DES MORCEAUX EXÉCUTÉS PAR LES ÉLÈVES DU COLLÈGE IMPÉRIAL DE TÉHÉRAN
i° Massoud-marsh . A. Lemaire.
2 0 Gavatine de Faust , solo de bugle exécuté par
le capitaine Youssef Khan. Gounod.
3 ° Quatuor de liigoletto . Verdi.
4° Sultan-Polka , solo de petite flûte exécuté
par le capitaine Mirza Hussein. D’albret.
5 ° Quintetto de la Sonnambula, solo par le
capitaine Soleiman Klun. Bellini.
6° Ispahan-Polka , solo de piston exécuté par
le capitaine Youssef Khan. A. Oudin.
7 0 i cr acte de la Norma, solo de clarinette
exécuté par le lieutenant Hadji Khan... Bellini.
8° 4 e acte de Lucia, solo de saxophone exécuté
par le capitaine Mirza Hussein. Donizetti.
9 0 Duo du 3 e acte de la Norma . Bellini.
io° 3 e acte du Trovatore, solo de clarinette exécuté par le capitaine Soleiman Khan.... Verdi.
11° 3 ° acte de la Juive , solo de trombone exécuté par le lieutenant Ali Mahmet Khan. Halévy
Le Schah, qui est un homme fort instruit et qui a prouvé par ses voyages en Europe qu’il voulait faire profiter son pays des progrès accomplis en toutes choses, a prescrit en 1873 à notre concitoyen, M. Lemaire, la composition d’un Hymne national persan .
Cet hymne, très remarquable et d'une large facture, a été
édité par Choudens, rue Saint-Honoré, à Paris, ainsi que la Marche du couronnement du même auteur.
Ajoutons, enfin, que les élèves du Collège impérial de Téhéran, qui suivent le cours de musique établi dans cet établissement, reçoivent à ce titre un appointement de 120 à 25 o francs par an, outre l’habillement et le déjeuner pour chaque jour de classe qui leur est assuré par le règlement.
Mais, en dehors du gouvernement, Part musical n’est pas encouragé des particuliers, et il n’y a point, dans tout l’empire persan, une seule société privée, philharmonique ou orphéonique.
Cela tient peut-être à ce que les Persans n’ont pas de caractères pour représenter les sons, ni de signes pour indiquer les rythmes, etc., et qu’ainsi la musique ne peut pas se propager dans ce pays, à l’état manuscrit ou par l’impression. Chez eux, à cet égard, tout est de tradition.
La musique persane, composée seulement de mélodies, qui sont ou chantées ou jouées sur des instruments du pays, n’est donc pas enseignée publiquement.
Les musiciens persans ne connaissent pas l’harmonie et exécutent ces mélodies de mémoire.
Les mélodies chantées sont accompagnées par des instruments à cordes; les instruments à percussion indiquent le rythme; les instruments à cordes accompagnent en soutenant la tonique et très rarement la dominante; presque toujours, les musiciens accompagnent en jouant la mélodie à l’unisson et trop souvent, malheureusement, en jouant la mélodie à la quarte ou à la quinte.
Nous avons montré, d’après les informations les plus certaines, la part considérable prise par M. Lemaire à la propagation de l’art musical en Perse. Il sera donc établi, désormais, que tout ce qui s’est fait pour cet art dans ce pays est dû à l’initiative et à la forte volonté de notre concitoyen.
Il y a même là un indice des qualités de notre race artésienne, tenace, persévérante, qui est tout à notre gloire.
Les honneurs n’ont pas tardé à récompenser les brillants services de M. Lemaire et, actuellement, notre concitoyen, estimé des grands de l’empire, aimé de ses nombreux élèves, est Directeur des Musiques militaires de S. M. I. le Schah avec rang et grade de Général, Commandeur du Lion et du Soleil de Perse, de l’Ordre de Medjidié, Officier de l’Ordre Scientifique de Perse, Officier de l’Ordre de François-Joseph d’Autriche,
Chevalier de la Couronne d’Italie, Chevalier de l’Ordre de Saint-Grégoire le Grand.
Tout récemment, le gouvernement français, à la demande de son Ambassadeur à Téhéran, lui a décerné les palmes d’Officier d’académie, en attendant que la croix de la Légion d’honneur, qu’il a si bien méritée, récompense ses services dans l’extrême Orient.
Il nous reste à parler de l’ancienne musique et des anciens instruments de la Perse.
Les relations européennes sont très sobres de détails à ce sujet. Elles mentionnent bien les danses et les divertissements populaires; mais on y chercherait vainement des indications précises sur la construction et l’usage des intruments.
Les renseignements ci-après, recueillis pour la première fois, à notre sollicitation, par M. Lemaire lui-même, combleront donc une lacune de l’histoire de l’art musical en Orient.
Les danses forment toujours une des principales distractions du pays.
Ces danses sont très simples, mais très lascives; elles sont accompagnées de musiques de tambours et de battements de mains.
On peut en avoir une idée exacte en exécutant celles que M. Lemaire a éditées chez Choudens, sous ces titres: Vingt airs ‘populaires persans , pour piano (1872); Quinze airs populaires persans, pour piano (1881); Quadrille sur des airs persans (1881), etc.
Nous avons dit que dans l'empire persan les instruments pour musique militaire sont les mêmes qu’en France.
Les instruments pour musique de chambre sont les suivants :
LE THAR.
Son vase est en bois de mûrier, le manche est en noyer et les clefs en buis. On couvre le vase d’une peau d’agneau qui n’a pas vu le jour.
Cet instrument, qui est employé dans toutes les provinces de la Perse, a cinq cordes, dont deux en fil de fer et les autres en cuivre jaune. On le joue avec un petit morceau de cuivre jaune que l’on appelle meçrabe.
LE CEINTOUR.
Il est fait avec le bois de noyer.
Il a soixante-douze cordes en cuivre jaune. Les cordes sont plus fortes que celles du thar. On le joue avec deux baguettes en bois qu’on appelle meçrabe. Il est usité dans toutes les provinces.
LE DOTHAR.
Instrument semblable au céthar.
Son vase est fait avec le bois de mûrier, le manche est en bois de noyer et celui des clefs en buis. La peau dont on couvre le vase est la peau d’agneau qui n’a pas vu le jour. Il a deux cordes en soie jaune. On le joue avec l’ongle de l’index de la main droite. Il est peu usité.
LE TCHINGUE.
Cet instrument, en forme de harpe, n’est plus usité en Perse on ne sait pas de combien de cordes il était composé.
A Hérat, on le joue encore.
LE DAMBÈQUE.
Espèce de tambour.
On le fabrique avec du bois dont on fait des bouchons ; on le couvre avec la peau du chevreuil.
C’est l'accompagnement des autres instruments. On le joue avec les deux mains.
LE CÉTHAR.
La construction est la meme que celle du thar. Il a quatre cordes, dont deux sont en til de fer et les deux autres en cuivre jaune. On le joue avec l’ongle de l’index de la main droite. Il est usité dans toutes les provinces.
LE GANOUN.
Le ganoun n’existe plus en Perse; mais on dit qu'il ressemblait au ceintour et qu’on le trouve en Turquie.
# LE ROBAB.
Cet instrument, semblable au thar, est tout en bois/ Il a trois cordes en boyau. Outre ces cordes, il a deux autres cordes en cuivre jaune et qui sont attachées a un des côtés du manche.
On le joue avec un petit morceau de cuivre que l’on appelle meçrabe.
Il n’existe plus en Perse. On le trouve à Samarcande et à Boukhara.
LE DAYÉRÉ.
Espèce de tambour de basque.
Le cerceau est en bois de saule. On le couvre avec la peau du
chevreuil ; on attache des anneaux au côté opposé. On le joue avec les deux mains.
C’est un instrument d’accompagnement.
LE NÉÏ.
Espèce de chalumeau. Il est en roseau. Il a sept trous, dont six en dessus et un en dessous. Il est usité dans toutes les provinces.
LE KÉMANTCHÉ.
Le vase est en bois de mûrier et il est divisé par tranches avec de l’ivoire. Il a trois cordes, dont deux sont en soie et une en cuivre. On le joue avec un archet. Il est usité dans toutes les provinces.
LE ROMOUZE.
Cet instrument est nouvellement inventé par un artiste nommé Khosror, natif de Hamadan. La construction est la même que le thar. C’est un composé de thar et de kémantché. Il a cinq cordes, dont deux sont en soie et les trois autres en cuivre jaune. On le joue avec un archet.
Usité seulement à Téhéran.
LE ROUDE.
N’existe plus en Perse; on le trouve à Cachemire. Il ressemble à peu près à la harpe.