SCENE PREMIERE ORESTE ET PYLADE
PYLADE
Quel silence effrayant ! quelle douleur funeste ! Quoi? tu ne me réponds que par de longs sanglots !
Que peut la mort sur l'âme des héros?
Ne suis-je plus Pylade? Et n'es-tu plus Oreste?
ORESTE
Dieux ! à quelles horreurs m'aviez-vous réservé? D'un aveugle destin déplorable victime,
Partout errant et partout réprouvé, Mon sort est accompli, j'étais né pour le crime !
PYLADE
Que dis-tu? quel est ce remords?
Quel nouveau crime enfin?
ORESTE
Je t'ai donné la mort ;
274 LA MIJSIQUF:. — CIIAP, V l ==
rv iiT'tait pas assez (|ue ma main meurt ri ("to Vm\ |)l(iiiji,('' le poiuiiaid dans le ciTur d'une ni«''ie, Les dieux Jiie réservaient pciur un foil'ail nouveau : .le n'avais qu un aini, je deviens son bourreau.
Dieux, qui me poursuivez, dieux, auteurs de nu's crimes,
l)e l'enter scms nu's pas entr'ouviez les abîmes!
Ses su|)pliees pour moi seront t'ueor trop doux.
J'ai trahi l'amitié, j"ai trahi la nature,
Des j)lus m)irs attentats j'ai comblé la mesure!
Dieux! frappez le coupable et justifiez-vous!
Dieux, qui me poursuivez, dieux, auteurs de mes crimes,
De l'enfer sous mes pas entr'ouvrez les abîmes !
Ses supplices {)our moi seront encor trop doux.
PYLADE
Quel langage accablant pour un ami (pii t'aime!
Reviens à toi, mourons dignes de nous.
Cesse dans ta fureur extrême
D'outragei' et les dfenx, et Pylade, et toi-même !
Si le trépas nous est inévitable, (Quelle vaine terreur te fait pâlii- pour moi? Je ne suis pas si misérable, Puisqu'enfm je meurs près de toi.
Unis dès la plus tendre enfance, Nous n'avions qu'un même désir.
Ah ! mon cœur applaudit d'avance Ail coup qui va nous réunir.
Le sort nous fait périr ensemble, N'en accuse point la rigueur :
La mort même est une faveur, Puisque le tombeau nous rassemble.