‹ La musique des troubadoursChapitre 2 sur 18 · TROUBADOURS ET TROUVÈRES · texte numérisé non relu

TROUBADOURS ET TROUVÈRES

Le nom de troubadour évoque, dans l'esprit du vulgaire, l’image d’un jeune chanteur romantique, il la face blême, au regard langoureux, tenant dans ses mains délicates le luth traditionnel ou la lyre. La statuette du Chanteur florentin , avec son afféterie mignarde, incarne bien ce type légendaire; il s’en faut pourtant de beaucoup qu’elle nous donne une idée exacte des troubadours et des trouvères du moyen âge.

Troubadour et trouvère sont, en effet, les noms, l’un provençal, l’autre français, que, du xic au xive siècle, les auteurs de chansons en langue vulgaire portèrent

en deçà comme au delà de la Loire. Ces deux termes peuvent être rendus en français moderne par le mot compositeur ou mieux encore inventeur. Trobar (provençal), trover (français) sont des formes anciennes du mot actuel trouver ; trobador (nominatif trobaire ) et troveor (nom. trovere) désignent celui qui trouve , c’està-dire qui invente les paroles et la musique de chansons. Comme certains compositeurs modernes, les auteurs de chansons du moyen âge étaient en même temps les « inventeurs » de la musique (: note , son en provençal et en français) et des paroles (; molz , mos). C’était du moins la règle, mais en pratique elle comportait des exceptions. Nous y reviendrons, quand nous aurons à retracer en détail l’œuvre de ces anciens chansonniers. Ce qui nous intéresse ici, c’est de savoir en quelle mesure nos « inventeurs » méritaient ce litre, non pas au point de vue individuel, mais au point de vue général, historique. Les troubadours et les trouvères ont-ils vraiment été les créateurs de la poésie chantée en langue vulgaire ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire d’examiner d’abord les compositions littéraires et musicales antérieures à leurs premières productions.

Page 1