LES GRECS
sîe, et elle était presque toujours accompagnée de la danse ; à vrai dire, les trois arts réunis n*en faisaient véritablement qu'un seul, d'une grande intensité d'expression. Les mêmes personnages formant le chœur chantaient sur des paroles rythmées et dansaient à la fois. C'est cet ensemble qu'ils nommaient musique, l'Art des Muses.
Il paraît toujours étonnant que des peuples qui possédaient des flûtes doubles, des trompettes doubles, des harpes et des lyres à cordes nombreuses, n'aient jamais songé à faire entendre deux sons à la fois, et qu'ils n'aient pas découvert l'harmonie, ne fût-ce que par hasard, ayant par ailleurs le sens artistique si développé. De nombreuses controverses se sont élevées à ce sujet.
Or, aucun texte ne fait mention de l'emploi par eux de sons simultanés, et, chose plus probante encore, les Orientaux de nos jours, bien que possédant, eux aussi, des instruments capables de produire des accords, bien qu'ayant, par le frottement de la civilisation européenne, l'exemple de notre système, s'en tiennent toujours à la musique simplement mélodique et rythmique. Il faut donc admettre que les Grecs pratiquaient exclusivement l'homophonie, qui suffisait à leurs besoins, en constatant une fois de plus que le vrai n'est pas toujours vraisemblable.
C'est par les écrits de philosophes tels que Pythagore (540 av. J.-C), Platon (430 av. J.-C), Aristote et Aristoxène (iv® siècle), que nous avons une vague notion de ce que pouvait être la musique des Grecs; ce qui est certain, c'est qu'ils connaissaient le demi-ton, le ton, quelques-uns disent le quart de ton, et qu'ils possédaient trois systèmes : diatonique, chromatique et enharmonique. L'étendue de leur échelle générale était d'environ trois octaves, correspondant aux limites de la voix humaine. Ils possédaient de nombreux modes, dont chacun constituait une gamme différente, qu'ils divisaient en deux moitiés nommées tétracordes, et dont la dénomination et
même le nombre varie selon les auteurs; en voici la liste selon Alypius (iv® siècle) :
iHypo-dorien. / Dorien. / Hyper-dorien.
Hypo-ionien. » I Ionien. » i Hyper-ionien.
Hypo-phrygien. ^ J Phrygien. §j / Hyper-phrygien.
Hypo-éolien. ^ i Éolien. "-< J Hyper-éolien. Hypo-lydien. \ Lydien. [ Hyper-lydien.
Nous savons aussi le nom des cordes de la lyre; la série suivante correspond à une gamme descendante •
ML
Nête. ]
Ré.
Do.
P-n.tc. j ,.. ^,,,,,.
Si.
Paramèse. /
La.
Mèse (son central). \
Lichanos. ( ^„ T^tracorde
Sol.
Fa.
Parhypate. i Hypate. /
Mi.
Ré.
Proslambanomène, corde ajoutée.
Pour la solmisation, ils employaient les syllabes té, ta, tê, to, qui s'appliquaient indifféremment à tous les tétracordes.
Enfin, ils possédaient un système très compliqué de notation, formé au moyen des lettres de leur alphabet, modifiées, couchées, renversées, etc., et qui variait selon qu'il s'agissait de voix ou d'instruments. C'est ainsi que nous sont parvenus quelques rares hymnes ou fragments, dont la traduction, dans l'état actuel de nos connaissances, est malheureusement des plus incertaines.
Toutefois ce n'est pas chez eux, c'est dans l'Inde que paraît avoir pris naissance l'idée de fixer les sons par l'écriture. Les Hindous désignaient les notes de la gamme par des caractères sanscrits, et paraissent avoir connu aussi des signes de durée; mais l'interprétation de ces signes est tellement vague qu'il faut se borner à constater qu'il a existé un système, dont les habitants actuels de l'Inde n'ont rien conservé, même le souvenir