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LA CARRIÈRE MUSICALE

de Paris; quand on a vu de ses propres yeux le nombre effrayant de sujets qui traînent misérablement leur vie de bal public en café-concert, pour avoir mal jugé ou présumé de leurs aptitudes ; quand on sait combien vivent de rares leçons à vingt sous le cachet, pour un qui verra un jour son nom sur une affiche, on a le devoir de mettre en garde les jeunes imprudents qui veulent s'aventurer dans cette voie dangereuse, sans être marqués au front du sceau du génie.

Mais à quoi se reconnaîtra-t-il lui-même, me dira-t-on, celui qui a du génie ?

La réponse est simple.

Il ne se reconnaîtra pas, par cette raison que l'homme ne se connaît jamais lui-même, quoi qu'on en ait pu dire. Le génie est inconscient. Il ne se dira donc pas : « Je sens eh moi l'étoffe d'un grand maître, » ce qui n'est qu'une marque, hélas ! trop vulgaire de présomption ; il n'aura pas en vue la célébrité, à peine le désir des applaudissements, jaimaiis l'idée du lucre. Non; il sera presque toujours modeste, souvent très timide, timoré même. Mais il sera cuirassé d'un triple airain, et les conseils les plus alarmistes, les plus effarouchants (dans le genre des miens, par exemple), resteront sans prise sur lui, n'ébranleront pas ses convictions intimes, ne changeront rien à sa ligne de conduite, car le génie est indompta- BLfe. Celui-là ira droit son chemin, négligeant d'entendre tout avis des maladroits bienveillants qui voudraient tenter de l'en détourner ; il marchera contre vents et marées; il souffrira, s'il le faut, toutes les privations, indifférent aux soucis de la vie matérielle ; il subira avec courage échecs et déboires, luttera contre les persécutions, les partis pris et les mesquines coteries d'école, ayant toujours pour objectif unique, non pas la gloire, qui doit venir toute seule, et après: non pas le succès^ qui est éphémère; non pas la fortune, qui est méprisable, mais

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seulement son idéal personnel, c'est-à-dire ce qui résume pour lui, selon sa conception propre, le beau, et après le beau, le plus beau ! ! ! Le génie est fatal, et jamais puissance humaine n'eût été capable d'enrayer la marche du pauvre et grand Mozart dans la voie glorieuse qui devait conduire à la fois son corps à la fosse commune et sa mémoire à l'immortalité.

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