‹ La musique et les musiciensChapitre 225 sur 286 · DE LA REPONSE · texte numérisé non relu

DE LA REPONSE

Nous avons dit plus haut que la réponse est soumise à des règles particulières; cela demande explication.

Il faut d'abord savoir qu'il existe deux espèces principales de fugues : la fugue réelle, qui est de beaucoup la plus ancienne, mais la moins intéressante, et la fugue to^ nale, c'est-à-dire basée sur le principe de la tonalité, qui est la fugue des Bach , des Haendel, des Mendelssohn et des Gherubini*, la vraie grande fugue.

Dans la fugue réelle, dont nous n'aurons plus à parler, la réponse est une simple copie du sujet, transposé à la quinte supérieure (ou quarte inférieure), ce dont résulte une sorte de canon perpétuel plus ou moins rigoureux, plus ou moins libre, souvent intermittent, auquel on a donné premièrement le nom de fugue.

Tout autre est la réponse dans une fugue tonale. Ici, on considère que la gamme est partagée en deux parties inégales dont la dominante forme la jonction :

le principe est de toujours répondre à la tonique par la dominante, et à la dominante par la tonique ; ainsi :

^ Sujet

Réponse Sujet

Rep

onse

L'imitation cesse d'être exacte, puisqu'on répond à une quinte par une quarte, ou inversement, mais ce n'est qu'à

1. Ce qui ne veut pas dire qu'ils n'aient jamais écrit de fug>ues réelles.

cette condition que la réponse est véritablement régulière selon les lois immuables de la fugue tonale.

Voici quelques exemples de débuts de sujets faciles, avec leur réponse correcte.

j)^^^ JjN. JIJfA- J ^Jlp'^

i "^iiliill.l Lljjlji III l|L] IM '

harmonie sous entehdue

Après ce changement imposé, qu'on appelle mutation, la réponse reproduit fidèlement le sujet, dont elle ne diffère conséquemment que par la tête; cela suffit pourtant à les faire distinguer l'un de l'autre, ce qui n'avait pas lieu dans la fugue réelle* De plus, on conçoit que si le sujet a débuté en ut pour se terminer en sol, par exemple, la réponse se trouvera commencer en sol pour revenir en ut,

1. Cette mutation du sujet et de la réponse entraine le plus souvent une mutation du contre-sujet.

Sujet.

GRAMMAIRE DE LA MUSIQUE T

•^ en bol ■ '

Réponse. X^r; J

en Ct

ce dont résulte une sorte de promenade perpétuelle, aller et retour, entre deux tonalités à distance de quinte, caractéristique de la fugue du ton.

Inutile d'ajouter que du sujet dépend la réponse, et qu'un sujet de fugue réelle ne saurait être traité en fugue du ton. Autrement dit, le sujet détermine et impose l'espèce à laquelle appartiendra la fugu^.

Quant au contre-sujet, il importe, en le composant, de le faire aussi différent du sujet que possible, aussi bien par le rythme que par le contour mélodique; tous les épisodes et toutes les combinaisons devant être tirés de ces deux éléments, c'est en les créant différents l'un de l'autre qu'on aura le plus de chances d'obtenir de la variété. L'obligation de l'écrire en contrepoint double, renversable, atteint, quoique différemment, le même but, puisqu'elle permet d'intervertir les parties et de les présenter ainsi sous des aspects toujours nouveaux et variés.

On peut employer deux et même trois contre-sujets, combinés alors avec le sujet en contrepoint triple ou quadruple; dans ce cas, on dit quelquefois : fugue à deux sujets, à trois sujets, etc. Cette dénomination est impropre, une fugue n'ayant jamais qu'un seul motif principal.

En dehors de la fugue réelle et de la fugue du ton, qui sont les deux types purs et classiques du genre, il existe une quantité de formes plus ou moins fantaisistes, celles que la fugue libre, la fugue d'imitation, la fugue irrégU"

Page 1