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LE CONTREPOINT

reçu cet accompagnement qu'après coup, peut s*en passer, et y gagne parfois en majesté. Ce sont donc deux manifestations d'art qu'il importe de ne pas confondre. A cette époque, le chant religieux, subissant à son tour rinfluence de la musique mondaine, s'était de nouveau surchargé de fioritures de mauvais goût et d'ornements intempestifs. La musique était devenue un art spéculatif; les combinaisons de consonances et de dissonances absorbaient seules l'attention; c'était même moins un art qu'une science, fort intéressante pour l'esprit, mais laissant le cœur froid. Les contrepointistes d'alors n'avaient pas renoncé au système de leurs aïeux, et aimaient toujours à accoupler aux airs des cantiques les chansonnettes du goût le plus léger, parfois obscène ; on croirait à peine à présent que des messes entières furent bâties sur ce principe, telles la messe de l'homme armé, la messe à deux visages et plus, la messe de l'ami Baudichon, qui tirent leur nom même de chansons populaires. Cet état de choses parut inconvenant à juste raison, et fut interdit par le concile de Trente. Alors advint la grande réforme de Palestrina.

Palestrina (Pierluigi) (1524 -j-1594), né à Palestrina, près Rome,

d'où son nom.

Le plus grand génie musical de son temps, doit être considéré comme le créateur du Téritable style religieux, qu'il porta à son extrême perfection, et qui est resté le modèle de tous les grands compositeurs de musique sacrée.

Le catalogue de ses œuvres exigerait plusieurs pages : il consiste en Messes, dont la plus célèbre est dédiée au pape Marcel, en Motets, en Hymnes, Psaumes, Litanies.,, les Lamentations de Jérémie, les Improperii... et aussi des Madrigaux à quatre et cinq Yoix dans le style profane du temps.

Laissant de côté les combinaisons savantes et puériles à la fois, il en revint à l'harmonie consonante, et, ne recherchant que la satisfaction de l'oreille et la belle conduite des parties vocales, il atteignit ainsi à une plé-

nitude et à une suavité sans pareilles jusqu'alors, qui n'a même pas été dépassée dans Tart d'écrire pour les voix seules. Exempt de toute passion mondaine, le style palestrinien restera toujours comme le type le plus pur de la polyphonie liturgique.

Citons encore, parmi les musiciens célèbres de cette période, Clemens non papa (1480 -|* 1557) , ainsi nommé pour le distinguer du pape Clément VII, auteur de messes et de chansons; Claude Merulo (1533 f 1604) organiste à Venise et à Parme; Hans Sachs, cordonnier, poète et musicien à Nuremberg, un des héros des Maîtres Chanteurs de Wagner (notons en passant que Tannhauser. Wolfram d'Ëschenbach et Klingsor étaient aussi des meistersaengers , mais vivant au xiii* siècle); puis quelques-uns qui ont laissé de grands souvenirs :

Cavalière (Émilio del) (1550 f 1600), né en Italie.

Un des grands contrepointistes de l'Italie; n'est plus guère connu que par les érudits ; son plus célèbre ouvrage est aussi son dernier : la Rappreaentazione di anima e di corpo, qui est très en avance sur les œuvres des autres compositeurs du même temps. Il fut des premiers à employer la basse continue avec chiffres, et annonça, s'il ne l'inventa pas, le récitatif mesuré.

Allegrî (1560? f 1652), né à Rome.

A écrit un grand nombre d'œuvres d'église, dont la plus célèbre est le fameux Miserere , encore au répertoire de la chapelle Sîxtîne.

Frescobaldi (xvii* siècle), né à Ferrare.

Le plus savant organiste de son époque. Fut organiste de Saint-Pierre de Rome, et passe pour avoir été le premier, au moins en Italie, à jouer sur l'orgue des fugues tonales. Ses œuvres sont assez peu connues et d'une lecture difficile, étant écrites sur une double portée de quatorze lignes ; on en a pourtant traduit un certain nombre, notamment des pièces pour clavecin.

Constatons aussi les progrès de la lutherie et de la facture instrumentale :

Amati (Nicolas) (1596 f 1684), né à Crémone.

Le plus célèbre des luthiers de ce nom; il y a aussi : André, Ni-

LE STYLE POLYPHONIQUE

colas, Antoine, Jérôme et Joseph Amati, tous de la même famille et à peu près de la même époque.

Magini» famille de luthiers du xvi* siècle. (Voira l'article Violon, p. 157.)

Ruckers (Hans) (15.. -1-1640), né à Anvers.

Fut le plus célèbre des fabricants d'épinettes et de clavecins de cette époque.

Son fils et son petit-fils, tous deux ayant le prénom d'André) continuèrent et perfectionnèrent encore cette fabrication.

Ses instruments sont très recherchés des collectionneurs.

II est intéressant de constater ici les améliorations introduites dans la notation :

Au xv^ siècle, le système s'était enrichi, et les notes blanches avaient remplacé les notes noires; chaque valeur avait dès lors un silence correspondant :

Maxime

Longue

Brève

Semi-brève

Minime

Demi-minime :

Fusa :

Dans ces dernières figures, on voit déjà se dessiner

nos croches et doubles croches, le soupir et le demisoupir.

La portée a infiniment varié; dans le remarquable ouvrage d'Ernest David et Mathis Lussy^, où j'ai puisé bon nombre de ren seignements, on trouve la reproduction d'une pièce d*orgue de Frescobaldi, datée de 1637, écrite sur une double portée de quatorze lignes, dont six pour la main droite et huit pour la main gauche, et plusieurs exemples du même genre et de la même époque. Il est également très curieux de voir, dans ce même ouvrage, la série des déformations successives par lesquelles ont dû passer, sous la main de copistes maladroits ou fantaisistes, les trois lettres F, C, G, avant de devenir les clefs que nous connaissons.

Quant à nos signes d'altération, que tout esprit non prévenu serait porté à croire inventés tous les trois le même jour et par le même individu, ils sont bien loin d'avoir le même âge.

Le [> seul a figuré dans les livres de plain-chant. On l'y trouve dès l'année 927.

Dans quelques pièces du xiv^ siècle ou de la fin du ^m* apparaît le JJ, dans une forme légèrement différente.

Le ^ ne date guère que de 1650 comme signe de suppression du bémol, et du xviii* siècle dans sa signification actuelle, annulant également le dièse.

Le [>[> et le x sont de création toute récente.

Dès le xvi^ siècle, le système de notation ayant acquis un par un, comme on Ta vu, tous les organes qui devaient le conduire à la perfection, il n'y fut plus tenté de modifications sérieuses que dans le sens de la simplification, et c'est encore ainsi que de nos jours il demeure quelque peu perfectible.

1. Histoire de la notation musicale (Imprimerie nationale, 1882).

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