SCÈNE PREMIÈRE M. SUBTIL, Mme I^IADRÉ
M. SUBTIL
Ah ! je vous rencontre à propos, ma commère Madré ; j'allais vous voir.
MADA]\rE ]VL\DRÉ
Par quel hasard, monsieur Subtil?
M. SUBTIL, mystérieusement.
Je viens vous dire que j'ai dessein de me remarier.
MADAME MADRÉ
De vous remarier! C'est fort bien fait. J'ai envie aussi de me remarier, moi.
M. SUBTIL
Ah, ah! Je suis charmé de cette conformité. Cela m'encourage à vous faire ma demande.
MADAME MADRÉ
Vous voulez m'épouser? Je vous devine.
M. SUBTIL
Pas tout à fait.
MADAME MADRÉ
Comment l'entendez-vous donc?
M. SUBTIL
C'est votre fille que je vous demande en mariage.
MADAME MADRÉ, étoîmés.
Ma fille ! Ma fiUe Nicette !
M. SUBTIL
Oui, Nicette, votre fille.
Vous badinez!
M. SUBTIL
Nanni, ma foi.
•' Air : Des Feuillantines.
Je veux être son époux.
MADAME MADRÉ
Entre nous.
Compère, qu'en feriez- vous? ,
M. SUBTIL
Belle demande, madame !
J'en ferais... parbleu ! j'en ferais ma femme.
MADAME MADRÉ
Air : Je ne vous ai vu qu'un seul petit moment. Elle votre femme !
M. SUBTIL
Oui vraiment.
lOG ■ LA MUSIQUK — Cil Al'. 111 ==
MADAME MADRÉ
Hélas !
C'est une chose qui ne se peut pas.
M. SUBTIL
Air : Si la jeune Iris a pour moi du mépris.
Expliquez-vous mieux :
Je ne suis pas si vieux.
Qu'importe?
M. SUBTIL
Mon amour vous exhorte A me rendre content.
MADAME MADRÉ
Nicette est un eçfant.
M. SUBTIL
Qu'importe?
J'en suis enchanté.
Air : Tes beaux yeux, ma Nicole.
Sa taille est ravissante Et l'on peut déjà voir Une gorge naissante Repousser le mouchoir :
Elle a, par excellence, Un teint... des yeux... elle a...
Elle a son innocence Qui surpasse cela.
MADAME MADRÉ
Mais, ignorez-vous que Mcette est la simplicité même?
M. SUBTIL
Tant mieux, morbleu !
MADAME MADRÉ
Vous auriez là une jolie statue !
Air : Que je suis à plaindre en cette débauche!
Machinalement elle coud, tricote, Et jamais ne lâche un mot. Bon, tant mieux, tant mieux.
MADAME MADRÉ
Mais elle est si sotte !
M. SUBTIL
Je risquerai moins d'être sot.
MADAME MADRÉ
Comment ! un homme d'esprit comme vous, procureur, et notaire royal, qui pis est, épouser une Agnès !
M, SUBTIL
C'est pour la rareté du fait.
MADAME MADRÉ
Vous voulez vous distinguer.
M. SUBTIL
Ma défunte n'avait que trop d'esprit, de par tous les diables.
MADAME MADRÉ
C'est singulier, que vous autres gens de pratique, rusés et malins de votre naturel, vous trouviez toujours des femmes plus rusées et malignes que vous.
M. SUBTIL
C'est pour éviter ce malheur que je veux épouser Nicette. L'heureuse simplicité !
MADAME MADRÉ
Oui ! hom ! Je ne sais où j'ai péché cette bestiole.
AiR : T offre, ici mon savoir-faire.
Que diriez-vous donc, ma chère, Que diriez-vous d'Alain, mon fils?
MADAME MADRÉ
Moi, je dis qu'Alain vaut son prix.
M. SUBTIL
Est-il un plus sot caractère?
MADAME MADRÉ
Moi, je dis qu'Alain vaut son prix.
M. SUBTIL
De moi ce nigaud ne tient guère.
MADAME MADRÉ
Air : Je voudrais bien me marier.
De vous il tient peu, je le crois :
Ainsi disait sa mère.
408 =^^= LA MUSIQUE. — CHAP. Il l ===
M. SUBTIL
Je ne sais qu'en faire, ma foi.
MADAME MADRÉ
Si vous vouliez, compère.
Je saurais bian qu'en faire, moi.
Je saurais bian qu'en faire.
Tenez, monsieur le tabellion, ce garçon-là ne vaut rien pour votre étude : pardi ! mettons-le au labour, il y a moyen de s'accommoder : troc pour troc, je vous donne Nicette, vous me donnerez Alain.
M. SUBTIL
Quoi ! vous voudriez être la femme de ce benêt-là?
MADAME MADRÉ
Chacun a ses petites raisons, mon compère : nous ne manquons pas d'esprit, vous et moi.
Air : Cest fort lien fait à vous.
Craigiiez-vous l'artifice Fatal à maint époux :
Prenez une novice ; C'est fort bian fait à vous ; Mais moi, que je choisisse.
Pour engager ma foi.
Un garçon sans malice, C'est fort bian fait à moi.
Allons, déterminez-vous.
M. SUBTIL
Parbleu ! Nicette mérite bien que je vous accorde Alain : touchez-là.
MADAME MADRÉ
C'est marché fait.
M. SUBTIL
J'irai tantôt chez vous, dresser les articles des contrats.
MADAME MADRÉ
Et nous ferons nos noces à l'abri de celles de ma nièce, qui épouse aujourd'hui l'Éveillé, comme vous le savez.
C'est bien dit. J'aperçois Nicette ; laissez-moi la pressentir un peu sur cette affaire.
= FAVAKÏ— LA CHERCHEUSE DESPRIT = 109
MADAME MADRÉ, à fart.
J'ai peur qu'il ne se repente...