‹ La musiqueChapitre 60 sur 181 · M. NARQUOIS. NICETTE · texte numérisé non relu

M. NARQUOIS. NICETTE

(Nicette continue en ahordant M. Narquois.) Monsieur, dites-moi comme Je dois faire pour m'en pourvoir.

M, NARQUOIS

H faut savoir...

NICETTE

Daignez, non pas pour grosse somme,

M'en faire avoir, Si vous en avez le pouvoir.

M. NARQUOIS

Expliquez donc la chose.

NICETTE

Excusez-moi, si j'ose...

M. NARQUOIS

Expliquez donc la chose.

NICETTE

C'est...

M. NARQUOIS

Elle hésite, elle rougit.

NICETTE

C'est qu'il s'agit...

C'est que je voudrais une dose...

M. NARQUOIS

De quoi?

NICETTE

D'esprit.

Voulez-vous m" en faire crédit?

M. NARQUOIS, rimit.

Ah! ah!

NICETTE

On dit comni"ça, monsieur Narquois, que vous êtes bien savant et que vous avez été obligé de quitter Paris parce que vous aviez trop d'esprit?

M. NARQUOIS

C'est la vérité, ina fille.

= FAVAUT. — LA CHERCHEUSE D'ESI'IUT = 115

NICETTE

Je ne puis donc mieux m' adresser pour en avoir.

M. NARQUOIS

Air : ,Je veux garder ma liberté.

Cela ne s'acquiert qu'à grands frais.

NICETTE

Ah ! monsieur, quel dommage !

Je n'ai pas de grands moyens ; mais, En attendant davantage.

Prenez mon anneau.

M. NARQUOIS

Gîirdez ce joyau ; Je n'en puis faire usage.

J'agis sans intérêt, mon enfant ; mais de quelle espèce d'esprit voulez-vous? Car il y en a de plusieurs sortes.

NICETTE

Dame! je veux du meilleur.

M. NARQUOIS

De cet esprit, chef-d'œuvre de Tart, brillante par limagination et rectifié par le bon sens?

NICETTE

Je ne connais pas ces gens-là.

M. NARQUOIS

AiR : Confiteor.

On peut définir cet esprit.

Saillie aimable et raisonnée ;

Ou, comme un de nos auteurs dit,

C'est la raison assaisonnée.

Mon enfant, vous comprenez bien?

NICETTE

Comme si vous ne disiez rien.

M. NARQUOIS

L'esprit que vous me demandez est une chose bien rare !

NICETTE

Comment avez-vous trouvé le vôtre?

M. NARQUOIS

En feuilletant de bons livres.

IKi == LA MUSIQUE. — CHAP. III =^

XICETTE

C'est donc pour feuilleter des livres, (jue ma mère s'enferme dans le cabinet de M. le bailli?

M. NARQUOIS

Cela peut être.

MCETTE

Prctez-inoi celui que vous tenez.

M. NARQUOIS

Pourquoi faire?

XICETTE

Pour le feuilleter, afin de trouver tout d'un coup de Tesprit comme vous.

M. NARQUOIS

Ah ! ah ! L'esprit ne se trouve pas si promptement. Le mien est le fruit d'une longue étude, j'ai commencé par les humanités.

NICETTE

Je suis déjà fort humaine.

M. NARQUOIS

Ensuite, j'ai étudié la rhétorique, la philosophie, le droit.

NICETTE

Et ma mère a-t-elle aussi étudié tout cela.

M. NARQUOIS

Non vraiment.

NICETTE

AiR : Suivons V amour, c'est iui qui nous mène.

Oh! bien, tenez, c'est trop de mystère : Monsieur Narquois, donnez-moi plutôt Du même esprit dont se sert ma mère ; Car c'est, je crois, de celui qu'il me faut.

M. NARQUOIS

C'est-à-dire, que vous me demandez l'esprit naturel.

Naturel, soit.

M. NARQUOIS

Oh ! oh ! celui-là est un présent de la nature, que l'éducation ne saurait donner.

NICETTE

Comment?

= EAVART— LA CHERCHEUSE D'ESPRIÏ=dJ7

M. NARQUOIS

Air : 0 reguingué, ô Ion lan là.

On peut fort bien le cultiver ; Mais non pas en faire trouver.

NICETTE

Vous me voulez faire endéver.

M. NARQUOIS

Ma fille, en cette conjoncture, L'art ne peut rien sans la nature.

NICETTE

Est-ce que vous n'avez pas de c'tesprit-là, vous?

M. NARQUOIS I

J'en ai, mais... i

NICETTE

Mais vous ne voulez pas m'en donner. C'est bien vilain.

Air : Tu n'as fas le pouvoir. En vous j'ai mis tout mon espoir.

M. NARQUOIS

J'aurais beau le vouloir {bis).

Hélas ! malgré tout mon savoir.

Je n'ai pas ce pouvoir {Ms).

NICETTE

n me quitte. Je ne connais rien de plus chiche que ce vieillard-là.

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