‹ La musique dans la Grande-BretagneChapitre 4 sur 4 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Pour tout ce qui regarde la musique, le rôle de l’Angleterre, depuis le commencement du xix f siècle, est sensiblement le même que celui quelle avait tenu, à cet égard, au siècle précédent. On n’a point vu s’y produire un mouvement d’invention très original ni très intense. On n’y rencontre point une de ces figures imposantes qui renouvellent les conceptions esthétiques, et de qui procède toute une école. En revanche, les compositeurs appliqués et distingués ne manquent point. La culture est développée sous toutes ses formes. Les études les plus sérieuses sont en honneur. Les genres sévères, héritage des époques classiques, ne sont point négligés ; des travailleurs consciencieux perpétuent, par la pratique et par la doctrine, la tradition sous son aspect le plus rigide et le plus austère. En même temps, Londres est demeuré un des endroits du monde où retentissent avec le plus d’éclat les réputations formées ailleurs. Attentive aux nouveautés, avide de reconnaître, de proclamer et d’honorer le talent, cette ville est restée un véritable tympanum famœ. A notre époque comme aux siècles antérieurs, elle a fait l’accueil le plus empressé, le plus flatteur aux étrangers de marque. Pour prendre un exemple, on se rappelle de quelle manière elle a, après Handel, « adopté », en quelque sorte, Mendelssohn.

Voltaire disait qu’à Paris « une moitié des citoyens est occupée à amuser l’autre ». Sa réflexion s’appliquait surtout à l’extension, obligatoire dans unegrande capitale où abondent les oisifs, des spectacles publics. L’activité théâtrale est forcément très grande dans une cité aussi colossale que Londres. Il faudrait plu-

sieurs volumes pour énumérer tout ce qui, depuis environ cent ans, en se bornant à la musique, s'est produit sur les scènes londonniennes. Nous regrettons delre contraint, en laissant de côté beaucoup de particularités curieuses, de nous réduire à une revue som maire.

Iout au début du siècle, nous citerons, dans le genre de l'opéra comique et de la pantomime, les ouvrages de John Davy. Il avait, à trois ans, fait connaissance avec la musique d’une façon assez bizarre en étant pris d’une terreur panique à l’audition d un violoncelle. Mais son oreille et son goût musical so développèrent vite, car, à six ans, avec des fers à cheval suspendus, il formait une sorte de petit carillon primitif ou il avait réussi, empiriquement, à constituer octave. Ces anecdotes, en se répandant, le mirent promptement en relief. Sa musique dramatique a laisse peu de trace, mais elle a joui, en son temps,

une cert °ine vogue. Un de ses contemporains, William Shield, après avoir songé d’abord à être constructeur de navires, a écrit un grand nombre d’opéras ou ballets et de la musique de chambre; un autre, Iiorn, a composé, soit seul, soit en collaboration, quelques œuvres, parmi lesquelles nous citerons Charles le Téméraire et Lalle Rookh. On peut nommer aussi The Honey Moon, le Papillon, de William Linloy, et la Poupée de Nuremberg, d’un autre Linley (Georges), mort à Londres en 1865, dont nous reparlerons plus loin.

La renommée de Bishof, né peu d’années après les précédents, a été grande en Angleterre, mais elle est restee locale. La Heine, qui lui confia la direction de sa musique, l’anoblit en 1842.11 a écrit un nombre considérable d’ouvrages; les .sujets de quelques uns d'en treeux sont empruntés au répertoire de Shakespeare. Conformément à un usage anglais, Bishof a été aussi 1 adaptateur dune grande quantité d’opéras étrangers : Don Juan, les Noces, la Somnambule, Guillaume Tell, Jean de Paris, le Philtre, le Faust, de Spohr, etc., etc.. De même, Addison arrangea sur un livret nouveau te Petit Chaperon rouge, de Boieldieu ; il produisit en outre quelques œuvres légères. Nous signalerons également Isaac Nathan, qui composa

quelques opéras pour Drury Lane, qui fut un excellent maître de chant, qui, malgré la faiblesse de son organe, s’engagea comme chanteur à Covent Gardon pour arriver à désintéresser s^s créanciers, et qui mérite surtout l’attention pour l’intéressant recueil de ses Mélodies hébraïques.

Nous ne pouvons qu’indiquer, on passant, King et sa longue série d’opéras comiques, Ivitcbener et son Amour parmi les roses. Ellerton, qui épousa, en 1837, la fille du comte de Scarborough, écrivit quelques opéras sur des paroles non seulement anglaises, mais aussi italiennes et même allemandes. 11 fut joué, d’ail leurs, avec quelque succès, en Allemagne. Nous joindrons à son nom ceux de John Barnett, compositeur fécond qui, né en 1802, fit représenter, en 1825, sa première opérette, Avant le déjeuner ; de Lavenu et des frères Elvey.

Avec Julien Benedict, d’une tout autre envergure que les précédents, nous avons affaire à l’un de ces artistes venus du dehors, qui ont trouvé en Grande- Bretagne une nouvelle patrie. Benedict était né à Stuttgart, d’une famille juive. 11 fut l’élève et l’ami de Weber. Ayant accompagné le maître à \ ienne, lors de la première d’ Euryanthe, il fut, sur sa recommandation, nommé directeur de musique de l’Opéra allemand dans la capitale autrichienne. Un premier séjour à Londres, à dater de 1838, lui assura une place considérable comme professeur de piano et comme chef d’orchestre. Après 1852, son installation à Londres devint définitive. Pianiste d’un talent rare e* délicat, Benedict a donné au théâtre anglais la Prédiction de la bohémienne , jouée un peu partout en Allemagne. la Fiancée de Venise , les Croisés , le Lys de Vil lcrnay (devenu la Rose d’Erin dans les pays germaniques), etc., etc. Dans ces œuvres, se reconnaît la main d’un musicien exercé, non dépourvu d înia gination et de sentiment dramatique, en possession d’une réelle et assez profonde expérience technique.

Celui-là ne fut Anglais que par adoption; mais un musicien qui appartient pleinement à l'Angleterre est

Balfe, dont l’existence fut comprise entre les années

1808 et 1870. Très bien doué, on peut lui reprocher d’avoir quelque peu abusé de sa facilité. Un grand

nombre de ses œuvres portent trop ostensiblement la trace de la précipitation. Il ne manquait point d’invention, il avait l’instinct de la scène. Il est harmoniste et prouve assez souvent le sens de l’orchestration énergique et colorée. En somme, on peut le classer parmi ceux qui auraient mieux réussi en écrivant moins.

Sa carrière, assez accidentée, le conduisit tout d abord en Italie, où il se produisit avec assez peu de succès comme chanteur, sous le nom de Balfî, et où il composa plusieurs opéras. A Venise, il encourut la défaveur du public pour avoir introduit dans le Crociato de Meyerbeer, des morceaux de lui, de Rossini et de Donizetti. Pour Londres, en 1835, il composa un ouvrage italien, ÏAsscdio de La Rochelle , qui eut quelque succès. Ses principaux ouvrages anglais sont The Maid of Artois, créée par M me Malibran (il y avait introduit, en la disposant en morceau vocal, une valse de Strauss qui valut un triomphe à la cantatrice); Jeanne Gray; — Falstajf; — Jeanne d'Arc;

Rcolanthc. Notons que Balfe a fourni pareillement à 1 Opéra-Comique et à 1 Opéra, de Paris, quelques ouvrages vite oubliés, notamment iEtoile de Séville, que chantèrent Gardoni et M me Stolz. Nous donnerons encore les titres de Blanche de Ncccrs, de Rose de Castille. Son œuvre la meilleure est, croyonsnous, la Bohémienne , qui fut appréciée en Allemagne, notamment à Hambourg et à Vienne, et représentée avec un certain succès, en 1869, au Théâtre- Lyrique du Châtelet.

Populaire en Angleterre, et par des qualités véritables bien qu un peu gaspillées, non indigne du rang élevé qu’il tenait en ce pays, Ralfe fut un chef d orchestre accompli, plein d intelligence, de savoir et de goût. 11 donna a cet égard de nombreuses preuves de son habileté et de sa compétence.

Alexandre Macfarren mérite d’être compris sur la liste des représentants éminents de l’art musical en Angleterre. Homme instruit, très au fait de la technique et de 1 histoire de 1 art, il a, dans des écrits et dans des conférences, témoigné d’une érudition vaste et sûre. Compositeur, il a eu l’heureuse pensée de s’inspirer parfois des vieilles et expressives mélodies anglaises.

particulièrement dans son meilleur opéra, Robin Hood. Son Don Quichotte et son Charles II ne doivent pas non plus être omis. Professeur à l’Université de Cambridge, il a eu pour successeur Ch. Stanford, dont la production dans le genre de l’oratorio, de la symphonie et de la musique de chambre est considérable et très appréciée. Un frère deMacfarren (Walter Cecil) a écrit des œuvres religieuses et des ouvertures estimées, et son beau-fils, W. Davenport, a composé de la musique de piano et de chambre, et publié des traités théoriques de valeur. Quant à Pierson, de son vrai nom Pearson, il a fait en Allemagne une partie de sa carrière; nommons aussi Schira, qui, né à Malte en 1815, a donné à Milan, où il avait suivi les cours du Conservatoire, son premier opéra, Elena % et à Lisbonne, Il Fanatico per la musica et I Cavalieridi Valons a, et les deux Bâche (Fr. Ed. et Walter): le premier, auteur de musique de chambre, d elieder pour piano et d’un Rubesahl , non représenté; le second, chef d’orchestre éminent.

L’originalité, le talent, l’aptitude à saisir et à rendre les sentiments pathétiques, ne manquent point dans les œuvres de Wallace, dont la destinée fut aventureuse et romanesque, et qui obtint des succès importants avec Lurline , Maritana, Mathilde de Hongrie, le Triomphe de l'Amour et la Fleur du Désert. Maritana , en particulier, est demeurée longtemps au répertoire.

Parmi les contemporains, nous signalerons encore Mazzinghi, d’origine italienne, qui eut parfois Reeve pour collaborateur; Hatton, grand voyageur, dont l’opéra de Rose et le drame biblique à' H es e Ida h ont consacré la réputation ; Cowen, avec ses opéras de Pauline, de Thorgrim , de Garibaldi , de Signa, et sir Arthur Sullivan, qui se partagea entre la musique sérieuse et la musique légère, et qui fut avant tout un inépuisable et ingénieux mélodiste. La liste de ses œuvres, qui relèvent des genres les plus variés, est fort étendue. Une d’entre elles, en particulier, le Mikado, a eu un énorme succès. Lorsque Sullivan mourut, en 1900, la reine Victoria se fit représenter à ses obsèques qui, sur son ordre, eurent lieu à la cathédrale de Saint-Paul, où l’on exécuta son oratorio de

la Lumière du Monde. N’omettons pas Goring Thomas, à qui Ion doit Esmeralda et Nadeshda; Mackensie, le successeur de Macfarren à la direction de la « Royal Academy of Music » et qui, outre ses succès de théâtre avec Colomba et le Troubadour , s’est acquis une notoriété justifiée comme auteur d’oratorios et de cantates, etc., etc.

Nous rappelions tout à l’heure 1 éclatante réussite d’une opérette de Sullivan, le Mikado. Ce genre de 1 opérette est cultivé avec succès, en Angleterre, par un grand nombre de compositeurs dont nous ne pouvons, faute d<» place, donner une liste complète. Quelques spécimens de cette forme musicale nous ont été dernièrement présentés à Paris: la Geisha, de Sidney Jones, The Shop Girl , de Caryll, Florodora , de L. Stuart.

Remarquons d ailleurs, à ce propos, que la plupart des compositeurs anglais d’opérettes ont, à la différence de leurs confrères français, écrit des œuvres d un genre tout différent, opéras, ouvertures, musique de chambre, oratorios même. Il en résulte pour I’historiographe une difficulté d’ordre tout spécial dans le classement des productions musicales. C’est ainsi que, parmi les artistes qui se sont plus spécialement adonnés à l’opérette, Lutz, mort récemment à l’âge de soixante-quatorze ans, a écrit entre temps de la musique religieuse; qu’Alfred Cellier a donné en Amérique, où il a passé de longues années, un grand opéra,

1 a adore; que Frédéric Clay a composé des opéras, de la musique pour drames et des cantates, une Lalla Rookh entre autres. Ajoutons à ces noms ceux de Thomas Welsli, au début du xix e siècle, de Reed qui, particularité curieuse, donna ses premières petites pièces, a deux ou trois personnages seulement, au moment même où Ofïenbacli faisait à Paris, on sait avec quel succès, une tentative analogue; de Levey, etc., etc.

M " s °P hie Gay a prétendu, dans ses Salons de Pans, que l'Angleterre est le pays le moins musical de l'Europe. Il y a, comme il est aisé de s’en convaincre en parcourant ces pages, autant de ridicule que d iniquité dans un jugement aussi sommaire qu’a réfuté notamment, avec beaucoup de force, M Valetta

dans une très intéressante étude, publiée par la Revista musicale italiana, sur la musique anglaise. C’est un risible préjugé que l’opinion d’après laquelle tout Anglais a, nécessairement, la voix et l’oreille fausses. Nombre de chanteurs et de chanteuses, nés en Angleterre, ont laissé dans l’art une trace profonde. Nous l’avons démontré pour les époques antérieures. Il nous serait aisé de le prouver de même pour le xix e siècle, auquel, en ce genre, ne font point défaut des noms éclatants ou distingués.

Lin des plus brillants, pour commencer, est celui d'Elisabeth Billington. Sa vie tout d’abord assez aventureuse fut marquée par plus d’un romanesque épisode. Elle fit fanatisme à Naples, mais son mari y étant mort d’apoplexie, on y supposa, d’une manière absolument gratuite, qu’il avait été puni, par le stylet ou le poison, de la jalousie parfois brutale qu’il témoignait à l’égard de la die a. Plus tard, les Napolitains crurent qu’une terrible éruption du Vésuve, qui eut lieu en ce temps-là, devait avoir pour cause la présence d’une artiste de religion hérétique au théâtre de Saint-Charles. De retour en Angleterre, M me Billington, en chantant alternativement à Covent-Garden et à Drury-Lane, provoqua des transports d’enthousiasme. Elle mourut riche en 1818, après s etre retirée dans une terre qu’elle avait acquise près de Venise.

M me Dickons fut considérée quelque temps comme sa rivale. M mf Wood se lit admirer dans la Suzanne des Noces , non moins que dans la Rezia d 'Obèron. M me Bishof eut une célébrité européenne. Elle réussit surtout dans YOtcllo de Rossini. Il convient de mentionner également la belle Adélaïde lvemble, Clara Novello, miss Wilson, qui, l’année de ses débuts, re cueillit, sans parler des acclamations, une somme de deux cent cinquante mille francs; miss Romer, qui créa les Croisés, de Benedict, Catherine Hayes, qui triompha dans Lucie , Louisa Pyne, Katherine Stephens, morte comtesse d’Essex à l’âge de quatre-vingthuit ans, Anna Thillon, la créatrice à Paris des Diamants de la Couronne et de la Part du Diable . Plaçons ici le nom d’artistes qui se firent remarquer, non sur la scène, mais dans l’exécution des oratorios, notamment miss Dolby, à qui Mendelssohn dédia un

recueil de lieds et pour laquelle il écrivit la partie de contralto dans son Elie, et Deborah Knyvett, dont le concours augmenta la recette de plus d’un festival.

Parmi les professeurs de chant qui se firent connaître à Londres, durant le xix' siècle, nous citerons Molineux et André Costa, d’origine italienne, connu par le procès qu’il intenta à M n,e Albertazzi, son élève, a qui il avait donné des leçons pour rien, en se réservant de percevoir par la suite la moitié de ses émoluments annuels. Parmi les grands chanteurs, nous mentionnerons Kelly et Wilsh; Templeton, mort octogénaire en 1886 ; Braham, qui fut si célèbre et qui excellait moins encore à la scène que dans la musique de Handel; — William Knyvett; — Ed. Lloyd, qui se consacra exclusivement à la musique d’église; — Ileather ; ThomasCooke ; — Phillips, qui rendait en véritable maître les oratorios de Handel et de Haydn ; Bartleman; — le ténor Reeves, qui avait reçu à Milan des leçons de Mazzucato, et qui, après avoir été applaudi dans diverses villes d’Italie, acquit dans sa patrie la renommée d’un artiste du plus pur et du plus grand style; — William Cummings; May, qui s’est voué à l’enseignement populaire; enfin, Sartley.

La musique de chambre et la symphonie n’ont pas été dans notre siècle délaissées en Angleterre. Il faut ici grouper les noms de Rawlings, de Foy, de Stephen Elvey, le plus jeune des deux frères mentionnés plus haut, qui, protégé de l’aristocratie, contribua beaucoup à répandre le goût de la musique classique ; de Georges Osborne, dont les quatuors sont d’une bonne facture et dont quelques morceaux de salon ont eu longtemps la vogue; de Loder, chef d’orchestre distingué, dont les symphonies ont été exécutées en Allemagne, et que la folie arrêta en chemin ; de Stephens, dont nous signalerons la symphonie en sol mineur ; de Cowen, dont nous avons déjà parlé à propos de la musique dramatique; de Sterndale Bennet, qui fut créé baronnet par la reine Victoria en même temps que Benedict et Stephen Elvey, et à qui 1 on fit des funérailles splendides à Westminster. Sa symphonie en sol mineur est considérée par les critiques anglais comme un ouvrage de haute valeur.

Nommons encore un de ses élèves, Harmston; Wale; Potter; Gadsby ; Villiers Standford, qui s’est essayé moins heureusement dans l’opéra; puis, dans la dernière partie du xix e siècle, William Shakespeare, que ses symphonies, ses ouvertures, etc., ont placé très haut dans l’estime du public anglais, Swinnerton Heap, Edgar Elgar, dont les sympathies pour Richard Strauss s’affirment dans sa musique instrumentale, etc., etc.

On a parfois médit de la virtuosité instrumentale, mais sans ses raffinements, comme l’a remarqué un jour un éminent virtuose, l’art delà composition n’aurait pas pu poursuivre son évolution. Cette virtuosité, très en honneur au xix e siècle en Angleterre, y a produit, pour ce qui concerne le violon : Mori, né de parents italiens et élève de Viotti, Holmes, Carrodus, violon solo de Covent Garden, etc. ; pour le violoncelle : Reinagle, ainsi que Powel et Lindley, qui avait beaucoup de son et une irréprochable justesse d’intonation. Comme flûtistes nous mentionnerons Gorden, qui coopéra à l’amélioration de cet organe important de l’orchestre ; Nicholson et son élève James; Towsend et Lindsay. Fisch et Barret se distinguèrent sur le hautbois, llarper se servit de la trompette avec une réelle supériorité. C’est ici le lieu d’indiquer les travaux d’un Français fixé à Londres, Frichot, qui eut beaucoup d’influence sur le perfectionnement des instruments à vent en cuivre; — ceux de Georges Hart sur la lutherie, — et la méthode de Macfarlane pour le cor à clefs.

Dans le nombre des chefs d’orchestre, nationaux ou naturalisés, qui se sont fait un nom en Angleterre durant la période qui nous occupe, nous rangerons Sanderson, François Cramer, issu d’une famille célè bre et qui brilla dans la direction des festivals, Th. Smart, qui fit entendre dans ses concerts la Sontag, Jenny Lind et la Malibran, et qui mourut à l’âge de quatre-vingt-onze ans; Michel Costa qui, déployant une activité soutenue et heureuse en presque tous ses emplois, fut tour à tour un « conducteur » remarquable pour le concert symphonique, pour l’oratorio et pour le théâtre; John Ella, qui imagina les « pro* grammes analytiques », si souvent imités depuis.

Dans cet intervalle d’une centaine d’années, les pianistes foisonnèrent en Angleterre, depuis Latour qui. né en France, fut attaché ou service du prince de Galles (Georges IV) et ne mourut qu’en 1837. Baker fut un des bons élèves de Dussek et de Jean- Baptiste Cramer. Celui ci, artiste de premier ordre, que nous avons suffisamment caractérisé ailleurs, fit un très long séjour en Grande-Bretagne où il mourut seulement en 1858, à quatre-vingt-sept ans. Good-

an, Coggins, Clifton, se distinguèrent comme vir tuoses ou comme professeurs. Salaman, outre ses mérites d exécutant, donna des conférences intéressantes sur l'histoire de la musique; Sidney Siqilh écrivit de la musique de salon très goûtée ; Challonor composa une méthode de piano qui fut tout d’abord débitée à neuf mille exemplaires.

Un nom qui vaut que l’on s’y arrête est celui de John Field. Il fut un des élèves de Clementi, qui 1 emmena en Russie, mais qui, fort avare, le laissait, faute d’une pelisse, se morfondre dans sa chambre, pendant que lui-même ne cessait de donner des leçons à vingt-cinq roubles. Field fut, parla suite, fort apprécié à Saint-Pétersbourg et à Moscou, mais ses inconséquences, ses habitudes intempérantes, son peu de régularité, son invincible paresse, l’empêchèrent d’arriver à la fortune. Après beaucoup de voyages, il retourna à Moscou à la suite delà famille Romanov'qui s’était intéressée à lui. et il y mourut en 1837. L’exécution de Field était, par certains côtés, magistrale. A Vienne, où il se fit entendre vers la fin de sa carrière, il provoqua la vive admiration des connaisseurs. Il aviit reçu de Clementi la tradition d’un mécanisme très pur, d’un style élégant et sobre. Mais il n’avait point la sécheresse et l’aridité par où péchait parfois le jeu de son illustre maître. Tout au contraire, il possédait en abondance la grâce, le pathétique, le charme rêveur, I art d intéresser et d émouvoir. Compositeur, il a fait preuve des mêmes mérites dans ses Nocturnes un peu languissants parfois, maisoù se révèle souvent une pensée tendre, délicate, d’une irrésistible suavité.

Il y a toujours un mérite rare à imaginer une forme nouvelle : celle de l’espèce d’élégies que Field appelu

nocturnes, appartient en propre à cet artiste d’une fine et noble essence.

Nous passerons en hâte sur Bottomby, dont WoelfTl fut le professeur, sur M"' Dussek, née à Edimbourg, sur Olivia Dussek, fille de la précédente, qui vit le jour à Londres. Meves mérita les encouragements et les éloges de Hummel. Neats qui ne mourut qu’en 1877, mais qui avait, dans sa jeunesse, fréquenté Beethoven, eut un jeu froid, que relevait du moins le raffinement d’un goût diflicile, formé par la tradition classique. Field, Winter et Woelfïl avaient tour à tour été ses maîtres. Cudinore, dans une même séance, â Liverpool, exécuta successivement sur le piano, sur le violon et sur le violoncelle trois concertos de Kalkbrenner, de Rode et de Cervetto. Joseph Hart fut un des bons élèves de J.-B. Cramer, en compagnie duquel Jean Beale eut l’honneur, dans une circonstance solennelle, d’exécuter un morceau à deux pianos. C’est à Londres qu’était né Henri Bertini, artiste fort distingué, qui finit par s’établir à Paris, et qui, se rattachant à l’école de Hummel, a laissé dans l’enseignement une trace durable. De Londres aussi venait Pio Cianchittini, le fils de Véronique Dussek, qui, enfant prodige, fut appelé le Mozart anglais dans ses voyages sur le continent. Nommons Fanny Davies, Kialmark, d’origine suédoise, Clark, Ed. Knight, Mavius, M n,c Gunn, qui furent des professeurs distingués. Aspull, à huit ans, exécutait facilement les plus difficiles compositions des Hummel, des Moscheles et des Kalkbrenner. Nous retrouvons ici Sterndale Bennet, qui se fit entendre avec succès au Gewandhaus. Richards reçut les conseils de Chopin et acquit une habileté technique peu commune. Ch.-Ed. Horsley, compositeur et critique distingué, avait eu Moscheles pour maître. Harris fut un musicien instruit et un professeur éminent. Citons, à une époque plus rapprochée, Dora Schirmacher. Donald Tovey, dont les débuts devant le public londonnien ne remontent qu’au mois de novembre 1900; enfin, avant de quitter les pianistes, signalons, parmi les principaux facteurs, la maison Bradwood and Sons, fondée en 1702, et la fabrique Collard, dont le chef actuel est Charles

Lukey.

La harpe nous fournit les noms île miss Dibdin, de Chatterton et de Parish-Alvars, qui, sous l’influence d un séjour en Allemagne, étendit et agrandit sa manière; il composa des œuvres intéressantes, et mourut à Vienne où il avait été nommé harpiste de la Chambre impériale.

Si les Anglais ont su se servir en virtuoses des instruments, ils n’ont pas moins excellé à les construire. Citons, parmi les luthiers de grande valeur, Gilkes et John Betts. Un curieux et un érudit. Liston, innova dans la construction de l’orgue. Un facteur d’orgues de rare capacité fut Elliott, dont l’œuvre la plus considérable est le grand orgue de la cathédrale d’York, qui coûta environ cent cinquante mille francs et qui’ compose de trois claviers à la main et d’un clavier de pedales, contient environ huit mille tuyaux dont trois jeux de trente-deux pieds ouverts, un bourdon et une bombarde de trente deux pieds. Pour cet ouvrage, il avait eu comme collaborateur Bill auquel on doit le grand orgue de Birmingham avec son trombone de trente-deux pieds, son bourdon, ses deux bombardes, ses quatre trompettes, etc. L’orgue immense connu sous le nom d’AppoIonion fut construit a Londres par Fliglit en société avec Robson. Abbey monta à Paris une manufacture d’où sont sortis de nombreux instruments. Il introduisit le mécanisme anglais et la soufflerie de Cummins dans la facture des orgues françaises. Barker, l’inventeur du levier pneumatique, qui remédie à la dureté excessive des claviers dans les orgues de proportions colossales, fut en France le collaborateur de Cavaillé.

Les organistes de mérite ont, au xix' siècle, été nombreux en Angleterre. Neilson n'embrassa comme professionnel celte carrière qu après sa quarantième année, sa famille ayant alors été ruinée par une spéculation malheureuse sur la pêche de la tortue. K.-F. Horn fut organiste de la Chapelle royale, et eut un lils, Charles-Edward, à qui l’on doit des oratorios, des opéras-comiques, une cantate, etc. Joseph Mortimer exerça son art en Russie, feumuel Wesley parvint à la grande notoriété; improvisateur ingénieux et fécond, il traitait la fugue à la manière de Handel. Guillaume Ilorsley, père de Charles-Edouard Horsley, cité précé-

demment,ne se distingua pas moins comme compositeur religieux que comme exécutant sur l’orgue. François Linley était aveugle de naissance; il s’enrichit par un mariage avec une jeune femme aveugle comme lui. Charles Knyvett fut à la fois organiste, un des directeurs des célèbres concerts de musique ancienne, et, pendant vingt ans, l’accompagnateur le plus renommé de Londres. Nous rappellerons encore les noms de Russell, de Mather, de Coombe, de Nathniel Cooke, de Pratt, de Zacharrah et Dudley Buck, de Chipp, de Oakeley,d’HenrySmart,dontunautreorganiste,Spark, a écrit l’histoire. Jacob joua avec succès les fugues et préludes de Bach et de Ilandel devant des assemblées de plusieurs milliers de personnes, alternativement avec Samuel Wesley et Crotch. Celui-ci avait eu dans son enfance des débuts éclatants qui annonçaient un homme tout à fait supérieur. Mais ces espérances ne furent qu’en partie réalisées. Il a beaucoup composé; son meilleur ouvrage est peut-être l’oratorio de la Palestine. Il donna à Londres, pendant plusieurs années, des lectures publiques sur la musique. Hoylan et Cheese ont tenu une place honorable. Vincent Novello, compositeur instruit, organiste distingué, joua aussi un rôle utile comme éditeur de musique religieuse. Kemp, illustrateur musical de Shakespeare. Ford, Thomas et Abraham Adams ne doivent point être oubliés, non plus que Cutler, Logier, l’inventeur d’un « chiroplaste » qui l’enrichit, Howgill, Paddon, Jonathan Blewitt, G.-L. Lambert, l’aveugle Samuel Chapple, la dynastie des Camidge, Merrick, qui traduisit les œuvres didactiques d’Albrechtsberger, Joseph et J.-J. Harris. Nous n’omettrons non plus ni Ilamerton, ni Head, ni Parrat, auteur de la musique d’une Orestie, et collaborateur de Grove, ni Peace, ni Attwood Walmisley, dont les conférences sur l’histoire de la musique avec « illustrations » ont eu leur moment de vogue. Hopkins ne s’est pas fait connaître seulement comme praticien; son livre sur l’orgue est une œuvre des plus consciencieuses et des plus intéressantes. Nous compléterons cette liste en y ajoutant les noms de J.-A. Baker, de Fawcett, de Marshall, de Gawler, de Saunder Bonnet, d’Edw. Gladstone, compositeur très apprécié de musique d église, des trois J urlc (James,

Robert et William), de Rogers, de Steggal, de Stewart qui, en 1872, représenta l’Irlande à la grande fête de la paix et fut anobli peu après, d’Elisabeth Stirling, de Thallon, qui s’est fixée en Amérique; de Thorne, d’Edm. Turpin, de Wingham, de Garrett, de Best dont la réputation est considérable dans tout le Royaume-Uni.

Il est aisé de voir, par ce qui précède, de quelle faveur jouit la musique d’église en Angleterre, pays dans lequel la ferveur du sentiment religieux constitue un îles caractères dominants de la nation. C’est môme, disons-le en passant, la vogue persistante de l’oratorio qui explique comment, selon la remarque très juste de M. Biletta, déjà cité, les productions les plus significatives des compositeurs anglais ne se sont point répandues en Europe. Dans cet ordre d’idées, nous avons le devoir de ne point passer sous silence les œuvres religieuses de J. Warren, qui donna, d’autre part, une édition nouvelle de la Cathédral Music de Boyce. Les oratorios de Leslie prouvent un sincère mérite, et sont fort estimés de l'autre côté de la Manche. Il en faut dire autant de ceux d’Ouseley, improvisateur de premier ordre sur l’orgue, et qui évoqua les souvenirs de Bach et de Handel dons des œuvres graves telles que son Saint-Polijcarpe et son Hayar. Compositeur précoce, il avait écrit à huit ans un opéra : Vile déserte.

Nous avons, à plusieurs reprises, appelé l’attention sur le goût que les Anglais ont toujours montré pour les vestiges et les monuments de la naïve musique nationale, en Angleterre, en Ecosse et en Irlande. Cette tradition s’est continuée dans notre siècle, et a eu pour ellet la publication de nombreuses mélodies caractéristiques. Bunting se donna à l'étude des anciens airs irlandais, qu’il harmonisa dans un sentiment sûr et délicat. On ne peut accorder le même éloge à Stevenson, compositeur souvent applaudi du reste, mais qui eut le tort de dénaturer, par des arrangements d’un goût trop moderne, quelques-unes des cantilènes de l’ancienne Irlande. L'Hibernian Catch Club ne lui en décerna pas moins son prix de la Coupe d’argent. Catch , par parenthèse, est le nom qu’on donne à certaines compositions d’origine très

ancienne, sorte de fugues vocales sur un texte connu, nous dit AI. Riemann à qui, ainsi qu’à son traducteur et adaptateur M. Humbert, nous avons fait de fréquents emprunts au cours de la présente .étude. Jean Parry qui, comme tant d’autres, emprunta au cycle de Walter Scott le sujet de son opéra d'Ivanhoè , s’occupa avec succès de l’ancienne musique galloise appelée Cambrienne. Sa collection intitulée le Harpiste gallois a de la valeur et de l’intérêt. Il donna également ses soins aux mélodies écossaises. Il présida a diverses reprises les assemblées des « bardes » ou (( ménestrels ». C’est ici le lieu d’observer qu’un artiste homonyme, pour le nom et le prénom, un autre John Parry, s’était, au xvnr siècle, livré à des travaux analogues. C était aussi un « barde », appartenant à une famille vouée traditionnellement à la culture de la harpe galloise et du style musical des aïeux.

On doit à Sandys un intéressant recueil de noêls de l’Ouest de l’Angleterre. Une certaine importance doit être accordée aux publications de Clarck, qui fut secrétaire du Glce-Club. William Beale donna un grand nombre de glces, genre en quelque sorte national où le chant sans accompagnement est écrit à plusieurs parties, mais sans l’appoint des artifices du style intrigué. N’oublions pas, dans cet ordre de compositions, J.-II. Clitton, Th. Forbes Walmidey, Stafford Smith, Stevens. William Beale s’essaya aussi dansle madrigal b la façon anglaise, qui n’a guère qu’un rapport onomastique avec le madrigal des anciennes époques, mais qui, comportant cependant l’emploi de l’imitation, n’a cessé d’être pratiqué dans les Iles Britanniques, par un certain nombre de curieux et d’amateurs. Il existe une Société des madrigaux qui a décerné à William Beale son « prix de la Coupe » ; elle a compté parmi ses membres un érudit. Oliphant, qui en a écrit l’histoire. Ici comme partout ailleurs nous retrouvons cet attachement de l’Anglais pour les traditions anciennes, ce souci de les perpétuer, ce culte historique du passé qui, selon Taine, sont une des principales caractéristiques de la nation. Parmi les auteurs de inadigaux on peut mentionner aussi Pearsall.

On rencontrerait sûrement, çà et là, la couleur na-

tionale, l'emploi de l'instinct du thème expressif, au milieu des indécisions et des incertitudes d’une forme parfois peu artistique dans les compositions vocales, ballades ou simples romances, de Georges Linley, déjà cité, producteur infatigable, de St. Glover, de Klose, de J.-P. Knight, de lady John Scott, de Thomas Moore qui a écrit la musique de quelquesunes de ses romances. Telle de ces pages d’album a joui d'une vogue immense et prolongée « et du peuple, des grands, des provinces goûtée » se retrouvera peut-être un jour, du moins fragmentairement, dans quelque village reculé, après que le nom de l’auteur aura été oublié, arrivée ou revenue à l’état de mélodie populaire.

Les dilettanti de grande race, appartenant à la plus haute aristocratie, n’ont jamais été rares en Angleterre. Une des ligures les plus accomplies en ce genre est celle du comte de Westmoreland, qui, artiste et soldat, fut à Vienne l’élève de Mayseder avant d’aller faire, contre les Junot et les Masséna, les rudes campagnes de Portugal et d’Espagne. Parvenu au grade de lieutenant-général, investi de missions diplomatiques, le noble pair ne cessa de s’adonner parallèlement à la musique, écrivit sept opéras, des messes, des pièces instrumentales, et dédia des hymnes à quatre voix à Meyerbeer.

La curiosité, l’érudition, la vigueur intellectuelle des Anglais se sont, dans le présent siècle, exercés sans relâche sur les matières qui constituent les diverses parties de la science, de la théorie, de l’histoire et de la littérature musicale. L’acoustique, par laquelle nous commencerons, a été l’objet de recherches ingénieuses, bien conduites et fécondes. L’architecte Saunders, dans un traité sur la construction des théâtres, exposa clairement le résultat d’expériences intéressantes. On peut citer la lettre de Robertson à notre savant compatriote Millin sur la manière de rendre les sons perceptibles aux sourds, et un mémoire de Faraday sur la production du son par la flamme dans les tubes. La dissertation du fils de Herschel sur le son doit aussi être mentionnée. Puisque le canon, depuis la cantate de Rossini en 1867 peut à la rigueur être considéré comme un instrument de musique, nous

signalerons les expériences d’un major du génie de l’année des Indes, Goldringharn, qui, à l’aide des canons des forts de Madras, expérimenta la vitesse du son. Home étudia dans deux mémoires le tympan et la structure générale de l’oreille. Campbell a fourni l’article Acoustic à l’Encyclopédie d’Edimbourg. Le livre de Mullinger-Iliggins forme un substantiel résumé de la même science. Nous citerons pareillement les Mcmoranda du physicien Cooper, les travaux de John Ellis sur l’histoire de la détermination de la hauteur des sons, les analyses physiologiques du médecin Buchanan, les Aperçus de philosophie analogique de G. Field. Nous indiquerons enfin, en regrettant de ne pouvoir nous y arrêter à loisir, le livre du célèbre John Tyndall, le Son , et nous signalerons l’ingénieuse invention par W. Remington du Colour or g an.

En passant de l’acoustique à l’harmonie, nous ren controns tout d’abord les ouvrages de Relfe; son Lucidus ordo , procède des vues de l’abbé Vogler. Donnons au moins le nom de Burrowes. Jousse, venu de France, traduisit Albrechtsberger, et publia les curieux Arcan na musicœ. Il était devenu bien réellement anglais, si l’on en juge par son idée vraiment britannique des Harmonie cards , jeu de cartes destiné à l’apprentissage de l’harmonie. Cette conception originale était déjà sortie de la cervelle du professeur Morgan. R. M. Bacon, connu par quelques travaux, ne put réaliser son projet d’une encyclopédie de musique, dont l’un des principaux collaborateurs devait être John Bishop. Celui-ci joua un rôle considérable comme éditeur de musique classique, principalement pour le compte de la maison Rob. Cocks et C°. Versé dans les langues française et allemande, élève, pour l’italien, de Pedrotti, Bishop fit passer en anglais nombre d’ouvrages théoriques de Fétis, de Czerny, de Spohr, de Bail lot. Dans le même groupe d’écrivains spéciaux, nous ferons figurer le lieutenant-colonel Macdonald qui avait commandé en chef l’artillerie à l’établissement anglais de Sumatra, l’abbé O’Donnelly, Goss, Ilamilton, travailleur ingénieux et infatigable, mal. gré des habitudes d’intempérance qui le déconsidéraient, Hewitt, Grifïith Jones, Danneley avec sa trop

sommaire Encyclopédie et sa Grammaire musicale , Alfred Day, Crome et Dubourg, avec leurs deux livres, l’un théorique et l’autre historique, sur l’art du violon. Plus récemment, nous indiquerons les nombreux et sincères services que, sousdiverses formes, John Curwen, H.-Ch. Banister avec son Tcat-book of music y Hullah, rendirent à l’enseignement et à la diffusion de la musique.

Très large est la part qui doit être faite à l’histoire musicale proprement dite. Les deux volumes de la consciencieuse Bioyraphic musicale du révérend William Bingley remontent au commencement du siècle. L’ouvrage aurait peut-être été plus fréquemment consulté si l’auteur n’avait cru devoir adopter l’ordre chronologique, moins commode, pour une rapide recherche, que l’alphabétisme. L’effort de beaucoup d’historiens se porta, louablement, sur ce qui était plus spécialement important pour l’histoire du génie anglais et de ses manifestations propres. Hawes publia des textes et réimpressions, notamment la col lection nationale des Triomphes d’Oriana. William Chapel travailla énergiquement à combattre l’opinion, ou, pour mieux dire, la prévention, selon laquelle la nation est inapte à la musique, destituée d’originalité et de capacité dans cet art. Il coopéra à la luxueuse édition qui fut donnée des ouvrages des Byrd et des Morley, des Gibbons et des Dowland, et des autres maîtres, non dépourvus de puissance et de saveur, de la haute époque. Il mit aussi en lumière un très grand nombre d’airs populaires, dont quelques-uns datent d’un temps très éloigné, et qu’il analysa avec beaucoup de savoir, de discernement et de tact. A la très utile et très compétente société des Musiciens antiquaires , il eut pour collègue Mac farren, qui, comme compositeur, nous a occupé précédemment. Cette association des Musiciens antiquaires et la non moins intéressante Société Bercy rencontrèrent, lors de leur fondation, pour promoteurs très actifs, des hommes d’un mérite transcendant, tels que MM. Edmond Taylor et Rimlmult. Ce dernier peut être regardé comme le véritable chef, le maître autorisé et écouté, et, en certaines parties, l’initiateur de ce qui se rapporte aux études musicales

historiques en Angleterre. Ses lectures, ses articles ont eu du retentissement. Il a enrichi de notes excel lentes les œuvres, publiées à nouveau, des vieux compositeurs, de Byrd à Purcell. Nous ne pouvons énumérer tous ses travaux. Son édition du Messie , de Handel, au texte duquel il a joint l’instrumentation ajoutée par Mozart, est un modèle de genre. Ses publications nombreuses, relatives soit à la musique savante (notamment la musique religieuse), soit a la musique populaire, constituent toute une bibliothèque de la plus grande valeur. Très appliqué, M. Raimbault est aussi l’auteur de l’arrangement pour piano de beaucoup de partitions de Spobr, de Macfarren, de Balfe, de Wallace. Il est mort en 1876.

Au domaine de la monographie appartiennent un certain nombre d’études de Dewar sur les mœurs, la poésie et la musique des Irlandais; de Dauney, sui les mélodies écossaises; d’Evans, sur la musique hébraïque; de Bowles, sur quelques anciens instruments mentionnés dans le Roman de la Rose . Dans le même ordre de travaux érudits, nous signalerons la traduction, par Jackson, du traité arabe de musique d’Abdallah ben Khaledune; le traité de Willard sur la musique de l’Indoustan ; l’opuscule de Fowke, sur la « lyre indienne ». Gardiner eut des vues assez curieuses sur l’esthétique musicale. Roe s’attacha particulièrement à l’analyse du rythme. John Walker est connu par ses curieux essais de notation de la parole. G est paimi les littérateurs musiciens qu’il faut classer Belfour, traducteur du poème de Yriarte sur la musique; l'Histoire abrégée de la musique , de Stafford, qui a été traduite par M mp Fétis; Burgli, dont les Anecdotes ne sont pas dépourvues d’agrément. Un Français, le baron de Rouvron, maréchal de camp dans 1 armée royale, et sorti de France au moment de 1 émigration, avait, dès le début du siècle, traduit en anglais l’ouvrage célèbre écrit en italien par 1 Espagnol Arteaga, et relatif aux révolutions du théâtre musical en Italie. L’opéra italien en Angleterre, durant une période de cinquante ans, fut le sujet du livre assez amusant du comte Mount-Edgecumbe. Une histoire de l’opéra italien à Londres pendant sept ans fut donnée par Ebers, qui avait perdu sa fortune en dirigeant

ce spectacle. Dès 1838, Georges Hogarth publia son Histoire de U opéra en Italie, en France, en Allemagne et en Angleterre. Ce littérateur, qui fut le beau-père de Charles Dickens, est l’auteur de beaucoup d’autres écrits, et devint plus tard le critique très écouté du Times. L'Excursion chez les musiciens de iAllemagne, d Edouard Holmes, auteur, en outre, d’une quantité d’œuvres instrumentales et vocales, ne doit pas être oubliée, non plus que sa Vie de Mozart et sa collaboration critique au grand journal l'Atlas. Notons pareillement les ouvrages de John Hiles et les travaux de Spencer Smith sur la musique à Caen, où il est mort. On trouve des jugements sensés et piquants, revêtus d’une expression parfois alerte et heureuse, dans la Musique et les Mœurs en France et en Allemagne, de Chorley qui, depuis, donna une édition refondue de cet ouvrage, sous un autre titre.

D autres travaux importants ont paru à une époque plus rapprochée. Citons, entre autres, les livres justement réputés de M. Stewart Chamberlain sur Wagner; le British Musical Biograpliy, de J.-D. Brown; lHistory of english music, de H. Davey ; le National Portrait Gallery of Licing British Musicians , de ,1. Warimer; Masters of english music, de Ch.Willeby; le Dictionarg of bristish musicians, de Cravest ; en lin le grand et remarquable dictionnaire (supplément compris) de Grove, dont un des principaux collaborateurs a été J. Hipkins.

Dans les écrits spécialement voui’s aux questions de musique religieuse, nous mentionnerons ceux de Flemeng pour le rétablissement de l’orgue dans les églises d’Ecosse (la première tentative en ce sens qui eut été faite depuis la Réforme); — le livre de Latrobe sur la musique d’église; — l’opuscule de Hodges, sur le même sujet; — et les travaux considérables de Gauntlett se rapportant à la réforme du chant ecclésiastique.

La presse périodique ne jouit nulle part d’autant d’influence qu’en Angleterre. Nulle part aussi les journaux ne sont si nombreux. Nous ne nous arrêterons pas sur le journal publié en italien à Londres au commencement de notre siècle par Pananti, et où il inséra quelques morceaux de critique musicale. Mais

nous devons, à une date plus récente, citer avec éloge Iluefler et Maitland, critiques musicaux du Times , Davison qui conquit une grande renommée et une autorité incontestée en écrivant dans le même journal, et qui dirigea l’excellent organe spécial intitulé Musical World ainsi que le Musical Examiner.

Glover, en même temps compositeur, chanteur et virtuose, fut le critique attitré du Morning Posé. Nous nommerons encore Joseph Bennett, du Daily Telegraph; Praeger, du Musical Standard ; Percy Beens, du Tropical Times et de YAthcnœum; M mf Wyld, du Standard; Hersu, de {'Observer et du Globe. Aux journaux de musique précédemment cités, nous ajouterons le Musical T rade Review, le Magazine of Music, le Piano, le Musical Review, le Montlily musical record , etc., etc.

Le plus célèbre établissement anglais d édition musicale est sans aucun doute celui qui fut fondé par Vincent Novello. Nous mentionnerons aussi Chapel, Boosey, Ewer, dont le fonds fut repris successivement par Buxton, W. Witt et Novello, Cramer, Weekes, Morley, JelToys, Cocks, Williams, Roiner, Ashdoon, Metzler, Stanley Lucas, Weber, Jarrold, Orgood, Sampson, Augener, François Day, etc. Une des plus anciennes maisons est celle de MM. Keith et Prowse.

Par tous les détails et les renseignements qui précèdent, par ceux, du même genre, qu’il nous serait aisé d’ajouter, il n’est pas difficile de voir qu’au double point de vue intellectuel et matériel, l’Angleterre est, musicalement, « outillée », pour ainsi dire, de façon à pouvoir ne craindre aucune comparaison. Ses orchestres, ses chanteurs, ses virtuoses, ses théoriciens, ses historiens spéciaux et ses critiques ne sont, a coup sûr, ni par le nombre, ni par la qualité, en état d infériorité sur ceux d’aucune partie de l’Europe. D’un autre côté, l’on doit se souvenir que l’illustre historien français de la Littérature anglaise a pu égaler l’Angleterre comme « pays pensant » à la France et à l’Allemagne. L’Angleterre est effectivement un des endroits du monde où se remuent le plus d’idées, où s’élaborent le plus de systèmes hardis, où naissent, en tout ordre de choses, le plus de conceptions originales

et d’une grande portée. On sait combien, dans ce qui se rapporte aux arts plastiques, l’esthétique contemporaine a été, à maintes reprises, modifiée, inquiétée, renouvelée par des influences venues de Londres. En sera-t-il de même, un jour ou l’autre, pour la musique? Nous n’oserions l’affirmer, mais il serait téméraire, selon nous, d’affirmer le contraire. Il n’est nullement impossible que l’on voie un jour aboutir d’une manière glorieuse, dans l’union de la forme savante avec la couleur tirée de la naïve et expressive mélodie populaire, l’application, plusieurs fois séculaire, de tant de travailleurs bien doués, opiniâtres. Quant à nous, nous oserons nous déclarer satisfait si nous avons réussi à donner à nos lecteurs une idée exacte de ce long effort, qui fut sincère, toujours courageux, et même, avec Purcell, pour nous servir de la belle expression de Carlyle, « héroïque ».

15 mai 1903.

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