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Au 5* acte, page 270 de la partition piano et chant

sur le tout, masquant les incorrections et les défectuosités sans nombre que révèle l'analyse même la plus superficielle.

Les études de Berlioz furent lentes, pénibles, décousues et mal conduites, il suffirait de lire ses Mémoires pour s'en couvaincre, si ce n'était écrit à chaque page de ses œuvres, dans lesquelles on ne peut trouver trace de science vraie ni d'habileté acquise, sauf pour l'orchestration. On peut le constater et le dire sans irrévérence, car cela conduit simplement à voir en Berlioz le triomphe de l'inspiration et de la volonté, à admirer en lui ce qu'il y a de réellement admirable.

C'est loin de l'amoindrir, en tant que penseur et homme de génie; cela le hausse au contraire sur un piédestal spécial.

On lui doit un remarquable Traité d*orchestration^ suivi de Y Art du chef d'orchestre.

Bien que méconnu de ses contemporains, Berlioz est mort officier de la Légion d'honneur, membre de l'Institut, et criblé de décorations étrangères ; il fut aussi bibliothécaire ^ du Conservatoire et membre des jurys musicaux aux Expositions de Paris et Londres.

Après cette série de noms illustres, nous en devons citer quelques-uns qui laisseront dans l'histoire une traînée moins lumineuse, sans mériter l'oubli complet.

Monpou (1804 f 1841), né à Paris.

A donné à l'Opéra-Comique les Deux Reines^ le Planteur et Ptçuillo' il a eu longtemps du succès comme compositeur de romances : Gastibelza ; etc.

Reber(N.-H.) (1807 f 1880), né à Mulhouse.

Musicien fin et distingué, très érudit, et auteur d'un remarquable Traité d'Harmonie ; il enseigna cette science au Conservatoire de 1851 à 1862, où il fut chargé d'un des cours de composition et fugue.

Il a écrit plusieurs opéras-comiques bien reçus du public: la Nuit de Noël, le Père Gaillard^ les Dames Capitaines, les Papillotes de Monsieur Benoist, et de la musique d'ensemble, TrioSy Quatuors, fort appréciée des gourmets et des raffinés, mais trop délicate pour les succès populaires.

Membre de l'Institut en 1853.

1. Il ne s'occupait nullement de la bibliothèque, et laissait toute la besogne à Bottée de Toulmon, son aide bénévole, qui par le fait était le véritable conservateur, à titre gratuit (1831 à 1850).

Grisar (Albert) (1808 f 1869), né à Anvers.

Plusieurs opéras-comiques d'un style facile et élégant: Gilles ravisseur j les Porcherons; Bonsoir , Monsieur Pantalon ; le Chien du jardinier f et autres.

Clapisson (1808 -|- 1866), né à Naples de parents français.

Elève de Habeneck et de Reicba.

A produit notamment : Gibby ta Cornemuse (opéra-comique) ; Jeanne la Folle (grand opéra), la FancAonn^^^f (opéra>comique), son plus grand succès.

Membre de l'Institut en 1845, il est le créateur du musée instrumental du Conservatoire de Paris, qui fut d'abord sa collection particulière, et prit par la suite une extension considérable

Notons en passant :

Mermet (Auguste) (1815 f 1889), né à Paris.

On en a connu trois opéras : le Roi David (1845), Roland à Roncevaux (1864), Jeanne Darc (1875), conçus dans un style franc et simple, mais sans élévation. On n'y peut méconnaître un certain élan patriotique, qui eût été mieux à sa place dans des chœurs d'orphéons ou des œuvres de musique militaire.

Ici se place un type spécial, isolé dans notre histoire :

David (Félicien) (1810 f 1876), compositeur, né à Cadenet

(Vaucluse).

Apprit la musique élémentaire dans une maîtrise d'Aix, où il fut ensuite maître de chapelle ; puis il vint à Paris, où il reçut des leçons de Reber pour l'harmonie, de Benoist pour l'orgue, «t de Fétis pour la composition.

Ensuite, s'étant enrôlé dans les Saint-Simoniens, il suivit, lors de leur dispersion (1833), le groupe qui allait prêcher la nouvelle doctrine en Orient.

Cette circonstance décida de sa carrière. Il fut un musicien orientaliste; non parce qu'il introduisit dans quelques-uns de ses ouvrages des motifs réellement orientaux, ce que tous peuvent faire, mais bien plutôt par la couleur spéciale ou la tournure d'esprit qui résulta d'une habitation de près de trois ans en Egypte, dont il rapporta un style oriental de convention^ mais produisant à merveille l'impression exotique cherchée pour des oreilles d'Européens, leur donnant l'illusion de l'Orient.

C'est alors qu'il produisit : le Désert, Christophe Colomb, odessymphonies ; la Perle du Brésil, Lalla-Roukh, opéras-comiques ; Ilerculanum, grand opéra ; et beaucoup de mélodies publiées en recueil ou isolément. Son style est d'une rare poésie.

II fut élu membre de l'Institut en 1869, et titulaire des fonctions de bibliothécaire du ConserTatoire depuis la même époque jusqu'à sa mort, pendant six ans^.

C'était avant tout un rêveur, un poète et un modeste

A la même époque eurent lieu les premiers succès à'Ambrolse Thomas, que nous retrouverons plus loin, selon Tordre méthodique adopté, en compagnie de ses collègues actuels de l'Institut; nous devons citer d'abord :

Bazin (François) (1816 f 1878), né à Marseille.

Premier grand prix de Rome en 1840, élèye de Dourlen, Berton et Halévy.

Auteur de plusieurs opéras-comiques, Madelon, Maître Pâteliiiy le Voyage en Chine,... qui ont eu du succès, et surtout de deux importants Traités d'Harmonie et de Contrepoint.

Professeur de solfège au Conservatoire en 18^4, d'harmonie en 1849, de fugue et composition en 1871, jusqu'à son décès, il avait plus de valeur comme professeur que comme compositeui.

Maillart (Aimé) (1817 f 1871), né à Montpellier.

Élève de Guérin pour le violon, d'Elwart pour J'harmonie, puitî de Leborne pour la fugue et la composition, il obtint en 1841 le premier prix de Rome.

Ses œuvres dramatiques sont : Gastibelza, le Moulin des TUleutSf la Croix de Marie, les Dragons de Villars, les Pécheurs de Catane, Lara; je ne crois pas qu'il se soit essayé dans d'autres genres que l'opéra-comique.

Litolff (Henri) (1818 f 1891), né à Londres.

Son père était Français, sa mère Anglaise.

Comme tempérament artistique, il n'est pas sans quelque analogie avec Liszt. Grand virtuose pianiste, fougueux, passionné, compositeur appartenant comme lui à l'école romantique, il en diffère, malheureusement, par le succès, qui lui a presque toujours fait défaut; par l'élévation aussi peut-être.

Il a écrit pour le tbédtre, pour l'orchestre et pour le piano; on peut citer de lui : des Concertos, des Symphonies ; l'ouverture

1. Tout comme son prédécesseur Berlioz, il envisageait cette fonction comme purement honorifique; un témoin autorisé (Weckerlin) m'affirme pourtant qu'il est venu une fois à la bibliothèque, sur sa demande.

63i LES GRANDES ÉTAPES DE L'ART MUSICAL

des Girondins, Héloïse et Abailardy opérette; la Belle au Bois dormant j féerie ; l'Escadron volant de la reine, opéra-comique.

Quelques-uns pourront penser que par l'ouverture des Giron^ dins (où il a pourtant introduit la Marseillaise) et par ses Symphonies, il se rattache a l'école allemande (?).

Lacombe (Louis) (1818 f 1884], né à Bourges.

De son yrai nom Louis Brouillon, fut élève de Zim.mermann, de Gzerny et de Barbereau. C'est plus qu'un incompris, c'est un inconnu, en dépit de la valeur incontestable de ses œuvres, parmi lesquelles on devrait au moins connaître : les Harmonies de la nature, l'Ondine et le Pêcheur; deux symphonies dramatiques, Manfred et Arva; un opéra-comique, la Madone, et Winkelried, œuvre posthume. Seules, quelques pièces de piano ont eu un succès, hélas! éphémère.

Offenbach (Jacques) (1819 f 1880), né à Cologne.

Créateur du genre opérette, qui participe de l'opéra-comique et de l'opéra-boufife italien, il a écrit des partitions pleines d'esprit et de bonne humeur, mais parfois manquant de distinction : Orphée aux Enfers, la Belle Hélène, les Deux Aveugles, la Chanson de Fortunioj etc. Musicien instinctif et sans instruction musicale, il ne réussit jamais, malgré quelques tentatives, comme les Contes d'Hoffmann, dans un genre plus élevé.

C'est pourtant un des artistes les plus amusants et spirituels qui aient jamais existé. Mais voici venir une des plus hautes personnalités de l'école française, un maître que chacun doit saluer le front découvert; j'ai nommé :

Gounod (Charles) (1818 f 1893), né à Paris.

Élève d'Halévy, de Lesueur et de Paër, obtint le premier prix de Rome en 1839.

Sa carrière est trop dans la mémoire de tous pour qu'il soit opportun de l'esquisser ici. Je donnerai seulement la liste, ù peu près chronologique, de, ses principaux ouvrages : Sapho, grand opéra (1851); la Nonne sanglante ; le Médecin malgré lui, opéra-comique; Faust; la Colombe; Philémon et Baucis; la Reine dt Saha; Mireille; Roméo et Juliette; Polyeucte ; Cinq- Mars, etc. ; la musique de scène de deux drames : les Deux Reine» de Legouvé, et Jeanne d'Arc de Barbier ; puis, en dehors du théâtre, plusieurs Messes, les unes pour grand orchestre, les autres ayant caractère orphéonique, beaucoup de musique d'église, deux Symphonies, quatre recueils de vingt mélodies chacun, devenus presque populaires, un charmant petit poème intitulé Biondina,

l'oratorio de Tobicy la belle lamentation Gallia^ Rédempiioriy Mors et Vita; une quantité de mélodies sur paroles anglaises ou italiennes, et jusqu'à de la musique de piano et... une Méthode de cor à pistons. Gomme Mozart, son idole, sa dernière œuvre est un Requiem; il est mort subitement en le faisant entendre à sa famille et à quelques intimes.

Ce grand génie, doublé d'un philosophe et d'un érudit, conservera la place qu'il a vaillamment conquise dans l'histoire de la musique française, à laquelle il a fait franchir un grand pas, et dont il restera une des gloires impérissables. Sa nature à la fois mystique et passionnée a ouvert à l'art des voies nouvelles, inexplorées et fécondes, largement exploitées de nos jours, et dont se ressentira longtemps encore toute l'école française.

Les funérailles de Gounod, membre de l'Institut, grand officier de la Légion d'honneur, ont eu lieu aux frais de l'Etat avec une pompe officielle extraordinaire. C'était un juste tribut à sa valeur.

Membrée (Edmond) (1820 f 1882), né à Yalenciennes.

Elève de Carafa. Nombreuses romances : Page, Écuyer, Capitaine; la Colombe blanche,..

A l'Opéra, en 1857, François Villon, un acte ; en 1874, l'Esclave, quatre actes ; au Théâtre- Lyrique, en 1874, les Parias, trois actes ; les chœurs, d'un beau sentiment, pour VŒdipe roi, tragédie de G. Lacroix.

Musicien très estimé à juste titre, il n'a jamais pourtant obtenu aucun grand succès durable.

Franck (César) (1822 f 1890), né à Liège.

Elève de Zimmermann pour le piano, de Leborne pour le contrepoint, au Conservatoire de Paris, où il fut plus tard, de 1872 à 1891, professeur de la classe d'orgue.

Voici la liste des principales œuvres de ce grand musicien, qui a formé de nombreux et fervents disciples, et doit être considéré comme un véritable chef d'école.

Ruth, églogue biblique ; Rédemption, poème symphonîque ; Rebecca ; les Béatitudes, oratorio ; les Eolides; des Messes, des Offertoires, des Pièces d*orgue, etc.

La Belgique peut revendiquer l'honneur de lui avoir donné le jour. Il procède de Bach par sa haute science, de Gluck par l'élévation expressive, et des romantiques allemands par les procédés harmoniques; ce qui est français chez lui, c'est la clarté, la pureté et la simplicité des moyens. De plus, il a comme caractéristique particulière une noblesse, une élégance de formes et une suavité incomparables, qui font impérissable l'œuvre de ce grand maître.

Il fut aussi un improvisateur merveilleux.

Massé (Victor) (1822 f 1884), né à Lorient.

Elève de Zimmermann et d'Halévy, premier prix de Rome en 1844, ses principaux ouvrages furent : la Chanteuse voilée, les Noces de Jeannette, Galathée, la Fiancée du Diable, Miss Fauvette, les Saisons, la Reine Topaze, la Fée Carabosse, la Mule de Pedro, Fior d'Aliza, Paul et Virginie.

Il enseigna la composition au Conservatoire depuis 1866 jusqu'à sa mort; depuis 1866 également, il était membre de l'Institut.

Semet (Théodore) (1824 f 1888), né à Paris.

Élève d'Halévy, n'est guère connu que par la Petite Fadette, opéra-comique représenté en 1869, qui avait été précédé de l'O/idine, Gil Blas, la Demoiselle d'honneur, et les Nuits d'Espagne.

DupratO (1827 f 1892), né à Nîmes.

Premier prix de Rome en 1848, il a donné à l'Opéra-Gomique : les Trovatelles, la Déesse et le Berger, la Fiancée de Corinthe, etc. , et publié quelques mélodies pleines de charme et de poésie.

11 fut professeur au Conservatoire de 1871 à sa mort.

Gevaert (François-Auguste) (1828), né à Huysse (Flandre).

Musicien d'une profonde érudition, auteur de nombreux et remarquables ouvrages didactiques, Traités d'instrumentation, Cours méthodique d'orchestration. Histoire et Théorie de la musique de l'antiquité.

Il est depuis 1872 directeur du Conservatoire de Bruxelles.

Œuvres principales : le Billet de Marguerite, les Lavandières deSantarem, opéras-coniiques ; Quentin Durward, drame lyrique ; le Diable au moulin, le Château-Trompette, le Capitaine Henriot (1864); les Deux Amours ; àd^ chœurs pour orphéons, de la musique religieuse; une cantate sur texte flamand, Jacques Arteveld, etc.

Poise (Ferdinand) (1823 f 1892), né à Nîmes.

Elève d'Adolphe Adam et de Zimmermann, est l'auteur de plusieurs opéras-comiques : Bonsoir, voisin, les Charmeurs, le Jardinier galant, le Corricolo, les Deux Billets, la Surprise de l'Amour, les Absents, l'Amour médecin, Joli Gilles, plus une œuvre inédite, Carmosine, reçue depuis bien des années à l'Opéra-Comique.

Lalo (Edouard) (1830 f 1892), né ù Lille.

A commencé par écrire de la musique de chambre et deux Symphonies, qui attirèrent peu rattenlion du public, puis un opéra en trois actes, Fiesque, dont on a beaucoup parlé, mais qui n'a

jamais été représenté; ensuite une Symphonie espagnole pour ▼iolon et orchestre, qui, exécutée par Sarasate, obtint le plus grand succès; puis une Rapsodie norwégiennCf un Concerto pour pianOy Namouna, haUei; des Mélodies appréciées, un remarquable Divertissement pour orchestre, etc. ; mais ce n'est que dans su vieillesse, ou à peu près, qu'il eut enfin la satisfaction de voir son Roid'Vs, écrit depuis bien longtemps, sur la scène de l'Opéra- Gomique. Si sa notoriété fut tardive, il a eu pourtant cette joie, dans les dernières années de sa vie, de voir ses efforts appréciés et applaudis de ses contemporains.

Delibes (Léo) (1836f 1891), né à Saint-6ermain-du-Yal (Sarthe).

Musicien élégant par essence, auteur de ravissants ballets, fut tout d'abord simple enfant de chœur à la Madeleine, en 1848, puis élève de LeCouppey, de Bazin et d'Adam au Conservatoire.

Doué d'une grande facilité d'écriture, il produisit rapidement de petits ouvrages, inutiles à mentionner ici, mais se manifesta brillamment par le ballet de la Source (1866), écrit en collaboration avec un jeune musicien russe, M. Minkous. Dès lors, son essor était pris ; il produisit successivement : l'Ecossais de Ckaiou, la Cour du roi Pétaud, le ballet de Coppelia (un bijou d'orchestration), le Roi l'a dit, opéra-comique ; Sylvia, ballet, puis Jean de Nivelle, Lakmé et enfin Kassya, dont il ne vit pas la première représentation. On a aussi de lui un recueil de charmantes mélodies, des chœurs, la Mort d'Orphée^ scène lyrique, etc.

Le style de Delibes est toujours élégant, distingué, charmeur. C'est le successeur direct d'Hérold et d'Adolphe Adam, mais avec plus de verve et de savoir orchestral, et une prodigieuse facilité d'invention mélodique.

En 1881, il avait été nommé professeur de composition au Conservatoire, et il a exercé cette fonction jusqu'à sa mort.

Membre de l'Institut en 1885.

Guiraud (Ernest) (1837 f 1892), né à la Nouvelle- Orléans

(Louisiane).

Est mort au champ d'honneur, au Conservatoire, dans le cabinet même du chef du Secrétariat, en plein exercice de ses fonctions tant de professeur de composition (auxquelles il avait été appelé en 1881, après y avoir enseigné l'harmonie de 1877 à 1880), que de membre de l'Institut, où il avait été élu peu de mois avant sa mort, en 1891.

Élève de Marmontel, de Barbereau et d'Halévy, il obtint, en 1859, à l'unanimité et dès son premier concours, le grand prix de Rome, que, par un fait unique dans l'histoire des prix de Rome, son père avait aussi obtenu, trente-deux ans auparavant» en 1827.

Ce musicien distingué, dont la manière résumait si bien les qualités de l'école française, verye, fougue, élégance et clarté, mais dont la carrière fut trop tôt brisée, n'a pu laisser qu'un nombre restreint d'ouyrages, tous bien personnels et caractéristiques : Sylvie (1864), En Prison, le Kobold^ Gretna-Green (ballet), Madame TurlupiUf Piccolino.

En dehors du théâtre, des Suites d'orchestre, dont l'une a pour finale le fameux Carnaval, que l'auteur a replacé dans Piccolino; et un intéressant petit Traité d'orchestration, qui est une des dernières choses auxquelles il ait travaillé.

L'école romantique française atteint enfin Tun de ses plus hauts sommets dans la personnalité du célèbre et si vivement regretté :

Bizet (Georges) (1838 f 1875), né à Paris.

Elève deZimmermann pour l'harmonie, de Marmontel pour le piano, d'Halévy pour la fugue et la composition. Grand prix de Rome en 1837.

Ce remarquable musicien, qui est certainement aujourd'hui l'une des plus grandes gloires de l'école française, bien qu'il soit mort à trente-sept ans, fut des premiers en France à comprendre le génie de Wagner et à tenter de s'assimiler ses procédés, qu'on reconnaît dans la plupart de ses ouvrages, dont voici la liste à peu près complète : les Pécheurs de perles (1867), la Jolie Fille de Perth, Djamileh, l' Artésienne et Carmen (1875), ces deux derniers des chefs-d'œuvre absolus.

En dehors du théâtre, on peut citer la belle ouverture de Patrie, un charmant recueil de vingt Mélodies, et quelques morceaux de piano.

Son style, clair et mélodique, est toujours bien français par l'élégance et la pureté des lignes ; c'est seulement dans le plan d'ensemble et l'emploi des leit-motifs que se manifestent les tendances wagnériennes, qu'il professait hautement, ce qui demandait alors un certain courage.

Sous le titre de Jeux d'enfants, il a donné des petites pièces charmantes par leur simplicité et leur grâce naïve.

Chabrier (Emmanuel) (1841 f 1894), né à Ambert.

Après avoir, selon la volonté de son père, fait ses études de droit à Paris, où il fut reçu docteur à vingt ans, il fut pendant quelques années attaché au ministère de l'intérieur. C'est dire que ses études musicales furent celles d'un amateur. On ne lui connaît qu'un professeur, Aristide Hignard, qui lui-même avait

obtenu en 1850 un deuxième second prix de Rome, musicien modeste et fort distingué.

Son premier ouvrag:e fut un opéra-bouffe en 3 actes, V Étoile (1877); vint ensuite l Éducation manquée, 1 acte (non orchestré); puis 10 pièces pittoresques pour piano (1881) et 5 Valses romantiques pour deux pianos (1883) ; de la même année, le Credo d' Amour ^ pour chant, et la fameuse rapsodie Espafia, pour grand orchestre, qui appela sur lui l'attention. Ensuite parurent successivement: la Sulamite (1885), Habanera pour piano (1885), Gwendolinej grand opéra, 2 actes (1886), Chanson pour Jeanne^ mélodie (1886), te Roi malgré lui, opéra-comique, 3 actes (1887), Joyeuse Marche pour orchestre (1890); Vile heureuse, Toutes les fleurs j les CigaleSy la Villanelle des petits canards, la Ballade des gros dindons, la Pastorale des cochons roses ^ piano et chant (1890), la Bourrée fantasque pour piano, et enfin : A la musique^ chœur pour voix de femmes (1891). Je crois cette liste complète.

Godard (Benjamin) (1849 f 1895), né à Paris.

Élève de Hammer pour le violon et de Reber pour l'harmonie.

Musicien d'une rare valeur, ayant maintes fois donné des preuves d'un génie véritable, sans toutefois parvenir jamais à produire un chef-d'œuvre complet, peut-être à cause de la hâtivité de sa conception et de l'encombrement d'idées qui se pressaient dans son cerveau. Il ne mûrissait pas ses œuvres; il les livrait au public telles qu'elles s'étaientprésentées sous sa plume ; grandes ou petites, elles ne subissaient aucune retouche, aucune modification. Delà l'inégalité de sa production, subordonnée, à l'inspiration du moment, tout étant du premier jet.

Son œuvre maîtresse est le Tasse, par lequel il s'est révélé en obtenant, en 1878, à l'âge de vingt-huit ans, le prix de la ville de Paris ; ensuite vinrent Jocelyn, le Dante, Pedro de Zalamea, les GuelfeSy sur lesquels le dernier mot n'a pas été dit. Avant de mourir, il a achevé, mais non entièrement orchestré, la partition de la Vivandière, destinée à l'Opéra-Gomique, et dont la première représentation a eu lieu en 1895, peu après sa mort; l'orchestration a été terminée par Vidal.

Il a aussi écrit de remarquables œuvres orchestrales : la Symphonie gothique, la Symphonie orientale , la Symphonie légendaire, la Symphonie-ballet, les Scènes poétiques, deux Concertos, l'un pour violon, l'autre pour piano ; beaucoup de musique de chambre d'un haut intérêt, et des Mélodies vocales, une quantité étonnante de morceaux de piano, de valeur inégale, mais parmi lesquelles on doit citer tout au moins : le Duo symphonique pour deux pianos, la Sonate fantastique, 24 Etudes artistiques, la Kermesse, Marcel le Huguenot, les Hirondelles, charmante œuvre de jeunesse, etc.

bkO LES GRANDES ÉTAPES DE L'ART MUSICAL

Son catalogue tiendrait plusieurs pages de ce livre.

Depuis 1887, il avait succédé à René Baillot en qualité de professeur d'ensemble instrumental (musique de chambre) an Conservatoire.

C'est, à rheure où est écrit ce livre, la dernière perte importante que Técole française ait à déplorer parmi ses grands compositeurs.

Il serait souverainement injuste de ne pas rappeler les noms de quelques-uns au moins des plus saillants virtuoses parmi ceux qui furent les interprètes des grands maîtres français de notre siècle, et dont plusieurs ont été eux-mêmes des compositeurs de talent, ainsi que ceux des éminents théoriciens ou professeurs dont nous avons eu souvent l'occasion de parler au sujet de leurs élèves, devenus maîtres à leur tour. Nous le ferons aussi brièvement que possible, en déplorant les omissions inévitables.

D'abord, quelques grands chanteurs et cantatrices :

Dugazon (Louise-Rosalie) (1753 -{-1821), née à Berlin.

A laissé son nom aux rôles de chanteuse légère dans lesquels elle excellait, qu'on distingue souvent en jeunes Dugazon et en mères Dugazon.

Garât (1764 f 1823), né à Ustaritz (Basses-Pyrénées).

Chanteur extraordinaire, dont l'instinct musical était la première qualité. Nommé professeur de chant au Conservatoire dès sa fondation, il y forma de remarquables élèves, parmi lesquels on peut citer : Nourrit, Ponchard y Lepasseur, Madame Branchu, etc.

Levasseur (1791 f 1871), né à Bresles (Oise).

Élève de Garât, superbe basse chantante se rattachant à l'école italienne, eut de grands succès à l'Opéra, à Milan et à Londres, de 1813 ù 1845, et créa encore en 1849, à Paris, sur l'expresse demande de Meyerbeer, le rôle de Zacharie du Prophète^ il fut professeur au Conservatoire de 1841 à 1852.

Damoreau-Cinti (1801 f 1863), née à Paris.

£ut de brillants succès au Théâtre-Italien, puis à l'Opéra, ainsi qu'en Angleterre; ensuite elle créa plusieurs rôles importants à

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