‹ La Musique en SuisseChapitre 4 sur 29 · VI. Soleure, Coire, etc · texte numérisé non relu

VI. Soleure, Coire, etc

Presqu’'à la même époque que Bâle, le chapitre de Soleure a eu son école de musique et nous y retrouvons les mêmes soins et le même zèle à multiplier les livres liturgiques. En 1425, il reçut de la libéralité de plusieurs chanoines, parmi lesquels nous remarquons Hans de Bubenberg, quelques nouveaux antiphonaires. Un peu plus tard, en 1453, E. Speti lui fit don d’un magnifique graduel et d’un psautier.

7 La musique religieuse de Soleure a reçu un élan particulier durant le concile de Bâle, par suite de nombreuses (quatre) visites du pape et de l’empereur Frédéric ITT.

Voici, d’après F. Hæmmerlin (Urkundio), quelques détails sur une de ces réceptions:

« Tout le chapitre allait en procession à la rencontre du pape. Tandis qu'il « descendait de heval pour embrasser la croix qu’on lui présentait, le clergé entonnait «le Te Deum. Pendant le retour à l’église (toujours en procession) on chantait les « Responsotrs, en honneur de sainte Ursule et saint Victor, le Sa/ve Regina, etc. Arrivé «à l’église et après un hymne exécuté par les hantres, le pape faisait entendre une «oralion qu’on lui avait écrite en grandes lettres sur un feuillet, etc.”

Soleure possédait un orgue au quatorzième siècle.

Au chapitre de Coire il existe encore plusieurs manuscrits notés en neumes, qui prouvent que là aussi le chant d'église n’a pas été négligé.

Enfin nous trouvons partout les mêmes indices, mais malheureusement peu de faits vraiment dignes d’être relatés. Ainsi, J. Schiüiler cite dans Æercules catholicus,

parmi les trésors de l’église de Saint-Vincent de Berne, quatre livres de chœur pour . 4 2 :

le chant grégorien, sur grand parchemin; un missel du duc de Zæhringen sur parhemin avec lettres en or, d’un prix inestimable; soixante-dix autres missels provenant du diocèse de Lausanne; un grand orgue avec 32 registres, vendu plus tard À la ville de Sion en Valais; un orgue de 12 registres et un de 9, etc. (Voir aussi. le trésor de l’église-cathédrale de Lausanne, par E. Chavannes, 1873.)

Il serait facile d'ajouter encore quelques citations de ce genre, mais elles ne jetteraient pas une lumière plus grande sur la musique d'église de ces époques.

Sur Genève, nous n'avons trouvé qu'un fait insignifiant dans Spon; quant aux deux manuscrits avec neumes (un n’est qu’une couverture) qui se trouvent à la Bibliothèque, ils n’ont aucun rapport avec l’ancien hapitre de la Ville.

ES

VIL Intermezzo

Si l’on sait à peu près ce qu'était l’art religieux de ces temps reculés (l'Eglise seule a conservé ses monuments et ses traditions), il n’en est pas de même de l’art profane, où l’on est souvent réduit aux conjectures. sa

Il faut bien dire que le clergé empêcha avec tous les moyens en son pouvoir le développement de la musique mondaine; ce qui chez eux était une vertu, devenait un défaut chez les autres. Dans toutes leurs écoles on enseignait la musique, et jamais ils ne faisaient l'éloge d’un écrivain de talent, sans faire remarquer les connaissances qu'il avait de cet art, tandis que toutes les circonstances qui pouvaient s'offrir aux ménétriers pour exercer leur métier, étaient rigoureusement défendues. La comédie et les danses ont donné lieu à plus d’un canon; presque tous les conciles!, tous les Pères d'église s’en sont occupés et en ont parlé quelquefois en termes peu

choisis. Ainsi, saint Chrysostôme dit, dans l’homélie 49 sur saint Matthieu : 2 aie À

«ne nous a pas donné des pieds pour sauter comme les chameaux, etc.»

Où chercher pourtant l’origine de l’opéra, sinon aux couvents et à l’église? Qu'’étaient les drames liturgiques ?, les drames demi-liturgiques, les mystères”, les jeux en dialogues? (Nous avons lu dans un petit recueil de ces pièces d'église des paroles qui choqueraient les oreilles les moins chastes.) Qu'’était la fête de la canonisation de saint Borromée (auteur d’un traité contre la comédie, etc.)? celle de la

* Ceux d’Elvire (305), d'Arles (314 et 452), de Carthage (397 et 398), d'Afrique (424), etc. 2? Voir les Drames liturgiques du moyen âge, de Coussemadker. # Voir l'Histoire de la musique Oramalique, de Ch. Chouquet.

béatification d'Ignace de Loyola? celle de la Fête-Dieu à Aix? sinon des ballets ambulatoires, et qu'étaient les ballets sacrés, en mode surtout sous le pontificat de Léon X, sinon des danses?

Mais revenons de cette digression. Malgré les défenses, malgré la mauvaise position que les lois faisaient aux ménétriers, il y en avait quand même.

La pièce suivante, peu connue, décrit si bien ce qu’on en pensait, que nous n’avons pu nous empêcher de la reproduire en entier. Elle est tirée de l'Histoire des Français des divers États au quatorzième siècle par A.- A. Monteil.

: C'est frère Iehan, de Tours, qui écrit à frère André, de Toulouse :

« Sauf l'honneur de l’ordre de Saint-François, j'ai un cousin sergent !. C’est d’ailleurs un bon père de famille, qui a donné un état à tous ses enfants, excepté au plus Jeune. Ce matin J'ai appris qu'il allait lui donner celui de ménétrier. J'ai aussitôt couru chez lui et me suis expliqué assez vertement sur son projet. Il m'a répondu, la tête baissée, qu’il était fort pauvre, qu’il comptait sur les profits considérables qui ne pourraient manquer à son fils; et il me les a énumérés. Mais, lui ai-je dit, faites donc entrer dans vos calculs le déshonneur; sachez que les joueurs d'instruments ne témoignent point en justice. Les avez-vous vus Jamais en robe, en fourrure, en chaperon? Jamais. Les avez-vous vus jamais le bonnet sur la tête, quand ils sont en fonctions ? Jamais. Faites entrer dans vos calculs les pertes: si les joueurs vont aux fêtes en plus grand nombre qu’on ne les a demandés, ils perdent leurs gages; faites-y entrer les dangers: qui ne vous dira que les instruments à vent, surtout les hauts instruments, les hautbois, affectent la poitrine? Faites - y entrer les difficultés : il n’y a aucun instrument à corde dont l’apprentissage ne soit fort long ; la trompette marine même, cette longue caisse ou bière, montée d’une seule corde, n’est pas aisée à manier. Quant au rebec, les sons doux et purs, qu’à force d'art les ménétriers tirent aujourd’hui de leur archet, vous étonnent, vous ravissent; la harpe, la guitare veulent la plus grande dextérité de tous les doigts. Il n’y a pas Jusqu'au tympanon à deux baguettes, jusqu’au tambourin frappé des deux côtés qui n’obligent à un long exercice. Ne vous le dissimulez pas, il faudra à votre fils encore bien des années avant qu'il puisse devenir un joueur médiocre. Ne vous laissez pas non plus éblouir par la fortune des ménétriers de la cour. Il y en a fort peu, et ce sont tous gens du plus grand talent, qui n’en sont pas moins, je me trompe, qui sont plus immédiatement soumis à l’autorité du roi des ménétriers de France.

« Vous dites que votre fils a un goût invincible pour la musique. Eh bien! que ne le faites-vous enfant de chœur? Vous parlez de profits. C’est alors qu’il en aurait. na

« Il reviendrait tous les jours à la maison les mains pleines de pièces de monnaie, de chandelles et d’autres distributions, il serait houssé, fourré, et aurait

1 Huissier,

de mentionner les jeunes de forment Lac trois quarts de la musique de Fi rance, et quant à l’autre quart, composé de musiciens laïques, voulez-vous m'en soie t presque tous sont pauvres, mourant de faim, et cela est juste, car ie ne chantent

que les louanges du Diable. | ee « Enfin, j'ai pris congé de lui en ces termes: sergent, suffit pour . buis ne

à la première place vacante, allez présenter votre fils; mettez votre belle épée a poignée de cuivre, et dites que vous êtes cousin du frère gardien. » à D'après ce que nous avons dit précédemment sur les ménétriers, Fu n 'est sÈ pas étonnant que la plus grande obscurité couvre encore cefte SL de l’histoire de la musique en Suisse. Hoi ils aussi un supérieur? Étaient-ils régis comme en. France, par un chef, appelé roi’, ou étaient-ils, comme en Autriche, soumis à un bailliage (Ober-Spiel-Grafen-Amt)? os ne Ce qui est certain, c’est que la Suisse ne manquait pas de musiciens à : Le fait suivant, que rapporte la Chronique de Klingenberg le démontre suffisamment. « Au concile de Constance (1415), dit-elle, il y avait plus de 500 musiciens : joueurs 2 de trombone, de trompette, de fifre, de violon, des chanteurs, etc. ( Prasuner, | Trummeter, Pfiffer, Singer, Giger und allerhan9 Spillüt.) » :

Les plaintes réitérées de quelques chantres, sur l’ altération du chant ccslee À

siastique, par l'influence de leur musique: « Une multitude de notes qui offensaient la pudeur et d’accents contraires à la décence s'étaient introduits, ” viennent encore à l'appui; enfin nous trouvons pendant les calamités comme à Genève en 1487, au Se moment de la peste, « défense formelle aux maîtres des instruments de musique, de = ne jouer ni en public ni en particulier.

Anshelm, en parlant de l'influence des arts, dit dans sa chronique: D ont surtout augmenté les peintres, les bijoutiers, les tailleurs de pierres, les chanteurs el les joueurs d'instruments » (tome TITI, p. 246). ne

Der Schweiz. Geschichlsfreund0 (VIT, 161-214) nous montre Adrien de Bébens berg, le héros de Morat, endossant le costume de ménétrier, une harpe à la main, 5 pour se sauver de la cour de Louis XI, où sa sûreté lui paraissait compromise (1477%).

La plupart des villes avaient des fifres (il y avait des fifres à la bataille de Grandson)* et des trompettes à leurs gages. Nous avons découvert dans un manu scrit le nom de plusieurs de ces instrumentistes, auxquels la ville de Genève avait fait don de la bourgeoisie (quinzième et seizième siècles). Spon dit qu’en 1309 le peuple fut assemblé au son de la trompette; dans ses Re DH PAS Grenus

! Voir leurs statuts, etc., dans l’ ouvrage Le mariage de la musique avec la danse (1664), réédité pe AUS 5

J. Gallay, Paris, 1870.

? Fort curieux est ce que Ménétrier(pag.225, Des représentations en musique, 168 1)dit des marches : suisses : ; «Les Suisses, qui ont naturellement la marche plus pesante que les Français, commencent par trois Ÿ battements forts qui sont suivis d’une pause, et d’un battement fort avec une autre pause, c’est ce qu’ in leur colin-lam-pon.»

cite (c'était donc un fait remarquable): « le 3 septembre 1484, l'achat d’une trompette pour la ville. » | |

Il ne sera DEEE pas sans intérêt pour quelques lecteurs de connaître fous les talents variés que pouvait posséder un ménétrier. C’est un fabliau intitulé les deux Ménétriers qui nous l’apprend:

Saige (je sais) bien chanter une note (chanson) Je sai contes, je sai fableax (fabliaux) Je sai conter beax diz noveax (nouveaux) Rotruenges viez (vieilles) et noveles

Et servantois et pastoroles

Si sai porter conseil d’amors

Et faire chapelez de flors (fleurs)

Et çainture de druerie (’amoureux)

Et beau parler de courtoisie,

Je sai juglere (jouer) de viele

Si sai de muse et de frestele

Et de harpe et de chiphonie

De la gigue, de l’armonie

Et el (du) salteire et en la rote, etc.

Si les renseignements sur les ménestrels sont bien précaires, ils le sont encore bien davantage sur leur isique et leurs chansons.

Avant de passer à une époque plus récente, nous devons mentionner les . trouvères W. de Eschenbach et Hadloub.

Fétis et d’autres font naître le premier en Suisse, pendant que Michaud (Bibliographie universelle) et le lexique musical (Musikalisches Conservationslexicon) disent qu'il est originaire du Palatinat. Tout le monde connaît la part qu'il prit au combat poétique de la Wartburg en 1207. Le second vivait à Zurich et se vante de compter parmi ses amis l’abbé d’Einsiedeln.

Nous arrivons maintenant 4 une époque plus riche en matériaux, au seizième siècle.

GE

V'IIL. Les célèbres contrepointistes i Senfl, Benedictus, Meyer, V'annius, etc.

Les progrès qu'Okeghem, Josquin Desprès et d’autres avaient fait faire à la science de la composition, ne devaient pas tarder à porter aussi leurs fruits en Suisse. Plusieurs compositeurs s’y distinguèrent vers la fin du quinzième siècle, et surtout au commencement du seizième. Le plus remarquable, le plus connu, celui

que Séb. Heyden appelait dans « De arte canendi » (1537) PE premier musicien ï de | toute l'Allemagne (in musica lotius Germaniae nunc principem) est Louis Senfel, nommé aussi Senfl, Senfli, Senflinus !.

Né à Angst près Bâle une dizaine d’années avant la fin du quinzième siècle (la date est inconnue; 1480 ou 14827? doit être une erreur. Voir ÆMusikwerke von der Gesellschaft für Musikforschung, Jahrg. IV, Lief. I, page 69, Berlin 1876), il se voua de bonne heure à l'étude de la musique; il dit lui-même qu’étant encore enfant et apprenant l'ut, ré, mi, fa, sol, la, la musique l’attirait tellement qu'il n’eut plus de repos, jusqu'au jour où il put s’y adonner entièrement ?. FE

Ses connaissances de la langue latine et de l’art de la poésie laissent supposer : que ses études ne s’arrêtèrent pas seulement à la musique. Vers 1510, il fut admis dans la chapelle de l’empereur Maximilien I‘ comme sopraniste. Il y put, sous le maître de chapelle, qui était le célèbre contrepointiste H. Isaak, satisfaire son désir de se perfectionner dans la composition. Ses progrès furent si grands, qu’à la mort d’Isaak, l’empereur Maximilien ne lui trouva pas de successeur plus digne que Senfel. En1520, une année après la mort de l’empereur (le 12 janvier 1519), nous le trouvons. à Augsbourg, où il s’occupait de l’édition du « Liber selectarum cantionum », qui contient, outre cinq motets à 6 parties de lui, des compositions de Isaak, Josquin, Mouton, Obrecht et de la Rue. Là, le 9 février 1520, le successeur de Maximilien, Charles V, le dota d’une pension de 60 florins. |

C'est à cette époque que, au dire de Minervius, le duc Guillaume de Bavière réussit, après bien des efforts, à engager Senfel (1526). II le nomma « Musicus intonator », ce qui probablement était le titre du maître de chapelle.

Peu à peu, la renommée de Senfel augmenta; en 1520, le sculpteur Haguenauer frappa une médaille à son effigie, d'un côté le portrait avec Ludovicus Senfl, et de l'autre: Psallam Deo meo quamdiu fuero (1529). — Une de ces médailles se trouve à Vienne dans le cabinet royal-impérial des médailles.

Plusieurs biographies ont cité une lettre de Luther à Senfel; mais déduire

de cette correspondance que Senfel est l’auteur de quelques-uns des chorals, comme &

le prétendent certains écrivains, est trop hasardé, car aucune preuve ne vient à l’appui. Cela ne veut pas dire qu’on n’ait point utilisé sa musique.

Senfel est mort en 1555. Il a été considéré à juste titre comme un des plus. grands musiciens de son époque. Il n’y a qu’une voix sur le mérite de ses œuvres: la plus grande preuve est certainement la réédition dans ce siècle d’une trentaine de ses morceaux. La Suisse peut être fière de lui!

Nous faisons suivre ici les titres de ses ouvrages et les principales collections. qui en contiennent :

1 Les Italiens l’ appelaient Ludovico Elvelio. ? Une poésie de Senfel, composée par lui, à quatre parties et publiée dans le journal de musique- Caecilia, en 1845, contient d’intéressants renseignements sur ses études musicales.

1520. — Liber seleclarum cantionum quas vulgo mutelas appelant, sex, quingue, el quatuor vocum. Augsbourg.

1526. — Quinque salutationes Domini nostri, H. C. ex illustrissimi Principis et Domini Wilhelmi comitis Palatini Rheni, utriusque Bavariae ducis, elc., commissione a Ludovico Senfelio ejusdem illustr. D. musico inlonatore bumillimo excussae dicalaeque summis el studio ac obedientiae. Nuremberg.

1534. — Varia canlionum genera, quibus lum Horatius um ali egregit Poetae graect el lalini, etc., suavissimis harmoniis composita auclore L. Senfelio. Nuremberg, H. Formschneider.

. 1534. — Teusche Lieder für 4 und j Stimmen. Nuremberg. Contient des chansons de Senfel, d'A. de Brud et de Braytengasser. Reissmann croit qu’ Arnold von Bruck, qu'il met avec Senfel au-dessus de la plupart des compositeurs de leur temps, était de Bruck (Brugg) dans le canton d’Argovie.

1536. — Finkens schœne ausserlesene Lieder, etc. Nuremberg. Contient six chants de Senfel.

1537. — Novum el insigne opus musicum, sex, quinque el quatuor vocum cujus in Germania hactenus nibil simile usquam est editum, etc. Nuremberg. — Tome I contient

plusieurs numéros de Senfel, ainsi que le tome Il paru en 1538.

1537. — Magnificat octo tonorum quatuor vocum auclore Ludovico Senfelio Helvelio. Nuremberg.

1538. — Tomus primus Psalmorum seleclorum a praestantissimis musicis in Harmonias quatuor el quinque vocum redactorum. Nuremberg. Contient ainsi que le 2° volume (1539) et le 3°° (1542), plusieurs psaumes de Senfel,

1538. — Symphoniae tucundae alque adeo breves, qualuor vocum, ab oplimis quibusque musicis composilae ac tuxla ordinem lonorum disposilae, quas vulgo mutelas appellare solemus. Numero quinquaginla duo. Cum praefatione D. Martini Lutheri. Wittemberg. Contient trois pièces de L. Senfel. — Se trouve aux bibliothèques de Iéna, Muni, et Grimma.

1538. — Harmoniae selectae qualuor vocum, de Passione Domini. Wittemberg. Contient des chants de Senfel.

1538. — Harmoniae pæticae. Pauli Hofheimeri, etc. Nuremberg. Contient plusieurs chants de Senfel.

1539. — Officia paschalia de Resurrectione et Ascensione Domini. Wittenberg. Contient le psaume: Zn exttu Israel, de Senfel.

1540. — Selectissimarum Molelarum partim quinque, partim quatuor vocum, etc. Nuremberg. Contient des motets de Senfel.

1540. — Ein Ausszug kurzweiliger guter frischer Liedlein, etc., par G. Forster. Contient des chansons de Senfel. (Bibl. Zurich.)

1541. — Opus decem missarum qualuor vocum collectum a G. Rhaw. Wittenberg, 49. Contient une messe de Senfel.

1544. — CXXIIT Neue geistliche Gesange, mit 4 und 5 Shremer fie die à se $

meinen Schulen, ete. Wittenberg. Contient des chants de Senfel. 3 1544. — Hundert und fünfzehen guter newer Lieblein, etc. Nuremberg, ok.

Contient 59 chansons de Senfel. , TRIER Cette œuvre est rééditée dans ce moment par la Sogiété d'archéologie musi-

cale, de Berlin.

| 1545. — Primus Tomus, novt operis music. Wittenberg, G. Rhaw. 7 | 1545. — Biicinia gallica, lalina el germanica et quaedam fuga. Contient des

chants de Senfel. On y trouve la plus ancienne tradition connue du chant suisse a

appelé Ranz des Vaches.

1545. — Concertus oclo, sex, quinque el qualuor vocum, elc. Aüesboues 1547. — Dodecachordon de Glarean. Contient un motet et un canon. … 1549. — Cantale, 2 vocum. Nuremberg.

1551. — Geminae undeviginti odarum Horalii melodiae, etc. Francis 1557. — Melodiae in o0as Horalit et quacoam alia, ele. 8vocum. Nuremberg. 1567. — Harmoniae suavissimae oclo quinque et qualuor vocum, elc. Nuremberg:

Comme ci-dessus.

1568. — Cantiones triginta selectissimae, 5, 6, 7, 8, 12 el plurium vocum artificiose

musicis numerts à pracolantissimis hujus artis artificibus ornalae ac composilae, ele. Nuremberg. Contient 2 chansons de L. Senfel. — A la bibliothèque de Grimma.

modis seplemdecim concinnalus, elc. Nuremberg. — Parmi les compositeurs figurent L. Senfel. — Bibl. Grimma. 5

1587. — Seleclae, arlificiosae et elegantes fugae duarum, ete, PA : Ro partim composilae a Paix. (0

parties, de Æusbund neuer T. be Liedlein, etc., publié par G. Fées dans a : dans les livres de luth de Paix (1 ue de Newsiedler ee etc.), de ous

V'olkslieder der Deutschen vom 13-16. Jabrhundert, gesammelt und erläutert von Fe po Lilienkron. Leipzig (1865-69); les n° 9, 12, 23, 27 et 41 sont de L. Senfel; — La collection des meilleurs chants des plus grands compositeurs. Mayence # Schott frères; quatre sont de Senfel, pages 1, 32, 34, 36; : — Der evangelische Kirchengesang, etc., de C. de Winterfeld, vol. I, se trou vent 9 chants a Senfl, pages 7, 8, 1 1, 13, 15,17, 18, 10, 25;

— Kirchengesang berühmter Meister, etce., publié par C.-F. Becker, on voit, page 75, une composition de Senfel; enfin, parmi les journaux, la Caecilia a publié en 1846 trois morceaux; la Ællg. M. Zeilung en 1842, un motet, et les bulletins de la Soctélé d'archéologie musicale de Berlin en 1872, une chanson de L. Senfel. Die Hausmusik der Deutschen par C.-F. Becker contient aussi une chanson de Senfel.

Parmi les compositeurs suisses, contemporains de L. Senfel, un des plus remarquables est BÉNÉDICT D'APPENZELL (Benedictus Abbatiscellenus). Malheureusement tous les renseignements, soit sur le lieu, soit sur la date de sa naissance, font défaut jusqu’à ce jour. Tout ce qu’on sait, c’est qu'il était de 1539 à 1555 un des maîtres des enfants de chœur de la petite chapelle de la gouvernante des Pays- Bas, Marie, reine de Hongrie. Il figure pour ce laps de temps dans les comptes de cette chapelle, conservés dans les archives de la Belgique.

On trouve de ses œuvres dans les ouvrages suivants:

1545. — Concentus octo, sex, quinque el quatuor vocum. Augsbourg.

1653. — Liber primus Ecclesiasticarum cantionum quatuor vocum, vulgo motela vocant, lam ex velere, quam novo Teslamento, ab oplimis quibusque bujus aetatis musicis composilarum. AÂnlea nunquam excussus. Antwerpiæ, T. Susato.

1554-1556. — Evangelia dominicorum et feslorum dierum musicts pulcherrime comprebensa el ornala (6 tons). Nuremberg, J. Berg (Bibl. Grimma).

1558-1559.— Novum el insigne opus musicum sex, quinque el qualuor vocum cujus in Germania hactenus nibil simile usquam est editus, ete. Nuremberg, J. Berg et U.Neuber (Bibl. Grimma).

Dans son ÆZisloire de la musique (vol. II, page 601), Forkel donne de Benedictus: Æonoûia in Josquinum a prato musicorum principem à 4 vocum; cette pièce est tirée du Seplième livre contenant 24 chansons à ÿ et 6 parties, par feu de bonne mémoire el trèg-excellent en musique Josquin des Prez. Avec trois épilaphes Ou dict Josquin, composées par divers aucteurs (sic). Anvers, par Tylman re 1545. — Ces trois aucleurs sont RUSSE J. Vinders et Benediclus.

| Une vingtaine de recueils du seizième siècle (Fétis en cite douze) contiennent des œuvres d’un Benediclus ; seulement plusieurs biographes, au nombre desquels se trouvent Fétis, sont incertains s'ils appartiennent à B. d’Appenzell.ou à B. Ducis. Sur quoi se basent-ils ? Nous l’ignorons et croyons pouvoir admettre, jusqu’à preuve du contraire, qu'ils sont de notre compatriote. Chez le premier, Bénédict est le nom de famille, ou du moins le seul nom connu, car Appenzell est sa patrie; chez le second Bénédict est le prénom et Dux (Hertogs, Herzog) le nom de famille. C’est sous ce nom qu'en 1559 a paru à Ulm un de ses ouvrages.

3 Pourquoi ne pas mettre de suite en cause tous les Bénédict, musiciens, l’époque?

D'après Fétis, la monodie ci-dessus citée est de Ducis; d’après Gerber elle

est de B. d’Appenzell.

Espérons que le temps aidera à éclaircir cette question; toujours est-il

que notre Bénédict était un contrepointiste de grand talent, qui a fait honneur

à sa patrie.

Nous devons à H. Glaréan (voir ci-après) la connaissance de GRÉGOIRE

MEYER, organiste du chapitre de Soleure de 1530-50. Il a publié dans son Dodeca-

chordon dix compositions de cet auteur, parmi lesquelles deux motets sur les paroles: Qui mihi ministrat, dont un a été réédité par KR. Schlecht dans son excellent livre: Geschichle der Kirchenmusik, Regensbourg, 1871.

Gerbert dit (De cantu et musica sacra, vol. II, page 331) que vers 1760, lors de sa visite à Soleure, l’organiste G. Meyer appartenait à la même famille.

Printz est le premier qui, dans son Aisloire de la musique, parle de J. VAN-

NIUS (Johann Wannemacher). J.-G. Walther (1732) et Gerber le citent après lui;

Fétis n’en dit mot.

Vannius occupa de 1510 à 1530 la place de chantre à l’église Saint-Nicolas de Fribourg. Ayant abjuré la religion catholique, il fut forcé de quitter cette ville.

C.-F. Becker mentionne de lui: Bicinia Sive duo Germanica ad Aequales. Tiüloche Psalmen andere Lieder. Durd Joannum Vannium mit zweyen Stimmen zusammen gesetzt. Mit K. K. Maistat Fryheit Inn Siben Jaren nit nach zu trucken. (Vox...) Getruckt inn der Loblichen Statt Bernn durch Mathiam Abpiarium. Im 1553 le RAS à O 7e

Den Ehrengeachten und Kunstliebenden Meyster Michel Coppen Feld-

trummeter, Wendlen Schärer Feldtpfyffer unnd Sigfriden Apiario, genannt Biner

symem Sun, diser Zyt im Stattpfyffer Dienst, un uff difmal all diener der loblichen Statt Bernn u.s.w. Bernæ, 1553. (Bibl. de Munich).

On trouve encore de ses compositions dans: * Hundert und fünftzebn guter newer Lieolein mit 4, 5, 6, Slimmen vor nie im truck aussgangen, etc. Nürnberg, bei Joh. Ott, 1544. (Ce recueil ne contient de Vannius qu’une seule pièce: 4n Waserflissen Babylon, à 3, 4, 5 et 6 voix. C’est la pièce la plus importante de la collection); dans le Dodecachordon, de Glaréan, et dans Musicae Epilomae sive compendium du même auteur,

Glaréan, excellent juge, tenait en grande estime et Gr. Meyer et J. Vannius.

De LAMPADIUS a paru à Berne en 1537:

Compendium musices, tam Jigurali quam plani canlus, ad Presse lan in uoum

ingenuae pubis ex eruditissimis musicorum scriplis accurate congestum, quale ante hoc nun-

quam visum, el jam recens publicatum. Aofectis eliam regulis concordantiarum el componendt

canlus arkificio; summalim omnia musices praecepta pulcherrimis exemplis tllustrata succincte el simpliciter complectens.

D'autres éditions ont paru à Berne en 1539 et 1546.

Fétis possédait ces trois éditions.

Le musicien-écrivain suisse le plus universellement connu est sans aucun doute H. LORITI, nommé aussi GLARÉAN. — Fétis dit (vol. IV, page 19): « Glaréan,

« poëte couronné, philosophe, mathématicien et historien, fut un des hommes qui « contribuërent le plus activement au progrès des sciences et des arts dans le sei- «zième siècle. »

H. Loriti, né au mois de juin de l’année 1488, à Mollis, dans le canton de Glaris (de là son nom de Glaréan), était le fils de campagnards aisés. Jusqu'à l’âge de 12 ans il fut obligé de travailler aux champs et de garder les troupeaux. Ses

parents, s’apercevant alors des heureuses dispositions qu’il avait pour l'étude, se décidèrent à l'envoyer à Berne (voir Dodec., page 155), où sous Michel Rubellus il fit les premiers pas dans la carrière qu'il devait illustrer. A l’âge de 20 ans, nous le trouvons à l’Université de Cologne. C’est là que Cochlæus ! lui enseigna la musique. En 1512 il fut couronné poète par l’empereur Maximilien I°, pour avoir chanté le panégyrique de ce prince devant toute la cour. Ce panégyrique, imprimé à Cologne, porte le titre: Zn dvi Maximiliant Romanorum Imperatoris semper auguoti laudem el praeconum, carmen panegyricum. | Au mois de mai 1514, il fonda à Bâle un institut et attira à ses cours de nombreux élèves. Il y publia, en 1515}: Helvetiae descriplio et in laudatissimum Helveliorum fœ0us Panegyricum Henrici Glareant, Basileæ, — et fit don d’un exemplaire de cet ouvrage aux membres de tous les États réunis à cette époque à Zurich. On lui décerna une récompense de 50 florins. Cette pièce fut mise en musique par Manfredus Barbarinus Lupus* Corregiensis, sous le titre:

Symphoniae, deu insigniores aliquot ac dulcisonae quinque vocum melodias super D. Henrici Glareani Panegyrico de Helvetiarum tredecim Urbium laudibus. Basileæ, ex officina Hieronymi Curionis impensis Henrici Petri, 1558, in-8°.

Après un séjour à Paris, où il avait aussi fondé un institut, il revint à Bâle et s’y maria en 1522. En 1529, pendant les troubles religieux, il quitta cette ville et s'établit comme professeur à Fribourg en Brisgau, où il mourut le 28 mars 1563.

Outre l’oeuvre décrite page 15 (nous ne parlons que des écrits sur la musique), Glaréan nous a laissé le Dodecachordon publié à Bâle en 1547.

Cet ouvrage est la source la plus riche et la plus pure pour l’histoire de la musique du quatorzième siècle. Il contient avec la partie théorique (voir la description page 367 de Allgemeine Lileratur der Musik de Forkel) des compositions de J. Obrecht, de Okeghem (3), de Josquin (28), de Pierre de la Rue (4), de J. Mouton (4), de Brumel (3), de H. Isaac (4), de L. Senfel, Gr. Meyer, etc.

| Un extrait de cet admirable livre a été publié par Wonegger (Fétis le cite une fois comme Wonnegger et une fois comme Wuonegger), à Bâle, en 1557, et une traduction de cet extrait a vu le jour la même année sous le titre:

1 Adrien de La Fage dit, page 98 de ses Extraits Ou catalogue critique el raisonné, elc.: < Il est assez singulier que Glaréan, qui pourtant devait connaître le nom de son maître, l'appelle Cochlaeus au lieu de Coclicus. » 3? La bibliothèque de Saint-Gall possède de cet auteur un recueil manuscrit de 124 compositions. Voir

la description, #onatsbefte für Musikgeschichte, Berlin, 1871, page 12, etc.

Uss Glareani Musik ein Usszug mit Verwilligung und Hulf. Glareani allen christlichen Kilchen alt et güttlich Gsang zu lernen auch zu verstan gantz nulzlich und

denen zu Hilff so der Mathematik und villicht der Latinischen sprach nitt gantz unterricht.

(Bibl. Munich et Berlin.) ‘

Ces extraits n’ont quelque valeur que par les exemples de musique d Cochlæus, Josquin et Vannius.

Parmi les élèves de Glaréan, nous devons mentionner le prince- -abbé d'Ein-

siedeln, Ulrich Witwyler, né à Rorschach, auteur d’un traité de musique d’ après

les principes de son maître, et Homère Herpol, prêtre et musicien de grand mérite,

à Fribourg, en Suisse. C.-F. Becker le cite sous le nom de Herbol. Nous possédons de cet auteur:

Novum et insigne opus musicum in quo textus evangelicorum tolius anni, vero ritui

ecclesiae correspondens, quinque vocum modulamine singulart industria ac gravilale exprimi-

lur. Authore Homero Herpol. Essaiae Cap. X LIT et Psalm CXLIX. Cantale Domino can-

Licum novum, Laus ejus ab extremis terrae. Noribergae, U. L. Neuberus el baeredes Montani.

1565. Cet ouvrage contient 54 chants.

En même temps que Vannius, vivait à Fribourg un organiste distingué, du

nom de J. Kother. Il fut, comme ce premier, chassé en 1530, à cause de son adhésion au protestantisme.

CE

EX Bourgeois. G. Franc, Davantès, etc.

La plupart des auteurs dont nous allons parler dans ce chapitre, quoique.

étrangers, de naissance, à la Suisse, nous appartiennent par leur position et leurs travaux; de même que l’histoire de la Réformation est inséparable de celle de notre

pays, de même l’histoire des psaumes et de leur musique est inséparable de celle de

la Réformation.

La question: Quels sont les compositeurs des chants de ces psaumes qui, à travers plus de trois siècles, n’ont rien perdu de leur force et de leur beauté, estencore sans

réponse définitive. — Que de papier a pourtant été noirci dans le but de la résoudre!

Les uns disent que c’est L. Bourgeois, les autres croient que c’est Goudimel,

d’autres encore nomment G. Franc, Jambe-de-Fer, ou même Claudin (Sermisy ? car Claudin le Jeune était à peine au monde); tous se trompent. Pourquoi ne pas franchement admettre — l’idée n’est certainement pas neuve

— que ce sont, à quelques exceptions près, des vieux chants mondains !: des airs de

? En indiquant l’origine de la musique de nos psaumes, nous n’avons nullement l'intention de les déprécier. Tous ceux qui ont étudié la musique de cette époque savent que sans le texte il est impossible de distinguer un ant religieux. C'était d’ailleurs l'habitude d'utiliser les hants mondains pour l’église et vice-versa. Qui ne connaît pas les nombreuses messes faites sur les hansons: Dung aullre amour, mon ami Baudichon, etc.

— Ci SLA

danse, des chansons à boire, des chants d'amour, etc., auxquels CI. Marot et Th. de Bèze ont adapté leurs psaumes? Il en est pourtant ainsi!

Outre les preuves à l’appui que ces auteurs (Bourgeois, Jambe-de-Fer, Goudimel) nous fournissent, ils publiaient le psautier « comme il se chante en toutes les églises réformées de France, y ayant adjouslté trois parties et en aucunes quatre ”, un fait simple mais concluant nous le démontre: les premiers psautiers ! de C1.Marot, ceux de 1542, 43, 45, etc., ne contiennent que le chant (la mélodie). En 1547 L. Bourgeois y ajoute trois autres parties. L'édition de 1554 nous donne, outre les psaumes de CI. Marot, trente-quatre de Th. de Bèze, celle de 1555, quarante; enfin, ce n’est qu'en 1562 que le psautier paraît au complet. (Toutes ces éditions ne renferment que le chant.) Deux ans plus tard (1564), il est mis en musique à quatre et cinq parties par Jambe-de-Fer, et l’année suivante par Goudimel (à 4) et Servyn (à 3 parties). Le psautier que M. F.Bovet cite, sous la date de 1557 (n° 36), les 150 psalmes,

etc., mis en musique par P. Santerre, est de 1567. s Ainsi, chaque fois que L. Bourgeois, Jambe-de-Fer, Goudimel, et autres mettaient la main aux psaumes, ils se servaient des mélodies qui existaient déjà.

-. Qu'on nous montre dans toute la littérature musicale de cette époque un seul ouvrage composé pour une voix seule avec la preuve qu'il a été publié comme tel par l’auteur. Il n'existe pas! — Seulement, lorsqu'un poète adaptait des paroles à un air connu — quoi d'étonnant qu'il n’ait retenu que la partie principale — il l’indiquait soit par le commencement des anciennes paroles comme dans le psautier de 1541, soit par la notation de l’air, comme dans les éditions de 1542, etc. — Aucun des psautiers à une voix seule ne contient le nom du compositeur.

D'après ce que nous venons de dire, il sera difficile d'établir la paternité des auteurs ci-dessus cités.

Louis BOURGEOIS, fils de Guillaume, né à Paris au commencement du seizième siècle, fut en 1545 nommé chantre de Saint-Pierre à Genève, en même temps que le Genevois Guillaume Fabri recevait la place de chantre de Saint-Gervais. Leurs appointements n'étaient pas forts, vu qu'ils se partageaient une somme de 100 florins, l'ancienne paye de G. Franc, dont 60 revenaient à Bourgeois et 40 à Fabri. Le 24 mai 1547 le premier reçut gratis la bourgeoisie de Genève en récompense de la peine qu’il se donnait à instruire les enfants; le 19 août de la même année il fut dispensé de la garde et des travaux aux fortifications pour qu'il pût mieux s’adonner à ses études.

Le 3 décembre 1551 on l’emprisonna pour avoir « changé le chant des Psaumes », ou plutôt, comme le dit Fétis, pour avoir voulu introduire les psaumes harmonisés à plusieurs parties. Voici le texte du Registre (vol. 46, fol. 106) qui relate ce fait:

Nous suivons ici la bibliographie, malheureusement encore très-incomplète, qui se trouve à la fin de l’AHisloire du psautier, par F. Bovet, Neuchâtel, 1872.

« Arrêté que puisque le dict Bourgeois a changé le dict champ (chant) sans ;

« licence qu’il soit mys en prison, et que des icy a ladvenir lon chante les chantz « vieulx deja paravant imprimés et que lon laisse les autres jusques y soit advisés. »

Il dut peu après quitter Genève, car il n’est plus question de lui. D’après Fétis, il vivait encore en 1561 à Paris. D’autres renseignements manquent jusqu'à ce Jour.

L. Bourgeois était un musicien instruit et un habile contrepointiste; on connaît de lui les ouvrages suivants:

Pseaulmes cinquante, de David, roy et prophele, traduictz en vers françois, par Clément Marot, et mis en musique par Loys Bourgeoys, à quatre parties à voix de contre-

poinct egal consonante au verbe louiours mord envie. Imprimé à Lyon chez Godefroy ‘et

ÆMarcelin Beringen, à la rue ÉRRÈTE) a l'enseigne de la Foy. MDXLVII. 2 tomes, petit in-4°. (Bibl. de Munich.)

La mélodie est dans le ténor.

1547. — Le premier livre des pseaulmes de David contenant XXII pseaulmes

mis en mudique par Loys Bourgeois. Lyon chez Godefroy et Marcelin Beringen, etc. 2 vol.

petit in-4°; chaque volume contient deux parties. (Bibl. de Munich et Cat. Farrenc.) 1550. — Le droicl chemin de musique, composé par Loys Bourgeois avec la manière de chanter les psaumes par usage ou ruse, comme on cognaistra au 34, de nouveau mis en chant, el ausoi le cantique de Siméon ; Genève, 1550, in-8°. Ce traité, partagé en 12 chapitres, est Le premier où l’on propose de quitter

la méthode de la main musicale et d'apprendre la musique par l’usage du solfége, etc. (Voir la description: Fétis, vol. IT, page 42. Voir aussi Résumé philosophique de

l'Histoire de la Musique, pages 166 à 172).

L'ouvrage que M. Bovet donne sous le nom de Bourgeois (n° 33), est de

maistre Jean Louys ou Loys, musicien de la chapelle des empereurs Maximilien [*

et Ferdinand. — Cette erreur nous incombe.

1561. — Quatre-vingt-trois Psalmes de David en musique (fort convenable aux instruments), à quatre, cing et six parties, tant à voix pareilles qu'autrement, dont la bassecontre lient le sujet, afin que ceux qui voudront chanter avec elle à l'unisson ou à l'octave,

accordent aux autres parties Diminuées, plus le cantique de Siméon, les commandements de: Dieu, les prières devant et après les repas, et un canon à quatre et cinq parties, el un à built.

Paris, Antoine Le Clerc. (C.-F. Becker, page 65.)

GUILLAUME FRANC, un des compositeurs supposés * de nos psaumes, était le fils de Pierre Franc, de Rouen. Le 17 juin 1541 nous le trouvons pour la première fois cité dans les registres de Genève, date où il reçut du Conseil l’autorisation d'établir une école de musique. Une année plus tard il fut nommé chantre à

St-Pierre et chargé d'apprendre aux enfants à chanter les psaumes. Ses appointe-

L Voir Fétis, vol. III, page 308.

Ÿ se. 4

ments montérent peu à peu, sur ses demandes réitérées, de 10 à 25 florins, on y ajouta même la jouissance d’une partie de la « maison de la chantrerie devant St-Pierre et d’une petite cavette sous les degrès du temple. ” Une nouvelle demande d'augmentation n'ayant pas été favorablement accueillie par le Conseil, il déclara (3 août 1545) ne pouvoir vivre à Genève avec 100 florins, et obtint sa démission. Peu après il reçut la place de chantre de la cathédrale de Lausanne, où il mourut en 1570. À en juger, d’après une démarche faite en sa faveur auprès des seigneurs de Berne par Th. de Bèze (1552) qui parle de sa pauvreté, de la maladie de sa femme, de la modicité de sa pension, etc., sa position ne s'était guère améliorée. Ajoutons que cette démarche fut couronnée de succés.

Le psautier qui contient son nom et qui nous a mis sur la trace des autres

a pour titre:

Les Pseaumes mis en rime françoise par Clément Marot et Théodore de Bèze, avec Le chant de l'Église de Lausanne. Pseaume IX Chantez au Seigneur qui habite Sion. - Par Jean Rivery pour Antoine Vincent 1565, avec privilège tant du Roy que des Messieurs de Genève * (Bibl. de Genève). Le verso du feuillet contient la préface: « Guillaume Franc, chantre en l'Église de Lausanne, aux lecteurs, salut,” etc.

Cette préface nous apprend d’abord que l'édition de 1545, que Fétis et d’autres citent sous le nom de G. Franc, ne peut pas être de lui. Il dit: « Afin que « nayez occasion de penser par ceste nouvelle édition des pseaumes avec leur

« propre chant j’aye voulu entreprendre quelque chose par dessus ceux-là qui sur « ce onf travaillé fidèlement, etc. > et nous certifie ensuite, qu’il a « à chacun psaume

« selon son petit pouvoir adapté son chant. » Il entend aux psaumes qui n’en avaient

pas encore. — Ce fait est d’ailleurs de peu de signification; le psautier, tel qu’il est resté, existait déjà, et les chants adaptés par G. Franc ne se retrouvent dans aucune édition.

Pour pouvoir bien établir à quels psaumes G. Franc a adapté des chants, il faudrait connaître ceux en usage à l’Église de Lausanne. Viret dit dans une lettre à Calvin (21 juillet 1542): « Nous avons arrêté de chanter sous peu les psaumes composés par Gindron, beaucoup plus faciles et plus doux que les vôtres, etc. ” Qui était ce Gindron°?

Au sujet de DAVANTES, dit Antesignanus, nous ne pouvons ici que répéter ce que nous avons dit lors de la réimpression (16 pages in-8°) de sa « méthode pour chanter > que nous avons fait faire dans le numéro 11 (1869) des bulletins de la Société d'archéologie musicale, de Berlin. |

Notre Pierre Davantes paraît être le même que celui que Jücher cite dans

! Nous en avons donné une description détaillée dans les Monatshefte für Musikgesdichte, n° 10

1869, Berlin.

2 Je possède de Gindron: Les Proverbes de Salomon, ensemble, l’Ecclésiaste, mis en cantiques et rimes françaiscs par A. D. Du Plessis, mis en musique par F. Gindron, 1556, P ns ©

son lexique sous Petrus Antesignanus. D'après lui, il naquit à Rabastein, dans le

Languedoc, et était un grammairien très-connu. Brunet dit qu'il est mort le 29 septembre 1661.

Davantes est le premier qui ait employéles chiffres pour écrire la musique; il devait être suivi plus tard par Ullao, Souhaity, J.-J. Rousseau, et d’autres. Il faut avouer qu’une fois le chiffre admis comme remplaçant la note, il ne fallait pas de grands efforts pour perfectionner cette idée.

I1 suffit de prendre une tablature de clavecin du dix-septième siècle, et d'y

mettre des chiffres à la place des lettres, pour arriver à l’écriture musicale perfectionnée de Galin-Paris-Chevé. ; |

La méthode de Davantes, dont nous allons donner un court extrait, se trouve dans: « Pseaumes de David mis en rhythme françoise par Clément Marot el Tb. de Bèze. Avec nouvelle et facile méthode pour chanter chacun couplet el pseaumes sans recour au premier selon le chant accoutumé en l’Église exprimé par notes compendieuses exposées en la préface de l'auteur d'’icelles. (Bibl. de Genève et de Morges.)

Ce psautier contient les mêmes psaumes (89) que l’édition de 1559. La préface ou plutôt la méthode occupe 17 pages et porte la suscription: « Préface de Pierre Davantes, dit Antesignanus, au lecteur; en laquelle est démontrée la valeur des notes et musique nouvellement mises aux présents psaumes ». Elle porte la date: Genève 18 septembre 1560.

L'auteur y donne d’abord les raisons qui lui ont fait entreprendre ce travail: Il a l'intention d’obvier aux difficultés que présentent les psautiers où la notation ne se trouve qu'au premier verset.

« D'une même veuë on ne peut regarder et la lettre et la note »; il veut

aussi faciliter l'impression, car « imprimer des pseaumes avec la note sur tous les couplets le volume en deviendra non-seulement plus gros, et par ce plus cher et moins portatif, mais encore la lecture en sera fort facheuse, etc. ”

« Pour cela, dit-il plus loin, je n’ay trouvé moyen plus expédient que de

recourir à l’arithmétique, comme à la source et mère de la musique, de la quelle j'ai emprunté ces caracteres 1, 2, 3, 4, 6, 6, 7, 8, 9 y adioustant deux lettres A. B. pour

perfaire le nombre d’onze notes prenant À pour 10 et B pour 11, afin de n’user de

deux characteres pour une seule note. Par l’aide des quelles onze notes; et deux telz traits ’/ et d’un petit point rond, en peu de temps j’ay apperceu que je pouvoye exhiber plus que je n’eusse osé espérer, etc. ”

Il est tellement satisfait de sa découverte, qu'il continue peu après:

« Car au lieu qu’au paravant on avait coustume de consumer plusieurs mois

« à apprendre la gamme et rudimens de musique pour se savoir servir de notes

« communes, mesme devant que pouvoir venir à la pratique d'’icelles, etc., etc., main-

« tenant sans se charger ou se rompre la teste d’une telle infinité de preceptes par « lesquels ilz estoyent par cy devant espouvantez et bien souvent forclos de l’usage

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