AVANT-PROPOS
On s'étonnera peut-être de voir un volume de la collection Les Musiciens célèbres consacré à la musique grégorienne, c'est-à-dire au jjlain-chant, que l'on est peu habitué à décorer du nom de musique. Ce qu'on e.ntend en effet dans la plupart des églises n'est guère fait pour plaire à l'oreille, et la manière dont le plain-chant est exécuté est bien peu propre à faire ressortir la mélodie et le rythme qu'il renferme. Mais enfin il est des lieux privilégiés, couvents, séminaires, cathédrales, et même simples paroisses de campagne, où l'on a su découvrir ce qu'il y a dart sous ces notes en apparence incohérentes ; on s'est mis à l'œuvre avec patience et amour, et on est parvenu à exprimer d'une manière agréable ce que contiennent ces simples mélodies, dans lesquelles des musiciens de renom ont découvert de petits chefs-d'œuvre. C'était une résurrection. Supplanté
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par la musique moderne, le clianl grégorien avait décliné peu à peu; il n'en élail resté qu'un squelette, bien près de tomber en poussière, lorsque les humbles travaux de quelques moines, entrepris pour fournir à leur monastère les livres de chœur qui leur manquaient, vinrent recouvrir ce S((uelette de nerfs, de muscles, de chair, et lui donner une nouvelle vie. L'Église s'en émut, elle se réjouit de se voir restituer son patrimoine séculaire, et en 1903 le pape Pie X, dans un Motu proprio resté célèbre, rendait au chant grégorien la place qui lui revient de droit dans les cérémonies liturgiques. Cet acte du Souverain Pontife fut le point de départ d'une nouvelle activité. Des Revues spéciales existaient déjà pour traiter les questions de musique d'Église ; celles qui avaient soutenu la bonne cause se trouvèrent puissamment encouragées, les autres modifièrent leur manière de voir ; on en fonda de nouvelles qui combattent avec vaillance et succès auprès de leurs aînées. Des ouvrages spéciaux ont traité ce sujet en le faisant bénéficier de toutes les ressources de la critique moderne, et un grand nombre de méthodes ont paru pour diriger l'exécution de ce chant d'une manière pratique. Faut-il ajouter que la controverse s'est mise de la partie? Il y eut une question grégorienne, et elle sut si bien s'emparer de l'opinion qu'on vit traiter le pour et le contre dans des journaux peu liabitués à s'occuper de ces matières. Dans certains de ces articles, on découvre une grande ignorance du sujet traité ; il ne faut pas s'en étonner ; le chant grégorien est, pour beaucoup.
même pour de grands musiciens, une énigme qui a besoin de solution. Nous n'avons pas la prétention de résoudre l'énigme dans ce modeste volume ; nous essaierons seulement de lever un coin du voile, et de mettre sur la voie ceux qui désirent arriver à la connaissance complète de la vérité. Nous prendrons le cliant grég'orien tel qu'on peut l'entendre dans beaucoup de chapelles et d'églises depuis qu'il a été rétabli officiellement dans sa forme primitive par le Souverain Pontife ; nous expliquerons ce qu'il peut présenter d'étrange aux oreilles modernes, puis nous ferons une petite excursion dans le domaine de l'histoire; nous chercherons à savoir d'oii il vient, et nous suivrons les péripéties par lesquelles il a passé au cours des temps.