LA TKAGÉDIE EN MUSIQUE
Les pages, vraiment critiques, de Lercerf de La Viéville, qui viennent d'être citées, les dernières surtout, font bien comprendre la persistance du succès d'une forme d'opéra dont un Quinault et un LuUi avaient été les créateurs, H faut malheureusement constater, cependant, que cette forme, du moment qu'elle n'eut plus, pour la soutenir, une pareille collaboration, ne donna plus guère naissance qu'à des œuvi-es monotones et insipides. On ne songe qu'à maintenir un cadi'e traditionnel, propice à la musique, non à fournir d'abord au musicien des situations neuves, passionnées et vraiment di'amatiques. Avec toute sa supériorité d'artiste novateur. Rameau a souffert irrémédiablement de cet état de choses, et si, à son époque, Castor et Pollux a gardé l'affiche un peu plus longtemps qvCHippolyte et Aride ou Dardanus, les Indes galantes ou Pygnialion, c'est que le poème en était mieux conçu et plus neuf. '
Voici du reste la succession des œuvres qui constituèrent, avec l'héritage de Quinault-Lulli, le répertou'e de l'Opéra pendant la première moitié du dix-huitième siècle. Au dix-septième encore, et pour Lulli, Thomas Corneille et Fontenelle avaient écrit un BeUéropJion, en 1679 (qui demeura sur l'affiche jusqu'en 1728), et Campistron, Arts d Galathée, en 168(3 (dont la fortune se })Oursuivit jusqu'en 1762). Puis était venu Thétis et Pelée, de Colasse, écrit |)ar Fontenelle en 1689 (et ([ui dura jusqu'en 1750). Mais le principal successeur de Quinault fut alors Houdart de
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La Motte, qui est l'auteur, pour ne citer €|ue ses plus durables succès, de :
L'Europe galante, de Canipra, 1697 ( — 1747).
Issé, de Destouches, 1697 (— 1757).
Omphale, de Destouches, 1701 ( — 1752).
Le Carnaval et la jolie, de Destouches, 1704 ( — 1748).
Alcyone, de Marais, 1706 ( — 1771).
Danchet, qui fut également de l'Académie française, s'attacha plus spécialement à Campra. De lui sont :
Tancrède, 1702 (— 1764).
Les Fêtes vénitiemies, 1710 ( — 1759).
Idoménée, 1712 (— 1731).
Puis viennent La Font, auteur des Fêtes de Thalie, de Mouret, 1714 ( — 1745) ; Fuzelier, auteur des Fêtes grecques et romaines, de Collin de Blamont, 1723 ( — 1770), des Indes galantes, de Rameau, 1735 ( — 1771), du Carnaval du Parnasse, de Mondonville, 1749 ( — 1774) ; Roy, qui écrivit le ballet des Eléments, de Lalande et Destouches, 1725 ( — 1780); l'abbé Pellegrin, auteur de JepMê, de Montéclair, 1732 ( — 1761) et d'Hijypolyte et Aride, de Rameau, 1733 (— 1767); P.-J. Bernard, dit Gentil-Bernard, avec Castor et Pollux, 1737 ( — 1784) ; Leclerc de la Bruère, avec Dardanus, 1739 ( — 1770) ; Cahusac, avec Zoroastre, de Rameau comme les précédents, 1749 ( — 1770). Voltah'e, qui voulut à son toiu* donner un opéra à Rameau, ne sut écrire que le Temple de la gloire, 1745, très mal approprié au genre, et qui n'eut aucun succès.
Gentil-Bernard, né à Grenoble en 1710, mort à Paris en 1775, vaillant officier et poète tendi-e de VArt d'aimer, enfin bibliothécake et conservateur de musée, garde l'honneur d'avou" apporté à Rameau son meilleur poème ; plus intéressant d'ailleurs que la plupart de ceux qui avaient paru de])uis Quinault, heureusement conçu en vue de la musique, plein d'effets di'amatiques, Castor et Pollux