SCÈNE II NICETTE, Mme MADRÉ, M. SUBTIL
MADAME MADRÉ, à Nicette.
Venez ça. Comme ça se tient ! levez la tête ; saluez monsieur, et répondez sur ce qu'il vous dira.
{Nicette salue niaisement.)
M. SUBTIL
Air : Si cela est, hé bien! ta/nt pis.
Approchez, mon aimable fille.
{A part.) Ah ! que je la trouve gentille !
{A Nicette.) Votre douceur Gagne le cœur.
NICETTE
Le cœur!
M. SUBTIL
Pour vous, Nicette, je soupire ; C'est l'effet d'un regard que vous m'avez lancé.
Lancé !
M. SUBTIL
Soulagez mon martyre :
Pour jamais l'amour m'a blessé.
• NICETTE
Blessé !
MADAME MADRÉ
L'entretien me fait rire.
M. SUBTIL
De ces yeux si jolis Tous les coups sont partis, Je meurs d'amour.
NICETTE
Hé bien ! tant pis.
ilO.== LA Ml SlUUE. — CHAI' III
MADAME MADRÉ, à M. SubiU.
Vous lui parlez hébreu. {A Niceite.) Nicette, M. le tabellion se présente pour être votre mari.
M. SUBTIL
Oui, ma belle enfant.
Air : U éclat de mon bonheur.
Je viens de vous choisir Pour ma petite femme.
Aurez-vous du plaisir.
En m" épousant?
MCETTE
Oh ! dame !
M. SUBTIL
Hé bien?
MADAME MADRÉ
Achevez donc.
MCETTE
Oh! dame!...
Je n'en sais rien.
MADAME MADRÉ
Comment ! Est-ce ainsi qu'on doit répondre?
XICETTE
Eh ! mais, je ne peux pas savoir' ça, moi.
MADAME iL\DRÉ
11 faut faii'e une révérence, et dire : oui, monsieur.
M. SUBTIL
Ma chère Nicette, est-ce que vous avez de la répugnance pour moi?
xiCETTE, jaisant la révérence.
Oui, monsiem".
MADAME MADRÉ '
La petite impertinente !
MCETTE
Vous m'avez dit de dire comme ça. •
Oui, d'abord, mais à présent il faut dire non. ^
M. SUBTIL, à Nicetie. ï
Je vous demande si vous me trouvez digne détrc votre mari?
MCETTE
Non, nions... Je dis non, ma mère.
M. SUBTIL
Eh ! laissez-la parler eomme elle voudra ; ses réponses me font voir qu'elle n'enteud pas le langage des amants.
Air : rv.s fïlks ^ont d soifpfi!
Cela me prouve son honneur.
{A Nieette.) Oui, vous avez, mon petit cœw,
Des trésors que j'admire, De la vertu, de la pudeur.
MADAME MABRÉ
Répondez, petite fille.
NICETTE
Cela vous plaît à dire.
Monsieur :
Cela vous plaît à dire.
MADAME MADRÉ
Quels discours ! Quel esprit matériel !
Air : A sa voisine.
Je saurai bien le déboucher.
Ah ! l'aimable innocence !
Rien encor n'a pu l'enticher :
Quel plaisir, quand j'y pense !
Ah ! quel plaisir de défricher Son ignorance !
MADAME MADRÉ
Air : Dormir est un temps perdu.
Son esprit ne sortira
Jamais de sa cosse ; Toujours bête elle sera.
Après comme avant la noce.
Moi je n'ignorais de rien.
Dès son âge...
M. SUBTIL
On sait fort bien Que vous fûtes précoce.
Vous l'intimidez. (A Nicetto.) Venez çà, répondez h votre fantaisie. Oui, oui, votre mère le veut bien.
MADAME MADRÉ, à Nicetlc.
Parlez, parlez.
M. SUBTIL
Écoutez-moi.
Air : Ma femme est femme dlionneiir.
Avec vous je veux m'unir ; Je me flatte d'obtenir Votre main, ma chère.
^"ICETTE
Ma main ! Pourquoi faire?
M. SUBTIL
Je vais me marier avec vous.
NICETTE
Marier !
M, SUBTIL
Oui, je vous chérirai avec tendresse ; il faut, de son côté, qu'une femme ait beaucoup d"aniitié pour son mari. M'aimerezvous bien?
NICETTE
Oui, monsieur.
M. SUBTIL
EUe dit oui, ma commère ; que je suis content ! Sur cet aveu plein d'appas, Mon bonheur se fonde.
NICETTE
Quoi ! monsieur, ne doit-on pas Aimer tout le monde.
Aimer tout le monde?
M. SUBTIL
Ce ne serait pas là mon compte.