LES ROMAINS
Les Persans, qui appelaient la musique la science des cercles, avaient imaginé une sorte de portée de neuf lignes, chacune de couleur différente, dans laquelle on ne peut méconnaître une certaine analogie avec notre portée moderne, qui pourtant n'en dérive pas.
Déjà 2700 ans avant J.-C, les Chinois représentaient les sons de leur gamme, qui paraît infiniment plus compliquée qu'elle ne l'est réellement, par des signes idéographiques du même aspect que ceux de leur écriture, et dont ils se sei'vent encore aujourd'hui.
Les Japonais, les Tonkinois et les Annamites ont eu des systèmes du même genre, qu'ils abandonnent progressivement sous l'influence de la civilisation européenne
Pour en revenir aux Grecs, il est absolument certain qu'à une époque antérieure à Pythagore, ils employaient déjà, pour désigner les sons musicaux, les lettres de l'alphabet, et on connaît à peu près les signes par lesquels ils représentaient, avec une précison relative, les valeurs et les silences, qui étaient, comme chez nous, binaires ou ternaires, tandis que la Chine et le Japon n'ont jamais connu que la division binaire.
Imitant les Grecs, les Romains adoptèrent d'abord, pour écrire la musique, les quinze premières lettres de leur alphabet. A son origine, la musique latine ne pouvait d'ailleurs différer sensiblement de celle des Grecs, dont elle dérivait directement; mêmes gammes, même emploi de la lyre, de la cithare, des instruments à percussion, surtout après la conquête de la Grèce. La flûte et la trompette étaient surtout en honneur, ce qui n'empêchait pas Néron, et avant lui d'autres empereurs, de chanter en s'accompagnant sur la lyre étrusque.
Deux instruments nouveaux, bien différents dans leurs destinées comme par leur caractère, mais procédant du même principe, le réservoir d'air, datent de cette époque : la cornemuse et l'orgue. Le premier est resté l'instrument
populaire de l'Ecosse, de la Bretagne, de Tltalie, sous des noms différents; quant à l'orgue, d'après les médail" Ions contorniates^ conservés à la Bibliothèque nationale et dans divers autres musées, il possédait déjà une dizaine de tuyaux. Il a singulièrement grandi depuis; mais l'embryon est là. Ctésibius (145 av. J.-G.) paraît en avoir été l'inventeur; toutefois l'idée première peut être grecque.
Mais un événement considérable se préparait, qui allait renverser de fond en comble les anciens systèmes et ouvrir à l'art la voie nouvelle dans laquelle il devait s'engager d'une façon jusqu'à nos jours définitive; c'est l'avènement du christianisme.
Au paganisme mourant avaient suffi les arts plastiques, avec la poésie qui assimilait ses dieux à des hommes. Au christianisme naissant, qui, en élevant l'esprit, le dégage de sa gangue matérielle, qui lui ouvre les horizons de l'infini, il fallait un art nouveau, plus puissant, plus indépendant et surtout plus pénétrant; un art qui, dédaignant de dépeindre ou représenter des objets ou des actes, fût capable d'agir directement sur l'âme, de l'isoler et la capter, d'y produire à lui tout seul l'émotion; un art qui ne fût plus l'esclave de la poésie, mais qui la continuât et la dominât, en s'élevant à des hauteurs qui lui sont inconnues et inaccessibles, dans le domaine du pur idéal, là où les mots n'ont plus accès et deviennent insuffisants.
C'est sous l'influence de ce puissant souffle que, des informes tentatives antérieures, est sorti péniblement, lentement, l'art encore primitif et incertain du Moyen-âge, qui devait subir de nombreuses vicissitudes avant de donner lui-même naissance à l'art moderne.
1. Ce sont des médailles de bronze ayant cela de particulier qu'elles sont comme cerclées (contournées) par une rainure assez profonde, ce qui leur donne un aspect caractéristique. Elles ne seryaientpas de monnaie, et paraissent avoir eu pour but la consécration ou la commémoration de certains faits historiques.