‹ La musique des troubadoursChapitre 1 sur 18 · AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS

S’il n’est jamais facile d’exposer clairement les résultats de recherches scientifiques à des lecteurs manquant d’initiation spéciale, la tache devient particulièrement ardue, quand il s’agit d’un sujet aussi vaste et aussi peu exploré que la musique des chansons en langue vulgaire du moyen âge.

Les philologues, quoi qu’on en ait dit, tout du moins les meilleurs d’entre eux, n’ont jamais méconnu l’importance de la musique dans l’œuvre des troubadours1. S’ils n’ont pas réussi à en dégager les caractères, c’est que le secret de l'ancienne notation non mesurée leur échappait. Limitées aux chansonniers seuls, les recherches avaient une hase trop étroite pour conduire à des résultats satisfaisants; d’autre part, l’histoire de la musique religieuse est trop étrangère à la philologie pour

1 Sauf indication contraire, nous employons, dans ce livre, le ternie de troubadour pour désigner à la lois les troubadours et les trouvères.

que les romanistes, qui s’intéressent seulement aux mélodies des troubadours, aient jamais élé tentés de l’aborder.

Ayant nous-même entrepris cette tâche, il y a quelques années, sur les conseils de 1 éminent romaniste de Strasbourg, M. G. Groeber, nous avons été assez heureux pour découvrir le rythme latent des compositions notées en écriture neumatique ou quadrangulaire ; puis, poursuivant nos recherches, nous avons pu constater les relations très étroites qui existent entre les mélodies des troubadours et la musique religieuse du moyen âge. Nous avons écrit notre premier ouvrage sur les Mélodies des Troubadours pour soumettre au jugement des musicologues de profession notre méthode et ses résultats. 11 nous a paru utile, à coté de cette publication, qui comptera, quand elle sera achevée, plusieurs volumes in-quarto, de résumer nos recherches dans un livre plus maniable et assez élémentaire pour que les lecteurs le moins familiarisés avec l’histoire de la musique pussent se former une idée des mélodies des troubadours et des moyens propres à les reconstituer.

Ce caractère du livre en explique la disposition. Nous avons dû négliger tous les détails accessoires, si intéressants qu'ils pussent être, pour ne pas dérouter le lecteur par l’abondance des matières. De même, il ne nous était pas possible de donner la démonstration rigoureuse de chaque proposition que ce livre renferme. Toutefois, estimant qu'un ouvrage élémentaire manque son but, si, au lieu de faire comprendre , il se borne à

faire apprendre des notions dépourvues de toute justification, nous nous sommes imposé comme règle d’expliquer, du moins sommairement, tout ce que nous avançons.

Ce n’est pas à nous de dire si et en quelle mesure nous avons réalisé notre dessein de faire un livre de lecture et d’enseignement au lieu d'un répertoire purement dogmatique. Nous espérons pourtant que la critique voudra bien nous tenir compte des difficultés que nous avons eues à surmonter.

Mais ce qui nous a surtout gêné — et l’on peut s’en apercevoir à chaque page — c’est l’exiguïté de l’espace dont nous disposions. Le cadre uniforme de la collection des Musiciens célèbres est lixé à 90 pages de texte, chiffre qui ne doit pas être dépassé. Comment comprendre dans d’aussi étroites limites un sujet aussi étendu que le nôtre? Nous avons été forcé de n’en indiquer que les aspects principaux, et encore avec une extrême concision. Aussi, pour remédier au défaut de clarté qui pourrait parfois en résulter, avons-nous cru devoir terminer le volume par un petit répertoire de définitions.

Par contre, c’est de propos délibéré que nous en avons élagué tout développement littéraire qui n’eût pas conduit à une conclusion musicale. Assurément, personne n’est plus convaincu que nous de la nécessité de ne pas séparer la poésie de la musique dans l’œuvre des troubadours. Mais cette poésie a été suffisamment étudiée depuis Diez, et il ne manque pas d’ouvrages ou se trou-

vent résumées et mises à jour pour le grand public les recherches des érudits. Il suffisait de consacrer, dans la bibliographie, un article à l'histoire littéraire des troubadours.

Nous nous sommes expliqué à la page 01 sur la manière dont nous entendons faire connaître au lecteur les œuvres des troubadours. Nous ne le rappelons ici que pour exprimer un regret : c’est que le manque de place ne nous ait pas permis d’augmenter le nombre des citations et de développer les analyses musicales qui les accompagnent.

Page 1