CON
« de la sainte musique plein de toute consolation, ils pourront en moins d’une heure (!) « estre suffisamment instruits pour s'exercer à la pratique des notes, etc. ” * Il explique ensuite ce que c’est que « les mots de mesure, de pause, de soupir
« et de ton et quel est l’usage d’itux dans la musique, etc.
« Par mesure, on entend un certain touchement ou tact qui se fait par un « esgual abbaïissement et eslevation de la main ou du pied, et qu’on remue ainsi es- « gualement et avec proportion en chantant, etc.: > baisser et lever est une mesure entière: la mesure à deux temps. « Le petit trait ” ajouté à un chiffre 5’ donne une mesure entière (une ronde). La plupart des psautiers de cette époque portent d’ailleurs l'indication.
« Le dit trait estant auprès de la note finale de chacun couplet a double
” et double valeur. Les autres notes esquelles il n’y a ne l’un ne l’autre
« longueur « de ces deux traits demonstre la moitié de la mesure (une blanche).
« Par les Pauses et Souspirs on entend la respiration et reprise d’halaine. »
Dans les psaumes, la pause vaut une mesure entière et le soupir une demie.
« Par le mot de Ton ou gradation de voix on entend quand on esleve ou « abaisse la voix d’une syllabe, etc. »
Mais allons au principal: Les neuf chiffres et les deux lettres « représentent « tous les tons et degrés de la voix reiglée de l’homme, lesquelz les musiciens ont « compris en leur eschelle sous le nombre de onze, à savoir sous cinc cordes et sis « espaces. >» C'est-à-dire le chiffre 1 représente la note sous la première portée, le chiffre 2 celle sur la première portée, etc. Ainsi 1 n’est pas toujours ul comme l’indique M. Fr. Forel‘; il aurait fallu pour cela que lous les Psaumes fussent transposés dans le même ton et que les muances n’existassent plus.
Suit l'explication des intervalles, et la manière de les apprendre à chanter, à commencer par l'unisson. « Toutefois, il ne conseilleroye point qu'on s’amusast « trop longtemps à cest exercice, etc.!l” Finalement pour démontrer à discerner « par « quel chant, Zur, mol ou neutre les psaumes se chantent, il ajoute, pour les notes qui « se chantent en b#-mol un petit point devant le chiffre, .1 .2 .3 et pour celles qui se « chantent par 4-quarré un petit point après le chiffre, 1. 2.3. . Par l’absence dudit « point est proposé le chant neutre. »
Comme par exemple:
1 Mi 2 Fa 3 Sol 4 La .2 Ut.3 Re .4 Mi.5 Fa .6 Sol .7 La 6 Ut 7 Re 8 Mi Ou:
.1 Fa .2 Sol .3 La 2 Ut 3 Re 4 Mi 5 Fa 6 Sol 7 La 5 Ut .6 Re .7 Mi.8 Fa .9 Sol
l Histoire du Psautier, par M. F. Bovet, pages 224-227.
4 Les chiffres placés au commencement de chaque psaume indiquent les :
ances qui Hs dans le courant, Re | ee :
septième mineure : Le | ee
1 Ut 2 Re 3 Mi 4 Fa 5 Sol 6 La D ee.
4 Ut.5 Re .6 Mi .7 Fa | Ge is
« Il faut usurper lsomou syllabe de Fa, she la voix d’un seul demy= se « ton plus qu’on ne ferait au Za precedant de nature, lequel demy-ton se fait en = « feignant la voix comme de ceux qui se plaignent doucement et avec harmonie, quand, « par leur complainte 1ilz veulent esmouvoir les assistans à avoir compassion de leur « misère. z: PR Comme L. Bourgeois dans Le Droict chemin, Davantes paraît avoir compris toute l’absurdité de l’usage des muances, mais comme ce premier il ne trouve moyen d'y remédier. Il se propose pourtant de le faire, «Dieu aidant, en une autre impression.” - É En 1570 a paru aussi à Genève: “Briève el facile méthode pour apprendre : « à chanter en musique, par Emery Bernard.” : Sachant par expérience combien le plus petit indice peut faciliter les re- : cherches, nous donnons les noms de quelques hantres, trompettes et fifres, employés par la ville de Genève au seizième siècle et qui, pour une raison ou une autre, ont reçu la bourgeoisie gratis. Me = & 1520. Pierre Chapotton, alias pâtissier, chantre. | 1555, 30 avril, Guillaume Mauffier, trompette. 1562, 19 mars, Jean Favre, de Jussy, fifre. : 1565, 6 décembre, Pierre Dubuisson, chantre. Re 1568, 30 juin, Pierre Dagues, de Montheroux en Quercy, chantre. 1570, Jean Roche, de Draguignan (Provence), trompette. 1579, Laurent Juget, de Faucigny, fifre. ;
Nous ne saurions mieux terminer ce chapitre que par quelques notices. sur
l'a cite comme musicien et compositeur. Nous avons réuni pour la rene D: a courts extraits qui suivent: nr
« De moi auras un double chalumeau
« Fait de la main de Raffy Lyonnais
« Lequel à peine ai eu pour un chevreau
« Du bon pasteur Michaud, que tu cognais
« Jamais encore n’en sonnay qu’une fois
« Et si le garde aussi chers que la vie
| (4° complainte.)
« Après tous ces propos J'apporte une musette, « Que Rafy Lyonnais à Marot avait faite.
| (Baïf, Egloque, du Devis.)
Le
« Tous deux aymons la musique chanter.
(CL. Marot et Marguerite.)
« En m'oyant chanter quelque fois « Tu te plains qu’estre je ne daigne « Musicien; et que ma voix « Mérite bien que l’on m’enseigne « Voire que la peigne Je preigne .. « D’apprendre uf, re, mi, fa, sol, la « Que diable veux-tu que j’appreigne « Je ne bois que trop sans cela.”
(CL Maurot à Maurice Sève.)
Ces paroles ont été mises en musique par Lassus, en 1570.
J.-Th. Freigius donne dans son Paedagogqus (1582), page 182, une compo-
sition de CI. Marot, à côté d'œuvres de G. Forster (3), Utendal(11), G.Othmayer (2),
L. Senfel (3), etc., tous compositeurs de grand mérite, ce qui témoigne de sa valeur. Nous nous abstenons de tous commentaires sur les extraits précédents; ils
nous autorisent, et c’est tout ce que nous désirons, à admettre que CI. Marot était
assez musicien pour pouvoir bien adapter des paroles à un air donné.
CE
L'Eglise réformée ne partage nullement avec l'Eglise luthérienne la gloire d'avoir contribué à répandre le goût de la musique. Peu de musiciens de talent s’y rattachent.
__ Aucommencement dela Réformation, le ant est banni de l'Église, les orgues sont fermées, si elles ne sont pas détruites comme à Zurich (9 déc. 1527) et à Berne. En 1562 on fondit les orgues du temple de Rive à Genève pour en faire des ustensiles à l'usage de l'hôpital. Ce n’est que peu à peu que le chant retrouve sa place dansle culte.
Bâle fut la première ville de la Suisse qui tenta de le rétablir. Deux lettres! d'Œcolampadus à Zwingli nous apprennent que, déjà en 1526, pendant les fêtes de
1 Der Kirhengesang in Basel, von Dr J. Riggenbach, pages 166 à 170.
Pâques, le peuple avait hanté les Psaumes. Mais il ajoute aussi que l'autorité le
défendit.
L'usage n’en fut entièrement introduit dans les églises de cette ville qu’en 1529. À en juger d’après la demande que fit au Conseil le maître d'école Dominique
Zyli, « de la permission d'imprimer et de chanter des psaumes, ainsi que des chants tirés du Nouveau Testament, l'Église réformée de St-Gall ne resta pas longtemps en arrière.
Zyli reçut l'autorisation de mettre en musique dix Psaumes de David et trois chants, dont le contenu fut tiré du Nouveau Testament, à condition de les soumettre à l'examen du Conseil.
M. E. Gützinger (Litteratur-Beiträge von St-Gallen) croit que le petit psautier de 1533, dont un exemplaire se trouve à la bibliothèque de Wolfenbüttel, est, quoiqu'il confienne vingt-sept chants, l'édition de Zyli. Ce serait le plus ancien psautier de l'Église réformée suisse.
Peu de temps après le retour de Calvin à Genève (13 septembre 1541), et à son instigation, le chant des Psaumes fut mis en vigueur. Les deux citations sui- : vantes témoignent de l'importance que ce réformateur y ajoutait. Nous trouvons,
dans la préface du Psautier de 1542, ces paroles:
« Nous congnoissons par expérience que le chant a grand force et vigueur « d'esmouvoir et enflamber le cœur des hommes pour invoquer et louer Dieu d'un « zèle plus vehement et ardent. Il y a tousjours à regarder que le chant ne soit pas « legier et volage: mais ait pois et majesté, comme dit saint Augustin et arriver qu'il « y ais grande différence entre la musique qu’on faict pour resjouyr les hommes à « table et en leur maison, et entre les psalmes qui se chantent en l'Église en la présence « de Dieu et de ses anges. ”
Calvin ajoute, dans la préface de 1545, le désir que les psaumes soient dhantés aussi dans les maisons, aux champs, etc. |
« C’est que même par les maisons et les hamps ce nous soit une invitation,
«et comme une organe à louer Dieu et eslever nos cœurs à lui, pour nous consoler
«en méditant sa vertu, bonté, sagesse et justice, ce qui est plus nécessaire qu’on ne
« saurait dire. Pour le premier ce n’est pas sans cause que le sainct esprit nous exhorte … « si soigneusement par les sainctes écritures de nous resjouir en Dieu, et que toute « nostre joye sois là réduite, comme à sa vraie fin; car il cognoist combien nous sommes
« enclins à nous resjouir en vanité, etc., etc. Or, entre les choses qui sont propres pour « recreer l’homme et lui donner joye au cœur, la musique est la première ou l’une des « principales, et nous faict estimer que c’est un don de Dieu député à cest usage. « Pourquoi, d'autant plus devons-nous regarder de n’en point abuser, de peur de la « souiller et contaminer, la convertissant en nostre condamnation où elle est dediée «à nostre profit et salut, etc.
Et plus loin: « Car à grand’peine y a-t-il en ce monde chose qui puisse plus
« tourner ef flechir çà et là les mœurs des hommes comme Platon l’a prudemment « considéré. Et de fait, nous expérimentons qu’elle a une vertu secrette et quasi in- « croyable à esmouvoir les cœurs en une sorte ou en l’autre, etc. ”
Zurid fut une des dernières villes où on l’autorisa le chant dans les Églises Bien des petites communes du canton l’avaient précédée. Seuzach paraît avoir été la première. Henri Goldsdhmied, pasteur de Seuzach, dit dans l'introduction d’un petit ouvrage sur la musique dédiée au conseil de Winterthour en 1545:
« Je ne me suis pas désisté jusqu’à ce que les enfants aient su chanter avec « moi quelques beaux et saints psaumes, surtout aux trois grandes fêtes.» Ce qui arriva trois ans avant la publication de cet ouvrage.
En 1559, le chant d’ Église fut introduit à Winterthour, où l’on travailla avec beaucoup de zèle à en répandre les notions. C’est ce que nous prouve le programme de l’école (1571), qui ordonne que tous les dimanches et } jours de fête les élèves qui ont l’âge, la raison et l'intelligence, doivent être conduits à l’ Église pour chanter avant le sermon un PEER autre chant religieux.
Ce ne fut qu’en 1598 que Zurich entendit de nouveau chanter dans ses Églises, il fallut même bien du temps avant que l’usage pût s’en consolider.
N'est-il pas étonnant que Zwingli, qui, d’après un contemporain, était un musicien très-instruit non-seulement dans le chant, mais aussi sur tous les instruments, le luth, la harpe, le violon, le fifre, etc., etc., que Zwingli! qui suivant Büllinger, composait des hants à plusieurs parties, n'est-il pasétonnant, disons-nous, que Zwingli ait si peu fait pour le rétablissement de la musique dans les églises ?
Cela paraît même incompréhensible si on pense que son ami et aide Léo Jud était tout aussi versé que lui dans les connaïssances de la musique.
L'introduction de l’usage de l’orgue rencontra encore plus de difficultés. Nous devons encore à Bâle le premier mouvement en sa faveur, car cette ville engagea, en 1561, Grégoire Meyer, l’ancien organiste de Soleure.
« Il y a dans ia Cathédrale de Bâle de très belles orgues qui sont ornées de peintures de la main du fameux Holbein. On s’en sert pour le chant des Pseaumes dans le service divin à la manière des Églises de Hollande et c’est Le seul endroit dans les XIII cantons où cela se pratique. Je remarquerai à cette occasion que les Suisses allemands sont grands amateurs de musique, mais les romans n’y ont pas autant d’inclination: Ils paraissent avoir plus de goût pour la fanfare des trompettes et pour le son des fifres et des tambours. À Zurich, on chante parfaitement bien (quoique sans instruments) et en quatre parties. À Berne, on emploie pour le chant des Pseaumes la musique du hautbois et de deux trompettes ou saquebuses, qui sonnenf en concert, mais non pas dans le pays roman, sinon dans le village de Blonay ». (1714. Délices de la Suisse, t. II, 361-362.)
1 Voir les compositions de Zwingli, vol. II, page 521, etc., dans les écrits allemands de Zwingli par
Scæulthess de Shuler.
À Berne on commença à chanter les Psaumes le 25 avril 1574, en 1588 c y ajouta des trombones et des zinken, qui en 1721 furent remplacés par le grand. et
bel orgue. :
Blonay était le seul endroit dans tout le pays de Vaud où l’on se ue 4e
trompettes dans l Église pour le chant des pseaumes. (1714. Délices de la Suisse IL) + 35 Il suffit d’avoir cité les principaux centres de la Réformation pour que ik on puisse juger du temps qu’il fallut à la musique pour reconquérir sa place dans
l'Église. ns 4 ee