VOIX EXTRAORDINAIRES
quinte au-dessous du mi [j, qui est Textrême limite de nos basses-tailles les plus caverneuses.
A l'aigu, aucune voix d'homme ne paraît avoir excédé le fameux ut dièse de poitrine de Tamberlick.
Dans la voix de Faure, on trouve réunies les étendues de la basse chantante et du ténor ; mais le timbre est par excellence celui du baryton.
L'admirable voix de l'Alboni, le type le plus parfait du contralto, parcourait, en conservant partout la même richesse de timbre, cette énorme étendue * :
l.'J'ayais demandé à l'Alboni l'étendue exacte de sa voix; en réponse , elle m'a adressé la curieuse lettre suivante , que je ne puis résister au désir de reproduire; je n'en supprime que quelques passages absolument personnels :
Paris, 26 mars 1892.
Mon cher Lavignac,
A l'âge de huit ans j'avais une voix de contralto déjà formée; et celui qui m.'aurait entendu, sans me voir, aurait pu croire que c'était un jeune homme de 16 à 18 ans qui chantait. J'avais une très grande facilité à retenir les morceaux que j'entendais : il m'arrivait souvent de chanter les Soli du Contralto, et ensuite les Soli du Soprano dans le registre du Soprano. C'était un jeu d'enfant qui aurait pu me coûter cher; car lorsqu'à l'âge de onze ans je commençais à étudier très sérieusement la musique et le chant, j'avais un véritable trou entre les deux registres. Je m'appliquais à corriger ce défaut avec beaucoup de soins, d'études et d'exercices, et j'arrivai ainsi à obtenir des notes du milieu, du Si bémol au Ré naturel, d'une douceur très grande ; mais jamais ces notes ne furent aussi robustes que les notes basses ! C'est par ma manière de chanter que j'ai pu, tant bien que mal, cacher ce défaut.
Lorsque après plusieurs années d'études ma voix fut arrivée à son complet développement, je pouvais très facilement faire une gamme du Sol bas, à VUt aigu des Soprano : quelques fois, en fai-
M"® Nillsonn , et après elle M"° Bilbaut-Vauchelet , nous ont fait entendre, dans l'air de la Reine de la Nuit de la Flûte enchantée, et sans efTort apparent, le fa sur-
aigu : ^ 7 [L»M 1 ' I 1— I ^ que devait également posséder la première créatrice du rôle, dont le nom nous est inconnu; M"' Sibyl Sanderson, la resplendissante Esclar^
monde de Massenet, monte couramment au sol
Ce sont bien là des voix extraordinaires; à quel degré devait dont l'être celle de Lucrèce Aguiari, dite « la Bassani ces exercices, j'allais du Fa bas, jusqu'au Ré et au Mi bémol aigu ; mais c'était pour mon amusement. En public, je ne me suis jamais permise que le Sol bas, et Wt aigu.
Avec mes deux registres, j'ai pu chanter le Contralto et le Soprano ; surtout hors de France, où j'étais obligée de choisir mon répertoire comme je le pouvais : la musique de Rossini n'étant pas toujours appréciée à sa juste valeur.
Je chantais « La Somnambule; Norma; Don-Pasquale; Anna Bo~ lena; La fille du Régiment^ etc., etc., etc. ! J'ai chanté aussi le rôle à!Elena de la Donna del Lago; Ninetta de la Gazza Ladra^ etc., etc., etc. — Bien entendu, j'ai chanté aussi tous les rôles de Contralto de ces différents ouvrages.
A Londres en 1848, au Théâtre de Covent-Garden, j'ai chanté le rôle de Don Carlos dans L'Hernani de Verdi, pour faciliter les débuts d'une camarade ; la troupe du théâtre n'ayant pas de Baryton dans ce moment làl!!
La voix de Contralto étant par elle-même monotone, j'introduisais des roulades de mon cru dans les points d'orgue; mais toujours dans le style de l'ouvrage que je chantais : j'allais ainsi souvent jusqu'à VUt aigu. Mais j'avais bien soin de finir toujours par une note de vrai Contralto, car c'était mes notes les plus veloutées et les plus nourries !
De cette façon j'étais sûre de mon effet!!!
Voilà, mon cher Lavignac, ce que je puis vous dire
Marie Zicger ALBO^'I.