MATHURIN, PIERRE MATHURIN
... Ah! la voilà partie. Or çà, Pierre Leroux, ce n'est pas cela dont il s'agit.
PIERRE
Dites.
MATHURIN, après avoir été chercher un arc. Connaissez-vous cela?
PIERRE
Cela? Pargoi, si je connais ça ; c'est un arc.
MATHURIN
Oui, c'est un arc ; mais encore.
Eh ! c'est le mien, que j'ai donné à mon fils.
MATHURIN
Cela suffit.
PIERRE
C'est celui avec lequel j'ai gagné le prix.
MATHURIN
C'est bon : mais...
PIERRE
H y a bien trente ans.
MATHURIN
C'est à merveille. J'ai...
PIERRE
J'ai encore la tasse d'argent.
214 == LA MUSIQUE. — CTIAP. V
MATHURIN
Oui, oui, je l'ai vue. Vous saurez que...
PIERRE
Je ne l'ai pas sur moi.
MATHURIN
Je vous en dispense. Je voulais...
Je voulais vous la montrer.
MATHURIN
Je n'en doute pas.
PIERRE
C'est que...
MATHURIN
C'est que... oui, vous avez raison, elle est belle, je l'ai vue; c'est une tasse qui a une anse, nous la reverrons. Mais j'ai autre chose à vous dire.
PIERRE
Ah 1 dites, dites.
MATHURIN
Vous êtes veuf, et moi aussi : nos femmes nous ont laissé, à vous un garçon, et à moi une fille.
PIERRE
Oui, qui est bien gentille.
MATHURIN
Votre garçon me paraît aussi gentil garçon. J'ai un conseil à vous demander.
PIERRE
J'écoute.
MATHURIN
Si, au lieu d'un gai'çon vous aviez une fille, et qu'il vînt à l'entour de chez vous rôder quelque jeune gaillard qui vînt vous voir en votre absence ; vous m'entendez : qu'est-ce que vous feriez?
PIERRE
Ce que je ferais? Si le garçon ne me convenait point, je lui dirais : « Tiens, Un Tel (son nom), je vois toute ta manigance, et je te prie de ne plus faire comme cela parce que cela me déplaît. D'abord, ma fille n'est pas pour toi, pai'ce que tu es un libertin, parce que tu es (enfin ce qu'il serait). » S'il y revenait, je me mettrais en colère, je battrais la fille, je battrais le garçon, je...
MATHURIN
Oui, vous battriez tout le monde. Mais si le garçon vous convenait?
PIERRE
S'il me convenait... {Il rêve.) Ah! ah!... pour lors... j'enverrais chercher le père, ou j'irais le trouver moi-même, Mathurin ; car c'est à ceux qui ont affaire à aller trouver. Mais ne parlons pas de ça. Je dirais au père tout ce qui se passe, et : « Que votre fils se tienne chez vous, ou je l'assomme. — Mais mon fils aime votre fille, mais ils se conviennent, mais ils sont d'âge, mais voulez-vous la lui donner? — Ah ! parlons, parlons ; » et nous parlerions.
MATHURIN
Eh bien ! Pierre Leroux, ce que vous dites qu'il faut que le père fasse, je le fais. Hier, nous nous sommes quittés tard, je suis rentré ici. On ne voyait pas bien clair ; j'ai vu quelque chose là du long, là, entre la table et la muraille. Cela marchait à quatre pattes ; j'ai cru que c'était un chien, j'y ai donné un coup de pied. Haut, pataud, à la cour! Ma fille s'est jetée à mon cou. « Ah ! mon père ! vous revenez bien tard ! ah ! mon père! j'étais inquiète! Ah! mon père... — Donne-nous de la lumière », lui ai -je dit.
Eh bien?
MATHURIN
Eh bien ! pendant qu'elle allait en chercher, j'ai trouvé cet arc-là sous mes pieds.
PIERRE
Ici?
Là.
Ah! ah!