‹ La musique des troubadoursChapitre 9 sur 18 · I. — Méthode et principes suivis · texte numérisé non relu

I. — Méthode et principes suivis

Pour faire connaître l’œuvre musicale des troubadours et des trouvères, le meilleur moyen serait de publier intégralement tout ce ijui nous reste de leurs chansons. C’est ce que nous avons entrepris dans nos Mélodie n der Troubadours pour les troubadours, et ce que nous nous proposons de faire dans une édition critique pour les trouvères. Quand ces publications seront achevées — nous comptons y consacrer une dizaine d’années encore, — on pourra essayer de présenter une svnthèse de l’art de nos chansonniers. Actuellement, 1 emploi de celte méthode, la seule qui convienne à un livre comme celui-ci, serait prématuré.

Il ne nous reste donc, dans cette partie, qu’une troisième méthode, très contestable au point de vue scien-

tifique, mais assez appropriée au but purement pratique que nous poursuivons ici. Pour donner au lecteur une idée sommaire de Part des chansonniers aux xne et xiiic siècles, nous estimons que le moyen le moins imparfait, c’est de lui olfrir, avec quelques brèves remarques, des spécimens de chansons en les choisissant soit dans les œuvres typiques, soit dans les chefs-d’œuvre. Si ces morceaux choisis n’offrent au lecteur qu une image fragmentaire de la poésie lyrique au moyen âge, ils auront l’avantage de lui en donner une idée à la fois plus nette et plus exacte que ne le feraient de longs développements théoriques ou de romanesques détails biographiques qui ne seraient pas à leur place dans une collection musicale. Pour tout ce qui concerne la partie littéraire de nos chansons, on pourra se reporter aux ouvrages indiqués dans la bibliographie.

Un mot encore sur la façon dont nous croyons devoir présenter nos transcriptions au public. Les chansons des troubadours sont des mélodies pures, chantées en solo, peut-être accompagnées à Punisson de la vielle (P ancêtre du violon) par un autre musicien, quand il y en avait un. L usage des accords consonants n’existe pas dans cet art primitif, mais l’accompagnement harmonique peut être établi à l’aide des éléments même de la mélodie. Dès que Part mélodique a conscience du rythme et de la tonalité, il renferme virtuellement la substance de 1 harmonie. Les mélodies pieuses et profanes ont une harmonie latente, c’est-à-dire que les notes constitutives des accords parfaits modernes

s y trouvent soit dans la suite tonale des phrases, soit dans les ornements.

Bien <(ue notre oreille moderne se passe difficilement de F accompagnement, nous ne nous croyons pas le droit d harmoniser les textes dans un ouvrage qui, tout en étant un livre de vulgarisation, doit rester strictement documentaire. Pour être utile h ceux qui veulent non seulement se renseigner sur ce qu'étaient les mélodies des troubadours, mais aussi les goûter sans rien sacrifier des habitudes esthétiques modernes, nous publierons prochainement un choix de ces chansons harmonisées conformément au principe énoncé plus haut et munies d’une traduction en vers français 1 .

Celle traduction, nous n'hésitons pas à la joindre ici à nos exemples. Les troubadours étaient à la fois des compositeurs et des poètes, et la parfaite concordance des paroles avec la musique nous prouve l'unité de leur art ; c est donc mutiler une chanson que de la priver d une de ses parties organiques, du texte ou de la musique. Or la plupart des lecteurs ne comprenant pas complètement le vieux-français et entendant moins bien encore le vieux-provençal, il nous a paru absolument indispensable de leur en offrir une traduction, (en vers) du moins pour les chansons provençales ; les chansons de trouvères pouvant, à la rigueur, être exécutées dans leurs textes originaux, nous nous sommes cru autorisé à n'en donner ici qu'une traduction en prose.

I. Choix de Chansons de Troubadours (xn® et xm3 siècles). Publiées et transcrites avec accompagnement de piano ou de harpe par Jean Beck.

Assurément, notre adaptation n'aura pas le mérite littéraire qu on serait en droil d’exiger d’une œuvre poétique originale. Mais la préoccupation de demeurer fidèle au sens du texte, sans rien sacrifier du rythme et de la forme, nous a imposé toutes sortes de contraintes qu on n’a pas à subir quand on suit sa propre inspiration.

Si donc nos traductions sont loin de remplacer les originaux, le lecteur voudra bien considérer les nombreuses difficultés qu’offrent de pareilles adaptations, où il faut constamment veiller aux accents et aux rimes, et ne voir dans celte tentative rien autre chose que noire désir de lui être utile. Pour ceux qui se sentiront de force à comprendre et apprécier nos chansons dans leur forme primitive, nous donnons, en italiques, a coté de nos adaptations, le texte authentique d’après les manuscrits, ou d’après des éditions critiques quand il en existe.

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