SCÈNE XXI ET DERNIÈRE
M. SUBTIL, ALAIN, Mme MADRÉ, NICETTE, L'ÉVEILLÉ FINETTE, M. SUBTIL
M. SUBTIL
Ne puis-je savoir, Alain, pourquoi je vous trouve chez Mme Madré?
FINETTE, à M. Subtil.
Ah ! vous v'ià, monsieur le tabellion. J'ai couru tout le village pour vous trouver. On dit que vous avez à me parler.
M. SUBTIL
Qui vous a dit cela?
FINETTE
C'est Nicette.
l'éveillé, à Finette.
Pardi, mademoiselle Finette, est-ce que nous jouons aux barres? Queu caprice vous prend d'être fâchée contre moi?
FINETTE
Qui vous a dit cela?
l'éveillé
C'est Nicette.
Alain, qu'est-ce qui vous a fait entrer cheux nous?
ALAIN
Hé ! hé ! hé ! c'est Nicette.
MADAME MADRÉ
C'est Nicette, c'est Nicette. Expliquez-nous ça, morveuse.
NICETTE
Dame ! ma mère, vous savez bien que vous m'avez dit com'ça : petite fille, que je ne sache pas qu'ous parliez avec Alain.
MADAME MADRÉ
Eh bien ! est-ce ainsi que vous m'obéissez?
NICETTE
Vraiment oui. Afin que vous ne le sachiez pas, ni personne, j'ai envoyé Finette d'un côté, l'Éveillé de l'autre, M. Subtil a bien voulu avoir la bonté de faire le guet, et j'ai fait cacher Alain cheux nous.
l'éveillé
Pargué, en v'ià d'une bonne 1
144 LA MUSIQUE. — CIIAl'. III =^==
, M. S r UTIL
Quelle innocente !
FINETTE rit.
Ah ! ah ! ah !
MADAME MADRÉ
H est bien question de rire !
NicETTE, mvement.
Air : Loin que le travail m'épouvante. De la parodie cïAlys.
A présent je ne dois plus feindre :
De vous je n'ai plus rien à craindre ; Alain m'épousera demain.
Au plaisir mon âme se livre :
Si je n'avais mon cher Alain, Je crois que je ne pourrais vivi"e.
l'éveillé
Comme elle en dégbise !
finette
Qui est-ce qui dirait ça?
MADAME MADRÉ, à Nicette.
Queu galimatias me faites- vous? Vous me paraissez bien alerte !
NICETTE
C'est qu'Alain m'a donné de l'esprit ; vous ne me gronderez plus de n'en point avoir.
ALAIN
Oh ! vi'aiment ! je lui ai donné bien autre chose : voyez, voyez ; je lui ai donné encore votre bouquet et vos r\ibans ; c'est mon amoureuse, j'ai bien retenu tout ce qu'ous avez dit.
Air : Chacun à son tour, liron, lirette.
Bon effet, ça viant de produire :
Grand merci, madame Madré.
Vous avez bien voulu m'instruire.
Morgue, je vous en sais bon gré.
J'instruisons votre fille Nicette, Je li montre à faire l'amour ;
Chacun a son tour, Liron, lirette,
Chacun à son tour.
= FAVAin. — LA GirEllCHEUSE D'ESP lUT = I 45
M. SUBTIL
Que dites-vous à cela, niadanie Madré?
MADAME MADRÉ
Voiis-niênie, monsieur Subtil?
M. SUBTIL
Je dis que je cherchais une Agnès, et que je n'en trouve plus. Ils sont plus fins que nous, puisqu'ils nous ont attrapés ; ainsi mon avis est qu'on les marie ensemble pour arrêter les progrès de l'esprit.
MADAME MADRÉ
Air : Ne vous laissez jamais charmer; Isis, c'est une erreur extrême.
Vous penseriez à les unir?
Connaissent-ils le mariage?
ALAIN
L'esprit commence à nous venir :
J'en trouvarrons bientôt l'usage.
MADAME MADRÉ
Je ne m'attendais pas à ce qui nous arrive.
M. SUBTIL
Ni moi. Puisqu'il m'est impossible de trouver ce que je désirais, je vous épouserai, si bon vous semble, madame Madré.
Je voulais épouser un nigaud, mais... c'est la même chose, je vous prends ; laissons-les ensemble.
FINETTE, à Nicette.
Je vous félicite, cousine.
Air : Non, je ne ferai pas ce qu'on veut que je fasse.
De vous voir de l'esprit je suis fort satisfaite. Alain, le sot Alain a dégourdi Nicette.
l'éveillé MorgTié, c'est à bon droit que le proverbe dit : Vivent, vivent les sots, pour donner de l'esprit.
V'ià les violons qui viennent nous rejoindre ; parguenne, en l'honneur de ça, dansons un petit ])ranle, en attendant que tout not'monde soit rassemblé.
La Musiouk.
LES VENDANGES DE TExMPE
PANTOMIME EN UN ACTE, AU JEU DU SIEUR MATHEWS, PAR M. FAVART, PREMIÈRE REPRÉSENTATION DU SAMEDI 28 AOUT 1745. FOIRE SAINT-LAURENT.
ACTEURS
LISETTE, petite bergère.
UN PETIT BERGER, amant de Lisette.
MADAME MACÉE, mère de Lisette.
MATHURIN, père du petit berger.
BABET, petite bergère, cousine de Lisette. UN VIGNERON, UN SABOTIER.