LES PROGRÈS DE LA CRITIQUE
rique... (1726); lettres diverses au Mercure (1729-1731); Dissertation sur les différentes méthodes d' accompagnement .. . "(1732); Génération harmonique, ou traité de musique théorique et fratique (1737). Et nous le retrouverons lorsqu'il reprendra la plume, après la série de ses opéras, après ce traité qui marque la maturité de sou esprit cherch(>ur : Démonstration du principe de Vharmonie servant de iase à tout l'art musical (1750). Il était né à Dijon en 1683 et ne mom'ut, à Paris, qu'en 1764. Il avait débuté dans la carrière musicale comme un organiste de haute valeur. Arrivé à Paris, en 1721, ses traités appelèrent l'attention sur lui, plus encore que ses cantates et ses pièces de ]3iano. La sympathie du fermier général La Pouplinière lui ouvrit l'Opéra et le défendit des attacpies qui assaillirent alors avec fureur la nouveauté de son style. Il travailla, en effet, désormais presque uniquement pour le théâtre, et jusqu'à l'âge le plus avancé. Le genre de l'opéra-ballet fut par lui porté à la perfection. Il suffira de rappeler les titres et les dates d'Hippolyte et Aride (1733), les Indes galantes (1735); Castor et Pollux (1737), les Fêtes d'Eéhé (1739), Dardanus (1739), Zaïs (1748), Pygmalion (1748), Zoroastre (1749). Pour le moment, il a paru intéressant de jmblier ici la lettre qu'il écrivit en 1727 à Houdart de La Motte, et où déjà beaucouj) de théories qu'il va mettre en pratique sont nettement établies.
Lettre à M. Houdart de la Motte, de V Académie française, pour lui demander des paroles d'opéra.
A Paris 25 octobre 1727.
Quelques raisens que vous ayez, monsieur, pour ne pas attendre de ma musique théâtrale un succès aussi favorable que celle d'un auteur plus expérimenté en apparence dans ce genre de musique, permettez-moi de les combattre et de justi-
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lier en même temps la prévention où je suis en ma faveur, sans prétendre tirer de ma science d'autres avantaj^es que ceux que vous sentirez aussi bien (pie moi devoir être léifitimes. Qui dit un savant musicien, entenil ordiiuiirement par là un homme à (pii rien n'échajjpe dans les diiïérentes combinaisons des luites ; mais on le croit en même temps tellement absorbé dans ces combinaisons, qu'il y sacrifie tout, le bon sens, le sentiment, l'esprit et la laison. Or ce n'est là qu'un musicien de l'école, école oij il n'est question (jne de notes, et rien de plus ; de sorte (pi'on a raison de lui préi'érei' un musicien qui se pique moins de science que de i^oût. Cependant celui-ci, dont le goût n'est formé (jue par des comparaisons à la portée de ses sensations, ne peut tout au j)lus exceller que dans de certains genres, je veux dire dans des genres relatifs à son tempérament. Est-il naturellement tendre? il exprime bien la tendresse : son caractère est-il vif, enjoué, badin, etc.? sa musique y répond pour lors ; mais sortez-le de ces caractères qui lui sont naturels, vous ne le reconnaissez plus. D'ailleurs, comme il tire tout de son imagination, sans aucun secours de l'art, pai' ses rapports avec ces expressions, il s'use à la fin. Dans son premiûi' feu, il était tout brillant ; mais ce feu se consume à mesure qu'il veut le rallumer et l'on ne trouve plus chez lui que des redites ou des platitudes. Il serait donc à souhaiter qu'il se trouvât ))our le théâtre un musicien qui étudiât la nature avant que de la peindre, et qui par sa science sût faire le choix des couleurs et des nuances dont son esprit et son goût lui auraient fait sentir / le rapport avec les expressions nécessaires. Je suis bien éloigné de croire que je sois ce musicien, mais du moins j'ai au-dessus des autjes la connaissance des couleurs et des nuances, dont ils n'ont qu'un sentiment confus, et dont ils n'usent à propos que par hasard. Ils ont du goût et de l'imagination, mais le tout est borné dans le réservoir de leurs sensations, où les différents objets se réunissent en une petite portion de couleurs, au delà desquelles ils n'aperçoivent plus rien. La nature ne m'a pas tout à fait privé de ses dons, et je ne me suis pas livré aux combinaisons des notes jusqu'au point d'oublier leur liaison intime avec le beau naturel qui suffit seul pour plaire, mais qu'on ne trouve pas facilement dans une terre qui manque de semences, et Cjui a fait sur tout ses derniers efforts. Informez-vous de l'idée qu'on a de deux cantates, qu'on m'a prises depuis une douzaine d'amiées, et dont les manuscrits sont tellement répandus en France, que je n'ai pas cru devoir les faire graver, puisque j'en