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voir se succéder sans interruption ceux de la Muette, du Pré aux Clercs, du Prophète, de la Juive, du Chalet et des Troyens,
Auber (Danîel-François-Esprit) (1782 f 1871), né à Caen.
Ëlèye de Ladurner pour le piano, et de Gherubini pour la composition ; voici ses principaux opéras :
Le Séjour militaire ^ le Testamenty la Bergère châtelaine ^ la Neige^ le Concert à la cour, Léocadie, le Maçon, Fiorella, la Muette, la Fiancée, Fra-Diavoloy le Dieu et la Bayadère, le Philtre, le Serment, Gustave III, Lestocq^ le Cheval de bronze, Actéon, l'Ambassadrice, le Domino noir, le Lac des Fées y les Diamants de la couronne, la Part du diable, la Sirène, la Barcarolle, Haydée, VEnfant prodigue, Marco Spada, Manon Lescaut, la Fiancée du roi de Garbe, le Premier Jour de bonheur, le Rêve d'amour (1869).
Son principal collaborateur, pour les poèmes, fut Scribe.
Auber fut l'un des plus féconds compositeurs dramatiques de l'école française, le plus spirituel peut-être et le plus pimpant, toujours d'une élégance et d'une distinction parfaites ; la finesse et la grâce sont ses caractéristiques; une fois par exception, en écrivant la Muette, il a montré une autre face de son talent, car là, l'entrain, l'entbousiasme patriotique, une chaleur et une verve presque italiennes, deviennent les qualités dominantes.
Il fut directeur de la musique de la chapelle impériale des Tuileries , pour laquelle il écrivit un certain nombre d'œuvrcs religieuses.
Membre de l'Institut en 1829.
Directeur du Conservatoire de 1842 à 1871, il est mort pendant la Commune.
Hérold (Ferdinand) (1791 f 1833), né à Paris.
Élève de Fétis pour le solfège, de Catel pour l'harmonie, de Kreutzer pour le violon, d'Ad. Adam pour le piano, de Méhul pour la composition, il obtint, en 1812, le prix de l'Institut.
Ses plus célèbres ouvrages sont trois opéras-comiques, Marie^ Zampa et le Pré aux Clercs; style clair, élégant, facile, orchestration riche et colorée, beaucoup de piquant, dans le tour mélodique, telles sont les qualités bien françaises qu'on retrouve à chaque pas dans l'oeuvre de ce maître, dont l'originalité est incontestable, puisqu'on reconnaît sa manière à chaque page de ses œuvres, et qui pourtant subissait très volontiers les influences étrangères; Rossini avec son exubérant entrain, Auber avec son style mordant et incisif, et, plus que tout autre, Weber par
sa poésie pénétrante comme par son énergie et son brillant, ont exercé sur lui une action facile à reconnaître.
Gomme Schubert en Allemagne, comme Bellini en Italie, ses contemporains, des charmeurs comme lui, il est mort jeune, à quarante-deux ans, en plein épanouissement de son charmant génie, tout de verye et de chaleur communicatiye.
Meyerbeer (Giacomo) (1791 f 1864), né à Berlin.
C'est à Darmstadt, vers 1810, à l'école de l'abbé Yogler, où l'on ne s'occupait guère que de musique scientifique et religieuse, qu'il fit ses premières études sérieuses de composition. Jusquelà ce n'était qu'un habile pianiste, ayant trayaillé ayec Clementi, et déjà renommé malgré sa jeunesse, doué aussi d'une remarquable faculté d'improvisation. Sous l'abbé Yogler, il apprit le contrepoint et la fugue, et les règles de la composition dans le style allemand. Il n'est rien resté, sauf le titre de quelques-unes (la Fille de Jephté, oratorio; les Amour» de Thévelinde, monodrame; Abimelecky opéra-comique), des œuTres dramatiques ou instrumentales de cette première période de production (1813 et années suivantes).
Après avoir, par sa propre nature et par la direction de ses études, éprouvé la plus grande répugnance pour tout ce qui était étranger a l'art allemand, il entreprit, sur les conseils de Salieri, un voyage à Venise pour y étudier la façon de traiter les voix ; il s'éprit alors complètement de l'école de Rossini, et abandonna son premier style pour écrire dorénavant dans la manière italienne ; parmi les ouvrages de cette deuxième période, au nombre de six ou huit, il n'y a à retenir que Marguerite d* Anjou (1820), VExiléde Grenade (1822) et le Crocm^o (1824, Venise), qui établit définitivement sa réputation en Italie.
Une deuxième et glorieuse métamorphose eut lieu lorsque, en 1831, il fit jouer a l'Opéra de Paris Robert le Diable^ dans le style français, suivant encore Rossini, devenu son ami intime, dans cette nouvelle évolution ; vinrent alors , dans l'ordre : les Huguenots (1836), le Camp de Silésie (1844), devenu en 1854 V Étoile du nord y le Prophète (1849), le Pardon de Ploermel (1859), et enfin rAfricaine, qui n'a été jouée et gravée qu'après la mort de l'auteur, en 1865, et à laquelle il est permis de supposer qu'il eût introduit quelques modifications aux répétitions, selon son habitude constante.
A ces immortels chefs-d'œuvre, encore pour long^mps au répertoire, il convient d'ajouter la musique de scène écrite pour le drame de Struensécy de son frère Michel Béer, les trois grandes Marches aux /lambeaux, la Schiller- Marsch^ un admirable recueil de Quarante mélodies, de la musique religieuse, etc.
Le vrai nom de Meyerbeer est Béer; les deux premières sylla-
bes ont été ajoutées en souvenir d'un ami de sa famille, Meyer^ qui lui légua, dans sa jeunesse, et sous cette condition, une fortune considérable; cette circonstance fut très heureuse, car Me jerbeer, surtout dans sa dernière manière, avait le travail lent, et il parait douteux qu'il fût jamais parvenu au complet épanouissement de son génie si, comme tant d'autres, il avait eu ù lutter contre les difficultés matérielles de la vie. Il fut élu membre associé de l'Institut en 1834.
Nous avons déjà signalé la curieuse similitude des voies parcourues par Gluck et Meyerbeer ; peut-être pourraiton en conclure que la fréquentation d'écoles diverses est favorable au développement des grands génies. Les exemples en sont nombreux.
Halévy (Fromental) (1799f 1862), né à Paris.
Élève de Berton et de Cherubini, 1" prix de Rome en 1819.
Ses ouvrages les plus importants sont : la Juive, l'Eclair, Guido et Ginetfra, la Reine de Chypre^ mais il ne faut pas oublier : les Mousquetaires de la Reine, la Fée aux RoseSy la Magicienne, Jaguarita, ouvrages qui eurent leur temps de succès, et le méritaient largement. Actuellem.ent, on n« se souvient que de la Juive, restée au répertoire de l'Opéra, et de quelques fragments de Guido, de V Éclair...
Halévy fut professeur au Conservatoire, d'abord pour l'harmonie et l'accompagnement, en 1827 ; puis, en 1833, pour le contrepoint, la fugue et la composition ; ses principaux élèves furent alors : Gounod, Victor Massé, Bazin, Deldevez, Deffès, Gastinel, Bizet, qui devait devenir son gendre, etc.
Il fut nommé membre de l'Institut en 1836, puis secrétaire perpétuel en 1854.
Niedermeyer (1802 f 1861), né à Nyon (Suisse).
Musicien très distingué, dont le style est toujours pur et élevé. Deux de ses opéras eurent un certain succès, Stradella et Marie Stuart; dans ce dernier se trouve la célèbre romance : les Adieux de Marie Stuart. Il a écrit aussi de fort belles Mélodies sur des vers de Lamartine et de Victor Hugo, toujours empreintes de noblesse et de poésie.
11 a fondé à Paris VEcole de musique religieuse, qui forme de remarquables organistes et maîtres de chapelle; son gendre, M. Lefèvre, en est le directeur actuel.
Adam (Adolphe) (1803 f 1856), né à Paris.
Elève de Reicha et Boïeldieu, second prix de Rome en 1825.
Lavignac. — La Musique. 30
Le Chalet, le Postillon de Lon^jumeau, le Brasseur de Preston, Giselle, le Diable à quatre (ballet), le Toréador, la Poupée de Nuremberg, Si j'étais Roi, les Pantins de Violette, Giralda, etc. Plusieurs messes...
Membre de l'institut en 1844.
Professeur de composition au Conservatoire en 1848.
Berlioz (Hector) (1803 f 1869), né à la Côte-Saînt-André (Isère).
L'un des plus grands et plus pénibles exemples de l'bomme de génie incompris de son temps.
Élèyede Lesueur au Conservatoire, il obtint le premier grand prix de Rome en 1830. 11 avait travaillé précédemment sous la direction de Reicha, mais en réalité il ne retint, de l'enseignement de ces deux maîtres, que certaines idées ou des procédés de Lesueur, fréquemment reconnaissables, et se créa de toutes pièces son style personnel par ses études philosophiques et la contemplation des anciens chefs-d'œuvre, de Gluck principalement.
Une curieuse anecdote m.'a été contée par un de mes collègues, qui fut longtemps intimement lié avec Berlioz ^ ; je la relate ici parce qu'elle montre bien de quelle façon particulière et étrange s'élaborait la pensée musicale dans ce cerveau bizarre/
C'est à l'époque où il écrivait les Troyens ; il rencontre son jeune ami, auquel il avait coutume de communiquer, ses travaux au fur et à mesure : a Ah I j'ai enfin terminé le récitatif de Bidon 3 ; il faut venir chez moi, je tiens à vous montrer cela, lui dit-il; mais, je vous préviens, je n'ai pas encore trouvé les accords ! !! » On peut juger par là de la somme de travail que devait lui coûter un grand opéra ! Il en venait à bout, pourtant, et de plus on lui doit de précieuses trouvailles d'orchestration.
Les principaux ouvrages qu'il a légués à notre admiration sont : Benvenuto Cellini, la Prise de Troie, Béatrice et Bénédict, les Troyens à Carthage, opéras; la Damnation de Faust, légende; l'Enfance du Christ, oratorio ; la Symphonie fantastique, la symphonie d'Harold (avec alto solo), la symphonie de Roméo et Juliette, la Symphonie funèbre et triomphale ; trois ouvertures : les Francs- Juges f Waverley, et le Carnaval de Venise; une Messe; un Requiem, etc. Tout cela est gauchement bâti assurément, mal orthographié, mais le génie l'emporte, et c'est grand, grandiose, et empoignant quand même ; un sentiment noble et élevé plane
1. Adrien Barthe, l'auteur de la Fiancée d'Abydos, grand prix de Rome en 1854, actuellement l'un des plus éminents professeurs d'harmonie du Conservatoire.