‹ La musiqueChapitre 56 sur 181 · SCÈNE PREMIÈRE M. SUBTIL, Mme I^IADRÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE M. SUBTIL, Mme I^IADRÉ

M. SUBTIL

Ah ! je vous rencontre à propos, ma commère Madré ; j'allais vous voir.

MADA]\rE ]VL\DRÉ

Par quel hasard, monsieur Subtil?

M. SUBTIL, mystérieusement.

Je viens vous dire que j'ai dessein de me remarier.

MADAME MADRÉ

De vous remarier! C'est fort bien fait. J'ai envie aussi de me remarier, moi.

M. SUBTIL

Ah, ah! Je suis charmé de cette conformité. Cela m'encourage à vous faire ma demande.

MADAME MADRÉ

Vous voulez m'épouser? Je vous devine.

M. SUBTIL

Pas tout à fait.

MADAME MADRÉ

Comment l'entendez-vous donc?

M. SUBTIL

C'est votre fille que je vous demande en mariage.

MADAME MADRÉ, étoîmés.

Ma fille ! Ma fiUe Nicette !

M. SUBTIL

Oui, Nicette, votre fille.

Vous badinez!

M. SUBTIL

Nanni, ma foi.

•' Air : Des Feuillantines.

Je veux être son époux.

MADAME MADRÉ

Entre nous.

Compère, qu'en feriez- vous? ,

M. SUBTIL

Belle demande, madame !

J'en ferais... parbleu ! j'en ferais ma femme.

MADAME MADRÉ

Air : Je ne vous ai vu qu'un seul petit moment. Elle votre femme !

M. SUBTIL

Oui vraiment.

lOG ■ LA MUSIQUK — Cil Al'. 111 ==

MADAME MADRÉ

Hélas !

C'est une chose qui ne se peut pas.

M. SUBTIL

Air : Si la jeune Iris a pour moi du mépris.

Expliquez-vous mieux :

Je ne suis pas si vieux.

Qu'importe?

M. SUBTIL

Mon amour vous exhorte A me rendre content.

MADAME MADRÉ

Nicette est un eçfant.

M. SUBTIL

Qu'importe?

J'en suis enchanté.

Air : Tes beaux yeux, ma Nicole.

Sa taille est ravissante Et l'on peut déjà voir Une gorge naissante Repousser le mouchoir :

Elle a, par excellence, Un teint... des yeux... elle a...

Elle a son innocence Qui surpasse cela.

MADAME MADRÉ

Mais, ignorez-vous que Mcette est la simplicité même?

M. SUBTIL

Tant mieux, morbleu !

MADAME MADRÉ

Vous auriez là une jolie statue !

Air : Que je suis à plaindre en cette débauche!

Machinalement elle coud, tricote, Et jamais ne lâche un mot. Bon, tant mieux, tant mieux.

MADAME MADRÉ

Mais elle est si sotte !

M. SUBTIL

Je risquerai moins d'être sot.

MADAME MADRÉ

Comment ! un homme d'esprit comme vous, procureur, et notaire royal, qui pis est, épouser une Agnès !

M, SUBTIL

C'est pour la rareté du fait.

MADAME MADRÉ

Vous voulez vous distinguer.

M. SUBTIL

Ma défunte n'avait que trop d'esprit, de par tous les diables.

MADAME MADRÉ

C'est singulier, que vous autres gens de pratique, rusés et malins de votre naturel, vous trouviez toujours des femmes plus rusées et malignes que vous.

M. SUBTIL

C'est pour éviter ce malheur que je veux épouser Nicette. L'heureuse simplicité !

MADAME MADRÉ

Oui ! hom ! Je ne sais où j'ai péché cette bestiole.

AiR : T offre, ici mon savoir-faire.

Que diriez-vous donc, ma chère, Que diriez-vous d'Alain, mon fils?

MADAME MADRÉ

Moi, je dis qu'Alain vaut son prix.

M. SUBTIL

Est-il un plus sot caractère?

MADAME MADRÉ

Moi, je dis qu'Alain vaut son prix.

M. SUBTIL

De moi ce nigaud ne tient guère.

MADAME MADRÉ

Air : Je voudrais bien me marier.

De vous il tient peu, je le crois :

Ainsi disait sa mère.

408 =^^= LA MUSIQUE. — CHAP. Il l ===

M. SUBTIL

Je ne sais qu'en faire, ma foi.

MADAME MADRÉ

Si vous vouliez, compère.

Je saurais bian qu'en faire, moi.

Je saurais bian qu'en faire.

Tenez, monsieur le tabellion, ce garçon-là ne vaut rien pour votre étude : pardi ! mettons-le au labour, il y a moyen de s'accommoder : troc pour troc, je vous donne Nicette, vous me donnerez Alain.

M. SUBTIL

Quoi ! vous voudriez être la femme de ce benêt-là?

MADAME MADRÉ

Chacun a ses petites raisons, mon compère : nous ne manquons pas d'esprit, vous et moi.

Air : Cest fort lien fait à vous.

Craigiiez-vous l'artifice Fatal à maint époux :

Prenez une novice ; C'est fort bian fait à vous ; Mais moi, que je choisisse.

Pour engager ma foi.

Un garçon sans malice, C'est fort bian fait à moi.

Allons, déterminez-vous.

M. SUBTIL

Parbleu ! Nicette mérite bien que je vous accorde Alain : touchez-là.

MADAME MADRÉ

C'est marché fait.

M. SUBTIL

J'irai tantôt chez vous, dresser les articles des contrats.

MADAME MADRÉ

Et nous ferons nos noces à l'abri de celles de ma nièce, qui épouse aujourd'hui l'Éveillé, comme vous le savez.

C'est bien dit. J'aperçois Nicette ; laissez-moi la pressentir un peu sur cette affaire.

= FAVAKÏ— LA CHERCHEUSE DESPRIT = 109

MADAME MADRÉ, à fart.

J'ai peur qu'il ne se repente...

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