‹ La musique et les musiciensChapitre 284 sur 286 · ÉTAT ACTUEL DE L'ART · texte numérisé non relu

ÉTAT ACTUEL DE L'ART

Clément ET Larousse, Dictionnaire lyrique des Opéras. C. Saint-Saens, Harmonie et mélodie; 1885. PouGiN, Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre. Rubinstein, la Musique et ses représentants ; 1892. Wegkerlin, Musiciana.

— Nouveaux Musiciana.

— La Chanson populaire en France.

SouBiBS, Précis de l'histoire de la musique russe; 1893. Berlioz, les Grotesques de la musique.

— Les Soirées de l'orchestre.

C'est dans ces ouvrages que j'ai puisé les documents essentiels, et c'est là aussi qu'on trouvera à les compléter, ainsi que dans les biographies innombrables des musiciens célèbres, dont je ne puis songer à donner ici le catalogue.

Sans revenir maintenant à la France, qui peut tout espérer de sa jeune génération de compositeurs; sans poursuivre l'étude de l'école russe autrement que pour ajouter aux noms déjà cités celui à'Arensky, jeune musicien aux brillantes promesses, nous voyons les nations musicales étrangères puissamment armées pour la lutte pacifique de l'avenir : la Belgique peut joindre aux noms déjà célèbres de Gevaert et Peter Benoit, ceux de Mathieu et Gilson; l'Allemagne peut mettre en ligne, à la suite de Bram/ts et Max Bruc/i, qui paraissent ses chefs d'école actuels, Goldmark, Ignace Brull et Humperdinck; la Norwège a Grieg et Svendsen; enfin l'Italie est brillamment représentée par : Sgambati, un grand compositeur et un remarquable symphoniste, dont les œuvres ne sont malheureusement connues en France que du petit nombre ; Boîto, le librettiste des derniers opéras de Verdi, qui a fait luimême acte de grand musicien dans son Mefistofele; Mascagni, dont les Parisiens connaissent la Cavalleria rusticana; Puccini, Leoncavallo, Franchetti, Tasca et

Spiro Samara, ce dernier de nationalité grecque et quelque peu, je crois, élève de Delibes.

Je ne pense pas qu'en aucun temps ni en aucun pays on ait jamais pu rencontrer un groupement d'artistes de talent semblable, tant par le nombre que pour la valeur individuelle, à celui que nous pouvons admirer autour de nous actuellement.

Cela tient assurément à l'extrême difiFusion avec laquelle de nos jours est propagé partout l'enseignement musical à tous les degrés; jamais aussi, par la même raison, les artistes n'ont eu devant eux un public aussi éclairé et apte à les comprendre.

Mais il ne faut pas se dissimuler que cette diffusion même, dont on doit se féliciter en principe, entraîne avec elle un inconvénient inévitable, l'encombrement de la carrière. Il y a trop d'artistes, et ceux qui, n'ayant pas d'autres ressources, doivent vivre exclusivement du produit de leur art, ce qui est malheureusement le cas le plus fréquent, ont bien de la peine à se frayer leur chemin.

Aussi, malgré les grands et beaux exemples que nous venons de voir d'hommes de génie parvenant au faîte des honneurs, de musiciens de talent dont les travaux sont couronnés de succès; malgré la séduction et la fascination qu'exerce la musique sur les esprits élevés, il faut bien se garder d'encourager les jeunes gens sans fortune à embrasser cette carrière, s'ils n'y sont attirés d'une façon irrésistible, et en la considérant comme devant leur procurer un gagne-pain relativement facile. Loin de là, c'est une carrière des plus ingrates et perfides, et la statistique des musiciens non dénués de mérite qui végètent dans les bas-fonds de la société, qui y meurent littéralement de faim, serait navrante. Quand on a été pendant près de vingt-cinq ans professeur dans cette grande fabrique d'artistes qui s'appelle le Conservatoire

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