XIV. Les collèges musicaux
A plusieurs reprises nous avons nommé les collèges musicaux, sans avoir fourni jusqu’à présent le moindre détail sur ces intéressantes sociétés. Nous allons essayer de remédier à cet oubli.
Collège musical, Collegium musicum, était le titre d’une Société d'amateurs de musique et non, comme on pourrait le supposer, celui d’une école. — Ces collèges musicaux, créations du dix-septième siècle et précurseurs de nos sociétés philharmoniques et chorales, ont largement contribué à répandre le goût de la musique parmi le peuple suisse. On en trouvait presque dans toutes les villes. Les plus distingués étaient: celui de Winterthour, créé en 1619, et ceux de Zurich, de St-Gall, Schaffhouse, Coire et Bâle. ‘ |
L'histoire de l’un est l’histoire de l’autre; nous parlerons donc de préférence de celui de St-Gall, qui a conservé le plus de documents (voir Gützinger).
En 1620, sept jeunes amateurs de musique de cette ville ont fondé le collège musical, car la musique, ” disaient-ils, « n’est pas seulement utile pendant toute
« sa vie à l’homme, quelle que soit sa condition, elle est aussi nécessaire, et cela « parce qu'elle entre au plus profond du cœur, élève les sentiments, chasse la « tristesse et la mélancolie, repose les membres fatigués, rétablit les esprits épuisés, « en un mot: vivifie l’homme entier, etc. »
Le but de cette Société était l’étude et l'exécution de compositions vocales et instrumentales. Au commencement de sa formation, chaque membre devait savoir jouer un instrument. Pour être admis il suffisait de se faire inscrire et de se soumettre au règlement.
La Sociéte était gérée par un comité de quatre membres.
A l'exception du samedi, les sociétaires se réunissaient tous les jours à 3 h. 12. (Le nombre et l'heure des réunions font supposer que la Société s'était recrutée dans la classe aisée.) Les réunions avaient lieu chez les sociétaires à tour de rôle.
Chacun était à son tour chargé de la direction de la musique. :
Le règlement dit à ce sujet entre autres:
« Celui qui doit battre la mesure et ne sait pas assez garder son sérieux, « doit payer deux deniers. »
Tout donnait sujet à des amendes: « celui qui pendant l’exercice (la répéti- « tion) chante, siffle, rit ou contrarie ses collègues, paie une amende de quatre « deniers. ” |
Les absences devaient être bien justifiées. Un petit carnet des amendes de 1656-1675 : { Pourquoi messieurs les collèques avaient élé empêchés d'assister aux exercices musicaux, » fournit de curieuses preuves. On y trouve: « Ob (à cause) sumplu me- € icinae, ob dolores dentium, vocalus ad moribundum, dû faire un sermon, à cause de « ses femmes, à cause du mauvais temps, etc. etc. »
L'ardeur des premiers temps ne farda pas à se refroidir. En 1636, les sociétés ne se réunissent plus que les mardis et les jeudis; le mardi à 4 heures et le jeudi à midi. — Déjà la musique instrumentale était obligée de céder le pas à la musique vocale, car bien des sociétaires ne connaissaient aucun instrument. Un musicien est chargé de la direction des travaux. Les réunions ont lieu maintenant dans un local fourni par la ville, et ensuite dans le Singerhäuschen am Bobl, la maisonnette des chanteurs au Bohl, achetée par le collége musical pour 1200 fl, et payée par le Conseil de la ville par annuités de 50 f1.
L'inventaire de 1649 de leur bibliothèque contient vingt-trois numéros, parmi lesquels nous remarquons les Psaumes de Claudin Le Jeune, plusieurs œuvres de Hausmann, de Praelorius et de Gumpelzhaimer. — L’'inventaire du 17 juin 1760 renferme une soixantaine de numéros.
Peu à peu le nombre des réunions diminue. Au commencement du siècle passé, elles n’ont plus lieu que deux fois par mois, les instruments sont délaissés à tel point qu’en 1754, on pouvait louer à un amateur la contre-basse, « parce qu’elle restait quand même inactive. » Enfin en 1802, les instruments furent vendus à l'enchère.
Le repas annuel du collège musical a été pendant fort longtemps une grande >
fête. Le conseil y donnait régulièrement quarante-huit pots de vin de la cave de l'hôtel de ville. On ne tarda pas à inviter les dames à cette solennité.
En 1659, c’est-à-dire trente-neuf ans après la fondation du collège musical ci-dessus cité, il s’en était formé à St-Gall un second, par les corporations des métiers. Il eut à peu près le même règlement, et était aussi géré par un comité de quatre membres qui prenaient seulement d’autres titres. Les amendes étaient moins fortes, et il fallait, pour en faire partie, être un bourgeois honnête et d'une bonne renom-
mée. D'après un local, que la ville avait, sur sa demande, mis à la disposition de
cette société, elle portait le nom de Collège musical à St Magni.
Ce collège a suivi presque le même chemin que l’autre: les instruments, qui à l'époque de la fondation étaient de foule nécessité, ont eu le même sort que ceux de l’ancien collège, ils avaient même été vendus avant.
Ces deux collèges ont fusionnés en 1806, après que l’ancien eut vendu sa maison et partagé l’argent entre ses membres. Chacun reçut 70 f1.
Cette nouvelle Société a fêté, en 1870, le 250*° anniversaire de la fondation du collège musical. |
Zurich a eu trois collèges musicaux, tous trois fondés dans le dix-septième siècle. En 1772, deux se sont réunis; le troisième s’est joint à eux en 1802, et ainsi s’est formée la grande Sociélé de musique de Zurich.
L’admission dans les collèges zuricois était plus difficile; il fallait cb un examen: premièrement in Psalmen und leichlen harmoniis concertantibus, dann in échwierigen concertstiücken, c’est-à-dire, il fallait d’abord chanter des psaumes et autres chants faciles, ensuite des morceaux concertants difficiles.
Celui qui réussissait dans les deux, était seul admis comme membre.
Le célèbre Nægeli a encore dû passer par là.
Deux de ces Sociétés, une depuis 1686, l’autre depuis 1713, ont offert à la jeunesse de Zurich une publication annuelle, sous le titre: Neujabrageschenk (Cadeau de nouvel an), que la Société actuelle continue. |
Cette publication contenait dans le temps un morceau de chant, paroles et musique par des auteurs de la localité, ou bien quelques nouvelles; ainsi les années 1778-1783 donnent un morceau bien réussi: Scènes suisses, par Lavater et Egli.
Aujourd'hui on y trouve des biographies de musiciens célèbres et des notices sur la musique à Zurich.
Nous aurons par la suite l’occasion de mentionner plusieurs des directeurs des Sociétés zuricoises.
Avant de clore ce chapitre, encore quelques mots sur les lieux et les jours.
de réunion des principaux collèges. À Schaffhouse, le collège se réunissait dans la petite chapelle Ste-Anne, près. la cathédrale. En 1697 on y fit installer un très-bel orgue.
À Zurich, une salle spéciale avait été bâtie en 1683, où les réunions avaient lieu le mardi. La Société de l’École allemande (der deutschen Schule) tenait ses exercices le samedi et le dimanche.
A Winterthur, le collège avait une salle dans l’hôtel de ville.
À Coire, les amateurs de musique avaient leur séance le jeudi, leur salle était située sur la Place du Couvent.
Lorsque la diète se tenait à Coire, ce qui arrivait tous les trois ans, la société de musique embellissait cette solennité par un concert d'église.
À Berne, on arrangea en 1712 un local pour le collège musical dans les combles du couvent qui touchait l’église St.-Dominique.
Ce collège prétait régulièrement son concours aux distributions des prix du gymnase.)
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