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CHAPITRE III

Contrée hospitalière, l’Angleterre a dû, en grande partie, l'éclat de sa civilisation à l’accueil empressé que, de tout temps, elle a su faire aux idées, aux influences, aux talents venus de 1 étranger. Particulièrement au xvm e siècle, cette tendance, pour ce qui concerne l’art musical, s est affirmée avec énergie. Dès 1710, nous trouvons Handel à Londres, où il devait rencontrer une seconde patrie. A la limite du siècle, nous verrons bientôt quelle réception le public anglais réservait au vieil et illustre Haydn.

Nous avons, dans notre Histoire de la musique allemande, analysé la vie, le caractère et 1 œuvre de Handel. Nous devons éviter, on le comprendra aisément, de tomber dans des redites. C’est parmi les maîtres germaniques que Handel, incontestablement, tient l’une des premières places. Mais, adopté par l’Angleterre, il occupe aussi un rang tout à fait à part dans l’histoire artistique de ce pays. Beaucoup de ses plus célèbres ouvrages furent écrits sur des textes anglais, et un musicien appartient toujours un peu à la nation dont il s’est ainsi approprié la langue. C’est à ce titre que, dans une certaine mesure, nous pourrions revendiquer l’œuvre de Gluck et de Meyerbeer.

Handel, alors attaché à la maison de l’Electeur de Hanovre, était en congé régulier lorsqu’il fit à Londres, en 1710, un premier séjour qui ne fut point de longue durée. Ce fut pour le théâtre de Hay-Market qu’il écrivit, en quatorze jours, son opéra do Rinaldo, représenté le 24 février 1711. Le succès se traduisit surtout dans la forte vente des morceaux détachés de

cet ouvrage. On rapporte que l’éditeur Whals y gagna quinze cents livres sterling. A ce propos, Handel, dont le bénéfice avait été sensiblement moindre, dit au marchand : « Tout doit être égal entre nous : la prochaine fois, vous ferez l’opéra, et moi je le vendrai. »

Handel revint à Londres en 1712. Son peu de scrupule, cette fois, à respecter l’engagement qui le liait à la Cour de Hanovre lui valut tout d’abord une certaine défaveur, lorsqu’en 1714 un acte du Parlement appela l’Electeur à régner sur la Grande-Bretagne, sous le nom de Georges I er . Vainement tout d’abord, le chambellan du Roi, le baron de Kilmansegge, ami de Handel, tenta de rapprocher l’artiste et le monar que, lors d’une fête sur la Tamise, quand Handel composa la Water-Music , dont nous avons parlé ailleurs, et pour l’exécution de laquelle il dirigeait lui-même l’orchestre, placé dans une barque qui suivait celle du Roi. Mais une occasion plus favorable se présenta bientôt, Geminiani, appelé à jouer du violon devant le souverain, ayant témoigné le désir d’être accompagné au clavecin par Handel, le compositeur put, ce jour-là, faire agréer ses excuses. Il rentra en faveur, et spontanément Georges I er doubla le traitement antérieurement accordé par la reine Anne.

Handel eut, par la suite, des démêlés avec l’aristocratie britannique, mais tout d’abord il reçut d’elle, avec l’appui matériel, des encouragements de toute nature. Plein d’admiration pour son génie, le comte de Burlington le logea dans sa maison; au cours d’un séjour de trois années, il y composa, entre autres œuvres, son opéra à'Amadis. Dès lors, fêté partout, Handel était l’objet de marques extraordinaires de déférence. L’enthousiasme et le respect se manifestaient quand il assistait à l’exécution de quelqu’un de ses ouvrages. C’est vers ce temps-là qu’il faisait apprécier à Saint-Paul son grand talent d’organiste.

Une période où sa verve de producteur, favorisée par des circonstances heureuses, atteignit les plus admirables résultats, en particulier dons la musique religieuse, fut celle qu’il passa à Cannons-Castle, superbe résidence du duede Chandos qui, pour l’avoir

à son service, avait souscrit sans discussion à toutes ses exigences.

Quelques nobles anglais réunirent leurs capitaux en vue de la fondation de la Royal Acadomy of Music, laquelle avait pour objet la représentation, au théâtre de Hay-Market, d’opéras en langue italienne. Le Roi lui-même donna des fonds pour cette entreprise, sur laquelle Ilandel avait la haute main. Ce fut alors qu’il se rendit à Dresde pour engager Senesino et Marguerite Durantèsli. Son Radamisto , fini en 1720, obtint un succès considérable, et établit avec éclat sa renommée de compositeur dramatique. 1 )e 1720 à 1726, il produisit dix opéras qui, la plupart, réussirent, et pour l’un desquels, Alessandro, il engagea la Faustina, dont la rivalité avec la Cuzzoni occupa un moment le public. Ce fut dans le même temps qu’on essaya de lui opposer des hommes d’un mérite bien inférieur au sien, Ariosti et Bononcini (en collaboration desquels il écrivit néanmoins un acte de Muzio Sccüola). Protégé par le duc de Marlborough, Bononeini, attiré en Angleterre comme le furent alors tant d’autres étrangers connus, avait du savoir et du talent; mais, imitateur adroit de Scarlatti, il n’était pas en état de lutter avec le génie original et puissant dont on prétendait le poser en émule.

Le caractère difficile de Ilandel lui lit du tort dans l’esprit de ceux qui s’étaient d’abord intéressés à lui. Un théâtre rival fut monté à Lincoln’s Inn Field. La production de Ilandel ne tarissait pas. Excitée même par cette concurrence, elle n’était pas entravée par les multiples soucis de la direction. Il alla lui-même en Italie pour y recruter des chanteurs et il en ramena la Strada. Plus tard, il y retourna dans le même but et eut d’ailleurs le tort, en cette circonstance, de préférer Carestini à Farinelli. Celui-ci fut engagé par l’entreprise rivale, qui acquit également, en Porpora, un excellent chef d’études. En même temps, il avait remis la main sur le théâtre de Hay Market et Ilandel avait dû émigrer au local, moins favorable â tous les égards, de Lincoln’s Inn Field. Les deux entreprises parallèles avaient commencé, malgré l’activité et le talent déployés, par perdre de l’argent. Mais, par la réunion de Farinelli et de Senesino, le succès se dessina en fa-

veur des adversaires de Handel qui, las de tant d’efforts et de soucis, voyant sa santé minée et sa renommée elle-même atteinte, renonça au théâtre pour se vouer plus spécialement à l’oratorio. Il écrivit cependant plus tard une Alceste qui, d’ailleurs, ne fut point représentée, et dont la musique, pour la plus grande partie, est devenue celle de l’ode de Dryden, la Fête (VAlexandre. Il composa aussi pour Covent-Garden les opéras anglais de Justin et de Bérénice, puis, postérieurement, Pharamond, Xcrxés, et, en 1739, Deidamie et Imcnco. Les goûts s’étant renouvelés, sa musique dramatique avait, au reste, perdu une grande partie de son attrait sur le public.

En somme, c’est surtout par sa musique religieuse que Handel est devenu une sorte d’artiste national pour l’Angleterre, où Y Alléluia de son Messie n’est guère moins populaire que le Rule Britannia et le God sacc the King. S’il donna beaucoup à la Grande-Bretagne, il n’est pas douteux que, par suite de son long séjour, il n’ait reçu d’elle quelque chose. S’il fût demeuré en Allemagne, l’évolution de son génie, principalement dans le genre religieux, eût sûrement été différente. Il subit profondément l’empreinte du goût et du caractère anglais. C’est ce dont il est aisé de se rendre compte en parcourant des partitions comme celles de Déborah, d 'Esther, d ' Athalie, d'Israël en Egypte, et, avant tout, du Messie. Le public, en vue duquel on travaillent par qui l’on triomphe, est toujours, en une certaine mesure, le collaborateur de l’œuvre que l’on produit.

Musicien officiel, Handel a célébré des dates demeurées insignes dans l’Histoire d’Angleterre. Citons YOccasional oratorio , composé pour la victoire de Culloden; — le Te Deum et le Jubilate de la paix d’Utrecht; — les grandes antiennes écrites lors du couronnement de Georges I rr ; — les autres compositions qui consacrent le souvenir du couronnement de Georges II, des funérailles de la reine Caroline, du mariage du prince de Galles, de la bataille de Dettingen, etc., etc.

L’Angleterre a conservé le culte de Handel ; la croyance en sa supériorité transcendante, passée au rang des opinions qui ne se discutent plus, y est

devenue un article de foi. Ses grands ouvrages religieux y ont été perpétuellement l’objet d’exécutions entourées d’une solennité véritable. Nous avons parlé autre part des cérémonies commémoratives qui se renouvelèrent de 1784 à 1787, et dont Burney a publié la description détaillée.

Parmi les hommages rendus à sa mémoire, il faut signaler i’édition monumentale de ses œuvres, entreprise, sur l’ordre de Georges III, par Arnold, et qui, d’ailleurs, le cède, pour la correction, aux partitions publiées par Walsh. La belle édition de 1835 qui, parmi ses souscripteurs, comprenait, à côté d’Anglais comme Bonnet, Macfarren et Rimbault, des Allemands comme Mendelssohn et Moscheles, est malheureusement demeurée inachevée.

Il existe en Angleterre toute une littérature relative à Handel, depuis les Mémoires rédigés par Mainwaring jusqu’aux études copieuses de Hawkins et de Burney. Nous mentionnerons aussi l’excellente introduction mise par John Bishop en tête de sa sélection des ouvrages du maître, et la notice écrite en anglais par un de nos compatriotes, Victor Schœlcher.

Parmi ceux qui furent mêlés à la vie de Handel en Angleterre, nous signalerons Smith, d’après les souvenirs duquel Mainwaring compila ses Mémoires , et qui, lorsque le grand compositeur fut devenu aveugle, écrivait sa musique sous sa dictée. Brown, l’un des intimes de Handel, eut l’honneur de se voir confier ordinairement par lui la direction de ses oratorios. — Citons, en passant, Brooker qui prononça un discours sur la musique d’église à l’occasion de la première exécution d 'Athalic. N’omettons point non plus Greene, artiste fécond, mais médiocre, d’un caractère équivoque, qui jouait un rôle double auprès de Ilandel et de Bononcini, et qui, finalement démasqué, fut accablé du mépris de tous deux.

Dans un pays tel que l’Angleterre, où la liberté d’esprit et d’opinion est extrême, et où les idées paradoxales n’ont jamais manqué d’adhérents, Handel devait avoir et eut en effet des détracteurs, par exemple Avisson qui le déprécia au profit de Marcellot et même de Geminiani. Il est vrai qu’il eut aussi des fanatiques poussant l’exclusivisme jusqu’à l’intempé-

rance. De ce nombre fut Arbuthnot, auteur d’un opuscule pseudonyme, l'Harmonie en révolte , relatif aux démêles de Handel avec Senesino, ainsi que du piquant écrit polémique dont le titre vaut d’être intégralement transcrit : le Diable est dèchainè à Saint- James, ou relation détaillée et véritable d'un combat terrible et sanglant entre M™ Faustina et M me Cuzzoni, ainsi que d'un combat opiniâtre entre M. Broschi (Farinelli) et M. Palmcrini, et enfin de la façon dont M. Senesino s'est enrhumé, a quitté l'Opéra , et chanté dans la Chapelle de Henley.

Nous indiquerons encore aux curieux le luxueux in-quarto, devenu rare, de Coxe, les Anecdotes sur Handel et Smith ; — l’ode de Robinson Pollingrove, le Génie de Handel ; — et celle de Daniel Prat, chapelain du Roi, destinées à vanter Ilandel et son talent d’organiste.

Puisque nous avons parlé des fêtes commémoratives pour l’anniversaire de Handel, données à la fin du siècle, c est ici le lieu de faire remarquer qu’elles furent dirigées par Bâtes, avec l’aide d’Arnold, qui, s’il ne réussit qu’imparfaitement, comme nous l’avons dit, dans son entreprise d’une collection générale des œuvres de 1 auteur de Messie, mérite du moins une mention, que nous n’aurions peut-être point la place de lui réserver ailleurs, comme musicien instruit, appliqué, fécond, excellent harmoniste.

Nous ne pouvons énumérer tous les compositeurs étrangers qui, comme Handel, au xviii' siècle, furent les hôtes de l’Angleterre. A cet égard, auprès de Bo noncini et d Ariosti. cités précédemment, il convient dénommer Dominique Scarlatti, au Narcisso duquel collabora un de ses amis anglais, Roseingrave. Porpora, un moment antagoniste de Handel, joua un grand rôle à Londres, principalement dans la culture de renseignement du chant. Enfin, il est certain que, dans les dernières années du siècle, la réputation d’Haydn en Allemagne grandit beaucoup à la suite de ses deux séjours en Angleterre, en 1791 et 1793. Magnifiquement rémunéré par Salomon, organisateur des concerts de Hannover Square, Haydn écrivit pour cet orchestre ses douze grandes symphonies. L’enthousiasme anglais prit, sous des aspects divers.

les formes les plus flatteuses. Tandis que le prince de Galles faisait peindre le portrait du compositeur par Reynolds, un marchand de musique lai payait dix mille francs pour mettre des accompagnements à deux recueils d’airs écossais.

Haydn, comme beaucoup d’autres artistes, ne fut pour l’Angleterre qu’un hôte de passage. Parmi les étrangers qui s’y fixèrent durablement et y trouvèrent une véritable patrie, il faut citer Pepusch, né à Berlin, compositeur religieux et dramatique, théoricien, qui tint à Londres pendant cinquante ans une place considérable. Dans la première partie de sa longue et laborieuse carrière, sa renommée eût été peut-être plus brillante s’il ne se fût trouvé en compétition avec Handel.

Mais il est temps de revenir aux musiciens authentiquement anglais. Dans la musique religieuse, nous citerons, au début du siècle, Elfort, Holding, Finch, Reading, Barrett, Henstridge. Crofta une importance plus grande et s’exerça dans plus d’un genre. Babell, Robinson, Weldon, furent d’excellents organistes. Plus tard, nous rencontrons Green, King, Kent et William Rayes. Bovce composa de la musique religieuse qui demeura longtemps en faveur.

C’est à lui que l’on doit ce beau recueil de la Cathédral Music, dont nous avons eu l’occasion de faire leloge. Nous ne pouvons que nommer Hudson, James, Hart, qui avait plus de savoir que de goût, Gawthorn, Riley, Prelleur, d’origine française, Worgan, qui, ayant approfondi Palestrina et Handel, se distingua dans les fugues pour l’orgue. Nares, en composant peu, atteignit à une réputation enviable. Madin fit sa carrière en France. L’histoire musicale doit pareillement enregistrer les noms de Keeble, Langdon, Alcock, Johnson, Clark, Al temps, qui vécut à Rome, Bishop, Felton, Thomas Bennot, Barbant, Dupuis, Gnest. Marsh serait digne d’une mention plus étendue que nous regrettons de ne pouvoir lui accorder. A ces noms, il conviendrait de joindre ceux de William Bennet, Levelt, Ebdon, Blewit, Davenport, Beckwith, Chilcott, Dixon, Cooke, Ayrton. Benjamin Cook, Ross, John Clarke, dont l’activité fut très soutenue et très féconde, Hook, dont la production fut colossale,

Philippe Hayes. aussi fameux par son embonpoint que par son talent, Hill, Hempel et Harris, qui fut l’imitateur heureux du style de Handel.

Presque tous ces artistes furent simultanément compositeurs religieux et exécutants sur l’orgue. Cet instru ment, si fort amélioré précédemment par Dallans, reçut au xvm' siècle de grands perfectionnements grâce aux travaux du facteur Samuel Green et de son collaborateur Byfîeld le jeune.

En Angleterre, comme partout, l’opéra avait eu quelque peine à s’acclimater. On n’avait pas épargné les objections et les railleries à ce genre de spectacle dans sa nouveauté. C’est à Londres, où il mourut en 1703, que Saint-Evremond avait composé sa dissertation sur l’opéra, qu’il définit « un travail bizarre de poésie et de musique, où le poète et le musicien, gênés l’un par l’autre, se donnent beaucoup de peine pour faire un mauvais ouvrage ». Plus tard, en 1700, un écrivain singulier, Dennis, publia une diatribe assez piquante sur rétablissement de l’opéra italien dans la capitale anglaise. Ce fut, notons-le, en s’appropriant divers airs fameux en Italie, mais encore ignorés en Angleterre, que Clayton donna, avec Arsinoë, le premier véritable opéra en anglais qui ait été représenté. Tel est du moins l’av/s de Fétis et de Clément. Mais sur ces questions controversées nous engageons le lecteur à consulter le travail de M. de Ménil. Le même Clayton, en 1707, mit en musique la Rosamondc , d’Addison.

Les succès de Handel au théâtre devaient naturellement faire marcher sur ses traces un grand nombre d imitateurs. 11 y a cependant, çà et là, une marque assez personnelle dans la musique dramatique de Thomas-Augustin Arne. Son Cornus (1738) a joui d une grande réputation. Signalons aussi Y Opéra des Opéras, la Chute de Phaèton, Don Saccrio, Artaxcrcc , le Conte de Fées et le Cymon, de son tils Michel Arne, peuvent aussi être honorablement cités. C’est à un genre intermédiaire, confinant à la musique légère. qu appartiennent, pour la majeure partie, les œuvres de Di bd in qui, durant sa laborieuse carrière, cumula les fonctions de chanteur, de compositeur, d’impresario et d éditeur. I n air de lui, P autre Jacques y qui péné-

tra en France, eut tant de vogue à Londres qu’on l’y vendit, en quelques semaines, à dix-sept mille exemplaires. 11 su (lit de nommer Fisher. Il y a de la grâce dans les ouvrages de Thomas Linley, qui peuvent être classés comme opéras-comiques. Son iils, qui mourut à la fleur de l’âge, promettait à sa patrie un artiste méritant et distingué. Les pantomimes et les opéras-comiques que l’on doit à Shield, et surtout ce qu’il écrivit postérieurement à son voyage d’études sur le continent, témoignent d’un certain goûl et de quelque élégance. Moorhead fut apprécié comme auteur de ballets. Citons de lui La Pérouse et le Volcan ou le P irai d*Arlequin. Très fécond, Reeve, aujourd’hui fort oublié, jouit, en son temps, d’une véritable renommée. Il fit un ballet d 'Orphée et Eurydice , une pantomime d 'Hercule et Omphale. Signalons encore de lui Arlequin et Obéron, Raymond et A y nés, « ballet sérieux », Jeanne d’Arc, « ballet historique », et son opéra-bouffe intitulé la Rixe. Attwood écrivit beaucoup pour le théâtre. Il alimenta les scènes de Hav-Market, de Drury-Lane et de Covent-Garden. Il s’exerça avec une facilité égale dans l’opéra, l’intermède, le ballet et la farce.

A Londres, plus peut-être que partout ailleurs, les interprètes, sur la scène musicale, ont été souvent des étrangers. Au commencement du siècle, nous avons rencontré la Faustina. la Cuzzoni. Tout le long de la même période, nous retrouverions en Angleterre la trace de cantatrices italiennes comme Régine Mingolti ou Marianne Sessi. Mais des succès marqués furent pareillement obtenus par des chanteurs de naissance anglaise. Quelques opéras de Ilandel furent créés par Anastasie Robinson qui, en vertu de son union avec* lord Relerborough, de\int paires.se d Angleterre. Ilandel, qui lui confiait dos rôles, avait peu de goût pour elle, mais, en revanche, il affectionnait Suzanne Cihber, artiste intelligente, au style expressif et pathétique, en vue de laquelle il composa 1 un des airs du Messie. Plu s tard, nous signalerons Anne Catley, renommée pour son style sobre et délicat, M mc Abrams, qui brilla aux fameux concerts commémoratifs de Ilandel, Cécile Ravies, que let? Italiens désignèrent sous le gracieux surnom de Ylnylesina, et

M me Groucli qui, pour sa beauté remarquable non moins que pour son réel talent, conserva longtemps la faveur des diiittantes.

Pour ce qui regarde les chanteurs, nous trouvons en Angleterre, au xviii' siècle, Loveridge, à la voix puissante, homme d’esprit, mais grossier, qui composa des airs d’opéra, et qui, en 1726, finit par ouvrir un café où il faisait entendre des chansons originales de sa façon. Holcombe fut un grand chanteur dramatique. Plus tard, Harrison, l’un des ornements du fameux concert de Salomon, se fit admirer, avec sa belle voix de ténor embrassant deux octaves, principalement comme chanteur d’oratorio, et notamment par la rectitude de style avec laquelle il rendait les cantates des Ilandel, des Pepusoh et des Boyce. Norris, excellent musicien, connu d’abord par son superbe soprano d’enfant de chœur, devint également un ténor très goûté dans les oratorios. Il perdit malheureusement sa voix d’assez bonne heure. Incledon avait commencé par être matelot. Son hel organe attira l’attention des amiraux Pilgot et Hughes qui s’intéressèrent à lui et le protégèrent. Il se fit une place au théâtre, mais il excella surtout à rendre avec intelligence et sentiment les naïves et caractéristiques mélodies de l’Ecosse et de l’Irlande.

Pratiqué avec un certain éclat en Angleterre, l’art du chant y fut enseigné et mis en théorie par des hommes d’une véritable valeur : on peut citer les traités de Gilson, de Garnaby, d’Adcock, de Peck. Jean-Jacques Ashley fut un profeseur très habile.

La prédilection du public anglais pour la musique instrumentale s’était affirmée de bonne heure par la création de nombreux concerts. C’est ici le lieu d’appeler l’attention sur la figure originale, curieuse, foncièrement britannique, de Thomas Britton, un charbonnier qui, au-dessus de son magasin, dans une salle étroite et pauvre, au plafond bas, accessible par un escalier extérieur, organisa des auditions où l’on entendit Pepusch, Handel, Banister et Mathieu Dubourg, encore enfant. Les comtes d’Oxford, de Pem broke et de Sunderland ne dédaignèrent point de fréquenter cet artistique repaire, dont l’entrée fut d’abord gratuite. L’excentrique propriétaire perçut ensuite de

ses abonnés une rétribution annuelle de 10 shellings, laquelle assurait le privilège supplémentaire de prendre du café à un sou la tasse. Ce mystérieux personnage que quelques uns, pour la singularité de son existence, regardaient comme une sorte de sorcier, et d’autres comme un fauteur de ténébreux complots, avait formé une collection précieuse de musique, de livres et d’instruments.

De même que les chanteurs, les représentants de la virtuosité instrumentale en Angleterre furent souvent des étrangers comme Geminiani, qui tient un rang élevé dans l’histoire du violon, et qui venait d’Ita lie ainsi que Nicolas Mattheis et Pasquali. C’est d’Al lemagne que, plus tard, arriva Guillaume Cramer que le Roi, pour Je retenir à Londres, fit nommer directeur de ses concerts et chef d’orchestre de l’Opéra.

Comme violonistes véritablement anglais, au xviiT siècle, nous signalerons Banister le jeune, Dean, qui le premier fit entendre à ses concitoyens une sonate de Corelli, Henri Eccles qui, pour la virtuosité, fut en avance sur son temps, Corbett, qui fut célèbre et rassembla une belle collection instrumentale : il la légua au collège de Gresham en instituant une rente pour rémunérer la personne qui serait chargée d’en faire les honneurs au public. Les sonates de Corelli avaient été acclimatées à Londres par Dean ; ce fut Needler qui y introduisit ses concertos. Mathieu Dubourg acquit la renommée d’un grand artiste. On croit que Clegg, qui avait nu plus .haut point la beauté du son et la légèreté de l’archet, fut son élève. Nommons aussi Shuttleworth, Sherard, amateur, qui fut en même temps pharmacien, Barthélemon, né sous ce nom à Bordeaux, mais devenu pour les Anglais Bartleman, et dont la facilité d’improvisation était remarquable, Général Asliley, son élève, Blake, sans oublier Festing, qui composa de bons solos pour son instrument.

L’art du violoncelle fut représenté à Londres d’une manière brillante par des Italiens comme les deux Cervetto et comme Caporale. Jacques Ilerschel, à une date postérieure, vint d’Allemagne. Mais nous avons le devoir de grouper les noms de violoncellistes anglais d’un vrai mérite : Crouch, Crosdill, qui refusa tou-

jours de s’incorporer à un orchestre, et qui, voué à 1 enseignement, aboutit à un très riche mariage, Gunn, virtuose de talent et théoricien de valeur, et Paxton auquel on doit quelques compositions.

Nous rangerons ici les contrebassistes Sharnet Thomas Billington.

Remarquons, en quittant les instruments à cordés, que quelques luthiers anglais de ce siècle se distinguèrent dans leur fabrication, par exemple lu famille des Benks, Arriton, et surtout Duke, dont les ouvrages furent très réputés.

En passant aux instruments à vent, nous rencontrons, pour ce qui regarde la flûte. Wragg, Aslie qui,

1 un des premiers, se servit avec adresse des clefs additionnelles, Flath et Abingdon. Un instrument délaissé depuis, la llùte à bec, avait été précédemment cultive et matériellement amélioré par Louis Mercv.

Dans notre Histoire de la musique allemande , nous avons, a I article du hautbois, mentionné Horschel musicien avant de s'illustrer comme astronome. Pnrke ^ ,* a " JOlStes an Slais, nous signalerons Jean

son .ni' 1 ’ 1 , 1 aaUXCOnC erts du Ranelagh et auquel son talent permit d’amasser une fortune; - Jean

Ashley, qui fut attaché à la musique de la garde royale, qu, réussit, en 1784. aux fêtes commémoratives dont nous avons maintes fois parlé, à jouer le contre-

S dfs s,’, répu . tu - lnaboi 'dable, que l’on avait construit j. d s su,- les indications de Handel, et qui, instruit et plein de goût, succéda à Bâtes comme directeur des oratorios ; enfm W îlliam Parke, frèrede Jean,qui fut pendant quarante ans premier hautbois à Covent Gar-

IZ: g î * ou !f ,ndron s à ces noms celui d’un bassoniste liors ligne Holmes, dont le jeu était particulièrement remarquable par l’autorité et la précision, - et nous

tr iva n \"T ri" f,assant * attention sur les ingénieux travaux de Clnyget qui, notamment, tenta un perfectionnement mtéressant dans la construction des cors.

oui < < avenu et le piano, nous trouvons aussi à Londres des étrangers tels que ce Sandoni, le mari de

Cuzzoni, que Ion comparait à Handel pour son habileté dans 1 improvisation, ou comme Relier, d’ori gme germanique. Il y eut d’ailleurs en Angleterre une ecole nationale, habile mais peu originale, du clavecin.

Nous réunirons en ce sens les noms de Kelway, Burton, miss Davies, Cogan, Latrobe, qui reçut les encouragements de Haydn, Griffin, Gnest, Ilaigh, Benson, Butler, Krifft. A la fin du siècle, l’illustre Clementi séjourna longtemps en Angleterre où lui furent décernés des honneurs extraordinaires et où il acquit des richesses considérables.

Un mécanicien anglais, Hopkinson, imagina divers moyens d’améliorer les instruments à clavier, dans la fabrication desquels Broadwoodse distingua jusqu’au point d’obtenir une véritable célébrité. La maison qu’il fonda commença d’être connue en 1771. De cette date à 1856, on calcule qu’il n’est pas sorti de ses ateliers moins de cent vingt trois mille sept cent cinquante pianos.

Nous avons, dans nos écrits antérieurs, insisté à plusieurs reprises sur la tendance qui aujourd’hui, en art, porte les différents peuples de l’Europe à se particulariser, en quelque sorte, de plus en plus, à remonter vers leurs origines, à rechercher dans leur tradition populaire de précieux éléments de couleur et d’expression. Il y eut un temps où la musique fut une espèce de langue internationale dans l’emploi de laquelle ne se faisaient guère sentir les profondes dissemblances ethniques de ceux qui la parlaient. Un esprit contraire semble prévaloir aujourd’hui un peu partout. Loin de tempérer et d’émousser les divergences, on chercherait plutôt à les accuser, à les mettre en relief. Du Nord au Midi de l’Europe, les compositeurs, déférant à l’esthétique en faveur, s’efforcent, dans les œuvres qu'ils écrivent, de faire ressortir l’accent et la couleur de la mélodie autochtone du pays qui les a vus naître et de la race à laquelle ils appartiennent. De telles idées trouveront-elles un jour des adhérents en Angleterre, où les compositeurs instruits ne se sont, dans bien des cas, préoccupés que de développer des germes venus de l’étranger? Il est certain que, dans les trois royaumes, il a, depuis les temps les plus anciens, existé, de façon permanente, extérieurement, en quelque sorte, à l’art d’importation, une musique populaire, d’essence colorée, aisément distincte et reconnaissable par ses formes et ses rythmes, et non dépourvue de saveur. Le pays de Galles, au xviii siè-

cle, avait encore des « bardes », par lesquels, d’une manière ininterrompue, se maintenaient vivants de vieux souvenirs. John Morgan, l’un d’eux, jouait du primitif instrument à archet, appelé crouth ou cruth, connu dans ces régions écartées de l’Europe depuis le vi' siècle. Barde pareillement et harpiste, Edouard Jones, né quarante ans plus tard que le précédent, sortait d’une famille où s était perpétuée une culture traditionnelle analogue. Jones fut ofïïoiellement le « barde » du prince de Galles, depuis, Georges IV. On doit à Jones la publication d’airs gallois dont quelques-uns semblent remonter très haut. Il s’efforça aussi de remettre en faveur la vieille harpe à deux rangées de cordes, et il rétablit dans sa province les concours de ménestrels. On lui doit en outre des publications intéressantes où il a historiquement reconstitué et réuni tout ce qui se rapporte à la poésie, à 1 art vocal et instrumental des populations celtiques. W alker s occupa de travaux du même genre, et écrivit un savant ouvrage sur la musique des Irlandais. Une monographie deNevil, insérée dans les Transactions philosophiques , a trait à un détail archéologique de cette musique : la trompette funèbre usitée aux premiers temps du christianisme, d’après un spécimen que l’on avait trouvé dans des fouilles. Sur la vieille musique irlandaise, on rencontre aussi des renseignements rassemblés et présentés avec goût dans un livre donné par Eastcott en 1793. Le même sujet fut consciencieusement traité par Ledwich. Harrington, antiquaire de valeur, a fourni des notes qui méritent d’être consultées sur quelques instruments d’usage immémorial. Un autre archéologue, Pennant, peut aussi être mentionné.

Il est un instrument oarastéristique inconnu en dehors de la Grande-Bretagne et qui figure encore dans la musique militaire des régiments écossais : la cornemuse. Un artiste anglais du xvnf siècle, Rawen scroft, connu d’autre part comme violoniste, se signala par le talent avec lequel il s’en servait. De même pour Courtney qui en améliora le timbre sans lui rien fait perdre de son coloris.

De nombreux compositeurs anglais du xvm f siècle, en s’inspirant de thèmes populaires, ont produit

des chansons, des ballades, souvent remarquables par la naïveté du sentiment, et qui parfois, sous la forme qu’ils leur avaient donnée, ont obtenu un succès de vogue. Nous citerons à cet égard : Samuel Webbe et son fils; Ritson, qui recueillit des chants datant du règne de Henri III jusqu’à la révolution de 1688. Il rassembla aussi certains de ces airs écossais sur lesquels le savant Tytler avait composé une intéressante dissertation. Nous mentionnerons encore, dans le genre de la ballade, les œuvres de Carey, de Jackson, de Howard, de Hôlder et Carter; — puis les rondes et. chansonnettes de Hague; les mélodies de Campbell, de Harrington; les chansons écossaises recueillies par Corfe; les productions de Battisliil, de Fisin, de Bai Mon, de Danby. Miss Anna Lindsey qui, dit-on, n’avait pas de rivale dans l’interprétation des ballades écossaises, composa la chanson de Robin Grcjj, qui eut une réussite universelle. Signalons enfin Anderson, qui mourut en 1801, à Inderness, la ville dont le Macbeth , de Shakespeare, a rendu le nom célèbre, et qui, dans sa musique, sut, avec beaucoup d’art, tirer parti de la tradition musicale de l’Ecosse.

Dans le siècle qui fait l’objet du chapitre actuel, la littérature musicale est fort abondante en Angleterre . Commençons par les théoriciens, dont les ouvrages didactiques sont nombreux. Après de La Fond, qui était d’origine française et qui donna son Nouccau système, etc., en 1725, nous rencontrons Tansur, Malcolm, dont le livre a des fondements scientifiques solides, Bremner, llolden qui, bien qu’ayant adopté avec trop de docilité certaines idées de Rameau, fit preuve de savoir et de rare portée intellectuelle, Overend, Maxwel, William Jones, Miller, qui ne put terminer sa traduction du Dictionnaire de musique de Rousseau, Callcott, dont la Grammaire musicale a de l’intérêt, et Brewster.

C’est à la philosophie et à la science qu’appartiennent les travaux de Derham, de Haies, de Jones, de Harris, de Mason, noms auxquels on peut joindre ceux de Browne et do Brokelsby. Emerson, acousticien compétent, passionné pour la musique, avait d’ailleurs, pratiquement, si pou d’oreille, qu’il lui était impossible d’accorder son violon. On peut classer

dans la section de l’esthétique les écrits de Davy, de Daniel Webb, de Beattie, de Mitford, de Robertson. Nous y comprendrons également le sermon prononcé par Rawlins à l’occasion du festival auquel prirent part les chœurs réunis de Worcester, Hereford et Glocester. A des fêtes antérieures du même genre, sur lesquelles des détails abondants sont fournis par l’ouvrage de Daniel Lysons, un autre sermon digne d’être cité avait été prononcé par Benjamin Newton.

Divers points de l’histoire musicale antique furent traités par Jortin, par Bedfort, qui étudia la musique des Grecs et des Hébreux, par El lys, qui s’occupa de l’usage des instruments à percussion dans les fêtes païennes et les solennités juives, par Nas, auquel on doit un bon livre latin sur les rythmes des Grecs.

D’autres sujets furent abordés par Gibson, évêque de Londres, mort en 1748, qui a publié, avec des notes savantes, la Cantilcna rustica de Jacques V, roi d’Ecosse; — par Lockman, auteur d’un discours sur l’origine et l’évolution de l’opéra; — par William Mason, qui donna un Essai historique et critique sur la musique d'église. Pierre Mortimer, qui s'affilia à la secte des frères Moraves, vécut en Allemagne et publia en allemand, à Berlin, un livre excellent, malheureusement demeuré longtemps ignoré, sur le chant choral au temps de la Réformation.

Indiquons enfin l’importante contribution d’Arnot aux annales de la musique dans sa fort bonne Histoire d'Edimbourg ; — les Lettres sur la poésie et la musique de l'opéra italien , de Brown ; — et les curieux renseignements recueillis par Guthrie sur les mélodies populaires de la Russie et les instruments nationaux des paysans russes. D’autres Anglais visitèrent l’Orient et en rapportèrent de sérieux éléments d’études. Hamilton Bird s’occupa des airs de l’Indoustan, ainsi que le fameux orientaliste William Jones qui fut juge à la cour suprême de Calcutta. Ouseley se distingua dans le même ordre de recherches. Quant à Bruce, ses voyages en Afrique lui fournirent l’occasion de s’intéresser à la musique, antique et moderne, de l’Egypte, et à celle des Abyssins.

Dès 1740, Grassineau, né à Londres de parents français, donna le premier dictionnaire de musique qui

ait paru en langue anglaise. C’était, avec des additions, une adaptation de celui de Brossard. Robson, postérieurement, en publia une édition nouvelle, avec un supplément tiré du Dictionnaire de Rousseau. Hoyle, en 1770, lit imprimer un Dictionnaire portatif de musique. Nous placerons également ici Y Histoire du théâtre unifiais de 1771 à 1795, par Oulton (une seconde édition résume les annales dramatiques jusqu’en 1S17), et nous mentionnerons l’importante et longue collaboration, pour la critique et l’histoire musicale, de Thomas Busby, au Montlihj Magasine.

Nous avons réservé pour la fin de ce chapitre les deux importants historiens anglais de la musique, Ilawl vins et Burney. Hawkins employa seize années à écrire son ouvrage qui parut, en cinq gros volumes, en 1776. Hawkins, par malheur, était peu musicien. Son insullisance technique, les lacunes de sa culture préalable sont trop souvent sensibles dans son vaste travail qui, parfois, a moins l’aspect d’un véritable livre que d’un recueil de matériaux, d’ailleurs réunis avec une application fort méritoire. Le sens critique de Hawkins n’est pas toujours bien ferme, ni bien fin, mais, sur beaucoup de points, son érudition est incontestable. Son ouvrage, d’abord assez mal accueilli, sacrifié, avec un injuste exclusivisme, à celui de Burney, a pris, depuis, un rang assez élevé dans l’estime des connaisseurs.

Le premier volume du livre de Burney parut presque en même temps que l’œuvre de Hawkins. Le quatrième et dernier volume fut publié en 1788. Cet ouvrage qui avait coûté, pour sa préparation, vingt années, et quatorze ans pour son exécution, obtint une réussite brillante, dont il n’est pas indigne. Burney était plus musicien que Hawkins. Il procède d’après un plan meilleur ; il est plus clair et plus ordonné, il écrit mieux. Dans quelques parties, cependant, il est peut-être inférieur à son émule pour l’étendue et la profondeur de la documentation.

Erudit, lettré, d’esprit curieux et avisé, Burney setait formé une magnifique bibliothèque. Il avait préludé à la composition de sa grande histoire par des voyages sur le continent dont il publia la relation. Un musicien nommé Bieknell, sous le pseudonyme de

« Joël Collin, licencié en musique », fit paraître une critique mordante et injuste de ce livre, rempli de détails du plus vif intérêt.

Les mémoires de Burney, d’un tour agréable, d’un style élégant, ont été donnés au public par sa fille M“' d’Arblay, auteur de quelques jolies romances et à laquelle Macaulay a consacré l’un de ses Essais.

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