ad libitum. — Paris, Le Menu,etc. Gravure de Ribart.

L'œuvre cinquième se compose de Quatre sonates pour le clavecin, avec violon et basse ad libitum, dédiées à M. le comte de Robiano, général des États de Brabant, etc. — Paris, Le Menu, etc. Gravure de Ribart. Parmi les souscripteurs, figure le nom de « Burney, docteur ei historien à Londres. » Gela permet de donner approximativement la date de l'apparition de l'ouvrage. Burney aura souscrit, séance tentmie, à Tune de ses visites chez Vanden Bosch, qui lui exhiba, comme on a vu, diverses compositions gravées à Paris. Le passage de Burney à Anvers ayant eu lieu en 1772, on peut en conclure que l'apparition des quatre sonates susdites se sera effectuée la même année, ou, tout au plus tard. Tannée suivante. Les autres noms de la liste de souscription sont les suivants :

Le R. P. Arnou, organiste des RécoUets, à Anvers ;

J. Bauwsletter, maître de musique à la cathédrale d*Anvers ;

J. Buys, organiste de la cathédrale de Tournay ;

J.F.Damman,organist6 et carillonneur de Fabbaye de Baudeloo à Gand:

Van Dyck, maftre de musique à Amsterdam ;

Gruytters, carillonneur de la ville et organiste de St-Georges, à Anvers;

A. Keirsemaekers, organiste à Anvers ,

M"« Lairie, organiste de la Congrégation, à Anvers ;

G. Moerenhout, organiste des Dominicains, à Bruxelles.

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