CHAPITRE IV
LES PROGRÈS DE LA CRITIQUE ET DE l'eSTHÉ- TIQUE MUSICALES. — LA « QUERELLE DES BOUFFONS ))
La critique musicale, nous l'avons dit, n'existait guère lorsqu'il s'agissait de suivre et de souligner l'évolution de la musique, comme elle en a aujourd'hui l'office en quelque sorte. Ainsi les innombrables volumes du Mercure de France se contentent de refléter l'opinion du j)ublic, avec leurs conclusions timides et hésitantes de peur de trancher. Mais les discussions des amateurs de l'époque tournent généralement autour d'une question ]3rincipale, et comme quelques-uns, parmi eux, se piquent d'écrke, leurs li^Tes nous renseignent sur ces périodes successives.
La question de la comparaison des écoles italienne et française de musique, et en même temps du naturel ou du compliqué dans l'art, resta quelques années encore le thème à la mode. On peut citer, après Raguenet et Lecerf, une nouvelle Dissertation de la musique italiemie et française, parue dans le Mercure, en 1713, sous la signature de M. d. L. T., qui s'efforce à une sorte de compromis entre eux ; puis la Dissertation sur Homère, et ses Additions, •de l'abbé Terrasson, en 1715, et^Za Vie de Quinault publiée la même année, par Boscheron, en tête des œuvres du poète. D'autres écrits, plus généraux, plus historiques, offrent un réel intérêt à consulter : VRistoire de V Académie roijale de musique en France depuis son établissement jusqu'à 1709, publiée par un des secrétaii'es de LuUi
ibi LA .Mi.'sinri:. — f:iiAi>. iv
(Xoirvillp:) on 1719; ou V Histoire de la musique et de ses effets, par Benoit-Bourdelot, en 1725.
Mais Tapparition (rHippolijte et Aride, en 1733, ouvrit un champ tout nouveau aux discussions, qui, ])our changer de tliènie, n'en lurent que ])his âj)res et ])his vives. Lullistes et Ramistes lirent naître aussitôt volume sur volume, ou tout au moins article sur article. C'est la Lettre sur Vorigine de la musique, parue dans le Mercure de mai 1734 ; Y Essai historique et philosophiqw sur le goût, de Cartaud de la Vkate, en 1736; des Lettres à Mme la marquise de P... sur Vopéra, en 1741, et celles de Mably sous ce même titre de Lettres sur Vopéra, même année, et encore les Réflexions sur Vopéra,\\e Rémond de Saint-Mard, toujours en 1741 ; V Essai sur le beau du P. André, encore même année ; la Lettre de M. de ... à Mme de ... sur les opéras de Phaéton et d'Hippol3^tc et Aiicie, en 1743 ; le volume de Bellioud Mermet, De la corruption du goût daïis la musique française, en 1746, et smlout le tome VIT, paru cette même année, du Spectacle de la nature de l'abbé Pluche, œuvre d'uneobservation très fine et très neuve ; la Lettre sur Vopéra, de Roy, en 1749 dans les Lettres sur quelques écrits de ce temps, de Frôron (qui se poursuivent, en treize volumes, jusqu'en 1754) ; enfin le Siècle littérai-re de Louis XV, de d'Aquin. Mais U faut également puiser dans le Pour et contre de l'abbé Prévost et ses vingt volumes (1733-1740), dans les Observations sur les écrits modernes, de Desfon- TAiNES et autres (1735-1743, 34 volumes), dans les Nouveaux amusements du cœur et de V esprit de Prétot (1737- 1745, 15 volumes); dans les Jugements sur quelques ouvrages nouveaux de Burlou de la Busbaquerie (1744-1 1745, 11 volumes) ; dans les Cinq années littéraires de Clé- ME.XT (1748-52, 4 volumes); et les .Observations sur la\ littérature moderne, de l'abbé de la Porte (1749-52,*j 9 volumes).
Quant à Rameau lui-même, il avait ))réludé à sa grande] carrière lyrique par quelques écrits théoriques qu'on nej saurait ometti'e ici : Traité de Vharmonie réduite à son\ principe naturel (1722) ; Nouveau système de musique théo-