DES TOURS DE ROUES
Deux tours pour une ronde. Un tour pour une blanche. Un demitour pour une noire. Un quart de tour pour une croche.
Parlant des symphonies et des maiHonmttes^ Kasiner se demande si ces pantins de foire n'auraient point quelque rapport avec un instrument qu'il nomme basse de Flandre^ et dont nulle part nous n'avons trouvé la mention, et, ajoute-t-il, avec quelque autre monocorde, dicorde ou tricorde (1). Cette basse flamande doit être purement rustique, attendu que, malgré les longues recherches auxquelles nous nous sommes livré pour édifier notre Tliéâtre villageois en Flandre^ nulle part la trace d'un instrument semblable ne nous est apparue.
(c C'est, dit le savant auteur des Danses des morts, un simple bâton sur lequel on tend une ou deux cordes; sous les cordes on place une vessie de porc ou quelque autre corps creux pour faire le bourdon. Les mendiants et les aveugles avaient adopté cet instrument pour renforcer l'harmonie de leurs concerts grotesques. Ils le joignaient au violon, au triangle et aux tambours dont ils faisaient habituellement usage. Cette coutume a duré, parmi eux, jusqu'à la fin du xvur siècle (2). »
a Je crois, ajoute Kastner en note, que la basse de Flandre a quelquefois composé l'orchestre d'un petit théâtre de polichinelle. Je l'ai trouvée dans une gravure où ce théâtre est représenté. C'est un paillasse qui en joue, tandis que le diable entre en scène avec le héros populaire de la burlesque tragi-comédie. Les nègres ont un instrument tout semblable ; dans l'île Maurice, on l'appelle boMe (3). »
Nous pourrions encore mentionner, comme instruments prétendument exceptionnels aux Pays-Bas, la lyre italienne, ou quinte de viole, la saquebute, aussi saquebutetrompetle, qui n'est autre que la posaune ou trombone allemande, etc., etc. Mais nous voulons laisser au lecteur le soin de faire lui-même ces constatations, et nous avons hâte d'en arriver aux faits multiples, qu'un examen attentif
(4) Dantes det moru, p. S68.
CD id. ibid.
(A UL, p. sn.
de nos papiers publics nous a révélés pour vingt-deux villes de la partie méridionale des Pays-Bas, à savoir : Bruges, Gand, Ypres, Courtrai, Audenarde, Bruxelles, Termonde, Anvers, Lierre, Tirlemont, Louvain, Liège, Mons, Malines, Grammont, Furnes, Damme, Alost, Dixmude, Luxembourg, Tongres et Eenaeme.
BRUGES. — Il semble résulter d'un article des comptes communaux de cette ville, que déjà en 129â, les ménestrels formaient entre eux une sorte de confrérie, où leurs intérêts spirituels étaient réglés et assurés :
Istrionibus peragentibus ad candelam Attrebatensem (1).
Cet article reparaît aux années 1294 et 1S99. Il y a là, en efiFet, une entente, une cotisation. Mais, existe-t-il entre les pèlerins brugeois une organisation administrative, des statuts, une police, des chefs ? Nous en doutons grandement. Tout au plus y avait-il parmi eux, selon toute apparence, un élan de dévotion, un zèle pieux qui s'exprimait par des offrandes portées, à de grandes distances, par la masse des ménestrels, au sanctuaire préféré par eux ou renfermant quelque relique de leur patron tutélaire spécial.
Ce qui se passa en France, peut nous servir de guide à ce sujet : « Depuis Tépoque de la dissolution des anciens collèges d*instru menti sies organisés dans Tempire romain, jusqu'au quatorzième siècle, dit M. Bernhard (2), l'histoire des joueurs d'instruments ne présente que des individus isolés et n'ayant entre eux d'autres liens que la communauté de profes^^ion. »
(i) Vamde Casteble, Préludes hUt, sur laghitde des ménestrels^ etc., p. 16. Voir sur la CbandeUe de Bruges, t. U, p. 49, de la Musique aux Pays-Bas. (S) Recherches sur F histoire de la corporation des ménétriers^ etc.
Avant leur érection en société, voici ce qui peut avoir eu lieu. En cas de maladie ou d'empêchement absolu de vaquer à leur office habituel, ils auront tenu à avoir des remplaçants immédiats. Gomment s*en procurer, sinon en formant des élèves capables de remplir convenablement leur emploi?
Effectivement, on rencontre, dès 1318, dans les comptes communaux de Bruges, ce passage important, déterré par M. Carton, et reproduit plusieurs fois depuis :
Betaelt de mencstreulen die hier scole hielden bacbten Caermers in de vaslen, in hoefseede tharen coste, xvj lib. xiij s. iiij d.
Voilà donc, s*écrie le savant chanoine, une école de musique au commencement du xiv^ siècle. Le fait est vrai; seulement, il convient de ne point en exagérer l'importance. Il s'agissait non-seulement, pour les ménestrels, de perpétuer les traditions de leur art, mais encore et surtout, comme nous l'avons dit, d'empêcher que des lacunes ne se fissent dans leurs rangs, pour les solennités où rigoureusement leur concours était réclamé.
En dépit des rémunérations en argent et des libéralités en vins, en dépit des promesses exigées pour les empêcher de quitter le service et d'en accepter un autre ailleurs, il arrivait que des ariisles passaient, grâce à des offres plus, magnifiques, dans des pays étrangers. On voit, entre autres, le nommé André Destrer, de Bruges, placé, en 1363, comme guitariste à la cour d'Edouard (II :
Andrae Destrer, de Brugis, giternario Philippae, reginae Angliae (i).
Peut-être s'en trouvait-il déjà plus d'un en Angleterre, lors de l'expédition d'Edouard V en Flandre, qui y amena en grand nombre des vielleurs, des citharistes et des dan-
(4) DocANfiB, Gioitarimm, lu mot OHêrnarimt, d'a|»rè8 Rnu, t. ¥1, p. 418.
seurs (1), dont les noms, heureusement, nous ont été conservés.
Un fait bien positif, quant à rexistence d*une société réelle, en 1465, c'est l'injonction que reçut, de la part du magistrat, un certain Jean Hussies, de Zélande, de se faire conférer le droit de bourgeoisie, à l'âge de 18 ans, s'il voulait continuer à gagner son pain en jouant dans les fêtes particulières. Une ordonnance du magistrat de Bruges, en date du 9 février 1431, oblige « les ménestrels, » c'est-àdire l'association des ménestrels, à percevoir de leurs confrères étrangers une taxe de six gros tournois, pour permettre à ceux-ci d'exercer leur profession dans la ville de Bruges. Voilà donc les premiers actes de l'association reportés au commencement du w^ siècle.
La construction d'une chapelle dès 1421, nous initie à' une organisation forte et solide, à une véritable gilde, assurée par des règlements d'ordre et de police.
Malheureusement les statuts originaux nous font défaut. A la suite de modifications diverses, on en vint, en 1834, à se mettre d'accord sur les points suivants, que nous abrégeons pour plus de concision :
Nul ne sera admis à la franchise, s'il n'est bourgeois de Bruges, et s'il n'a fait preuve de capacité en présence des doyens, curateurs et anciens de la gilde. — Aucun confrère, s'il n'est expressément appelé,ne peut se recommander ou se faire recommandera l'efTet d'obtenir de jouer.Gelui qui, par des instances, s'efforce d'enlever la clientèle à un confrère ou qui blâmera son talent, payera une amende de trois livres. — Un confrère ayant accepté de jouer à une noce ou à une fête, ne peut rompre son engagement pour aller jouer aux momeries ou ailleurs. — Lorsqu'on se sera engagé à jouer,soit à des noces,soit ailleurs, on ne pourra s'excuser, ni transmettre sa besogne à autrui, pour en accepter une plus lucrative, sans le consentement formel
(i) Campie-^endtt des séanceê de la Comm, royale d^hUtoire, t. XUI, p. 198.
de la personne envers laquelle on se sera obligé. — On ne pourra passer des contrats d'engagement conditionnels. Tous devront se faire formellement. — Un confrère étant condamné à l'amende, ou ayant des dettes à charge de l'association, est tenu de payer aussitôt ou de donner nantissement. S'il reste en défaut, on pourra lui défendre de jouer, jusqu'à ce qu'il s'exécute (1).
On voit figurer dans ces ordonnances les noms des ménestrels suivants : Philippe Guillaume, Georges Le Hoyer, Jean Torret, dit Verdeloot (2), Gisbert de Stuutere, Jean De Meestere, Martin Loryc, Jean Houbien,Christophe Parent, Jean Dupioye, Joachim Taek, Nicolas Acket et Michel Desmet.
D'autres modifications furent apportées à ces statuts, en 1S37, 1644 et 1757. A cette dernière date, le magistrat brugeois consulta les décrets du 8 février 1699 et du 17 juillet 1731, relatifs aux francs maîtres de danses et aux instrumentistes de la ville de Bruxelles, ainsi que les ordonnances du magistrat d'Anvers en date du 27 juillet 1676, concernant la gilde de Saint-Job et de Sainte- Marie-Madeleine de cette ville.
Avant de posséder une chapelle spéciale, les ménestrels brugeois se servaient, pour leurs exercices de piété, de la chapelle de Saint-Basile, ce qui les astreignait à des redevances annuelles, consignées dans quelques comptes conservés aux archives de la ville et à celles du Saint-Sang, et 011 Ton voit, entre autres,aux années 1431 et suivantes, une somme globale de 34 à 30 escalins parisis.
Une décision des échevins de Bruges, de la même année 1431, fixe à 6 gros tournois la taxe à payer annuellement « aux doyen et serment de la gilde qu'entretiennent les ménestrels de Bruges dans la chapelle inférieure de Saint- Basile (3). »
(1) Vandb Casteblb, Préludes, etc., 47, ei Annexes, p. 41. {% Le nom d'uD compositeur du xve siècle.
(3) Nous avons reproduit, au t. Il, p. 42, de ces recherches, un document, IV. 7
A quelle époque, les ménestrels prirent-ils possession de leur chapelle spéciale dont la construction, on l'a vu, remonte à 1421 (1)? Les guerres, Tabsence de ressources suffisantes pour l'achèvement complet de roratoire,le désir d'en faire une sorte de temple de l'art, ont-ils nécessité un délai d'une dizaine d'années avant cette prise de possession? Il faut le croire, car la date de 1421, fournie par nous, a été puisée aux sources les plus véridiques.
Les parties de cet édifice qui subsistent encore aujourd'hui, l'ogive de ses fenêtres, son pignon délabré, sa tourelle élancée, attestent, dit M. Désiré Vande Casteele, que le monument n'était pas sans élégance. Sa voûte en bois, construite en berceau, accuse des restes de peintures polychromes, et les rosaces de la gorge portent des traces apparentes de dorures. Toute la chapelle paraît avoir été décorée de peintures murales.
D'importants vestiges disparurent, il y a une trentaine d'années. Un dessin,accompagnant la brochure de M. Vande Casteele, représente la seule fresque qui existe encore, celle du mur septentrional, figurant le Christ miraculeux de Lucques. Un autre dessin reproduit deux JSgurines sculptées aux clefs de voûte de la fenêtre orieniale.Ce sont deux ménestrels, dont l'un porte encore un fragment de luth.
Quelques bâtiments attenants, gravés sur la carte de Max Gheeraerdts en 1562, font croire à M. Vande Casteele qu'ils servaient d'asile aux ménestrels nécessiteux. Le fait a une apparence de raison. On verra, en effet, dans les statuts des ménestrels bruxellois, qu'un hospice était ménagé aux confrères infirmes ou décrépits.
La gilde des ménestrels de Bruges fut abolie, lors de l'invasion de l'armée française, en 1795.
Elle a dû posséder dans son sein de vrais artistes, à en
qui signale en 1628, à Bruges, deax chapelles de musiciens, Tune consacrée k sainte Cécile, fautre à Notre-Dame d'Arras. (1) Voir Musique aux Pays-Bat, t. I, p. 48.
juger par les épreuves rigoureuses que ses membres avaient à subir à leur entrée dans la société,et par le genre de musique qu'ils exécutaient d*ordinaire.Citons, à ce sujet, un fait qui nous dispensera de longs commentaires. Vers 1484, un prêtre et chantre de Saint-Sauveur,nommé Casin De Brauwer, fut chargé de composer pour les ménestrels, et cela à diverses reprises, une série de motets destinés à être joués par eux :
Betaelt heer Casin de Brauwer, priesler.ende cantor van den Kinderen van Sinl-Salvatops, voor zyn salaria van den moyte by hem ghehadt van ghestelt cnde gheniaecttc hebben, ten diverschen stonden, zekere motetten, omme die by den menestreulen van deser stede ghespeeltte werdene, uut gracien... viij s. (1).
Ces motets étaient utilisés sans doute pour la grande foire, où, après avoir exécuté, au salut, dans Téglise de Saint-Donatien, quelques morceaux de leur répertoire en rhonneur de la Vierge, ils se rendaient, le soir, près de la Halle, pour jouer devant la madone quelques nouvellf^s mélodies. Au nouvel an, ils étrennaient la madone de trois airs gracieux. Cet usage, dit M. Vande Casteele, existait encore au xvuV' siècle. Il n'y a pas longtemps qu*il a été aboli à Rome (2).
Leur rôle, aux foires, était multiple, et ils devaient, comme dans les autres villes commerçantes, se prodiguer ces jours-là. Ils y allaient, par exemple, précédés de leur bannière, ornés de leur costume pittoresque et munis de leurs instruments à pennons blasonnés,faire,aux portes des villes, la révérence aux marchands étrangers, pour les conduire de là, en jouant leurs meilleurs airs, à l'hôtel de ville, où le vin d'honneur les attendait. Les joyeuses
(1) Comptes de la ville de Bruges^ 4484-4485. Ces motets* que Ton voit appelés ailleurs car mina difficiliora, étaient exigés aussi pour l'épreuve à vue d'un récipiendaire à la gilde d'Anvers.
(3) Voyez là-dessus Kastner, Danses des morts, BifiiDEKER, et notre correspondance de Rome au Guide musical^ en 1875.
entrées, les processions, les tournois, les noces^ etc., faisaient briller leur talent et reluire d'un éclat nouveau les cérémonies. La pension qui leur était allouée par la ville était de six livres gros.
Leurs statuts nous apprennent qu'ils jouaient de toutes sortes d'instruments, cûle manieren van instrumentefi. Toutefois, ces documents se bornent à ne mentionner que la trompette et la scdmeye^ et si, au siècle dernier, le clavecin intervient dans leurs décisions, c'est uniquement pour déclarer qu'on peut en jouer impunément sans être obligé de se faire inscrire dans la ghilde.
Nous avons reproduit, au tome l" de ces recherches, divers articles des comptes communaux de Bruges,relâtifs à la facture, l'emploi et renseignement de la trompette vers la fin du x\^ siècle. Ajoutons-y un puisé vlux Préludes, et relatif à des leçons de flûte, données en 148S, par Adrien Willemaert et Antoine Pavillon, ménestrelsgagistes, à quatre enfants, qui, probablement, devaient, bientôt après, faire partie de leur bande :
Betaclt Adriaen Willemaert ende Autheunis Pavillon, mcneslreulen van descr slede,ende hemlieden ghegheven voor haerlieder pine, moyle ende aerbeyt, van dat zy gheleert hebbcn vier jongheskins spelen up de fleute, in hoofschede... ij lib. (i).
On sait qu'à l'occasion du mariage du duc d'Orléans avec la duchesse de Clèves, Philippe-le-Bon fit célébrer, à Bruges, de splendides fêles, ou retentirent quatre-vingts trompettes d'argent. L'auteur des Musiciens belges semble se douter de celte grande opulence dans le déploiement instrumental des ménestrels. Le fait, enregistré par nos naïfs chroniqueurs, n'a rien d'invraisemblable. Il est avéré que Bruges, Gand et d'autres villes dont il sera fait mention, avaient, à cette époque et à l'époque suivante, des
(i) Comptes de ta ville de Bruges, année i4^.
associations musicales où l'on se servait d'instruments en argent massif. Ne peuvent-elles pas s'être concertées, à cette occasion, pour en arriver à former cette phalange imposante qui provoque Tincrédulité de M. Edouard Fétis? Voici d'ailleurs une autre cérémonie, la célébration du retour de Philippe-le-Bon du Portugal, en 1428, ou le même fait se reproduisit, dans des proportions plus vastes encore. Au lieu de quatre-vingts trompettes d'argent, on en comptait cent vingt :
Aussi ne fait h demander s*il y avait héraulx, trompettes et nicnestrelz, car tant en y avoit que longtemps avant n*en avoient tant esté ensemble, et y ot trompettes d'argent, bien vj" ou plus et d'autres trompettes ménestrelz, joueurs d'oi*ges, de haii)es et d'autres iustrumens sans nombre : que de force de jouer faisoient tel noise que toute la ville en résonoit (i).
L'Italie nous a-t-elle devancé sous ce rapport ? l^e fait est à examiner ou plutôt à éclaircir. On peut voir, dans la Bologna perlustrata d'Antonio di Paolo Masini (2), que, dès l'an 1311, les trompes qui fonctionnaient aux solennités religieuses et civiles de cette ville célèbre, étaient d'argent, et que les trompettes, à partir de 1356, formaient une fanfare sonnée par neuf virtuoses :
Li musici, trombetti e gnaccarino cominciuno aile bore ffî a suonaresppra la rengbieradi Gregorio XIII; del 1311, le trombe erano d'argento, e del 43S6, crano 9 trombetti, un gnaccarino con alcuni piffari, e suonavano air usanzaantica di Bologna...
Ces instruments précieux étaient la propriété de la ville en Flandre. Il y avait encordes trompettes des nombreuses corporations, lesquelles, comme il est prouvé, déployaient
(i) Gacrard, Collection de document* inéditt concernant Chittoire de la Belgique^ t H, p. 63.
(3) In Bologna^ per Carlo Zenero, MDGL, p. GS.
un raste inouï dans toutes leurs solennités , et avaient, comme il conste ci-après, des trompettes d'argent :
Ghepresenleert den xxix*" in wederaaendt, wesende Sintc Peelers (iach, de leertauwers van Brugghe gaendc in de vernoemde processie met zelveren trompettcn, vier cannen wyns (1).
Voilà donc les tanneurs de Bruges, représentés à la fêle de saint Pierre à Ostende, par une députation de leur gilde, précédée de musiciens se servant de trompettes en argent massif. Ce seul exemple suffira pour le moment.
Les joueurs de scalmeye à Bruges devaient jouir d'une certaine réputation, puisque, en 1361, JeanlIdeChâtillon, qui séjournait ordinairement en Hollande, fit venir de Bruges un de ces instrumen listes :
Dedc mynjonchere ghcven omirent Malhci, f Scoenhovcn, ecnen bonghcnaer, die Pielerdi menestrclle van Urugghe met hem hrochle mel Hannckyn van Licbain, die daer ghesent was om ecnen gheselle van scalmeye te zoeken... iiij liv. (2).
Un joueur de bonghe, comme on le voil,vcnail de la même cité. Arrêtons-nous un instant à l'examen de cet instrument, qui n'a point, que nous sachions, occupé sérieusement jusqu'ici aucun de nos musicographes.
Il en est question dans les Oiulvlaeïnsche Liederen publiés, en 4848, par les Bibliophiles flamands. Ce recueil, provenant, comme on sait, de la fameuse bibliothèque de Louis de Gruuthuyse (3), renferme cent quarante-cinq chansons des xiV" et xv*" siècles, dont fait partie celle qui a irait à notre instrument. Elle date du milieu du xiv^ siècle. En voici la teneur :
(l; Comptes de la ville cTOsiende, aanée 4JS33. Fétis père nous apprend, verbo Menschel (Jean), que L(^oo X lit faire des saquebules en argent. Qu'y a-t-il d'invraisemblable dans ce fait?
(% Comptes de Jean II de ChdtiUon, année i36i-136â.
(3) 11 a appartenu à M. Van Heurne, et est aujourd'hui la propriété de M. de Crocscr.
Het was een maecht in vruechden rijch.
Si wilde leren bonghen ;
Daer toe hadzoe hertze ende moet,
Hen wijsde haer also meesterlych.
Wanneer de snaren clonghen,
Soe was so wael des bongheos vroet.
Si sprac : « Wel, lieve meester mijo,
Doet mi de snaren clinghen.
Haer luden dinct mi zoeter zijn
Dan aider dautsche zingen.
Nu geift mi vort.
So mi behoort, dat recht accorl;
In ghere gheen ander dinghen.
Wat sal mi zelvci* ofle gold !
In caens met al gheprisen
Van der zoeter bonghen clanc,
Anich den sloc in mijn ghewold;
le doe mijns meesters wisen.
Dan es de bonghe in haren ganc,
Gheringhe slaen dat hoortertoe,
Ende wel te pointe steilen ;
Ende daer ment met ghenouchtcn doe,
Wijst mer also,
So mach ic zo, blide ende vro.
Al minen commer vellen.
Mijn hertze, mijn zin, ende ooc mUn moet
Anich hier toe ghegheven ;
Voor al dat spei dat ye ghewaert
Mach ic daer toe ghecrighen spoet,
So woldich, vroilic leven,
Ende men mi wijst den rechten aert :
Mijns meisters spel verheughet mich.
Ich wilt doch wael onthouden,
Met gansen wille zekerlich,
So werdet hem vergouden.
Hi speilt so richt :
Sine leven nicht, wat mir aen licht,
Diet mi verbieden zouden.
Le bonghe est donc un instrument à cordes : wantieer de snaren clonghen. II appartient au genre polyphonique :
(4) Ces points indiquent une lacune dans le manuscrit. La chanson que nous reproduisons est la 38» de la collection.
dat recht accort. De plus, on frappait les coixies avec des baguettes : gmnghe slaen dat hoorter toe. Le son en était d'une douceur extrême : det^zoetef* bonghen donc. L'auteur va même jusqu'à dire qu'il surpasse en aménité la voix humaine :
Haer luden dincl mi zocter zijn Dan aider duutsche zingen.
Enfin, l'instrument était l'interprète favori des sentiments intimes d'une jeune fille en belle humeur: em tnaecht in vreuchdai rijck. C'est ce qui fait dire à Snellaert, dans ses gloses sur les Alexandei^s Geesten de Van Maerlant,que le bonge est comparable à la citoie ou à la cithare des anciens, en ce qu'il aidait à l'expression de la tendresse, et qu'il était d'un transport facile. Le même écrivain avait déjà dit, dans l'introduction des Oude vlaemsche liederen de Willems :
« Bilderdyk estime que botige et born ne sont autres que le tambour. Il invoque le Spiegel historiael de Van Maerlanl, d'où il résulte que le son du bonge effrayait les chevaux. Le passage cité nous apprend aussi que le bonge se tenait à la main, ce qui n'est point le fait du tambour actuel. La 38"° chanson des Oudvlaeinsche Liederen est consacrée aux accents mélodieux de l'instrument (1). La 121"® chanson du même recueil dit :
Dat bongen es vul der vroilicheit, Als men de bonge te pointe leit, Ende menre up speilt gheringhe.
So men se dan gheringher sleit Te meer haer linze te zuetzer ghett...
« Kiliaen traduit le mot bonge par tympanum, id. bomme. Junius ne le mentionne pas. Entretemps, les vers précités
;i) Ici deux couplets de la chanson reproduite plus. haut.
démontrent que le bonge était aussi monté de cordes, à moins que ces vers ne concernent l'accompagnement du maître. Le mot linze signifie ici peau de tambour. Dans le Mittelhochdeiitsches Wârierbuch de Ziemann, linz est interprété par theristra, pallia muliebiia. »
Puis, au mot Santorien : « Santorie, Santoly est le psaltérion, sorte de citre monté de dix cordes. Barbazan paraît l'avoir confondu avec le tympanon (bonge), selon Roquefort (1), quand il dit que le psaltérion était monté de cordes de cuivre et de fer. »
Ne nous arrêtons point à un extrait des registres de dépenses de Jean II de Châtillon, qui, au premier abord, semble faire du bonge un instrument à souffle :
Vridaghes, op Sinte-Agnielendagh, le Mechelen, eenen bonghenaer diereop peep viij st.
Évidemment, il y a là une omission, ou tout au moins une interprétation ambiguë. Le joueur de bonge s'accompagnait-il de l'instrument, en le frappant d'une main, tout en tenant, de l'autre, un instrument à souffle?
La question du bonge est résolue définitivement par le manuscrit d'Alain de Lille, de Planetâ naturœ (xni* siècle), oii, entre autres gloses marginales, relatives à la même époque, quoiqu'émanant de diverses mains, — des mains flamandes, sans contredit —on rencontre un long passage en vers sur les effets de la musique, où les noms latins des instruments en usage sont traduits en flamand et dessinés à la plume, notamment le bonghe, précédé du mot timpanum, dont il exprime conséquemment la désignation exacte, correspondant à celle que donne Kilian (3).
(i) Poésie française^ p. iiS.
(S) De Reiffenbbrg, Lettre à Fétis, éd. in-S», p. 6. Voir le dessin à ia Bibliothèque de Bourgogne.
La nomenclature d'Alain de Lille est courte ; rien ne nous empêche de la consigner ici :
Tuba, basuyn; corme, horen; cilhara, herp; \ir^, vioei. — Lira csl quoddam, genus cilharas vel sitola alioquin de roet. Hoc inslrumentum est multum volgare (I). — Fistula, floyt (2); Tympanum, bonghe; organum, orghe; cmhdlum, scelleti (3).
Remarquons toutefois que, de même que le mot tympanon, le mot bonge peut signifier à la fois une sorte de tambour et un instrument à cordes du genre de Yhakkeberd. Cela nous engage à résumer encore ici les commentaires dont le savant Hasselt accompagne Tinlerprétation de Kilian.
D*abord, il fournit cette note, à l'endroit de Kilian, où le mot bonge, que Kilian écrit avec un u, bunge, fait défaut : « die bongen slaen, » in Chi\ J. V. D. Beek, t. III, Ann, Matth., p. 138, et jàm « doe lieten die ruter die bonghe slaen; » t. I, p. 470.
Puis, après une longue dissertation sur bommen, rinkelbommen, amenée par le verbe bombammeiiy beyacrden, et où interviennent les vers de Vondel :
T lust ons op de kiokke ton Eenen kiokkedans te dansen,...
Tannotateur Hasselt dit : « sed jungam bis tympanas sonum à Rostio, germano poetâ, non ineleganter adumbratum :
be Bunge ihom ersien geit : bum, bibe^ bum ; Man trummelt und trummelt sich rund und herum.
(1) C'est la rote conséquemment. D'après la figure qui complète la définition, cet instrument se jouait, au moyen âge, au moyen d'un plcctrum.
(9) La figure représente des flûtes à bec percées différemment.
(3) Cet instrument avertissait,d'après de REiFFENsencles religieux de rheure de se mettre h table. C'est, à n'en pas douter, le même dont il est question dans a correspondance d'Hémony. Voy. Musique aux Pays-Bai^ t. III, p. S7K.
c< Vid. in Waghteiu Gloss. verbo Bunge ; istud vero bum, bibe, bum, ante oculos habuisse videtui% nescio quis à G. A.. Glotzio in Àddend. Diss.j de Tyrtseo, p. 186, allegatus vates :
Kyrie Eleison,
Pidit ponif poniy pom^
Lerm, lerm^ lerm, lerm,
Sick keîner herm,
Drotn, drarij drom,
Kyrie Eleison ,
Schlagt^ stecht, schiest dreitt,..
Au lieu de chercher, dans le préfixe bun, bon, Torigine du mot bonge, en tant qu'instrument de percussion se rapprochant du tambour, n'y a-t-il pas lieu de la faire dériver de sambuque, en écartant, au contraire, le préfixe de ce terme, et en transformant les syllabes buque en bouge i'oix bonge ? La sambuque était, en effet, un instrument qui offrait des affinités aveclelimpanon, ou mieux avec le psaltérion. De plus, elle était jouée communément, à son origine, par des jeunes filles de la classe élevée, ce qui la rapproche encore de l'instrument de la chanson brugeoise. On en attribue Tinvention aux troglodytes de TAfrique.
Quoi qu*il en soit, la ville de Bruges paraît avoir excellé en ce genre d'instruments, puisque , comme il a été constaté, on y alla quérir, de Hollande, en 1361, un joueur de bonge^ et que la chanson qui vante les charmes du bonge, est de provenance brugeoise. On en jouait à Deventer, en 1470, d'après un extrait des comptes de cette ville, reproduit par les Houwsteenen (1).
A l'égard de la scalmeye, nous en trouvons un spécimen cuiieux dans les peintures découvertes, il y a quatre ans, en l'église de Notre-Dame à Bruges, et où se voit, entre autres, un ange jouant de cet instrument, que Kilian nomme
'i) Deuxième fascicule.
kromme scalmeye^ c*est-à-dire lituus, incmra buccina^ deux termes latins qu'il applique aussi au kromhoren. Ce krotnhoren, qui avait un accord complet, faisait, d'après les comptes d*Âudenarde reproduits plus loin, la basse des flûtes. Parfois aussi, c'était un instrument concertant, qui se combinait avec la saquebute. Ajoutons ici, par parenthèse, que les ménestrels de Bruges reçurent, en 1S43, un nouvel instrument de ce genre, nieuwe mcqeboutte van lattoene omme daeiop te spelene (1). On verra plus loin les ménestrels gantois se servir de saquebutes en argent.
La figure allégorique en question est de la deuxième moitié du xv* siècle. Trop délabrée pour pouvoir en donner un fac-similé bien complet, elle est reproduite ici, telle quelle, d'après un excellent calque dû à l'habile peintreverrier brugeois M. Dobbelaere. Ce qui intéresse le plus notre objet, est resté quasi intact. L'instrument, dont joue le musicien ailé, a une couleur noire, qui nous porte à le croire un des ancêtres du serpent, lequel était, comme on sait, recouvert de cuir foncé. Ici, le cuir— si cuir il y a — conserve des traces visibles de doruie, qui rapprochent son ornementation de nos vieilles tentures de salon, dites (c cuirs de Cordoue, » ou de nos coffrets gothiques, que Ton admire tant, pour leur travail de ciselure, dans les musées particuliers et publics de Belgique. L'instrument, déployé en ligne droite, atteindrait à hauteur d'homme. Les doigts de la main supérieure semblent se porter sur des trous destinés à former une échelle de sons. Les doigts de l'autre main paraissent plutôt soutenir l'instrument. Nulle part, nous n'en avons vu un spécimen semblable. Les cromorncs dont Kastner fournit les dessins, et celles que d'autres auteurs ont fait graver, ont seules quelques similitudes avec l'exemple placé ici en regard.
Les ménestrels communaux, au nombre de cinq — nombre
(t) Voy. entre autres sur la saquebute Pexcellent article du Vusml Dictionary de Grassincau.
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^ÉNESTRRf.S DE J3rVGR8.
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officiel, croyons-nous, au xvr siècle, car nous le retrouvons encore en 1568 — allèrent charmer, en 1531, les loisirs de Marguerite d'Autriche, à son palais de Bruxelles, et reçurent d'elle, à titre de gratification, cinq philippes d'or :
A cinq joueurs d'instrumens de la ville de Bruges, le xj août xv« xxj, V philippus d'or (I).
Annuellement ils se rendaient à Oudenbourg, pour y contribuer à Tembellissement des trois principales processions : celle de mai, celle du Sacrement en juin, et celle de Saint-Arnaud à la mi-août. Le magistrat leur procurait la nourriture et la boisson, durant le temps que duraient ces solennités :
Den zeiven daghe (xxv«° in meye), den meneslreurs van Brugghe de welcke hier in coslumen zyn te spelene, 1er waerdicheyt vander processie van meydaghe, sacrements daghe ende Sint Arents daghe te halfougst, ix xi j liv. s. par.
Item, over de mondcosten ende theeringhen van den zeiven menestreurs, xx s. par. (%.
firuges doit avoir été anciennement un centre de lutherie très-important. Nombre de facteurs d'orgue y avaient des ateliers, qui, pour la plupart, ont joui d'un grand renom. Outre les notes sur la facture d'instruments que nous avons fournies, outre celles que l'on doit à M. Vande Casteele, on en trouvera encore de très-intéressantes dans le journal artistique la Plume, à partir du n"^ 14 de la première année. Ajoulons-y la mention d'un luthier brugeois faite sur une étiquette d'une vieille petite guitare à dix cordes, provenant de M. Vuillaume de Bruxelles, et maintenant en la possession de M. César Snoeck, de Renaix : « Egidius
MiCHlELS, LUTHIER DE LA CoUR, A BrUGES, 1770. »
(1) Comptes de Jean de Mamix, déjà cités.
(9) Comptes de la ville d'Oudenbourg^ année 4513.
— no —
Passons aux ménestrels des anciens souverains de Flandre.
On a sur ceux du xiiit siècle quelques renseignements indirects fournis par Van Maerlant, dans ses Alexanders Geesten, lequel, à l'instar de nos peintres, a prêté aux personnages de l'antiquité des instruments qui n'étaient autres que ceux de son temps. La plupart se trouvent énumérés, à l'occasion de l'entrée d'Alexandre- le-Grand à Babylone. Après avoir dit que les fenêtres de la populeuse cité étaient garnies de monde, de femmes surtout, le célèbre poète flamand ajoute :
Die monestreveie quamen daermede Vor die coninc io die slede, Eode loefden met eren sanghe.
Daer was menich trompe langhe, Vedelen, harpen ende symphonien, Cytolen die wael leren vrien, Salterien, orgelen ende sciven.
Men speeider met swerden en met kniven.
La trompette, la viole, la harpe, la chifonie, la citole, le psaltérion, l'orgue et les crotales (1), autant d'instruments acquis à l'histoire de nos vieux instrumentistes. Il n'y manque que la busine, qui apparemment peut être confondue avec la trompette. En voici trois citations, empruntées au même poëme :
Ende dat striden ende dat jagen Verdreef dat geluyt van den businen, Dat al niet en dochle schinen.
Met eenre businen dede verstaen Als men ten wapen eoude vaen ; Maer men mocbte niet den horen Over al inl her daer horen.
(i) SU faut lire stiven au lieu de sciven, il conviendra d'interpréter ce premier nom par une sorte de trompette* qui, au moyen âge, se nommait Mriv^, dans les chroniques. Ce n*est qu'à partir du xiv« siècle, dit Kastner, que le mot estive prit la signiflcation de cornemuse.
Des anderen daeges ter soimen op f anghe Bliesmen eene bosine langhe.
Voilà la busine sentant au lever, à Tatlaque et à la cessation du combat. Faisons remarquer que le poète, au deuxième passage reproduit, considère comme synonymes busine et horen^ hoorUy et attribue ici et plus haut, une certaine longueui' de tuyau à la trompette, trompe lange^ et à la busine, busine lange. Tous ces instruments ont déjà été Tobjet d'études spéciales, auxquelles nous renvoyons le lecteur. Les chants entonnés, en la même expédition, nous occuperont à une autre place.
Le Trqjaenschen Ooi^log, de Van Maerlant, renferme encore quelques noms d'instruments de musique, qui complètent ceux que l'on vient de lire :
Gigen, harpen, simphonien, Pleien, vedelen, armorien, Salterion, sunbees, tympanion, Monoeorden, cborc, licion, XII instrumenten van muaike, Ladde gevet beelde subtilike (1).
Ces dénominations correspondent avec celles que donne la version française, hormis peut-être gigen, qui nous semble une mauvaise lecture de orgen^ mot que fournit le texte français. Pleie, c'est la rote, sunbee, la cymbale, licion, la lyre. Snellaert (2) croit que Van Maerlant a été ménestrel dans sa jeunesse. Cette supposition est révoquée en doute par Serrure fils (3).
De ReiflTenberg donne les renseignements suivants sur les ménestrels des ducs de Bourgogne de la maison de Valois. On y voit que la musique faisait partie essentielle de leur personnel domestique :
(i) Voy. Ph. Blomuaert, Oud Vlaemsche gedichten, t. 1, p. 60. Voy. aussi Snellaert, inlrodacUon aux Oude vl. Liederen, etc., p. xviii. {% Histoire de la Littérature flamande^ p. ISO. (3) Geschiedenis der Vlaemsehe letterkunde, p. 80 et i06.
« Sous Philippe-le-Hardi : Pages de la musique, harpeurs ou joueurs de harpe, ménestriers ou violons. Louys Mulier, ménestrier du duc. Un compte de 1417 le qualifie familier du duc. Hautbois, trompettes.
» Sous Jean-sans-Peur : Un clerc de musique. Pages de la musique. Douze ménestriers : Henri de Houz, 60 écus par an; Thibault d'Estrabourg (de Strasbourg), id.; Jean Honnesic, id.; Guillaume Caillet, id. Six harpeurs, hautbois, trompettes : Paulin d'Alexandrie , trompette du duc, 60 écus par an.; Christophle d'Arbonne,îd.,id.; Hennequin Couppetrippes, id., id.
» Sous Philippe-le-Bon : Clerc de musique. Musiciens. Pages de la musique. Douze ménestriers ou violons. Six harpeurs. Hautbois, trompettes. Six trompettes de guerre du duc (1). »
Les comptes utilisés par De Reiffenberg, ne comportent rien sur les musiciens attachés à la Cour de Charles-le- Téméraire. On trouvera, à ce sujet, des détails intéressants dans le livre de M. le comte Delà Borde (2). Fournissons, à notre tour, une série de noms et de dates propres à jeter quelque jour sur cette époque encore obscure de notre histoire musicale. Ils sont empruntés, pour la plupart, aux Archives générales du Royaume :
Josse le Pipre, ménestrel de Philippe-le-Hardi, avait sur « les briefs de la chambre » dudit souverain, une rente annuelle de 24 livres parisis, dont il donne, entre autres, quittance en 1389 et 1401. Ces documents que nous avons sous les yeux (3), font mention du cachet de l'artiste, cachet reproduit par nous (4), et qui porte, dans un encadrement trilobé, une cornemuse accompagnée d'une rosace. L'état
(i) Lettre à Fétis, p. i3. M. Edouard Fétis, mieux inspiré que ton père, qui 8*e8t toujours refusé à puiser dans la brochure en question, a délayé ces renseignements pour ses àiusiciens beiges, Voy. 1 1, p. 63.
(9) Les Ducs de Bourgogne, Preuves ; passim.
(3) Ils font partie du fonds appelé Quittances de Lille.
(4) Voy. Musique aux Pays-Bas^ t. Il, pi. % fig. 6.
délabré de Tempreinte, la seule qu'il nous ait été permis de rencontrer, nous empêche de tirerde la légende gothique autre chose que les mots : S. JOS... et ADIN (?), ces derniers complétant un nom dont la première partie n*existe plus.
Il n'est pas inutile de remarquer que le mot pipre, dont il sera fait emploi abondamment dans la suite, est pris ici dans le sens de joueur de cornemuse, qui est, selon toute apparence, sa signification véritable. Nous aurons soin de noter toutes les variantes et les exceptions qui s'offriront dans le cours de ce travail.
N'omettons point toutefois ici un pipre de Philippe-le- Hardi, au sujet duquel Fétis a commis deux grossières erreurs, il s'agit de Jean Coolman, qui vint à Audenarde en 1410, pour de là se rendre à Damme, muni de lettres adressées au magistrat de cette ville. L'extrait relatif au premier voyage est publié plus loin. Voici celui concernant la deuxième excursion :
Ghegheven ecnen Janne Coolman, mins heeren pipre, van dat hi brieven brochte vnn onsen gheduchten heere metten groeten zeghele, xviiij st.
Fétis, qui appelle le virtuose en question a maître hautboïste, » prétend, que la qualification de maître signitie chef, et place Coolman à la tête des ménestrels de cette espèce attachés àla Cour de Philippe-le-Hardi. Fétis ignore que maître s'entend de musiciens qui, après les années d'apprentissage voulues, sont reçus comme tels, dans une gilde, laquelle, on l'a vu, avait le privilège exclusif d'exercer son art. A défaut de cet argument, nous en aurions un autre, non moins concluant, dans les comptes d'Alost, auxquels nous empruntons plus loin un extrait intéressant de 1408, d'où il résulte que Coolman arrive avec ses gesellen à Alost, lesquels étaient tous maîtres comme l'artiste précité.
D'autre part, Josse le pipre étant un cornemuseux, où